Conversion et baptême du Saint-Esprit : deux expériences différentes ?

Pas de En Lumière cette semaine, mais à l’occasion de la sortie officielle du livre du livre de Guillaume, Je répandrai sur vous une eau pure, nous vous en proposons un court extrait. Si vous êtes sur Paris à la date de parution de cet article, le 5 mai 2018, rendez-vous à 14h30 à La Maison de la Bible Paris, 4 rue Audubon, Paris 12, pour le lancement officiel 🙂

 

Les théologiens pentecôtistes estiment généralement que le « baptême su Saint-Esprit » constitue une deuxième expérience post-conversion. De manière semblable, l’Église catholique romaine établit une distinction entre régénération et réception du Saint-Esprit : la régénération se produit au moment du baptême d’eau, mais la réception définitive de l’Esprit Saint a lieu au moment du sacrement de confirmation, soit généralement à l’adolescence. Pour les différentes Églises orthodoxes, le baptême d’eau confère également la régénération, et celle-ci est distincte de la réception du Saint-Esprit qui se produit lors de la chrismation, un sacrement parfois également appelé myron (« onguent », « parfum »). Il s’agit de l’équivalent de la confirmation catholique, sauf que celle-ci est administrée immédiatement après le baptême.

L’un des arguments majeurs avancé en faveur d’une telle dissociation entre régénération et réception du Saint-Esprit est basé sur le livre des Actes :

« Le Saint-Esprit viendrait sur les croyants au moment de l’imposition des mains. Cet argument s’appuie essentiellement sur le livre des Actes, notamment sur les récits de la conversion des Samaritains (Ac 8.5-17) et du baptême des disciples de Jean à Éphèse (Ac 19.1-7). Pour les défenseurs de l’approche sacramentelle, la pratique de l’imposition des mains ne serait autre que le sacrement de confirmation. Ainsi, selon eux, la réception du Saint-Esprit (sacrement de confirmation, imposition des mains) serait indépendante de la régénération (sacrement du baptême). » [cf. Je répandrai sur vous une eau pure, p. 28)

 

 

Que penser d’un tel argument exégétique ? Le livre des Actes fait-il une distinction entre régénération et réception du Saint-Esprit ? Voici comment Guillaume répond à cette question (p. 29-32) :

« Si l’argument basé sur Actes 8.5-7 et 19.1-7 devait s’avérer fondé, il faudrait s’attendre à ce que, dans le Nouveau Testament, l’ensemble des passages décrivant la réception du Saint-Esprit suivent un même processus. Ce n’est cependant pas le cas, ne serait-ce que dans le livre des Actes.

Il y a dix occurrences narratives de baptême dans les Actes des Apôtres, et cet argument en faveur de la théologie sacramentelle se focalise uniquement sur deux d’entre elles. Examinons brièvement les huit autres :

– Dans les récits du baptême des trois mille lors de la Pentecôte (Ac 2.37-41), de l’eunuque éthiopien (Ac 8.36-39), du geôlier de Philippe et de sa famille (Ac 16.33), ainsi que de Crispus et des premiers Corinthiens (Ac 18.8,9 ; voiraussi 1 Co 1.14,16), nous ne trouvons aucune référence à l’imposition des mains. Bien qu’il ne s’agisse que d’un silence, cette absence de donnée s’accorde mal avec l’importance accordée à la confirmation dans la théologie sacramentelle.

– Certes, Ananias impose les mains à Saul de Tarse, mais il le fait avantson baptême (Ac 9.17‑19).

– Dans le cas de Lydie, la marchande de pourpre de la ville de Thyatire, il semble que l’Esprit de Dieu se soit trouvé en elle avant même son baptême, au moment où « le Seigneur lui ouvrit le cœur, pour qu’elle soit attentive à ce que disait Paul » (Ac 16.14,15 ; comparé à 1 Co 2.6-16). De plus, ici encore, nous n’y trouvons aucune trace d’imposition des mains.

– Le récit du baptême de Corneille et de ceux qui étaient dans sa maison est encore plus explicite : Pierre n’avait pas fini de s’exprimer que « le Saint-Esprit descendit sur tous ceux qui écoutaient la parole » (Ac 10.44-48). Non seulement ce passage ne fait pas mention d’imposition des mains, mais la présence du Saint-Esprit en chacun des membres de l’auditoire est fermement attestée avant même qu’ils aient été baptisés !

Il semble clair que, dans le livre des Actes, l’expérience de réception de l’Esprit de Dieu n’est liée ni au baptême ni à l’imposition des mains. Il est même impossible d’en tracer une séquence type : chaque occurrence possède son lot de particularités. Dans les faits, le livre des Actes ne permet pas d’établir un ordo salutisde manière définitive. La raison est simple : il s’agit essentiellement d’une narration à vocation historique, et bien qu’elle contienne quelques portions didactiques, l’enseignement doctrinal n’est pas sa visée première. L’auteur bâtit son récit sur la base de témoignages oculaires ou de ses propres observations. Il décrit l’expérience du point de vue du témoin de la scène, et non de celui du théologien.

Mais, dans ce cas, que penser des deux passages ainsi revendiqués […] ? Sans nous étonner, le contexte immédiat se révèle être la clé. Dans Actes 8.5‑17, la Samarie reçoit pour la première fois la bonne nouvelle du Christ ressuscité (v. 14). Il s’agit d’un point important dans le processus de proclamation de l’Évangile jusqu’aux « extrémités de la terre » (voirAc 1.8, « en Samarie »). C’est la raison la plus probable pour laquelle la présence des apôtres était requise, comme lors de « l’étape suivante », l’ouverture de l’Évangile aux païens (Actes 10). De même que pour Corneille et son entourage, il fallait que la réception de l’Esprit par les Samaritains soit directement observée par les apôtres, de sorte qu’ils puissent « défendre leur cas » devant les responsables de l’assemblée de Jérusalem. Ceux-ci étaient en effet récalcitrants à l’idée que l’Évangile soit accessible aux non-Juifs (observez leur réaction dans Ac 11.1-3). Il se peut que la querelle ancestrale entre Juifs et Samaritains ait teinté l’enjeu d’amertume. Quoi qu’il en soit, rien n’atteste ici d’un sacrement de confirmation ni d’une « deuxième expérience » du Saint-Esprit.

Dans Actes 19.1-7, Paul rencontre des disciples de Jean qui n’avaient manifestement jamais été en contact avec la totalité du kerygme, ces éléments fondamentaux du message de l’Évangile. Ces Éphésiens n’avaient pas été baptisés conformément au commandement de Christ, n’avaient pas reçu le Saint-Esprit et ignoraient même son existence. Cette situation spécifique explique au moins en partie la singularité de leur expérience : comme dans le cas des Samaritains au chapitre 8, il fallait manifester avec clarté la nouvelle appartenance de ce groupe à l’Église universelle. En s’identifiant à eux par l’imposition des mains, Paul signifiait qu’ils venaient d’entrer dans la grande famille des rachetés. »

 

 

 

 

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