Le chrétien doit-il chercher à faire transposer la loi de Moise dans les gouvernements modernes ?

Question compliquée, très théologique, mais profondément d’actualité : que penser du théonomisme ? Alors que, suite aux récentes élections, de nombreux chrétiens évangéliques ont marqué leur intérêt pour un gouvernement d’inspiration chrétienne, les bons vieux enseignements du professeur Pierre Courthial apparaissent aujourd’hui profondément d’actualité.

D’autre part, comme nous le mentionnons au début de cet épisode, notre entretien avec Florent Varak sur “Le chrétien et la politique” a fait l’objet de vives critiques de la part de Jean-Marc Berthoud. Celui-ci lui reproche notamment de créer une “opposition entre loi et évangile”, un thème bien connu de la pensée théonomiste. [Retrouvez sa critique ici, et les réponses de Florent Varak et de Guillaume Bourin en toute fin de ce présent article.]

LISEZ CET ARTICLE >> Peut-on diviser la loi en trois catégories ?

 

Nous avons donc pris la décision de réaliser un podcast pour clarifier notre position à ce sujet. Nous partons de la définition proposée par Pierre Marcel, le théologien théonomiste le plus respecté en francophonie, et bous concluons qu’il est illusoire de vouloir transposer les commandements civils de l’ancienne alliance dans une société moderne d’inspiration chrétienne.

En voici les raisons :

(1) La loi civile était en vigueur pour une durée très précise : celle de la théocratie d’Israel durant l’occupation des frontières terrestres délimitées dans la loi.
(2) La loi civile n’est pas exhaustive et ne couvre pas toutes les situations possibles.
(3) La loi civile est révélée selon le principe d’accommodation, ce qui implique nécessairement une certaine flexibilité et adaptabilité des commandements.
(4) Cette loi civile fait l’objet de gloses scribales, souvent de nature à expliquer les commandements à un public plus tardif.

 

Nous comprenons que, pour certains, ce podcast peut apparaître plus technique que les précédents. Il nous fallait néanmoins expliquer notre position, que nous jugeons traditionnelle, fasse aux attaques récentes nous qualifiant d’antinomiens.

 

Bonne écoute !

>> Ecoutez les derniers épisodes de “Que dit la Bible ?

 

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>> Réponse de Florent Varak à Jean-Marc Berthoud :  

Chers Frères, 
Merci de m’avoir fait part de ce document que j’ai lu – un peu rapidement, je l’avoue. Ce n’est pas une réponse complète, juste quelques remarques. 
Il est très légitime, M. Berthoud, vous défendiez une position différente. Votre défense est menée avec passion, ce que j’apprécie. Très certainement les valeurs bibliques sont absolues. Ses enfants doivent se les imposer, par l’Esprit saint, et le Seigneur les imposera en son règne, lorsqu’il aura assujetti plus pleinement ses ennemis. Est-ce aux chrétiens de les imposer sur ce monde? 
En pensant à  Luther que vous citez, je me suis demandé si la condamnation à mort des anabaptistes, logique quant à la perspective théocratique des Réformateurs, serait d’actualité de nos jours? 
J’aimerais connaître ce qu’un parlement à majorité chrétienne, imprégné de la pensée représentée par ce document, devrait voter quand aux mediums. Quelle devrait être la loi d’un pays sur cette question? Cette étude de cas me permettrait de mieux comprendre ce que, concrètement, serait la responsabilité de l’église et des chrétiens engagés en politique.
Je pense que l’accusation à l’encontre des « évangéliques » est un peu étroite. Je lis le dernier livre de Keller, presbytérien émérite (Making Sense of God: An Invitation to the Sceptical). Il se montre favorable à la distinction des sphères, notant que toutes les religions qui ont imposé leur cadre moral ont finalement repoussé des adhésions de coeur à leurs croyances. Il est peut être trop « évangélique »… 
La discussion à charge du rapport entre la  Loi et la grâce est dommage. Plus de précision serait utile. La Loi est donnée après cette oeuvre de grâce de la délivrance d’Egypte. Et la Loi nous condamne et nous mène à la grâce. Les motifs sont pluriels dans la Bible, et faire la prédication de la condamnation le prémisse préalable à tout accueil de la grâce se heurte à un obstacle majeur: Jésus en personne ne s’est pas saisi de cette méthode pour la systématiser (cf. Jn 4 par ex.) . En tout cas je récuse que cela conduise à une mentalité antinomienne. Je renvoie à des penseurs bien réformés, comme Chappell (Holiness By Grace par ex.) pour rappeler que la question a plus de nuances, y compris dans le camp protestant classique. 
Je ne sais pas si M. Berthoud a lu le court ouvrage que j’ai rédigé avec Philippe Viguier, mais notre perspective est que l’Eglise est témoin de Christ: par sa prédication (y compris, quand nécessaire, de la Loi), et par son exemple (y compris par des oeuvres bonnes dans la société, et notamment en politique si c’est là l’appel individuel d’un chrétien). Mais militer en politique en tant que chrétien, ce n’est pas imposer les lois cJe n’ai pas perçu qu’il y a avait une représentation suffisante de notre position. Mais peut-être n’avons nous pas été clair? 
Bien fraternellement et cordialement, 
Florent Varak

 

>> Réponse de Guillaume Bourin à Jean-Marc Berthoud : 

Cher M. Berthoud, 

Je ne réponds que maintenant à vos réflexions que j’ai lu avec le plus grand intérêt. Vous soulevez, je crois, d’excellents arguments. Cela mériterait une réponse approfondie, mais je n’ai malheureusement pas le temps nécessaire pour m’y atteler. 

Bien entendu, j’ai mes désaccords avec vous. Sur la liberté de conscience par exemple, je trouve votre approche bien trop systématique : j’estime que vous établissez un cadre d’interprétation théologique que vous appliquez trop rapidement sur les données bibliques. En conséquence, vous rejetez ce concept ou ne lui accordez plus qu’une importance périphérique. Il n’en reste pas moins que les Ecritures accordent un statut particulier au rôle la conscience régénérée, notamment à celle du « faible », et que Paul établit certains principes communautaires pour garder cette liberté de conscience sous contrôle (1 Corinthiens 8-10, Romains 14). La place qu’on lui accorde est cohérente avec les limites de la révélation, en particulier les limites législatives : la casuistique ne couvre pas tout, et nous ne pouvons plus, comme Moïse, recourir à une révélation spéciale dès lors que nous rencontrons des situations sur lesquelles « ce que l’on doit faire n’a pas été déclaré » (Nombres 15:34).   

Je m’interroge tout de même au sujet de ce que vous appelez « loi ». Vous n’êtes pas particulièrement explicite quant aux commandements qu’il s’agirait de promouvoir dans la perspective de l’influence politique que vous appelez de vos voeux. Cet aspect m’intéresse, car je me penche actuellement sur les divergences entre les commandements casuistiques du « Covenant Code » et ceux du “Priestly Code”. Si c’est à la loi civile que vous faites majoritairement référence dans vos réflexions, j’aurais sans doute quelques questions plus précises à vous poser. 
Enfin, je ne peux que m’associer à Florent Varak quant à la teneur de vos attaques envers « les évangéliques ». Est-ce nous que vous visez, ou bien est-ce tous les évangéliques moins vous ? Là encore, davantage de précision aurait été utile, d’autant que la charge a été relevée ici et là suite à la publication de vos réflexions sur les réseaux sociaux. 
J’espère avoir l’occasion d’écrire davantage à ce sujet dans les prochains mois/années. Je ne manquerai pas de vous informer de mes éventuelles publications. 
Bien fraternellement,
Guillaume 

 –

 

 

 

“Que dit la Bible ?” est le podcast hebdomadaire du blog Le Bon Combat. Retrouvez l'ensemble des questions posées et de nos entretiens sur l'onglet dédié, en haut et à droite de la barre de menu du site !

  • Cet enregistrement est la meilleure collection d’arguments anti-théonomiste francophone que j’ai croisé à date. Il est vrai que la loi de Dieu est parfois complexe, alors pour ne pas s’éparpiller je me contenterai d’adresser les points soulevés par le podcasteur.

    {1} Limitation temporelle des lois civiles à l’État-nation israélite antique

    La position inverse, soutenue par la théonomie, est que les lois divines (civiles ou autres), une fois révélées par l’Éternel, demeurent en vigueur tant et aussi longtemps qu’elles ne sont pas explicitement abrogées par une autre révélation scripturaire ultérieure. Les érudits théonomistes s’appuient ici sur Matthieu 5, le Pentateuque et Paul ; voir les p. 45 à 50 de ce document : http://sentinellenehemie.free.fr/Theonomie_v3.0_100517.pdf

    {2} Non-exhaustivité de la « loi civile »

    Les épisodes des filles de Tselophchad (Nombres 36) et de l’homme ayant violé le sabbat (Nombres 15:32-36) ne cadrent pas dans un contexte de cessation des dons surnaturels de révélation (1 Corinthiens 13:8). Aujourd’hui, le canon biblique est complet & fermé, les révélations ont cessées, et nous sommes liés par la règle du Sola Scriptura.

    Affirmer que la Parole de Dieu ne fait pas autorité dans une quelconque situation de la vie humaine, c’est rien de moins que de nier la suffisance des Saintes Écritures. « The Bible is authoritative on everything of which it speaks. Moreover, it speaks of everything » (dixit Cornelius van Til). Si les gouvernements civils modernes ne doivent pas appliquer le droit mosaïque, quel droit doivent-ils appliquer ? Celui émanant du Manifeste communiste ? Le droit islamique ? Les Vedas et les Upanishads de l’hindouisme ? Les Lois de Manu des bouddhistes ? L’Avesta des mazdéens ? Les Analectes confucéens ? Car la question est sérieuse et est toujours la même : Où est la norme ? By which standard ? Comme m’a dit le pasteur de mon église locale : Si on veut ignorer l’A.T. et mobiliser uniquement le N.T., comment traiter la bestialité et l’invocation des morts, qui ne sont proscrites que par l’A.T. ?

    {3} Principe d’accommodation

    Classiquement, dans les débats théonomistes–versus–piétistes, les théonomistes insistent sur les principes généraux, tandis que les piétistes insistent sur la casuistique. Ces derniers sortent des citations pointues et téméraires pigées dans les écrits de Greg Bahnsen ou Gary North pour avancer que la théonomie ne permet aucune flexibilité et adaptabilité des commandements révélés. C’est un malentendu malheureux.

    Pierre Courthial affirme que « la casuistique a besoin d’être restaurée, réformée, sans cesse
    mise-à-jour » (Le jour des petits recommencements, p. 233), ce qui implique assurément une adaptation des règles au contexte. Jean-Marc Berthoud affirme qu’« une transposition purement mécanique des lois bibliques n’est n’est ni souhaitable, ni possible. \ Le droit tenir compte […] des circonstances de temps et de lieu. […] Dans nos circonstances actuelles, il est impossible de transposer tel quel le droit biblique » (Apologie pour la loi de Dieu, p. 44 et 93).

    Concernant la théocratie, celle-ci est inévitable : la neutralité religieuse n’existe pas, tout pouvoir civil est forcément théocratique. Aujourd’hui en Occident, nous vivons dans un affreux mélange de théocratie laïciste, polythéiste et bientôt – sinon déjà – islamiste. Personnellement, j’ai énormément de mal à m’expliquer qu’un chrétien puisse prôner la théocratie païenne à l’encontre de la théocratie chrétienne. https://www.instagram.com/p/BLGO2x5jEHZ/

    Concernant la soi-disant « loi » du lévirat, Rousas Rushdoony explique dans son commentaire sur le Deutéronome qu’elle n’a jamais été liante et obligatoire pour le frère de l’époux trépassé (p. 418).

    {4} Gloses scribales sur des lois civiles

    La démarche du podcasteur est bien difficile à saisir ici : Est-ce que certains des passages du texte massorétique sont en réalité des ajouts postérieurs au texte original ? Si tel est le cas, alors les ajouts ne font pas autorité comme le reste du texte mais ont peut-être une valeur historique. Il n’y a pas de problème. (On pourrait similairement faire valoir que la péricope de la femme adultère – un texte phare de l’antinomisme – n’existe pas dans les plus anciens manuscrits de Jean 7 & 8.)

    Cordialement,
    Tribonien

    Post scriptum : Aurions-nous tord de dire que le podcasteur réduit la loi morale au Décalogue (à la minute 4:21) ? Et tord de dire qu’il divorce le Décalogue de la législation spécifique (à la minute 4:42 notamment) ?

    • Bonsoir !

      Merci pour vos remarques, frère. Voici les miennes, je commence par la fin :

      – Le Post-Scriptum : oui vous avez tort, et dans les deux cas. Désolé si cela provient d’un manque de clarté de ma part.

      4) Difficile de vous répondre, car je ne sais pas ce que vous appelez “texte original”. Dans le cas, disons, du Deutéronome, qu’appelez vous “texte original” ? Le “draft” de Moïse, où il s’exprime à la 1ère personne, ou les remarques éditoriales et autres clauses introductives (par ex. Deut. 31:1) ainsi que les ajouts postérieurs à sa mort (par ex. Deut. 33-34) ?
      Je n’ai aucun problème à accepter que les chapitres 33 et 34, manifestement ultérieurs à Moïse, soient inspirés, de même que des gloses et éditions scribales plus tardives. En matière de rédaction de l’Ancien Testament, il convient de distinguer les processus d’inscriptuation et de transmission. Les deux incluent une implication scribale ultérieure, mais seul le premier est inspiré. Je mentionne, par exemple, l’hypothèse d’ajouts de gloses explicatives à la loi sous Esdras, ce qui me semble attesté par le texte lui-même. C’est par ce distingo entre inscriptuation et transmission que l’on peut reconnaître comme pleinement inspirée des clauses comme “Abraham… partit d’Ur en Chaldée”

      3) Oui, je sais bien que ce que vous dites est vrai concernant Courthial ou Berthoud, mais reconnaissez que Bahnsen, que j’ai un peu parcouru, a plutôt tendance à rejeter le principe d’accommodation. Au fond, sur ce point, vous devriez vous réjouir de ma conclusion : je vais plutôt dans votre sens en suggérant qu’il nous faut établir les principes qui président à la conversion de commandements apodictiques en lois casuistiques. Je pense cependant que la tendance théonomiste est de flouter la frontière entre loi morale et loi civile, comme je le dis dans ce podcast.
      Contrairement à vous, je ne crois pas que les gouvernements actuels répondent à ce que l’on entend généralement par “théocratie”. Je ne suis pas spécialiste de la théologie politique, je sais que je m’aventure ici sur un terrain meuble pour moi, mais je maintiens le principe d’une distinction entre deux sphères. Le pouvoir Romain auquel Paul fait allusion en Romains 13 n’a rien d’une théocratie à ses yeux. Il demeure cependant “institué par Dieu”, bien que n’ayant aucune base théonomiste directe.
      Pouvez-vous m’indiquer la référence complète de Rushdoony que vous mentionnez ? J’aimerais prendre connaissance de ses arguments. La littérature comparative indique clairement le contraire de ce que vous affirmez dans votre réponse.

      2) Je ne cherche pas à « isoler l’AT » et à ne me focaliser que sur le NT. J’indique plutôt que la loi civile n’a jamais été exhaustive, ni au temps du gouvernement théocratique d’Israel, ni maintenant. L’argument de la cessation des dons liés à la révélation (j’y adhère) me parait aller dans mon sens : contrairement à Moïse, nous ne pouvons pas faire appel à une révélation spéciale pour faire lumière sur une situation où “ce que l’on doit faire n’a pas été révélé”. En conséquence, la loi civile ne suffit pas à elle seule, surtout si, comme je le pense, elle est spécifique à “l’Israël-en-Canaan.”

      1) Nous avons discuté de ce point sous un autre post. Je prendrai néanmoins le temps de lire les éléments que vous m’indiquez.

      Merci d’avoir pris le temps d’écouter ce podcast et d’avoir répondu à mes arguments !
      A bientôt
      Guillaume

      • Je vous remercie pour votre prompte réponse. Je poursuis en renvoyant toujours aux mêmes points du podcast.

        {1} Entendu.

        {2} Nous sommes visiblement dans une situation d’incompréhension réciproque quant à l’incidence du cessationnisme dans la conduite des affaires civiles ainsi que sur l’allégation d’insuffisance/non-exhaustivité des révélations bibliques se rapportant à la conduite des affaires civiles. J’ose toutefois reposer la question que les théonomistes adressent à leurs coreligionnaires non-théonomistes : À quelle norme le gouvernement civil doit-il se soumettre aujourd’hui ? Mein Kampf ? La Déclaration universelle des droits de l’Homme de l’ONU ? La question est sérieuse.

        {3} Nos conclusions sur le principe d’accommodation vont effectivement dans le même sens. Je dois admettre que du triumvirat reconstructioniste américain (Bahnsen–Rushdoony–North), Bahnsen est celui que j’ai le moins lu. Rejette-t-il le principe d’accomodation ? Il appert que non. Voici ce qu’il affirme dans « Theonomy in Christian Ethics » (préface de la 2e éd., p. XXIII à XXIV dans la 3e éd.) :

        « [A] combination of such factors has misled some to maintain that Theonomy, because it often speaks of our obligation to the exhaustive details of God’s law (“every jot and tittle”), cannot allow any change or advance over the Old Testament at any point, even by God Himself, and must follow without exception every single Old Testament precept strictly, literally (even the cultural trappings necessitate verbatim application), and without qualification or modification.

        These false depictions cannot be justified from a careful reading of the book. There are no fewer than seventy pages that refer to the progress of revelation and redemptive history, God’s right to change the law, exceptions to general continuity, laws which are laid aside, or advances over the Old Covenant. I mentioned “radical differences,” “legitimate and noteworthy discontinuities,” and laws which have “become obsolete.” […]

        [I]t is “the underlying principle (of which the case law was a particular illustration)” which “has abiding ethical validity.” We are not bound to the cultural details of flying axheads and rooftop railings, but to the principles about unpremeditated homicide and safety precautions, etc. »

        Et voici ce que Bahnsen écrit dans son ouvrage « By this Standard » (1re éd., p. 137-138) :

        « The Puritans termed these case-law applications of the Decalogue “judicial laws,” and they correctly held that we are not bound today to keep these judicial laws as they are worded (being couched in the language of an ancient culture that has passed away) but only required to heed their underlying principles (or “general equity,” as they called it). »

        Le vocable « théocratie » (theos = dieu, et kratos = pouvoir) est certainement applicable aux États progressistes & postmodernes occidentaux, dont la principale activité est certainement la promotion du paganisme sous toutes ses formes. Quoi qu’il en soit, la théonomie respecte la distinction entre la sphère ecclésiale et la sphère civile ; c’est même une de ses pièces maîtresses. Voir les p. 11 ss de ce document (en particulier les p. 16-18) : http://sentinellenehemie.free.fr/Theonomie_v3.0_100517.pdf

        Pour ce qui est de Romains 13, la doctrine théonomique considère que Romains 13 et les textes semblables sont des commandements « in abstracto » et non « in concreto ». Croire que Romains 13 visait à obliger les chrétiens du Ier siècle à reconnaître *spécifiquement* l’autorité de Néron et autres empereurs romains déments & déifiés ne concorde pas avec les autres données scripturaires. Romains 13 enseigne que l’office de la magistrature existe pour exercer la vengeance de Dieu dans la sphère civile. Un officier-magistrat sera donc légitime s’il fait exactement cela : exercer la vengeance de l’Éternel (et non le contraire, c-à-d répandre l’impiété de Satan). Il faut distinguer entre l’office et l’officiant, comme le faisaient Chrysostome et Rutherford : https://monarchomaque.org/2014/02/04/romains-13/

        Ce n’est pas car des individus parviennent à se hisser dans une position dite « d’autorité » d’un quelconque système politique qu’ils se retrouvent soudainement et mystérieusement auréolés de l’autorité absolue et sacrée de l’Éternel Tout-Puissant.

        « Malheur à ces législateurs qui font des lois injustes, et à ceux qui rédigent des décrets qui engendrent la misère. » (Ésaïe 10:1)

        « Pierre et les apôtres répondirent : Il faut obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes. » (Actes 5:29)

        « Ces gens [les chrétiens] qui ont bouleversé le monde sont aussi venus ici […] Ils agissent tous contre les édits de l’empereur en prétendant qu’il y a un autre roi, Jésus. » (Actes 17:6-7)

        Néron, Dioclétien, Licinius, Arbogast, Staline, Mao, Merkel, Macron et Trudeau ne sont pas plus des « autorités » légitimes au sens de Romains 13 que ne le sont Pharaon, Joram roi d’Israël, Ahazia roi de Judée, Jézabel ou Athalie.

        Voici la citation de Rushdoony à laquelle j’ai fait référence à propos de la loi du lévirat : « There was no compulsion to fulfill one’s levirate duty, as vv. make clear, but there was shame in the failure. » (Commentaries on the Pentateuch, Vol. 5 : Deuteronomy, Ross House Books, 2008, p. 418.)

        {4} Merci pour votre exposé en inscriptuation. Cependant, en quoi est-ce que les gloses scribales précisant les dispositions civiles révélées dans la loi mosaïque rendent invalides ou inopérantes l’ensemble des dispositions ainsi précisées ?

        • Voici davantage d’extraits d’ouvrages démontrant que Greg Bahnsen adhérait tout à fait au principe d’accommodation…

          – – – – – – – – – –

          Bahnsen on the division of Mosaic laws into those that bind all nations and those that don’t :

          « Theonomists maintain that the Mosaic code and regulations contain some items which are not based upon necessary moral principles, but rather God’s sovereign good pleasure; as such they are not binding in all ages and upon all cultures—items which must be distinguished and identified on the basis of Scriptural teaching. The other Mosaic regulations and precepts communicate God’s unchanging moral principles. » — Greg Bahnsen et Kenneth Gentry, House Divided : The Break-Up of Dispensational Theology, Institute for Christian Economics, p. 92-93.

          Bahnsen on the laying aside of laws regulating aspects of the land of Canaan :

          « With the coming and establishment of that kingdom typified by the « promised land, » and with the removal of special kingdom privileges from the Jews by Christ, the laws regulating aspects of the land of Canaan (for example, family plots, location of cities of refuge, the levirate institution) have been laid aside in the New Testament as inapplicable. » — Greg Bahnsen, By This Standard : The Authority of God’s Law Today, Institute for Christian Economics, p. 6.

          Bahnsen on not being bound to the unique cultural details of the Mosaic law, but the underlying moral principles :

          « The [Westminster] Confession teaches us, not that the judicial laws were abrogated, but rather that they « expired » due to the expiration of Israel as a « political body. » When the particular political body for which they were worded passed away, the literal wording or specific form of the judicial laws was put out of gear. Only the underlying principle (« equity ») of those historical illustrations continues to be obligatory. » — Greg Bahnsen, « The Westminster Assembly and the Judicial Law, » Penpoint (Covenant Media Foundation), Vol. 4, No. 7, octobre 1993.

          In short, for Bahnsen, the judicial law of Moses does and does not apply today, depending on certain factors : in some cases, it doesn’t apply at all ; in other cases, it doesn’t necessarily always apply in its particular wording, but it does apply in all settings in its underlying moral principles. And still in other cases, it applies in its particular wording, to the extent the wording is not particular to Israel, but relevant to all nations.

          – – – – – – – – – –

          Et comme le démontre, citations à l’appui, mon ami Steve Halbrook (auteur de « God is Just »), les théologiens Rousas Rushdoony et Gary North promouv(aient) également le principe d’accomodation : https://theonomyresources.blogspot.ca/2015/03/proof-that-modern-theonomy-advocates.html

        • Désolé Clément, j’ai tardé à vous répondre.

          (1) Problème résolu 🙂

          (2) La loi qui lie tout individu, qu’ils soient chrétiens ou non, est morale par essence. Il s’agit de commandements intemporels, d’absolus moraux. Je sais que nous sommes d’accord sur ce point. Je précise à nouveau ma critique contre le théonomisme, au cas où elle n’était pas claire : j’estime que le théonomisme atténue, voire supprime, la frontière entre loi morale et loi civile. La première est intemporelle, absolue, éternelle, on ne peut la modifier ni l’accommoder. La seconde est contextuelle, temporaire, casuistique, non exhaustive, et sujette à adaptation.

          (3) Ok pour le principe d’accommodation, et ok si Bahnsen l’accepte par ailleurs. Encore une fois, je ne suis pas spécialiste de ce débat, et d’avance je tiens à m’excuser si j’ai mal présenté la position de tel ou tel. Il n’en demeure pas moins que la nature et l’étendue de cette « accommodation » et sujette à discussion. Par manque de temps, je suggère que nous n’ouvrions pas ce débat tous les deux, mais je suppose que vous n’accepterez pas mon avis sur le sujet, à savoir que l’ensemble des commandements casuistiques de la loi civile sont sujets à accommodation (y compris, par exemple, en matière de peine capitale).

          (4) Ces gloses scribales indiquent que le principe d’adaptation, d’accommodation, voire de modification des commandements casuistiques est intégré par les auteurs inspirés et, de mon point de vue inerrantiste, avalisé par Dieu. Le plus intéressant, à mon sens, c’est que ces gloses adaptent la casuistique à un contexte plus tardif, post-exilique, mais qui demeure un contexte mosaïque. Et puisque l’adaptation se produisait déjà au sein d’une même alliance, à combien plus forte raison devrait elle être d’actualité dans une alliance radicalement différente…

          • Je poursuis l’exercice avec beaucoup de retard moi aussi.

            {1} Réglé.

            {2} Nous nous rejoignons sur le fait qu’il y a y des lois immuables et d’autres qui sont temporaires. Mais peut-on dire que la théonomie supprime la frontière entre loi morale et loi civile ? Le bipartisme n’est pas un élément incontournable de la théonomie (même si c’est plus cohérent de l’articuler avec le bipartisme qu’avec le tripartisme). Jean Calvin, par exemple, était à la fois théonomiste et tripartiste.

            Quant aux théonomistes bipartistes, ils disent en fait que « la » (ou plutôt les) loi(s) civile(s) ne forment pas un bloc indépendant et inséparable. Les bipartistes estiment que les lois civiles rattachées à la loi cérémonielle sont expirées (hormis leur équité commune, le cas échéant), tandis que les lois civiles rattachées à la loi morale sont maintenues. Le nombre de ces lois morales–civiles serait d’environ 150 (sur 613) dans le Pentateuque (Kenneth Kitchen, Grand Dictionnaire de la Bible, p. 1070).

            {3} C’est vrai que l’étendue de l’accommodation est sujette à discussion. Ça fait même l’objet de débats dans les cercles théonomistes (en matière de taxation étatique, par exemple). Le mouvement reconstructioniste n’est pas monolithique. Je crois, avec Jean-Marc Berthoud, que la théonomie autorise des divergences d’opinion importantes en matière de casuistique biblique.

            {4} Je suis d’accord, sous réserve de la nuance que s’il est vrai que Dieu avalise l’adaptation des commandements au contexte historico-géographique, les gloses inspirées de l’A.T. sont plus probantes que l’exégèse juridique qu’on peut faire aujourd’hui, car ces gloses anciennes sont inerrantes tandis que notre exégèse moderne ne l’est pas. Mais je ne vois toujours pas en quoi cela réfute la théonomie. Cela ne fait que… l’affiner.

  • dan

    L’essence du judaïsme, qui est la racine du christianisme, est la connaissance et le respect de la Loi.
    Fondamentalement, qu’est-ce que la loi ? Quel est son but ? À quoi s’oppose-t-elle ? Qu’est-ce qui différencie l’approche de Jésus de celle des Pharisiens (devant ses accusateurs Jésus affirme notamment que l’Écriture ne peut être anéantie) ?

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