Et si Philippe le diacre nous était présenté comme un « nouveau Jésus » ?

Et si Luc cherchait à nous présenter le diacre Philippe comme « un nouveau Jésus » ? Les parallèles intertextuels entre le récit du baptême de l’eunuque éthiopien (Ac 8.26-40) et celui des deux disciples rencontrant Jésus sur le chemin d’Emmaüs (Lc 22.13-35) semblent l’indiquer.

 

Les connexions potentielles entre les deux textes

Tout d’abord, les deux situations contiennent de nombreuses similarités : l’action se déroule dans chaque cas sur une route partant de Jérusalem (Lc 24.13 ; Ac 8.26), les deux disciples parlent de la récente crucifixion et de la résurrection de Jésus (Lc 24.14) tandis que l’eunuque lit une prophétie qui s’y rapporte (Ac 8.32-33), dans les deux cas Jésus et Philippe entament le dialogue par une question très directe (Lc 24.17 ; Ac 8.30), et surtout le même schéma rencontre -> dialogue -> exposition -> conversion -> enlèvement semble animer les deux récits.

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Le destinataire de l’évangile de Luc et du livre des Actes, Théophile, était directement exposé à ces deux histoires. Sans aucun doute, dès la première lecture, il devait être capable d’établir la connexion entre elles.

Mais ce n’est pas tout : une comparaison plus approfondie révèle certains indices encore plus explicites. En premier lieu, Ac 8.35 [Lc 24.27] fait clairement office de marqueur textuel.

Ac 8:35 : « commençant par ce passage, [Philippe] lui annonça la bonne nouvelle de Jésus »
Lc 24.27 : « commençant par Moïse et par tous les prophètes, [Jésus] leur expliqua dans toutes les Ecritures ce qui le concernait.

 

Dans les deux cas, la même formule introductive kai arxamenos apo sert à introduire une interprétation christologique de l’Ancien Testament. Rien n’est dit de l’exposition elle-même, mais le contenu est centré sur la révélation de la Bonne Nouvelle.

En  deuxième lieu, le contexte des deux disparitions est étrangement similaire. J’ai noté plus haut que les deux récits se terminent de manière abrupte par une sorte « d’enlèvement » (ce terme s’applique bien mieux à Ac 8.39 qu’à Lc 24.31). Étonnement, ces deux évènements surnaturels se produisent immédiatement après l’exécution des deux ordonnances néo-testamentaires : dans le livre des Actes, Philippe vient de baptiser l’eunuque (Lc 8.39a) ; dans l’évangile de Luc, Jésus semble avoir réédité le repas qu’il commandait à ses disciples lors de la « dernière Pâques » (comp Lc 22.19a et 24:30b).

Tout porte donc à croire que Luc a établit ces connexions textuelles de manière intentionnelle, voulant donc que ses lecteurs puissent établir quasi-immédiatement le lien entre ces deux récits.

 

 

Quel est le sens de ces parallèles ?

Pourquoi Luc a-t-il pris soin de marquer aussi clairement le lien entre ces deux histoires ? Très probablement dans le but d’identifier Philippe à son Maître. En mettant les deux situations en parallèles, Luc indique le modèle auquel Dieu invite le diacre à se conformer.

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Le récit de l’évangélisation de l’eunuque suit point par point celui de la « conversion » des deux disciples d’Emmaüs. Philippe marche exactement dans les traces de Jésus ; il est un vrai disciple. Dès lors, comme Jésus s’est révélé lui-même à ses premiers disciples, ceux qui ont cru par leur témoignage poursuivent son œuvre, partageant l’Évangile jusqu’aux extrémités de la terre.

Ils suivent le modèle du maître, ils prêchent comme le maître, ils baptisent comme le maître, ils accomplissent la Grande Mission.

 

 

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Guillaume Bourin est pasteur de l'Église réformée baptiste de la Trinité, à Montréal (Québec, Canada). Il s'intéresse particulièrement à l'exégèse et à l'intertextualité de l'Ancien Testament, à la théologie biblique, et à l’ecclésiologie. Guillaume est l'auteur du livre "Je vous purifierai d'une eau pure" : perspectives bibliques sur la régénération baptismale. Il est titulaire de deux masters en théologie (M.Div., Th.M., Southwestern Baptist Theological Seminary, USA) et il est actuellement candidat au doctorat à l'Université d'Aberdeen (Ecosse).