Pourquoi Dieu a-t-il fait des vêtements à l’homme, après la chute ? (Genèse 3.21)

En Genèse 3.21, cette rapide mention d’un Dieu couturier étonne :
« Yahweh-Elohim fit à l’homme et à sa femme des habits de peau, dont il les revêtit« 
Le fait que Yahweh pourvoie à des vêtements pour l’homme et la femme n’est pas anecdotique. Outre sa fonction protectrice évidente, l’habillement est l’un des signes les plus évidents par lesquels la position et le rôle d’une personne dans la société sont signifiés. Mais le placement de cette notice étonne : l’homme et la femme vienne de commettre l’irréparable (Gn 3.1-7), entendent de la part de Dieu une série de jugement prononcés contre eux (Gn 3.8-19), et s’apprêtent à être chassés du jardin d’Eden (Gn 3.22-24).
Que signifie donc cette insertion ?

Un vêtement de peau ?

Le vêtement que Yahweh conçoit est fait « de peau », certainement d’une peau de bête. Les Targoums Onkelos et Neofiti I préfèrent la traduction « des vêtements pour leur peau », c’est à dire « pour couvrir leur nudité » . Même si c’est bien là l’intention divine, cette traduction est moins évidente que celle des « peaux de bête », car ce nouvel accoutrement offert par Dieu contraste avec les pagnes de feuilles de figuiers qu’ils s’étaient confectionnés.
D’autre part, cette peau implique une mort, celle d’un animal, sans doute le premier sacrifice de l’histoire de l’humanité. Le texte est bien laconique sur ce point, mais il est très probable qu’en procédant ainsi, Yahweh institue la règle des sacrifices qu’Adam, Eve, et leurs descendants devaient observer pour s’approcher de lui (cf. Gn 4 et le récit de Caïn et Abel ; j’en parle ici et ici).

Une nouvelle référence à un temple cosmique ?

Yahweh les en « revêtit » (labash). Cette forme verbale appliquée au vêtement possède deux usages principaux : le premier relatif à l’habillement des rois (par ex., Gn 41.42 ; 1 Sam 17.38), le deuxième relatif à l’habillement des prêtres dans leurs vêtements sacrés. Là encore, la terminologie employée pour décrire le jardin d’Éden est très proche du vocabulaire associé au culte dans le tabernacle.
Nous avons déjà discuté sur LBC du parallèle entre le jardin d’Eden, le tabernacle dans le désert, et le temple. À ce sujet, lire cet article.

Pourquoi Yahweh les habille-t-il de la sorte ?

(1) Il s’agit en premier lieu de couvrir cette nudité qui, à cause du péché, les embarrassait tant, et qui embarrassera leur descendance. La miséricorde de Yahwheh, qui cherche encore et toujours à rejoindre les premiers êtres humains pécheurs, est ainsi une nouvelle fois soulignée.
(2) En introduisant la règle des sacrifices, qui fonctionne comme un mémorial et une règle d’attente de la promesse de Genèse 3.15, Yawheh rend témoignage à la foi d’Adam et Eve et les considère, pour ainsi dire, « justifiés » (dans le sens néo-testamentaire du terme).
(3) Comme le souligne Calvin, la peau d’une bête morte en contact avec la peau d’Adam et Ève leur rappelle à la fois l’horreur et les conséquences du péché : la mort. La rudesse de leur action, pour reprendre le langage du réformateur, s’en trouve ainsi soulignée.
(4) Le/les animaux ainsi sacrifiés le sont « à la place » d’Adam et Eve (ainsi, l’idée de substitution est bien présente dans Gn 1-3). Même si ce sacrifice ne peut couvrir complètement leur faute, il préfigure un sacrifice plus grand à venir. Sans doute faut-il voir dans la mort de cet animal (ou ces animaux) une indication de la souffrance que devra expérimenter la postérité décrite en Gn 3.15 : elle aussi devra expérimenter la mort, mais elle le fera pour que ce monde déchu puisse expérimenter la vie.

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Guillaume Bourin est pasteur de l'Église réformée baptiste de la Trinité, à Montréal (Québec, Canada). Il s'intéresse particulièrement à l'exégèse et à l'intertextualité de l'Ancien Testament, à la théologie biblique, et à l’ecclésiologie. Guillaume est titulaire de deux masters en théologie (M.Div., Th.M., Southwestern Baptist Theological Seminary, USA) et il est actuellement candidat au doctorat à l'Université d'Aberdeen (Ecosse).