Peut-on diviser la loi en trois catégories, ou est-ce une erreur qu’il faut rejeter ?

S’il est une doctrine “réformée” objet de controverses, c’est bien celle de la division tripartite de la loi. Nous sommes régulièrement sollicités afin de justifier notre position en la matière, et nous ne l’avons jamais fait sur ce blog jusqu’alors. Nos amies Elodie Y. et Julie-Claire L. se posant la question de manière insistante à mesure qu’elles étudient l’épître aux Galates, nous avons enfin décidé de prendre la plume. Cet article leur est dédié. 🙂

Nous commencerons par examiner une idée reçue : celle que la division tripartite de la loi serait une construction dogmatique du Moyen Âge tardif. Nous rappellerons ensuite que “la loi” peut désigner différents concepts, en particulier dans le Nouveau Testament. Enfin, nous proposerons quelques-uns des arguments qui nous conduisent à retenir une telle division de la loi.

 

 

1- La division tripartite n’est pas une construction Thomiste

Selon Don Carson et Richard Bauckham, la division tripartite de la loi “n’existait probablement pas avant Thomas d’Aquin”. (1) Nous ne sommes cependant pas du même avis, et nous pensons que plusieurs exemples historiques militent contre cette position.

 

Un antécédent contemporain à d’Aquin

Vingt ans avant que la Somme théologique ne commence à être diffusée, Jean de la Rochelle distinguait déjà les aspects moraux, cérémoniels, et judiciaires de la loi dans un traité qui était certainement connu de Thomas d’Aquin. (2) Preuve s’il en est que cette doctrine n’est pas une invention thomiste.

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La distinction rabbinique entre commandements “légers” et “lourds”

Sans constituer un précédent direct à la division tripartite, la distinction entre commandements “lourds” et “légers” ou celle entre les 613 mitsvots témoignent d’une forme traditionnelle de catégorisation des ordonnances du Pentateuque. La tradition rabbinique ne considère donc pas la loi comme une unité indivisible et ouvre la porte à un processus de subdivision.

 

La patristique et le principe d’une segmentation de la loi

Dans sa discussion sur la loi, d’Aquin s’appuie très largement sur Augustin (Contra Faustum Manichaeum, X.2) qui distingue très clairement entre l’usage cérémoniel (qu’il appelle “symbolique”) et moral de la loi. Il est également très probable qu’une telle distinction existait chez Justin Martyr, Origène, Irénée, Clement d’Alexandrie, et Tertullien. (3)

En conséquence, il parait difficile d’attribuer à Thomas d’Aquin la paternité de la division tripartite de la loi. On notera néanmoins l’influence de son argumentation sur les théologiens ultérieurs, notamment Calvin.

 

 

 

2- “La loi” : un terme qui recouvre plusieurs sens

Il faut également noter la “plasticité” du concept de loi, qui recouvre différents sens dans les Ecritures, comme l’indiquent les quelques exemples ci-dessous :

  • Une période historique : c’est probablement ce que Paul a en tête en Galates 3:23–21.
  • Tout l’Ancien Testament : en 1 Cor. 14:21, Paul cite Esaïe 28:11–12 mais localise sa source dans “la loi”. Nous utilisons nous aussi un même procédé métonymique lorsque nous parlons d’Ancien Testament : un élément du corpus de livres sert alors à qualifier l’ensemble. Cette identification est importante en 1 Cor. 14, car Paul l’utilise un peu plus loin dans un passage très controversé (1 Cor. 14:34), probablement en référence à l’ordre créationnel.
  • Les “livres de Moïse” : lorsque Jésus utilise l’expression “la loi et les prophètes” pour désigner l’ensemble de l’Ancien Testament (Matt. 5:17 ; 7:12), il se réfère d’une part au Pentateuque et de l’autre au corpus prophétique. Voir aussi Luc 24:44 ; Jean 1:45 ; Rom. 3:21.
  • L’intégralité du système législatif : c’est probablement à la loi tout entière que Paul fait référence dans son témoignage aux Philippiens (Phil. 3:5, 6, 9) et dans sa défense devant Festus (Actes 25:8).
  • Une partie du corpus légal seulement : au jeune homme riche, Jésus présente “les commandements” mais semble les limiter aux deux tables de la loi (Marc 10:19) ; lorsqu’il échange avec un docteur de la loi, son appel à la torah est immédiatement compris comme une référence à des commandements “apodictiques” (=“universels”, “absolus”; cf. Luc 10:25–28) ; de même, en Romains 2–7 et dans l’épître aux Hébreux, il est peu probable que “la loi” désigne l’intégralité des commandements du système mosaïque ; enfin, en Eph. 2:15, “la loi des ordonnances dans ses prescriptions” que Christ “anéantit” fait très probablement référence aux commandements céremonniels de la loi.

 

Certes, de nombreuses difficultés divisent les spécialistes. Par exemple, comment comprendre l’expression “oeuvres de la loi” (Rom. 3:27–28 ; Gal. 2:16; 3:2–5, 10) ? Autre exemple : l’articulation du motif de la loi dans l’épître de Jacques, qui semble pointer vers une multitude de sens. (4)

 

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Ces difficultés doivent être gardées à l’esprit, mais elles ne s’opposent pas à une entreprise de catégorisation des commandements.

 

 

 

3- La loi n’est pas un bloc monolithique

En rejetant le principe d’une division tripartite de la loi, la plupart des défenseurs du dispensationnalisme et de la théologie de Nouvelle Alliance militent pour une compréhension monolithique de la loi. C’est l’une des raisons pour lesquelles Le Bon Combat continue de défendre une approche plus traditionnelle des alliances bibliques.

 

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La taille de cet article ne nous permet pas d’aborder l’ensemble des arguments en faveur de la division tripartite. Nous nous bornerons à en lister les principaux.

 

Jésus accepte le principe d’une subdivision de la loi

En acceptant la priorité de certains commandements par rapport à d’autres (Luc 10:25–28 ; cf. Matt. 22:34–40; Marc 12:28–34), Jésus reconnaît une forme de catégorisation des commandements.

Walter Kaiser estime que celle-ci s’enracine dans la priorité accordée aux “commandements de miséricorde” sur ceux règlementant les sacrifices (Osée 6:6 ; Jer. 7:21–23; Mich. 6:8 ; 1 Sam. 15:22–23 ; Ps. 51:17). Selon lui, ces fréquents appels témoignent d’une “priorité délibérée dans le classement des injonctions légales données par Moïse”. (5)

 

Le Nouveau Testament dans son ensemble affirme l’obsolescence d’une partie de la loi

C’est l’un des sujets les plus controversés : lorsque Jésus déclare être venu pour “accomplir” et non pour “abolir” la loi (Matt. 5:17–20), veut-il dire que tout ou partie de celle-ci demeure ? Ou bien veut-il dire que cette “ancienne” loi est remplacée par une “nouvelle” qui serait bien meilleure ?

Pour Don Carson et les théologiens de la Nouvelle Alliance, c’est la seconde option qui est la bonne. Selon lui, “Jésus a accompli les prophéties de l’Ancien Testament en sa personne, et de même il a accomplit les lois de l’Ancien Testament par son enseignement”. (6) Son commentaire sur ce point, peu détaillé d’un point de vue exégétique, a fait l’objet de vives critiques (7) mais est généralement accepté sans réserve par les tenants de la théologie de la Nouvelle Alliance.

Il parait cependant improbable que Jésus introduise une nouvelle forme de loi dans le Sermon sur la Montagne. Tout d’abord, on comprend mal comment un tel ”accomplissement” pourrait s’opérer sans qu’une certaine forme d’abolition en soit la conséquence. Or, c’est exactement contre cette compréhension que Jésus s’exprime. D’autre part, le Sermon sur la Montagne s’inscrit dans la perspective du Royaume des cieux (v. 19), un thème qui implique une certaine continuité entre l’Ancien et le Nouveau Testament.

Enfin, ces enseignements s’inscrivent dans le contexte d’une polémique à l’encontre des scribes et les pharisiens (v.20) dont la tradition interprétative de la loi est régulièrement dénoncée dans Matthieu (“observez tout ce qu’ils vous disent ; mais n’agissez pas selon leurs œuvres”, Matt. 23:3). Les pharisiens, en effet, utilisaient la “tradition des anciens” comme le principe herméneutique fondamental s’appliquant à la loi mosaïque et fonctionnant comme un supplément à celle-ci. (8) Or, les six antithèses de Matthieu 5 semblent justement faire référence à cette tradition plutôt qu’à la loi elle-même (“vous avez entendu qu’il a été dit aux anciens”, Matt. 5:21). En d’autres termes, Jésus n’introduit pas une nouvelle loi dans le Sermon sur la Montagne, mais il rétablit plutôt l’esprit originel de la loi mosaïque. (9)

Christ, donc, n’abolit pas la loi dans son caractère moral. Par contre, son attitude contre d’autres aspects de la loi parait davantage en ligne avec une volonté “d’abolir”. Par exemple, l’affirmation que “ce n’est pas ce qui entre dans la bouche qui souille l’homme; mais ce qui sort de [sa] bouche” (Matt. 15:11) contraste avec les règles alimentaires de Lév. 11. C’est probablement ce qui est en jeu lorsque Paul parle de l’abolition de “la loi des ordonnances dans ses prescriptions” (Eph. 2:15) qui séparait juifs et païens. Selon Paul, juifs et païens percevaient la moralité de Dieu au travers de la révélation générale (cf. Rom. 2:14–15) ; si donc un mur de séparation légale s’érigeait entre les deux, c’était bien celui des ordonnances cérémonielles mettant à part le peuple juif au sein des autres nations.

C’est également sur cette base que Paul a la liberté d’affirmer dans un même verset que la circoncision —un commandement— n’est “rien”, tandis que l’observation des commandements est “tout” (1 Cor. 7:19). Sans “distinction entre loi et loi”, ce passage n’a plus aucun sens.

 

Deutéronome 4 : différentes sphères d’application de la loi

De nombreux autres arguments mériteraient d’être abordés dans cet article. Nous nous bornerons à interagir avec Deut. 4, un passage qui a retenu l’attention de nombreux avocats de la division tripartite à commencer par Thomas d’Aquin lui-même. (10) L’approche essentiellement lexicographique de ce dernier nous parait difficile à défendre, mais nous notons avec lui que différents champs d’application de la loi sont mentionnés ici.

Il convient tout d’abord de noter la place spéciale que le Deutéronome accorde aux dix commandements : ils étaient écrits du doigt de Dieu et fonctionnaient comme des documents d’alliance (Deut. 4:13 ; 5:22), ils devaient être appris par coeur (Deut. 5:1), et ils avaient été proclamés à haute voix par Dieu depuis le mont Horeb, contrairement aux autres commandements, de sorte que le peuple avait pu les entendre (Deut. 5:22). De plus, Deut. 4:13-14 établit un contraste entre les dix commandements directement donnés par Dieu au peuple et ceux transmis par l’intermédiaire de l’enseignement de Moïse.

L’un des aspects les plus intéressants de ce texte concerne les sphères d’applications de ces lois. Les dix commandements, donnés à Horeb, exigeaient une observance immédiate, mais les règles enseignées par Moïse visaient une application spécifique “dans le pays” dont les Israelites d’apprêtaient à prendre possession (Deut. 4:14). Celles-ci ne pouvaient pas se référer aux régulations cérémonielles qui, centrées autour du tabernacle, étaient déjà en service dans le désert. Ces commandements semblent plutôt se référer à des règles étatiques, certaines portant directement sur la conquête à venir (cf. par ex. Deut 7:1-26), ou à des applications locales de régulations cultuelles (Deut. 12:21).

Il nous parait difficile d’en dire beaucoup plus dans un article de cette taille, une discussion individuelle de certains commandements deuteronomistes serait cependant souhaitable. Néanmoins, nous notons que Deut. 4 établit une distinction entre les dix commandements et ceux s’appliquant à une législation “dans le pays”. Implicitement, les règles cultuelles centrées autour du tabernacle sont elles aussi mises à part, de sorte qu’une division tripartite de la loi semble constituer l’arrière-plan des paroles de Moïse ici.

 

 

Conclusion : “l’oeuvre de la loi gravée dans le coeur”

Nous conclurons par les propos énigmatiques de Paul en Rom 2:14-15 :

Quand les païens, qui n’ont point la loi, font naturellement ce que prescrit la loi, ils sont, eux qui n’ont point la loi, une loi pour eux-mêmes; ils montrent que l’œuvre de la loi est écrite dans leur cœur, leur conscience en rendant témoignage, et leurs pensées s’accusant ou se défendant tour à tour.

Quoi que Paul ait eu en vue ici, il est évident qu’une partie de la loi, ou plutôt de l’oeuvre de la loi, est écrite dans le coeur de l’homme naturel. Là encore, l’idée d’une loi monolithique, indivisible, donnée à Israël en Horeb, ne fait aucun sens. Il semble qu’au moins une partie de la loi peut être connue en dehors de la révélation du Sinaï. C’est sans doute pour cela qu’Abraham est réputé avoir observé les ordres, les commandements, les statuts, et les lois de Dieu (Gen. 26:5).

Il existe une loi morale, absolue, dont les fondements sont éternels et l’expression créationnelle. C’est à cette loi que Paul fait référence en Romains 2:15, et c’est vers elle que pointent les dix commandements.

 

 

Notes et références

(1) Don Carson, “Matthew” dans Frank E. Gaebelein and J. D. Douglas, The Expositor’s Bible Commentary: With the New International Version of the Holy Bible. Vol. 8, Matthew, Mark, Luke (Grand Rapids: Regency Reference, 1984), 143.

(2) Voir Stephen J. Casselli, “The Threefold Division of the Law in the Thought of Aquinas,” Westminster Theological Journal 61 no. 2 (Fall 1999): 199.

(3) Pour approfondir cette discussion sur la division de la loi chez les Pères, voir O. M. T. O’Donovan, “Towards An Interpretation Of Biblical Ethics,” Tyndale Bulletin 27 (1976): 59 ; Christopher J. H. Wright, Walking in the Ways of the Lord : The Ethical Authority of the Old Testament (Downers Grove, Ill.: InterVarsity Press, 1995), 93.

(4) Mark Taylor, spécialiste de l’épître de Jacques, nous confiait récemment que l’un de ses étudiants les plus capables s’était lancé dans une recherche doctorale sur les différents niveaux de loi dans Jacques. Devant la complexité de la tâche, celui-ci a renoncé au bout de quelques mois…

(5) Walter C. Kaiser, “God’s Promise Plan and his Gracious Law,” Journal of the Evangelical Theological Society 33 no 3 (1990): 291

(6) Carson, “Matthew”, op. cit, 62.

(7) Voir notamment celle de Greg Welty, “Eschatological Fulfillment and the Confirmation of Mosaic Law (A Response to D. A. Carson and Fred Zaspel on Matthew 5:17–48),” accessible ici.

(8) Stephen Westeholm, “Pharisees” dans Joel B. Green et Scot McKnight, eds., Dictionary of Jesus and the Gospels (Downers Grove, IL: InterVarsity Press, 1992).

(9) Cette interprétation est parfaitement cohérente avec les exigences du Royaume : une justice qui dépasse celle des scribes et des pharisiens (v.20). Elle explique également pourquoi certaines antithèses ne semblent pas se référer directement à la loi mosaïque (par ex. Matt. 5:33, 43) : si c’est la “tradition des anciens” qui est visée, les expansions et autres transformations prennent tout leur sens. Si par contre c’est à la loi mosaïque que Jésus fait référence, comme le pense Carson, alors ces antithèses deviennent difficiles à expliquer.

(10) Thomas d’Aquin, Summa Theologica I-II. 99. 3-4.

 

 

 

 

 



Guillaume Bourin est le fondateur du blog Le Bon Combat et l'un de ses administrateurs. Il est titulaire d'un master en théologie (M.Div.) et d'un autre en Ancien Testament (Th.M.) obtenus à la faculté Southwestern Baptist Theological Seminary (Fort Worth, USA).


  • Bonsoir, Guillaume, cette séparation tripartite de la loi est ce que je crois depuis des lustres, pourtant je ne suis pas de tradition réformée. Il est vrai que je suis né après Thomas d’Aquin, mais j’avoue que je ne l’ai jamais lu … (Une lacune ?)

    – La loi morale, il est évident qu’elle est éternelle, elle est l’expression de ce que Dieu est,
    – Les lois judiciaires, cela me semble être le code spécialement conçu pour le peuple d’Israël sous le régime de la théocratie. Plus tard, Paul nous enjoint bien d’être soumis aux lois du pays, pour peu que celles-ci n’enfreignent pas les commandements divins, donc sa loi morale.
    – les lois cérémonielles (fêtes, temple, sacrifices, pureté rituelle…), c’est clair qu’elles sont accomplies entièrement dans le sacrifice de Christ, dont elles étaient une préfiguration. « Tout est accompli » !

    Guillaume, si tu le souhaites, j’aurais un article perso sur la loi du talion à te proposer, qui illustrerait bien ces différences. Si ça t’intéresse, écris-moi un petit mail, sinon je ne saurais pas comment te le faire parvenir. En toute liberté, quitte à ce que tu ne le retiennes pas s’il ne te convenait pas.

    Désolé, mon petit castor est très (trop) présent sur ton site ces derniers jours : c’est que vous abordez des sujets inspirants ! Mais je ne veux pas agacer : sens-toi libre d’effacer ce que tu trouves être de trop ! 🙂 pourquoi.je.vis@free.fr

  • Jonathan

    Une petite salve amicale 🙂

    1. Invoquer un autre théologien du 13ème (Jean De la Rochelle) n’avance pas vraiment à grand-chose. Que ce soit Thomas d’Aquin ou un autre, le coeur de la critique est que cette division tripartite formelle date du 13ème siècle.

    2. On ne nie pas que les différentes lois puissent être catégorisées et réparties en différents types. On peut évidemment procéder à une classification utile permettant d’analyser le rôle, la fonction et la portée de chaque loi particulière. Ce qui est rejeté, c’est la distinction formelle qui est faite pour ensuite servir de base artificielle à des constructions théologiques illégitimes. Les Pères distinguaient les différents types de lois d’un point de vue purement pratique et didactique, jamais ils ne postulent de distinction « formelle » ou ne nient le caractère monolithique de la loi mosaïque.

    3. Ce qui relie les lois à portée morale de la loi mosaïque, la loi naturelle inscrite dans le coeur de l’homme et la « loi royale » du NT, c’est leur source commune : le caractère de Dieu. Il est logique que certaines lois à portée morale dont l’applicabilité est universelle se retrouvent dans les diverses législations bibliques. La continuité réside dans leur origine commune et la validité éternelle de certains principes, nul besoin de subdiviser la loi sinaïtique et d’y trouver un référent normatif direct.

    4. Remarquons que ni le NT ni l’AT n’enseignent explicitement cette division tripartite, la loi mosaïque est systématiquement considérée comme un tout. Il faut s’appuyer sur le genre d’inférences présenter dans l’article pour parvenir à cette idée. Est-ce légitime ?

    5. Un passage comme 1 Cor 9:20-23 cadre-t-il avec cette tripartition ?
    « Avec les Juifs, j’ai été comme Juif, afin de gagner les Juifs; avec ceux qui sont sous la loi, comme sous la loi (quoique je ne sois pas moi-même sous la loi), afin de gagner ceux qui sont sous la loi; avec ceux qui sont sans loi, comme sans loi (quoique je ne sois point sans la loi de Dieu, étant sous la loi de Christ), afin de gagner ceux qui sont sans loi. »

    Il faut introduire tout un tas de présuppositions complètement étrangères au texte pour le faire conformer à la conception tripartite. Une lecture prima facie de ce genre de versets cadre infiniment mieux avec d’un côté, une loi mosaïque monolithique entièrement abrogée, et de l’autre une « loi de Christ » distincte et nouvellement promulguée (bien que partageant certains principes moraux/spirituels immuables).

    [L’interprétation du Sermon sur la montagne qui est avancée est bien sûr largement contestée par nombre de théologiens, mais le temps me manque…]

    • Hey,

      Je ne vois pas ton commentaire apparaître, ni dans les spams de DISQUS, ni sur le blog. Tu l’as supprimé?
      En Christ,
      Guillaume

      Le Bon Combat
      “J’ai combattu le bon combat… j’ai gardé la foi” (2 Tim. 4:7)

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      • Jonathan

        Hey Guillaume,

        Ah bon…
        Non, je n’ai rien supprimé du tout… ça doit être un bug.

        • C’est bon nous voyons ton commentaire. Guillaume devrait répondre bientôt 🙂

    • Nos réponses !

      1- Nous ne nous contentons pas d’invoquer Jean de la Rochelle : nous mentionnons les Pères qui faisaient une distinction entre différentes catégories de la loi. Certes, ils n’avaient pas une doctrine clairement développée comme celle de d’Aquin, mais ils ne considéraient pas la loi comme un ensemble monolithique, comme la NCT le fait.

      2- Dire que les Pères ne procèdent pas par un système de distinction formelle est faux : lis les références vers lesquelles nous renvoyons en note de bas de page (Donovan et Wright) : eux aussi raisonnaient en terme de catégories de continuité-discontinuité. Je le répète : Thomas d’Aquin estime s’appuyer sur Augustin.

      3- D’accord avec la première partie de ton argument. Le problème est que les dix commandements, cette loi « mise à part » en Deut. 4 ne contient que des commandements moraux… sauf bien sur le sabbat selon toi, mais là encore l’on a affaire un principe créationnel qui est antécédent aux régulations mosaïques… Difficile de le rendre caduque sous prétexte que l’on aurait changé de dispensation. Dans tous les cas, les absolus moraux sont tous reliés à la création, et tous inscris dans une “oeuvre” de Dieu connectée à ses décrets éternels.

      4- On pense justement que l’enseignement est explicite, assumé par tous. D’où cet article !

      5- Oui, cela cadre avec un tel passage si le sens du mot nomos (loi) est bien pris en compte. Ceux qui sont “sous la loi” ici sont les juifs, ceux qui observent encore l’alliance mosaïque dans son ensemble. Tout simplement.

      Nous terminons en rappelant qu’il faut un présupposé identique à celui que tu nous reproches pour adhérer à la NCT. Une “nouvelle loi” introduite par Christ violerait le principe des absolus moraux, introduirait une variation dans la personne de Dieu, remettrait en question l’argument ontologique, etc. Ce sont tout de même de sacrés présupposés dogmatiques !!

      • Jonathan

        Merci pour ta réponse 🙂

        1) et 2) Mais c’est exactement ce qui est contesté, répéter l’argument ne suffit pas. Aucun des Pères que tu cites ne s’adonne à une subdivision *formelle* de la loi mosaïque. Ce sont des hiérarchisations/classifications didactiques qu’un théologien de n’importe quel camp peut faire (y compris Disp/NCT/catho/luthérien) à propos de la fonction et du rôle de chaque type de commandement. Effectuer une taxonomie des lois particulières n’équivaut pas à faire une division formelle de la loi sinaïtique.

        3) J’avoue ne pas saisir en quoi cela dément l’objection. L’argument était de dire que le référent *ultime* se trouve dans le caractère de Dieu reflété dans les diverses législations bibliques, et non pas dans une codification particulière promulguée à une étape temporaire du scénario rédemptif. Raison de plus pour que ces absolus moraux soient antécédents à la loi mosaïque, ce n’est pas un problème mais un élément concordant. Et personne ne dit que ces impératifs moraux immuables seraient en eux-mêmes devenus obsolètes, mais simplement que le référent normatif direct n’est plus la loi mosaïque.

        5) Donc comme je le disais dans ma remarque, il faut bien introduire subrepticement ces distinctions absentes du texte lui-même. Tu sais tout comme moi qu’en dehors des théologiens du camp CT, la grande majorité des biblistes actuels contestent cette interprétation, donc je trouve un peu facile de balayer ça d’un revers de la main en donnant l’impression que ce serait une critique inoffensive.

        Étrange objection dans ton dernier paragraphe. Cette loi de Christ reste basée sur le même référent immuable, à savoir le caractère de Dieu — il n’y a pas de ‘variation’ dans les principes eux-mêmes mais uniquement dans leur modalité particulière selon leur contexte rédemptif. Les absolus moraux éternels contenus dans les diverses législations bibliques sont préservés tout au long de l’histoire de la rédemption.

        • Je commence par la fin !

          5) La grande majorité des biblistes évangéliques actuels sont dispensationalistes et contestent en effet la division tripartite. NCT, dans un certain sens, leur emboîte le pas. Néanmoins, et on le voit dans débats connexes récents (par ex., Trinité et Genre et les réactions des uns et des autres autour de EFS), peu d’attention est accordé aux discussions historico-théologiques et aux erreurs du passé. La division tripartite est définie aussi précisément dans ce contexte scolastique. C’est ce que j’essaie de dire dans le dernier paragraphe que tu trouves étrange : toute « évolution » des absolus moraux implique une variation, surtout si dans le sermon sur la montagne Jésus enseigne que “sa loi” accomplit “l’ancienne loi”. Je crois que les absolus moraux ont été préservés dans la “heilsgeschichte”, comme tu le dis, mais si je suis la logique d’un Carson ou d’un Zaspel, leur exigence est plus grande dans la loi de Christ, des ordonnances créationnelles n’ont plus lieu d’être, etc… Dire que cela ne constitue pas une variation me surprendra toujours.

          3) Je crois que nous sommes pas d’accord sur la nature du monde parfait créé par Dieu : ce n’est pas une simple étape particulière du scénario de rédemption. Dieu marque son empreinte sur le monde créé. Le principe d’un jour de repos reflète son oeuvre créatrice (le 4ème commandement selon Ex. 4) et son oeuvre rédemptrice, de délivrance (le 4ème commandement selon Deut.5). Là encore, une variation de “modalité” ne me satisfait pas. Même en admettant ton point de vue sur la création, il apparait que le sabbat est un élément transversal à plusieurs dispensations successives : il n’est pas limité à l’alliance Mosaïque. Pourquoi, sous la Nouvelle Alliance, ce principe n’existerait-il plus ?
          Je ne suis pas systématicien, mais j’avoue que l’idée de variations de modalités me plait : le sabbat dans l’alliance mosaïque n’est pas vécu de la même manière que dans l’alliance de la création (à laquelle tu ne crois pas !). Mais si on l’efface purement et simplement de la nouvelle alliance, ou si on en limite l’existence à sa portée typologique/eschatologique, on introduit ici encore une variation qui va bien plus loin qu’un simple mode d’application.
          Quand tu dis “personne ne dit que ces impératifs moraux immuables seraient en eux-mêmes devenus obsolètes, mais simplement que le référent normatif direct n’est plus la loi mosaïque », je dis amen ! Je ne vois pas en quoi la TA s’oppose à cela.

          1) et 2) Je ne vois pas pourquoi la division d’Augustin et des autres cités ne serait pas formelle ! Je pense que l’on discute en l’air, ici. Il faudrait prendre chaque texte patristique et le discuter. Dans tous les cas, ce ne serait bien sur pas décisif, mais force est de constater que le principe d’une subdivision de la loi ne commence pas avec d’Aquin, contrairement à ce que Carson et Bauckham laisse entendre. Il est même attesté avant la période patristique, d’après moi

          Pour finir : je trouve que tu ne réponds pas sur le fond aux arguments de cet article. Quid du sermon sur la montagne? Quid de Deut. 4? Quid de 1 Cor 7:19? Que comprendre de ces passages?
          J’en profite pour t’inviter à répondre de manière plus complète, si tu le souhaites : on te laisse la plume sur un ou plusieurs articles, frère, tu es le bienvenu !

          Que Dieu te fasse du bien.

          • Jean-Baptiste Calvin

            Ai-je péché en travaillant le dimanche?

          • Francine

            Non, mais n’oubliez pas de donner votre dîme (nous avons des solutions en ligne, si vous ne pouvez pas venir au culte).

          • Nope. Est-ce juste de l’humour ou un vrai argument sur lequel vous attendiez une réponse?

          • Jean-Baptiste Calvin

            Ce n’est pas un argument, mais plus une tentative de comprendre votre position.

            Comment appliquer, sous la nouvelle alliance, le quatrième commandement de la loi, Souviens-toi du jour du repos, pour le sanctifier. Tu travailleras six jours, et tu feras tout ton ouvrage. Mais le septième jour est le jour du repos de l’Eternel, ton Dieu: tu ne feras aucun ouvrage, ni toi, ni ton fils, ni ta fille, ni ton serviteur, ni ta servante, ni ton bétail, ni l’étranger qui est dans tes portes. Car en six jours l’Eternel a fait les cieux, la terre et la mer, et tout ce qui y est contenu, et il s’est reposé le septième jour: c’est pourquoi l’Eternel a béni le jour du repos et l’a sanctifié. (Ex20.8-11), si les chrétiens doivent obéir aux dix commandements, comme étant la loi dans son caractère moral ?

          • Je ne pense pas qu’il s’agisse de transposer les 10 commandements tels quels. Les dix commandements sont un résumé de la loi morale communiquée à Israël dans le cadre de l’alliance mosaïque. Notez que j’ai mentionné qu’en Deut. 4, les deux tables fonctionnent comme des documents d’alliance.
            Ainsi formulés, ils servent spécifiquement à l’alliance mosaïque, ils sont appliqués au peuple d’Israël tout en conservant leur valeur universelle, liant le monde entier. Regardez d’ailleurs les deux listes (Ex. 20, Deut. 5) : le sabbat n’y est pas justifié de la même façon. Si c’est l’ordre créationnel qui est mentionné en Ex. 20, c’est la délivrance d’Egypte qui est indiquée en Deut. 5.
            D’autre part, la loi morale ne se limite pas au 10 commandements : encore une fois, il s’agit juste du résumé, ou de l’arborescence de l’a loi.
            Pour répondre à votre question : appliquer le 4ème commandement requiert de bien comprendre le principe intemporel, l’absolu que ce commandement encadre => il y a un jour pour Dieu mis à part depuis le début de la création. C’est Dieu lui-même qui l’a établit, et il le donne en Israël comme 1) un rappel de son oeuvre créatrice et 2) comme un mémorial de cette grande rédemption qu’il a accomplit au moment de l’Exode (Deut. 5).
            Le principe transposé à notre situation, notre alliance, notre rédemption : consacrons un jour chaque semaine à Dieu en souvenir de sa puissance manifestée dans la création, et établissons comme un mémorial de la grande rédemption que Christ a accomplit pour nous. En d’autres termes,servons et adorons le Seigneur lors du culte que nous lui rendons, de mon point de vue le dimanche est le jour tout indiqué.

          • Jonathan

            Bonjour Guillaume
            Merci beaucoup pour ton commentaire et désolé pour le délai, je n’ai pas encore eu le temps de répondre.

  • Pierre BENOIT

    Le
    rôle de la Loi de Dieu dans la vie de l’Eglise et du chrétien.

    Une
    mortelle hérésie, une des faiblesses les plus terribles du protestantisme, qui
    a couru depuis quelque trois siècles de l’histoire de l’Église et qui la ruine
    particulièrement aujourd’hui est l’antinomisme (du grec anti = contre, Nomos =
    Loi ; le mépris de loi de Dieu ; le rejet de la Loi de Dieu, la
    séparation, bien trop fréquente, de la proclamation de la Loi de celle de l’Évangile.

    Les
    Apôtres déjà, comme ensuite les Pères et les Réformateurs, tous ont dû
    démasquer et combattre l’antinomisme qui n’a cessé d’infester l’Église.

    Certes
    nous ne sommes pas sauvés par la Loi, mais nous ne sommes pas non plus sauvés
    sans la Loi, hors la Loi. C’est la Grâce souveraine de Dieu qui, seule, a le
    pouvoir de sauver, par le moyen de la foi. Mais la vraie foi, qui unit à
    Jésus-Christ Sauveur, n’existe qu’accompagnée par l’obéissance – par un
    commencement d’obéissance – à la Loi de Dieu, cette Loi « sainte, juste et
    bonne » qui nous donne les directions et les directives pour tous les
    aspects de notre existence personnelle, conjugale, familiale, économique,
    sociale, politique, scientifique, etc. cette Loi qui, avec son inséparable
    compagnon : l’Évangile, est aussi et toujours Grâce.

    Les
    implications de la Loi de Dieu pour notre vie individuelle et sociale, est aussi
    valable pour l’Eglise et les chrétiens, ce qui est vrai pour eux,
    individuellement, l’est forcément aussi pour la société en général, pour le
    monde.

    Si la Loi
    de Dieu a bel et bien un rôle spécifique à jouer dans la vie de l’Eglise, elle
    n’en a pas moins pour autant des implications dans tous les domaines de la vie,
    tant individuelle que sociale.

    On
    assiste, depuis plusieurs décennies déjà, à une déliquescence de la morale et
    du droit, dans nos sociétés sécularisées, lié au fait que l’on ne sait plus
    très bien au fond sur quel fondement il est encore possible de les fonder.

    Ce qui
    semble bien caractériser le droit aujourd’hui, c’est le relativisme, qui
    tend à supprimer toute distinction objective entre le bien et le mal.

    La Loi de
    Dieu dans la Bible.

    Parler de
    la Loi de Dieu dans la Bible, c’est forcément parler de l’Alliance.

    En effet,
    la Loi nous est présentée dans la Bible comme l’expression de la volonté de
    Dieu envers sa création, et ce, dans le cadre de l’Alliance.

    Cette
    Alliance, nous constatons, en lisant le Livre de la Genèse, que Dieu l’a
    d’abord conclue avec toute l’humanité, à travers la personne d’Adam, la tête de
    l’humanité.

    Cette
    Alliance originelle, ou adamique, comportait, comme dans toutes alliances, et
    tout au long de son histoire, un aspect « loi », et un aspect
    « évangile ».

    L’Alliance
    avec Adam, c’est déjà, dans un certain sens, la manifestation de la seigneurie
    de Dieu sur toute sa création, et l’expression de sa bonté plus
    particulièrement envers l’homme, puisqu’il lui a fait le privilège d’être son
    représentant au sein de la création.

    Dieu est
    en alliance avec Adam, avec l’homme, créé à l’image de Dieu, et avec lui
    seul !

    Dans
    cette alliance, nous voyons qu’il y a déjà là à la fois des commandements et
    des promesses.

    Le
    contrat d’alliance qui lie l’humanité avec Dieu, et Dieu avec l’humanité,
    comporte l’interdiction de manger de l’arbre de la connaissance du bien et mal,
    et le commandement de cultiver le jardin et de le garder, de procréer :
    voilà pour l’aspect « commandement », pour l’aspect
    « loi » ;

    Mais
    l’alliance avec Adam comporte de même la promesse de bénédiction et de vie en
    suites de l’obéissance libre et joyeuse de l’homme au commandement du
    Seigneur : voilà pour l’aspect « promesse », l’aspect
    « Evangile ».

    Notez que
    l’alliance originelle comporte de même une sanction, puisque la
    désobéissance devait conduire l’humanité à la mort :

    Genèse
    2.16 L’Éternel Dieu donna ce
    commandement à l’homme: Tu pourras manger de tous les arbres du jardin;

    17 mais tu ne mangeras pas de l’arbre de la
    connaissance du bien et du mal, car le jour où tu en mangeras, tu mourras.

    En
    conclusion, donc, on peut dire que dès le commencement de l’humanité, dès la
    création, Dieu a lui-même, librement et souverainement, contracté une alliance
    de vie avec l’humanité, avec l’homme, dont Adam était la tête
    représentative.

    Dans
    cette Alliance, la Loi et l’Evangile, c’est à dire la Loi, ce que Dieu attend
    des hommes, ses commandements, et l’Evangile, ce que Dieu a fait, fait et fera
    pour nous, dans sa grâce, l’Alliance, donc, comporte à la fois l’Evangile et la
    Loi, qui sont de ce fait intimement et indissolublement liés.

    L’Evangile
    et la Loi sont comme l’avers et l’envers d’une médaille : ils marchent
    ensemble, et on ne peut les concevoir qu’ensemble, indissolublement liés l’un à
    l’autre, de sorte que l’Evangile est inconcevable sans la Loi, de même que la
    Loi est inconcevable sans l’Evangile.

    Alors
    maintenant, qu’en est-il de cette alliance originelle après l’intrusion du
    péché dans le monde, après la Chute ?

    Question
    légitime : La chute d’Adam, le péché originel, la rupture de l’Alliance,
    parce que c’est bien de cela qu’il s’agit ici : la rupture de l’alliance
    originelle de Dieu a-t-elle rendu caduque cette alliance ?

    L’homme
    est-il toujours, oui ou non, placé sous l’alliance de Dieu, qui le lie au
    créateur et à sa Loi, comme un vassal l’est à son suzerain ?

    C’est là
    précisément toute la portée de la révélation biblique, Ancien et Nouveau
    Testaments, que d’établir et de manifester le caractère irrévocable des
    promesses de Dieu, qui, malgré la faute, malgré le péché d’Adam, n’a pas
    abandonné l’humanité à son sort, à la mort, mais a renouvelé son Alliance que
    les théologiens ont dès lors fort justement nommée l’Alliance de grâce.

    Avec
    Adam, avant la Chute, il s’agissait d’une Alliance de Vie, dans laquelle Adam
    était capable de répondre parfaitement aux exigences du Créateur.

    Depuis la
    Chute, l’homme pécheur n’est plus à même de répondre aux exigences de Dieu, à
    ses commandements, à sa Loi, et il est dès lors placé, comme le dira plus tard
    l’apôtre Paul, sous la « malédiction de la Loi ».

    La Loi
    n’est plus pour lui une règle de vie, une bénédiction, une grâce qui le lie au
    créateur, à Dieu, mais elle lui rappelle sans cesse son péché, sa misère, et sa
    situation de rupture, sa séparation d’avec Dieu.

    A la question : « Comment connais-tu ta
    misère ? », le Catéchisme de Heidelberg répond : « Par la
    Loi de Dieu » !

    La Loi de Dieu nous révèle notre misère, et nous
    fait mesurer la distance entre l’idéal posé par Dieu pour notre vie, et notre vraie
    situation.

    La Loi
    devient ainsi tel un pédagogue qui nous conduit au Christ, le Sauveur, en qui
    et par qui Dieu a renouvelé son Alliance avec son peuple.

    « Car
    le salaire du péché c’est la mort, mais le don gratuit de Dieu, c’est la vie
    éternelle, en Jésus-Christ » (Rm 6.23).

    Ainsi,
    nous voyons que tout au long de la révélation biblique, il est question de
    cette nouvelle Alliance, l’alliance de grâce, l’alliance qui prend en compte
    désormais le péché de l’homme, et qui repose sur l’œuvre de la rédemption
    accomplie par Jésus-Christ par sa mort et sa résurrection.

    Je dis
    bien tout au long de la révélation, car si l’on a coutume de parler d’un Ancien
    Testament, que l’on devrait d’ailleurs plutôt nommer « ancienne
    alliance », et d’un Nouveau Testament, ce n’est qu’improprement que nous
    nommons les choses ainsi.

    Car il
    n’y a jamais eu en réalité qu’une seule et même Alliance depuis la Chute, et
    c’est l’Alliance de grâce !

    Et cette
    Alliance comporte, tout comme l’Alliance originelle, avec Adam, un aspect
    « loi » et un aspect »évangile ».

    La Loi
    est l’expression de la volonté de Dieu, et s’enracine dans la nature même de
    Dieu, la nature éthique de Dieu : elle est éternelle.

    L’Ancien
    Testament nous révèle avec force et détails cette Loi, dont le Décalogue
    constitue un résumé, lui-même résumé dans le double commandements de l’amour de
    Dieu et du prochain.

    Mais
    l’Evangile et incontestablement aussi présent tout au long de cette histoire du
    peuple d’Israël, et le Décalogue l’atteste avec évidence puisqu’il commence en
    ces termes : « Je suis l’Eternel ton Dieu qui t’ai libéré de l’esclavage
    du pays d’Egypte » !

    La
    libération, entendez l’Evangile, la promesse de vie, ce que Dieu a fait dans sa
    grâce pour nous, précède le don de la Loi.

    Le
    Nouveau Testament, qui est seulement « nouveau » dans le sens où, à
    la différence de l’ « ancien », celui qui devait venir, le
    Messie, le Sauveur, est là, il est venu, et il a tout accompli, le Nouveau
    Testament, donc, comporte de même, l’Evangile et la Loi, la Loi et l’Evangile,
    indissolublement liés, et ce n’est qu’improprement que l’on tend à opposer
    l’Ancien Testament au Nouveau Testament.

    Les deux
    nous parlent en réalité de la même Alliance, du même Salut, et de la même Loi,
    à la différence près que le Nouveau Testament est à l’Ancien, ce que la fleur
    et au bourgeon, ou ce que la lumière est à l’ombre.

    Le
    Nouveau accomplit pleinement l’Ancien auquel il est lié de façon organique.

    Il s’agit
    de la même réalité, de la même « plante », du même organisme.

    Et c’est
    pourquoi Jésus dit, dans le Sermon sur la Montagne :

    17 Ne pensez pas que je sois venu abolir la loi
    ou les prophètes. Je suis venu non pour abolir, mais pour accomplir.

    18 En vérité je vous le dis, jusqu’à ce que le
    ciel et la terre passent, pas un seul iota, pas un seul trait de lettre de la
    loi ne passera, jusqu’à ce que tout soit arrivé.

    Voilà
    donc, en résumé, ce qui nous semble être l’enseignement de la Bible, dans ces
    grandes lignes, sur le rôle de la Loi, expression de la volonté éternelle de
    Dieu, guide, norme et miroir à la fois, indissolublement lié à l’Evangile qui
    en est le plein accomplissement : Jésus-Christ est l’accomplissement de la
    Loi pour nous ; il est celui qui rend à nouveau possible l’Alliance, la
    communion avec Dieu, de sorte que « nous ne sommes plus sous la
    condamnation de la loi mais sous la grâce » (Romains) !

    Alors les
    Réformateurs, et notamment Calvin, ont développé, approfondi, précisé la
    Doctrine de l’Eglise plus particulièrement sur cette question du rapport entre
    l’Evangile et la Loi.

    C’est
    donc, avec les Réformateurs, ce qu’il convient d’appeler le triomphe de la
    Grâce !

    Le salut
    est par grâce, par le moyen de la foi, cela ne vient pas de nous, c’est le don
    de Dieu.

    La
    doctrine de la Prédestination ne fait d’ailleurs qu’appuyer ce caractère
    immérité de la grâce de Dieu, du salut, qui ne dépend aucunement de nos œuvres,
    mais seulement du libre choix miséricordieux de Dieu.

    Cela
    étant dit, les Réformateurs ne se sont pas intéressés qu’à la grâce, et ils ont
    développé aussi une théologie de la Loi de Dieu.

    Rapidement,
    ils ont relevé ce que l’on a coutume de nommer les trois usages, ou fonctions
    de la Loi.

    Il y a
    tout d’abord l’usage politique ou civil de la Loi : la Loi
    dans son expression juridique, qui concerne le droit des nations, et qui relève
    du Magistrat ; la Loi comme garde-fou utilisé par la grâce générale
    de Dieu pour procurer une certaine justice civile parmi les hommes.

    Il s’agit
    ici de l’aspect judiciaire et politique de la Loi de Dieu, qui
    concerne non seulement les individus mais encore, nous l’avons vu au début de
    cet exposé, la société dans son ensemble, avec ses diverses institutions
    que son la famille, l’Etat, le travail, ou l’éducation.

    Ensuite
    il y a l’usage dit « pédagogique », ou « élenctique » :
    il s’agit de la Loi de Dieu conçue sous son aspect plus proprement théologique,
    la Loi comme miroir révélant à l’homme son vrai visage de pécheur, de
    contrevenant à la Loi, et qui l’attire, de ce fait, tel un Pédagogue, vers
    Jésus-Christ en qui se trouve le salut.

    Enfin,
    les Réformateurs ont relevé l’usage didactique ou normatif, c’est-à-dire
    la Loi comme miroir et comme norme dans la vie du chrétien
    fidèle.

    Il s’agit
    ici de la loi morale de Dieu, telle qu’elle figure notamment dans le Décalogue,
    et qui constitue la règle de gratitude et d’amour du croyant envers Dieu.

    C’est
    plus particulièrement ce troisième aspect, ce troisième usage de la Loi qui
    nous intéresse, mais ne croyons pas qu’il soit possible de dissocier cet usage
    des deux autres, qui lui sont étroitement liés.

    La Loi de
    Dieu, tout comme Dieu lui-même, est Une, et ses manifestations multiples, ses
    différents aspects ne sont que les différentes facettes d’un même prisme, et il
    nous faut les considérer ensemble pour en avoir une droite intelligence.

    Notons au
    passage que cette compréhension du premier usage de la loi, l’usage civil, a
    été partagée en particulier par les Puritains, fondateurs de la Nouvelle
    Angleterre, et bien avant eux par l’Eglise des premiers siècles dont la
    Foi transforma de fond en comble les institutions de l’Empire Romain, et de
    celle du Haut Moyen Age, qui est parvenu a imprégner, dans une large
    mesure, le droit commun des nations de l’Occident chrétien des enseignements de
    la loi divine.

    En
    France, je pense en particulier à deux théologiens et apologètes chrétiens qui
    ont particulièrement réfléchi à cet aspect de la Loi si méconnu aujourd’hui,
    selon lequel toute la Loi de Dieu constitue le fondement non seulement de la morale,
    mais encore du droit lui-même : Pierre Courthial, dans son dernier
    livre Le jour des petits recommancements (L’Age d’Homme, 1996), et dans
    sa brochure : La foi en pratique (Ed. Kerygma, 1986) ; et
    Jean-Marc Berthoud, dont je vous recommande son Apologie pour la Loi de Dieu
    (L’Age d’Homme, 1996).

    Dans
    notre situation aujourd’hui, il serait indispensable que de nombreux
    intellectuels chrétiens s’attachent à la traduction juridique des lois
    mosaïques dans le contexte de notre civilisation.

    La notion de Loi
    divine a été décrite de façon magistrale par E. F. Kevan The Grace of Law. A
    Study of Puritan Theology (1963), Baker Book House, Grand Rapids, 1976, 1983.
    Dans le premier chapitre de son livre, Kevan fait une distinction importante
    entre le Dieu-législateur qui donne la Loi, et la Loi positive appliquée à
    différentes situations et à différents moments de l’histoire du salut. Les
    Puritains, dit Kevan, n’avaient pas une idée abstraite de la Loi :

    pour eux, la Loi
    doit être toujours la Loi de Dieu, et leurs formulations étaient tout
    imprégnées de la notion de la grandeur de Dieu.

    J. I. Packer, cité
    par Kevan, dit que :

    […] pour
    l’orthodoxie calviniste, la Loi de Dieu est l’expression permanente,
    inchangeable, de la sainteté et de la justice divines… Dieu ne pourrait
    changer sa Loi, dans ses rapports avec les hommes, sans se renier Lui-même.

    La Loi de Dieu,
    dans cette perspective, relève du droit de Dieu à commander ses
    créatures ; elle exprime sa volonté, sa majesté et sa souveraineté sur
    toute chose. Ainsi elle n’est rien d’autre que la perfection de Dieu en
    relation avec les hommes, exprimant ses attributs dans ses actions envers eux.

    La Loi de Dieu,
    qu’est-ce que c’est ? Ce n’est autre chose que la sainteté, la justice, la
    perfection de Dieu, de sa personne ineffable dans tous ses rapports avec
    l’humanité. La Loi n’est pas limitée à une dispensation, à une période – celle
    de la loi mosaïque –, mais elle est comme l’expression de la nature même de
    Dieu et concerne tous ses rapports avec les hommes.

    La Loi divine est
    l’infrastructure de toutes les alliances que Dieu a faites avec les hommes et
    que présente l’Écriture : qu’il s’agisse d’Adam, d’Abraham, de Moïse ou de
    la nouvelle alliance en Christ.

    Expression de la
    perfection du Dieu de l’alliance, la Loi n’est pas contre la grâce de Dieu.
    Elle est le fondement même de cette grâce. Dans cette perspective, John Murray
    a indiqué que même l’alliance des œuvres (adamique) exprime la grâce de Dieu
    envers l’homme, J. Murray, Works IV, Banner of Truth Trust, Edinburgh,
    1982, pp. 216-240. Murray dit, en ce qui concerne l’alliance adamique, que
    l’administration de cette alliance est caractérisée par la grâce et qu’il
    vaudrait mieux l’appeler « alliance de vie ». Et la nouvelle
    alliance n’a d’autre fondement que l’obéissance passive et active de Jésus à la
    Loi : sa mort qui satisfait la justice de Dieu contre le péché, et sa vie
    parfaite qui accomplit la vocation originale de l’homme à servir Dieu de façon
    parfaite. Ainsi, Jésus-Christ accomplit, dans sa vie et sa mort, l’alliance
    adamique (des œuvres) et l’alliance mosaïque (le sacrifice pour le péché).

    Les
    Confessions de foi de Westminster et de Londres au sujet de la Loi de
    Dieu :

    La Loi
    morale oblige à l’obéissance, pour toujours, tous les hommes, qu’ils soient ou
    non justifiés, et cela non seulement en regard à son contenu, mais aussi par
    respect pour l’autorité de Dieu le Créateur qui l’a donnée. Christ, dans
    l’Évangile, loin de l’abroger, en a considérablement renforcé l’obligation.

    Face aux
    dérives que constituent l’antinomisme ou, à l’opposé, le légalisme, la Bible
    nous exhorte à trouver notre plaisir, notre bonheur dans la Loi de Dieu.

    La Loi de
    Dieu qui constitue l’autre versant de l’Evangile, et sans laquelle le Salut
    serait dépouillé de toute signification.

  • Pierre BENOIT

    Bonsoir monsieur Guillaume
    Bourrin et ses administrateurs,

    En tout et pour tout, j’ai posté
    deux fois un commentaire sur votre Blog duquel je ne m’étais jamais enregistrer,
    et je ne sais d’ailleurs comment vous avez eu mon adresse email.

    Par deux fois vous avez supprimez
    mon commentaire sur des doctrines importantes.

    Il est clair que vous les avez exécrés
    et manifestés un grand mépris. Par conséquent, je considère que ce genre de
    pratique sectaire venant d’hérétiques révélés si avérés qu’ils ne sont plus les
    bienvenues de m’obliger à recevoir vos envois de votre Blog.

    Veuillez donc me désinscrire de votre Blog.

    • Bonjour, de quoi parlez-vous? Nous n’avons supprimé aucun commentaire sur ce blog

      • Ce n’est pas nous qui supprimons les commentaires ci-dessus

    • Francine

      Bonjour Monsieur Benoît,

      Ne soyez pas fâché contre Guillaume Bourin parce que votre premier commentaire n’a pas été affiché, il n’y est absolument pour rien : c’est la faute au filtre anti-plagiat de Disqus. Dès que ce plugin détecte que vous avez cité un texte dans le corps de votre commentaire sans en indiquer la source il le désactive.
      Dans votre cas vous avez copiez-collez des paragraphes entiers d’un article de Vincent Bru :

      http://www.vbru.net/src/ethique/vbru_loi_de_dieu.htm

      mais son nom n’apparaît nulle part dans votre post, donc le plugin a glitché au plagiat, et l’a censuré. N’en soyez pas désolé : Dieu reste souverain ! Amen !

      Je colle plus bas votre commentaire à toutes fins utiles.

      Bien cordialement,
      Francine
      ———————–
      Une mortelle hérésie, une des faiblesses les plus terribles du protestantisme, qui a couru depuis quelque trois siècles de l’histoire de l’Église et qui la ruine particulièrement aujourd’hui est l’antinomisme (du grec anti = contre, Nomos = Loi ; le mépris de loi de Dieu ; le rejet de la Loi de Dieu, la séparation, bien trop fréquente, de la proclamation de la Loi de celle de l’Évangile. Les Apôtres déjà, comme ensuite les Pères et les Réformateurs, tous ont dû démasquer et combattre l’antinomisme qui n’a cessé d’infester l’Église. Certes nous ne sommes pas sauvés par la Loi, mais nous ne sommes pas non plus sauvés sans la Loi, hors la Loi. C’est la Grâce souveraine de Dieu qui, seule, a le pouvoir de sauver, par le moyen de la foi. Mais la vraie foi, qui unit à Jésus-Christ Sauveur, n’existe qu’accompagnée par l’obéissance – par un commencement d’obéissance – à la Loi de Dieu, cette Loi « sainte, juste et bonne » qui nous donne les directions et les directives pour tous les aspects de notre existence personnelle, conjugale, familiale, économique, sociale, politique, scientifique, etc. cette Loi qui, avec son inséparable compagnon : l’Évangile, est aussi et toujours Grâce. Les implications de la Loi de Dieu pour notre vie individuelle et sociale, est aussi valable pour l’Eglise et les chrétiens, ce qui est vrai pour eux, individuellement, l’est forcément aussi pour la société en général, pour le monde. Si la Loi de Dieu a bel et bien un rôle spécifique à jouer dans la vie de l’Eglise, elle n’en a pas moins pour autant des implications dans tous les domaines de la vie, tant individuelle que sociale. On assiste, depuis plusieurs décennies déjà, à une déliquescence de la morale et du droit, dans nos sociétés sécularisées, lié au fait que l’on ne sait plus très bien au fond sur quel fondement il est encore possible de les fonder. Ce qui semble bien caractériser le droit aujourd’hui, c’est le relativisme, qui tend à supprimer toute distinction objective entre le bien et le mal. La Loi de Dieu dans la Bible. Parler de la Loi de Dieu dans la Bible, c’est forcément parler de l’Alliance. En effet, la Loi nous est présentée dans la Bible comme l’expression de la volonté de Dieu envers sa création, et ce, dans le cadre de l’Alliance. Cette Alliance, nous constatons, en lisant le Livre de la Genèse, que Dieu l’a d’abord conclue avec toute l’humanité, à travers la personne d’Adam, la tête de l’humanité. Cette Alliance originelle, ou adamique, comportait, comme dans toutes alliances, et tout au long de son histoire, un aspect « loi », et un aspect « évangile ». L’Alliance avec Adam, c’est déjà, dans un certain sens, la manifestation de la seigneurie de Dieu sur toute sa création, et l’expression de sa bonté plus particulièrement envers l’homme, puisqu’il lui a fait le privilège d’être son représentant au sein de la création. Dieu est en alliance avec Adam, avec l’homme, créé à l’image de Dieu, et avec lui seul ! Dans cette alliance, nous voyons qu’il y a déjà là à la fois des commandements et des promesses. Le contrat d’alliance qui lie l’humanité avec Dieu, et Dieu avec l’humanité, comporte l’interdiction de manger de l’arbre de la connaissance du bien et mal, et le commandement de cultiver le jardin et de le garder, de procréer : voilà pour l’aspect « commandement », pour l’aspect « loi » ; Mais l’alliance avec Adam comporte de même la promesse de bénédiction et de vie en suites de l’obéissance libre et joyeuse de l’homme au commandement du Seigneur : voilà pour l’aspect « promesse », l’aspect « Evangile ». Notez que l’alliance originelle comporte de même une sanction, puisque la désobéissance devait conduire l’humanité à la mort : Genèse 2.16 L Éternel Dieu donna ce commandement à l homme: Tu pourras manger de tous les arbres du jardin; 17 mais tu ne mangeras pas de l arbre de la connaissance du bien et du mal, car le jour où tu en mangeras, tu mourras. En conclusion, donc, on peut dire que dès le commencement de l’humanité, dès la création, Dieu a lui-même, librement et souverainement, contracté une alliance de vie avec l’humanité, avec l’homme, dont Adam était la tête représentative. Dans cette Alliance, la Loi et l’Evangile, c’est à dire la Loi, ce que Dieu attend des hommes, ses commandements, et l’Evangile, ce que Dieu a fait, fait et fera pour nous, dans sa grâce, l’Alliance, donc, comporte à la fois l’Evangile et la Loi, qui sont de ce fait intimement et indissolublement liés. L’Evangile et la Loi sont comme l’avers et l’envers d’une médaille : ils marchent ensemble, et on ne peut les concevoir qu’ensemble, indissolublement liés l’un à l’autre, de sorte que l’Evangile est inconcevable sans la Loi, de même que la Loi est inconcevable sans l’Evangile. Alors maintenant, qu’en est-il de cette alliance originelle après l’intrusion du péché dans le monde, après la Chute ? Question légitime : La chute d’Adam, le péché originel, la rupture de l’Alliance, parce que c’est bien de cela qu’il s’agit ici : la rupture de l’alliance originelle de Dieu a-t-elle rendu caduque cette alliance ? L’homme est-il toujours, oui ou non, placé sous l’alliance de Dieu, qui le lie au créateur et à sa Loi, comme un vassal l’est à son suzerain ? C’est là précisément toute la portée de la révélation biblique, Ancien et Nouveau Testaments, que d’établir et de manifester le caractère irrévocable des promesses de Dieu, qui, malgré la faute, malgré le péché d’Adam, n’a pas abandonné l’humanité à son sort, à la mort, mais a renouvelé son Alliance que les théologiens ont dès lors fort justement nommée l’Alliance de grâce. Avec Adam, avant la Chute, il s’agissait d’une Alliance de Vie, dans laquelle Adam était capable de répondre parfaitement aux exigences du Créateur. Depuis la Chute, l’homme pécheur n’est plus à même de répondre aux exigences de Dieu, à ses commandements, à sa Loi, et il est dès lors placé, comme le dira plus tard l’apôtre Paul, sous la « malédiction de la Loi ». La Loi n’est plus pour lui une règle de vie, une bénédiction, une grâce qui le lie au créateur, à Dieu, mais elle lui rappelle sans cesse son péché, sa misère, et sa situation de rupture, sa séparation d’avec Dieu. A la question : « Comment connais-tu ta misère ? », le Catéchisme de Heidelberg répond : « Par la Loi de Dieu » ! La Loi de Dieu nous révèle notre misère, et nous fait mesurer la distance entre l’idéal posé par Dieu pour notre vie, et notre vraie situation. La Loi devient ainsi tel un pédagogue qui nous conduit au Christ, le Sauveur, en qui et par qui Dieu a renouvelé son Alliance avec son peuple. « Car le salaire du péché c’est la mort, mais le don gratuit de Dieu, c’est la vie éternelle, en Jésus-Christ » (Rm 6.23). Ainsi, nous voyons que tout au long de la révélation biblique, il est question de cette nouvelle Alliance, l’alliance de grâce, l’alliance qui prend en compte désormais le péché de l’homme, et qui repose sur l’œuvre de la rédemption accomplie par Jésus-Christ par sa mort et sa résurrection. Je dis bien tout au long de la révélation, car si l’on a coutume de parler d’un Ancien Testament, que l’on devrait d’ailleurs plutôt nommer « ancienne alliance », et d’un Nouveau Testament, ce n’est qu’improprement que nous nommons les choses ainsi. Car il n’y a jamais eu en réalité qu’une seule et même Alliance depuis la Chute, et c’est l’Alliance de grâce ! Et cette Alliance comporte, tout comme l’Alliance originelle, avec Adam, un aspect « loi » et un aspect »évangile ». La Loi est l’expression de la volonté de Dieu, et s’enracine dans la nature même de Dieu, la nature éthique de Dieu : elle est éternelle. L’Ancien Testament nous révèle avec force et détails cette Loi, dont le Décalogue constitue un résumé, lui-même résumé dans le double commandements de l’amour de Dieu et du prochain. Mais l’Evangile et incontestablement aussi présent tout au long de cette histoire du peuple d’Israël, et le Décalogue l’atteste avec évidence puisqu’il commence en ces termes : « Je suis l’Eternel ton Dieu qui t’ai libéré de l’esclavage du pays d’Egypte » ! La libération, entendez l’Evangile, la promesse de vie, ce que Dieu a fait dans sa grâce pour nous, précède le don de la Loi. Le Nouveau Testament, qui est seulement « nouveau » dans le sens où, à la différence de l’ « ancien », celui qui devait venir, le Messie, le Sauveur, est là, il est venu, et il a tout accompli, le Nouveau Testament, donc, comporte de même, l’Evangile et la Loi, la Loi et l’Evangile, indissolublement liés, et ce n’est qu’improprement que l’on tend à opposer l’Ancien Testament au Nouveau Testament. Les deux nous parlent en réalité de la même Alliance, du même Salut, et de la même Loi, à la différence près que le Nouveau Testament est à l’Ancien, ce que la fleur et au bourgeon, ou ce que la lumière est à l’ombre. Le Nouveau accomplit pleinement l’Ancien auquel il est lié de façon organique. Il s’agit de la même réalité, de la même « plante », du même organisme. Et c’est pourquoi Jésus dit, dans le Sermon sur la Montagne : 17 Ne pensez pas que je sois venu abolir la loi ou les prophètes. Je suis venu non pour abolir, mais pour accomplir. 18 En vérité je vous le dis, jusqu à ce que le ciel et la terre passent, pas un seul iota, pas un seul trait de lettre de la loi ne passera, jusqu à ce que tout soit arrivé. Voilàje pense donc, en résumé, ce qui nous semble être l’enseignement de la Bible, dans ces grandes lignes, sur le rôle de la Loi, expression de la volonté éternelle de Dieu, guide, norme et miroir à la fois, indissolublement lié à l’Evangile qui en est le plein accomplissement : Jésus-Christ est l’accomplissement de la Loi pour nous ; il est celui qui rend à nouveau possible l’Alliance, la communion avec Dieu, de sorte que « nous ne sommes plus sous la condamnation de la loi mais sous la grâce » (Romains) ! Alors les Réformateurs, et notamment Calvin, ont développé, approfondi, précisé la Doctrine de l’Eglise plus particulièrement sur cette question du rapport entre l’Evangile et la Loi. C’est donc, avec les Réformateurs, ce qu’il convient d’appeler le triomphe de la Grâce ! Le salut est par grâce, par le moyen de la foi, cela ne vient pas de nous, c’est le don de Dieu. La doctrine de la Prédestination ne fait d’ailleurs qu’appuyer ce caractère immérité de la grâce de Dieu, du salut, qui ne dépend aucunement de nos œuvres, mais seulement du libre choix miséricordieux de Dieu. Cela étant dit, les Réformateurs ne se sont pas intéressés qu’à la grâce, et ils ont développé aussi une théologie de la Loi de Dieu. Rapidement, ils ont relevé ce que l’on a coutume de nommer les trois usages, ou fonctions de la Loi. Il y a tout d’abord l’usage politique ou civil de la Loi : la Loi dans son expression juridique, qui concerne le droit des nations, et qui relève du Magistrat ; la Loi comme garde-fou utilisé par la grâce générale de Dieu pour procurer une certaine justice civile parmi les hommes. Il s’agit ici de l’aspect judiciaire et politique de la Loi de Dieu, qui concerne non seulement les individus mais encore, nous l’avons vu au début de cet exposé, la société dans son ensemble, avec ses diverses institutions que son la famille, l’Etat, le travail, ou l’éducation. Ensuite il y a l’usage dit « pédagogique », ou « élenctique » : il s’agit de la Loi de Dieu conçue sous son aspect plus proprement théologique, la Loi comme miroir révélant à l’homme son vrai visage de pécheur, de contrevenant à la Loi, et qui l’attire, de ce fait, tel un Pédagogue, vers Jésus-Christ en qui se trouve le salut. Enfin, les Réformateurs ont relevé l’usage didactique ou normatif, c’est-à-dire la Loi comme miroir et comme norme dans la vie du chrétien fidèle. Il s’agit ici de la loi morale de Dieu, telle qu’elle figure notamment dans le Décalogue, et qui constitue la règle de gratitude et d’amour du croyant envers Dieu. C’est plus particulièrement ce troisième aspect, ce troisième usage de la Loi qui nous intéresse, mais ne croyons pas qu’il soit possible de dissocier cet usage des deux autres, qui lui sont étroitement liés. La Loi de Dieu, tout comme Dieu lui-même, est Une, et ses manifestations multiples, ses différents aspects ne sont que les différentes facettes d’un même prisme, et il nous faut les considérer ensemble pour en avoir une droite intelligence. Notons au passage que cette compréhension du premier usage de la loi, l’usage civil, a été partagée en particulier par les Puritains, fondateurs de la Nouvelle Angleterre, et bien avant eux par l’Eglise des premiers siècles dont la Foi transforma de fond en comble les institutions de l’Empire Romain, et de celle du Haut Moyen Age, qui est parvenu a imprégner, dans une large mesure, le droit commun des nations de l’Occident chrétien des enseignements de la loi divine. En France, je pense en particulier à deux théologiens et apologètes chrétiens qui ont particulièrement réfléchi à cet aspect de la Loi si méconnu aujourd’hui, selon lequel toute la Loi de Dieu constitue le fondement non seulement de la morale, mais encore du droit lui-même : Pierre Courthial, dans son dernier livre Le jour des petits recommancements (L’Age d’Homme, 1996), et dans sa brochure : La foi en pratique (Ed. Kerygma, 1986) ; et Jean-Marc Berthoud, dont je vous recommande son Apologie pour la Loi de Dieu (L’Age d’Homme, 1996). Dans notre situation aujourd’hui, il serait indispensable que de nombreux intellectuels chrétiens s’attachent à la traduction juridique des lois mosaïques dans le contexte de notre civilisation. La notion de Loi divine a été décrite de façon magistrale par E. F. Kevan The Grace of Law. A Study of Puritan Theology (1963), Baker Book House, Grand Rapids, 1976, 1983. Dans le premier chapitre de son livre, Kevan fait une distinction importante entre le Dieu-législateur qui donne la Loi, et la Loi positive appliquée à différentes situations et à différents moments de l’histoire du salut. Les Puritains, dit Kevan, n’avaient pas une idée abstraite de la Loi : pour eux, la Loi doit être toujours la Loi de Dieu, et leurs formulations étaient tout imprégnées de la notion de la grandeur de Dieu. J. I. Packer, cité par Kevan, dit que : [ ] pour l’orthodoxie calviniste, la Loi de Dieu est l’expression permanente, inchangeable, de la sainteté et de la justice divines Dieu ne pourrait changer sa Loi, dans ses rapports avec les hommes, sans se renier Lui-même. La Loi de Dieu, dans cette perspective, relève du droit de Dieu à commander ses créatures ; elle exprime sa volonté, sa majesté et sa souveraineté sur toute chose. Ainsi elle n’est rien d’autre que la perfection de Dieu en relation avec les hommes, exprimant ses attributs dans ses actions envers eux. La Loi de Dieu, qu’est-ce que c’est ? Ce n’est autre chose que la sainteté, la justice, la perfection de Dieu, de sa personne ineffable dans tous ses rapports avec l’humanité. La Loi n’est pas limitée à une dispensation, à une période – celle de la loi mosaïque –, mais elle est comme l’expression de la nature même de Dieu et concerne tous ses rapports avec les hommes. La Loi divine est l’infrastructure de toutes les alliances que Dieu a faites avec les hommes et que présente l Écriture : qu’il s’agisse d’Adam, d’Abraham, de Moïse ou de la nouvelle alliance en Christ. Expression de la perfection du Dieu de l’alliance, la Loi n’est pas contre la grâce de Dieu. Elle est le fondement même de cette grâce. Dans cette perspective, John Murray a indiqué que même l’alliance des œuvres (adamique) exprime la grâce de Dieu envers l’homme, J. Murray, Works IV, Banner of Truth Trust, Edinburgh, 1982, pp. 216-240. Murray dit, en ce qui concerne l’alliance adamique, que l’administration de cette alliance est caractérisée par la grâce et qu’il vaudrait mieux l’appeler « alliance de vie ». Et la nouvelle alliance n’a d’autre fondement que l’obéissance passive et active de Jésus à la Loi : sa mort qui satisfait la justice de Dieu contre le péché, et sa vie parfaite qui accomplit la vocation originale de l’homme à servir Dieu de façon parfaite. Ainsi, Jésus-Christ accomplit, dans sa vie et sa mort, l’alliance adamique (des œuvres) et l’alliance mosaïque (le sacrifice pour le péché). Les Confessions de foi de Westminster et de Londres au sujet de la Loi de Dieu : La Loi morale oblige à l’obéissance, pour toujours, tous les hommes, qu’ils soient ou non justifiés, et cela non seulement en regard à son contenu, mais aussi par respect pour l’autorité de Dieu le Créateur qui l’a donnée. Christ, dans l Évangile, loin de l’abroger, en a considérablement renforcé l’obligation. Face aux dérives que constituent l’antinomisme ou, à l’opposé, le légalisme, la Bible nous exhorte à trouver notre plaisir, notre bonheur dans la Loi de Dieu. La Loi de Dieu qui constitue l’autre versant de l’Evangile, et sans laquelle le Salut serait dépouillé de toute signification.

      • Pierre BENOIT

        Bonjour Monsieur Guillaume Bourin et ses administrateurs,

        Merci pour votre réponse dont je me réjouis.

        J’avais pourtant cité le nom de la personne dans le texte de mon premier commentaire. Sauf erreur, il y a lieu de mentionner non-seulement l’auteur du texte mais aussi le lien attaché au texte, afin que le filtre anti-plagiat ne le désactive. Je ne comprends pas l’utilité de ce filtre qui n’a d’ailleurs pas fonctionné correctement lors de mon premier post, puisque la source de l’extrait de texte à bel et bien été citée.

        Dans ce cas, je vous prie de recevoir mes excuses.

        Pierre BENOIT

        • Francine

          Cher Monsieur Benoît,

          Tou est bien qui finit bien : je me réjouis pour ma part non seulement d’avoir été promue au rang d’administratrice fantôme du BC, mais également de l’avertissement sérieux que cet incident ne manquera pas d’envoyer aux pilleurs de sites qui écument le Net.

          Bonne continuation,
          Francine

  • Bonjour,

    S’il est indiscutable que Deutéronome 4:13-14 établit une hiérarchie entre les Dix Commandements et la législation spécifique qui s’y annexe, je ne crois que la clause « dans le pays » du verset 14 implique une restriction géographique. Cela, pour les deux raisons qui suivent.

    Premièrement, lorsque les Dix Commandements et la législation spécifique fut donnée pour la première fois au mont Sinaï, tel que relaté en Exode, il n’était nullement question que leur l’application soit suspendue jusqu’à ce que les Israélites soient confortablement installés en Canaan. En Exode 20, la législation spécifique fait suite aux Dix Commandements et est promulguée comme entrant en vigueur immédiatement, pas de façon différée. Ceci est confirmé par Deutéronome 4:10 qui précise que cette législation était liante et exécutoire *avant* l’entrée en Canaan (tant pour la génération morte au désert que pour celle qui y est née).

    Deuxièmement, quoique dans cette phase de son plan historico-rédemptif, l’Éternel intensifiait son intervention providentielle au Levant Sud, Il prend le soin de préciser, avant de révéler la législation spécifique, que « toute la terre est à moi » (Exode 19:5). L’Éternel promet aussi que « vous serez pour moi un royaume de prêtres et une nation sainte » (Exode 19:6), et nous savons que ce royaume est géographiquement universel (1 Pierre 2:9). De surcroît, l’Éternel insiste en Deutéronome 4:6-8 que la législation spécifique connexe au Décalogue — et pas seulement ces dix paroles — a pour vocation de servir de modèle pour les nations non-israélites (« quelle est la grande nation qui ait des prescriptions et des règles aussi justes que toute cette loi » etc.).

    Cordialement,
    Tribonien

    • À priori, vous faites dire davantage au texte de Deut. 4:10 que ce qu’il dit réellement… D’ailleurs vous n’expliquez pas la mention du pays au v.14, à moins que vous ne donniez une portée universelle à erets?
      Il est vrai qu’une législation civile -moins développée et non exhaustive- était en cours dans le désert. Mais ultimement, l’objectif d’Israël était une théocracie dans le territoire de Canaan. Ceci est clair dès l’alliance abrahamique, et le désert ne doit être considéré que comme une étape de transition.

      • Peut-être voudrez-vous écouter ceci ? http://leboncombat.fr/loi-gouvernements-modernes/

      • Justement, on ne peut pas capitaliser sur le mot « pays » (au v. 14 ou ailleurs). L’Éternel dit aux Israélites qu’ils devront appliquer sa loi « dans le pays » de Canaan car il les dirigeait vers ce pays. Il n’y avait pas lieu de dire aux Israélites d’appliquer la loi de l’Éternel en Argentine ou au Japon car les Israélites ne s’y dirigeaient pas. D’ailleurs le caractère applicatoire de cette loi n’a pas été suspendu pendant que les Hébreux étaient en Babylonie (sauf pour certaines dispositions sacrificielles, évidemment).

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