10 raisons pour lesquelles je ne suis pas pédobaptiste

Commençons par le commencement : depuis ma conversion, j’ai toujours été baptiste. Je n’ai jamais varié dans mes positions à ce sujet, malgré mon adhésion de longue date à la théologie réformé et les pressions récentes de la blogosphère pédobaptiste francophone (!). Nombre de mes amis pasteurs sont pédobaptistes, ils m’invitent d’ailleurs à prêcher dans leurs Églises et sont invités à prêcher dans la mienne. Je me sens généralement bien plus proche d’eux que de certains collègues baptistes. Ce n’est donc pas un sujet de division, même s’il est cependant significatif.

Oui mais voilà, ce cher Maxime Georgel a récemment entamé sur son blog une apologie du pédobaptême en 497 articles. Comment vous pouvez l’imaginer, je ne compte plus le nombre de personnes me demandant d’y répondre… Et c’est hors de question : je n’ai ni le temps, ni l’énergie pour une telle entreprise. Et puisque nous avons déjà beaucoup écrit à ce sujet sur Le Bon Combat, je renvoie les lecteurs à notre discussion en cours avec Alexandre Sarran.

Dans cet article, je me limite donc à lister une fois pour toutes les dix principales raisons pour lesquelles, après tant d’années, je ne suis toujours pas devenu pédobaptiste.

 

 

#1- Parce qu’il n’y a aucun commandement positif concernant le baptême de nourrissons

Et c’est l’un des grands paradoxes de la position pédobaptiste. En effet, l’un des mécanismes majeurs de l’ecclésiologie réformée —le principe régulateur— se base sur le fait que “tout ce qui n’est pas expressément commandé est proscrit”. On peut bien sûr discuter de l’application et de l’étendue de ce principe. Mais il est tout de même frappant que nos amis pédobaptistes adoptent cette pratique alors que nous ne trouvons aucun commandement positif de baptiser des enfants dans le Nouveau Testament.

LISEZ >> Quand devrions-nous baptiser les nouveaux convertis ?

 

 

#2- Parce qu’il n’y a aucune donnée biblique directe appuyant le pédobaptisme

Cette deuxième raison complète la première : malgré les tentatives récentes de la blogosphère pédobaptiste francophone de prouver le contraire, il n’existe aucun exemple direct de baptême d’enfant dans les lignes du Nouveau Testament. Tout juste pouvons-nous leur concéder un argument du silence dans le cas du geôlier de Philippes (Ac 16:31–33).

Toutefois, sur ce cas je tiens à rappeler :

(1) Que si l’on suit la logique pédobaptiste sur Ac 16.33, la régénération baptismale est inévitable d’un point de vue exégétique (voir point 10 ci-dessous)
(2) Le baptême de la « maison » du geôlier de Philippe s’explique beaucoup mieux en la comparant à la situation quasi-identique de la maison de Crispus, le chef de la synagogue de Corinthe (Ac 18.8). Dans cet exemple, toute la famille a été baptisée parce qu’elle a cru.

LISEZ >> Conversion et baptême du Saint Esprit : deux expériences différentes ?

 

 

#3- Parce que Paul n’a jamais utilisé l’argument pédobaptiste de manière apologétique, alors qu’il lui aurait été très utile !

Actes 15 rapporte que quelques hommes venus de Judée cherchaient à forcer les païens chrétiens à se faire circoncire et à observer la loi de Moïse dans son intégralité (commandements cérémoniels et civils inclus) pour être sauvés. Paul et Barnabas, radicalement opposés cette position, eurent avec eux un débat très vif, et l’Église d’Antioche les envoya vers les apôtres et les anciens de Jérusalem pour régler cette question (Ac 15.2). À Jérusalem, Pierre et Jacques suivirent la position de Paul et gagnèrent toute l’assemblée, de sorte qu’une lettre fut rédigée à l’attention de toutes les Églises existant à cette époque (cf. “à Antioche, en Syrie, et en Cilicie”, Ac 16.23).

L’argument clé de cette lettre, celui réglant le débat une fois pour toute, est finalement très simple : il s’agit d’une révélation spéciale du Saint Esprit (Ac 16.28) accordée à Pierre “depuis longtemps” (Ac 16.7) et corroborée d’avance par les paroles des prophètes (Ac 16.14–18). Paul, Barnabas, Jude, et Silas furent chargés de remettre cette lettre à l’Église d’Antioche (Ac 16.22). Mais Paul ne comptait pas en rester là : il souhaitait rapidement visiter les Églises qu’il avait implantées en Galatie, très probablement afin de leur faire connaître le contenu de la missive apostolique (Ac 16.36).

Voici où je veux en venir : l’argument apologétique invoqué par les apôtres est celui d’une révélation spéciale du Saint Esprit. Pourtant, si l’on suit la logique pédobaptiste, la controverse aurait pu être réglée très simplement, sans faire appel à un concile : il aurait suffit d’affirmer aux judaïsants que le baptême reprend la fonction de la circoncision dans le cadre de la nouvelle alliance. Si cela ne les avait pas fait taire, cela aurait sans doute convaincu les chrétiens locaux qui, selon la position pédobaptiste, étaient déjà baptisés avec leurs enfants de longue date sur la base de cet argument. Et si la circoncision n’était plus nécessaire, les pratiques cérémonielles qui en découlaient devenaient elles aussi superflues.

Cependant, Paul n’a jamais utilisé une telle rhétorique, pourtant sans appel. Pourquoi ? Tout simplement parce que les baptêmes de maisonnée n’étaient pas pratiqués à l’époque du Nouveau Testament.

Mes amis pédobaptistes balaieront cet argument du revers de la main au motif qu’il exploite un silence du Nouveau Testament. Mais n’est-ce pas exactement ce sur quoi leur position est basée ? Du reste, d’un point de vue exégétique, certains silences sont plus significatifs que d’autres.

 

 

 

 

#4- Parce que le pédobaptisme ne respecte pas la diversité des alliances bibliques que l’on retrouve dans la Bible

Je ne vais pas revenir sur ce que nous avons déjà développé en long, en large, et en travers sur Le Bon Combat. Notez simplement que, dans le cadre interprétatif du pédobaptisme, nos amis considèrent l’ensemble des alliances bibliques dans une perspective unifiée. Bien sur, il existe des nuances entre les différents positions pédobaptistes (lisez l’excellent livre de Pascal Denault à ce sujet).

Un point d’accord néanmoins : l’écrasante majorité des pédobaptistes estiment que les alliances bibliques sont conditionnelles, construites sur le modèle suzerain-vassal très répandu dans le Proche Orient ancien. Ce n’est cependant pas le cas de toutes les alliances bibliques : par exemple, l’alliance avec Noé est clairement inconditionnelle, inviolable, et ne témoigne d’aucune obligation de Noé en tant que vassal. C’est plutôt Dieu qui s’engage unilatéralement par serment. Avec les baptistes qui ont rédigé la Confession de Londres de 1689, j’estime qu’il en est de même pour la nouvelle alliance.

Le débat est technique, je ne souhaite pas m’étendre sur le sujet. Nous reviendrons sans doute dans un article ultérieur sur le cas de l’alliance nohahique.

ÉCOUTEZ >> Discussion autour de la doctrine des alliances avec « Fred le néophyte » 🙂

 

#5- Parce que le pédobaptisme accorde à des personnes irrégénérées le statut de membre de la nouvelle alliance

Selon la position pédobaptiste, la nouvelle alliance reflète la composition de l’Église visible : certains de ses membres sont régénérés, tandis que d’autres ne le sont pas. Cela ne s’accorde pas, cependant, avec les promesses vétérotestamentaires relatives à la nouvelle alliance qui sont largement reprises dans le Nouveau Testament :

(1) Dans la nouvelle alliance, tous connaissent Dieu et sont pardonnés (Jer 31.34, cf. Hébreux 8.11–12 ; 10.16ss; Jn 6.45 ; 1 Jn 2.20)
(2) Tous sont régénérés (Ez 36.25–26; cf. Jean 3 ; Tite 3.5)
(3) Tous ont les lois de Dieu dans leur coeur et souhaitent y obéir (Éz 36.27)

 

Selon ma conscience, encore une fois, il s’agit là du principal problème que me pose la position pédobaptiste : elle accorde à des personnes non-régénérées le statut de membre de la nouvelle alliance, de membre de la famille de Dieu. Certes, il existe des personnes non-régénérées dans nos Églises baptistes, mais conformément au modèle du Nouveau Testament, nous cherchons à valider l’authenticité de la profession de foi avant de leur accorder le baptême.

LISEZ >> Débat sur la relation entre le baptême et la nouvelle alliance

 

#6- Parce que la circoncision et le baptême sont deux signes de deux alliances différentes

L’alliance mosaïque, c’est à dire l’alliance avec la postérité naturelle d’Abraham, n’est pas l’alliance de grâce : elle ne contient aucune promesse de grâce, aucune garantie d’accès à la vie éternelle. La circoncision a servi de sceau de la justice qu’Abraham avait obtenue par sa foi (Rm 4.11) car elle venait marquer l’accumulation des promesses qui lui avaient été faites. Mais elle n’a jamais été le sceau de la justice d’Ismaël, d’Esaü, ou des membres incrédules du peuple d’Israël. Ce sceau si cher aux pédobaptistes ne concernait que la situation particulière d’Abraham, et non la votre.

Notez également l’asymétrie du système pédobaptiste : si le baptême est le parallèle de la circoncision, pourquoi est-il étendu à des personnes qui n’étaient pas circoncises sous l’ancienne alliance et refusé à des personnes qui l’auraient été ?

  • Par exemple, pourquoi baptiser les nourrissons de sexe féminin alors qu’aucune “circoncision féminine” (excision) n’était pratiquée par Israël (alors que les peuples du Proche Orient ancien la pratiquait très probablement) ?
  • Et pourquoi ne pas baptiser les petits-enfants ou les arrières-petits enfants d’un homme agé se convertissant, ou ses employés, ou tous ceux qui vivent éventuellement sous toit ? La circoncision n’était-elle pas pour ces personnes également ? Etc.

 

On pourrait également discuter de l’origine du baptême chrétien, qui reprend la pratique du baptême de repentance de Jean-Baptiste. L’émergence de cette dernière est très discutée, mais il est assez clair qu’elle ne s’appuit pas sur un parallèle avec la circoncision.

LISEZ >> En quoi la nouvelle alliance est-elle nouvelle ?

 

 

#7- Parce que le statut spécial des enfants de croyant n’implique pas leur participation à l’alliance de grâce

Avec les pédobaptistes, je crois que les enfants d’au moins un parent chrétien sont “saints” (1 Cor 7.14), c’est à dire mis à part d’une manière spéciale. J’entends enseigner mes enfants —si Dieu m’en accorde— dans la foi chrétienne et j’incite les membres de mon Église à en faire de même. Cependant, ce statut spécial ne signifie pas que les nourrissons sont automatiquement membres de la nouvelle alliance ou qu’ils doivent être baptisés.

Le pédobaptisme gomme la polysémie du terme agios (saint) et de ses dérivés. Je ne crois pas que Paul s’adresse à des nourrissons lorsqu’il écrit aux enfants dans les sections appelées “codes de maisonnées” (Ép. 6.1–4, par ex.). Il s’agit vraissemblablement d’enfants convertis ou à minima instruit dans la voie chrétienne, comme le terme utilisé (teknon) l’atteste. D’ailleurs, là encore, une telle adresse ne présumme pas de leur baptême préalable.

LISEZ >> 5 raisons pour lesquelles les Églises devraient enseigner la théologie aux enfants

 

 

#8- Parce que, dans le Nouveau Testament, le baptême est un élément clé de la profession de foi

Dans le Nouveau Testament, on retrouve douze récits de baptêmes plus ou moins développés, certains portant sur le même évènement. Dans neuf d’entre eux, le baptême suit immédiatement la profession de foi, j’estime même qu’il s’agit d’un élément clé de celle-ci (lisez mon livre sur ce sujet si vous voulez savoir pourquoi !). Les trois autres désignent des baptêmes de maisonnée (oikos) :

(1) Dans Ac 16.13–15, Lydie est clairement baptisée sur la base de sa profession de foi, et il est assez clair que sa “maison” (selon toute vraissemblance, ses employés) a cru également.
(2) Le cas du geôlier de Philippes (Ac 16.33), déjà discuté plus haut, indique également certainement que les membres de sa maison ont cru (cf. Ac 16.31)
(3) Aucune donnée ne permet de statuer sur le cas de la maison de Stephanas (1 Co 1.16)

LISEZ >> Qui doit baptiser les nouveaux convertis ?

 

 

#9- Parce que l’histoire de l’Église n’a jamais appuyé la position pédobaptiste

Ici encore, j’enfonce des portes ouvertes maintes fois sur Le Bon Combat. Quoi qu’on en dise, aucun témoignage pédobaptiste n’existe dans la littérature patristique avant le début du IIIème siècle. Le premier témoignage direct en est même une réfutation en règle (Tertullien, De Baptismo, ch. 18).

J’estime à titre personnel que la pratique pédobaptiste est plus ancienne. Elle est apeut être apparue dès le premier siècle. Son émergence est directement liée au développement de la doctrine de la régénération baptismale. Ici encore, je vous renvoie vers mon livre, Je répandrai sur vous une eau pure.

LISEZ >> Tertullien et le baptême d’enfants

 

 

#10- Parce que le pédobaptisme réformé flirte parfois (souvent) avec la régénération baptismale

Soyons clairs : nos amis pédobaptistes sont incapables de produire un seul exemple historique de pédobaptême non-régénérant avant Ulrich Zwingli (1484–1531). Et encore : je suis plutôt d’avis que Zwingli croyait à la régénération baptismale. Je l’ai déjà dit et je le maintiens : le pédobaptisme historique nait de l’expansion de la régénération baptismale, une doctrine déjà profondément influente à la fin du IIème siècle et qui a marqué l’ensemble du la théologie médiévale. Le pédobaptisme presbytérien est une position tardive, une innovation dans l’histoire de l’Église.

Dans mes recherches, j’ai été particulièrement étonné de noter des formulations frisant la régénération baptismale chez Herman Bavinck (« le baptême régénère… et brise le pouvoir du péché originel », Reformed Dogmatics, vol. IV, p. 520) et même dans le Grand Catéchisme de Westminster (cf. Q.165). De telles affirmations pour le moins ambiguës sont courantes dans la littérature presbytérienne.

Je n’accuse pas mes amis presbytériens de défendre la régénération baptismale (quoi que… que penser de Federal Vision ?), mais j’estime que ces formulations témoignent de l’équilibre précaire de leur ecclésiologie. Car, en réalité, la régénération baptismale est la conséquence logique d’une exégèse pédobaptiste cohérente.

LISEZ >> Que signifie naître d’eau en Jean 3.5 ? 

 

 

 

 

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Guillaume Bourin est pasteur de l'Église réformée baptiste de la Trinité, à Montréal (Québec, Canada). Il s'intéresse particulièrement à l'exégèse et à l'intertextualité de l'Ancien Testament, à la théologie biblique, et à l’ecclésiologie. Guillaume est l'auteur du livre "Je vous purifierai d'une eau pure" : perspectives bibliques sur la régénération baptismale. Il est titulaire de deux masters en théologie (M.Div., Th.M., Southwestern Baptist Theological Seminary, USA) et il est actuellement candidat au doctorat à l'Université d'Aberdeen (Ecosse).