Baptême au nom de Jésus, ou baptême trinitaire ?

C’est une question qui fait débat et que l’on nous adresse régulièrement : faut-il baptiser au nom de Jésus comme les apôtres semblent le faire dans les récits des Actes, ou bien selon la formule trinitaire, « au nom du Père, du Fils, et du Saint Esprit », donnée par Jésus lui-même en Mt 28.18-20 ?

Au Bon Combat, nous ne faisons pas mystère de notre trinitarianisme et de la place centrale, fondamentale, que nous accordons à cette doctrine. Notre opinion en la matière est donc bien arrêtée, mais il convient néanmoins d’expliquer la coexistence de ces deux formules.

 

Quelques notes à ce sujet :

(1) La formule trinitaire de Mt 28.19, est contestée de longue date. De nombreux spécialistes critiques estiment qu’elle témoigne d’une ecclésiologie trop développée pour être primitive. Ils considèrent généralement qu’il s’agit d’une glose datant de la fin du IIème ou du IIIème siècle. Beaucoup de mouvements mettant l’emphase sur l’unicité de Dieu acceptent cette explication, qui n’est pourtant attestée par aucun manuscrit.

(2) En soit, invoquer la formule trinitaire ne sert pas à grand chose. Dans les cercles modalistes, par exemple, la formule est reconnue, mais considérée comme non prescriptive. Dans tous les cas, « Père », « Fils », et « Saint Esprit » ne ne sont pas envisagés comme des personnes/hypostases distinctes.

(3) J’ai affirmé dans une autre ressource que la formule trinitaire de Mt 28.19 est une allusion intertextuelle au baptême de Jésus, dans lequel chacune des personnes de la Trinité est impliquée au même moment. Je ne pense donc pas qu’il s’agisse d’une prescription liturgique. Les chrétiens trinitaires, pardon du pléonasme, ont tort de s’arc-bouter sur l’ordre des mots ou de rejeter ipso facto le baptême au nom de Jésus (voir ma conclusion).

(4) Pourquoi la formule trinitaire est-elle absente du livre des Actes, tandis que celle « au nom de Jésus » y sonne comme un refrain ? (cf. Ac. 3:6, 16; 4:10, 17, 18, 30; 5:40; 8:12, 16; 9:14–16, 21, 27, 28; 10:48; 15:26; 16:18; 19:5, 13, 17; 21:13; 22:16; 26:9).

Plusieurs explications, qui ne s’excluent pas mutuellement, ont été avancées :

  • Certains théologiens médiévaux (Thomas d’Aquin, Bonaventure) ont affirmé que les apôtres pouvaient baptiser au nom de Jésus seul en vertu d’une dispensation spéciale. Cependant, de nombreux Pères de l’Église considéraient valides les baptêmes post-apostoliques au nom de Jésus (Basile, Ambroise, Chrysostome, etc.).
  • Luc fait probablement allusion au concept vétéro-testamentaire du šēm, le « nom » qui manifeste la présence d’une personne à une autre. Pour Luc, le « nom de Jésus » connote sa présence effective : « L’on y place sa foi, on est baptisé en lui, des miracles sont faits en son nom, le salut s’y trouve, et les premiers disciples prêchent son nom et souffrent pour lui ». (Fitzmeyer)
  • Il pourrait également s’agir d’une formule d’alliance par laquelle le baptisé marque son allégeance au Christ. Il était habituel, dans l’Église primitive, de confesser publiquement Jésus comme Seigneur (Rm 10.9 ; 1 Co 12.3). La formule de Luc-Actes recouvre sans doute ce sens. (Marshall)
  • Ces deux explications font sens, mais j’estime plus probable que la formule trouve son origine dans l’expérience de la Pentecôte (Ac 2:38). À cette occasion, les auditeurs sont invités à recevoir le baptême au nom de Jésus pour (i) le pardon des péchés et (ii) pour la réception du don du Saint Esprit. Ces deux expériences distinguent le baptême de Jésus de celui de Jean. Jean avait certes prêché un baptême de repentance, mais il avait d’avance annoncé que Jésus baptiserait « du Saint Esprit et de feu » (Mt 3.11). Avec la Pentecôte et l’effusion de l’Esprit, cette annonce devient une réalité présente. Dans cette perspective, le « baptême au nom de Jésus » tend à distinguer le rite spécifiquement chrétien de celui de Jean. C’est sans doute pour cette raison que l’expression fonctionne comme un leitmotiv dans le livre des Actes. À mon sens, cette explication trouve un appui non négligeable dans le fait que des personnes « ne connaissant que le baptême de Jean » y sont mentionnées aux contacts de chrétiens à plusieurs reprises (cf. Ac 18.24-28; 19.1-7).

 

Comment donc faut-il baptiser ? On préfèrera sans doute la formule trinitaire, qui est de toute façon sous entendue dans l’expression lucéenne du « baptême au nom de Jésus ». Néanmoins, j’estime avec Luther (La captivité babylonienne de l’église) que s’opposer radicalement à cette dernière est une forme de pédanterie.

Le baptême au nom de Jésus est valide s’il est réalisé dans des dispositions trinitaires.

 

 

Guillaume Bourin est le fondateur du blog Le Bon Combat et l'un de ses administrateurs actuels. Il s'intéresse particulièrement à l'intertextualité et à l'exégèse de l'Ancien Testament, à la théologie biblique, et à l’ecclésiologie. Guillaume est titulaire deux masters en théologie (M.Div., Th.M., Southwestern Baptist Theological Seminary, USA) et il est actuellement candidat au doctorat à l'Université d'Aberdeen (Ecosse).