Une repentance peut-elle être authentique sans pour autant sauver ?

Nous avons écrit plusieurs articles, dans l’histoire de ce blog, sur la notion de fausse repentance (voir par exemple (ici) et sur celle de repentance authentique (voir ici). Mais serait-il possible qu’une repentance soit authentique, agréée par Dieu comme telle, mais qu’elle ne soit pas à salut ?

C’est en tout cas ce que le texte de 1 Rois 21.27-29 laisse entendre. Essayons d’y voir plus clair.

Le chapitre 21 décrit le meurtre de Naboth et le vol de sa vigne à l’instigation du roi Achab, lui-même aiguillonné par sa femme Jézabel. Suite à ces actions horribles, Achab reçoit un oracle funeste d’Elie qui lui annonce sa destruction et celle de toute sa lignée (v.17 à 24). Puis le narrateur livre un commentaire éditorial aux v.25-26 : « Il n’y a eu personne qui se soit vendu en faisant ce qui déplaisait à Yahweh comme Achab ; c’est Jézabel, sa femme, qui l’y incitait. Il a agi de la manière la plus abominable en suivant les idoles, imitant en tous points les Amorites que Yawheh avait dépossédés devant les Israélites ». À vrai dire, dès 1 Rois 16, le narrateur avait déjà annoncé la couleur : « Achab, fils d’Omri, fit ce qui déplaisait à YHWH, plus que tous ses prédécesseurs ». Ici, il ne fait que confirmer : Achab est bel et bien le pire roi de toute l’histoire d’Israël. Son bilan, d’un point de vue politique et géopolitique, est sans doute plutôt positif. Spirituellement et moralement, par contre, c’est un désastre.

 

 

La repentance d’Achab

Après une telle notice éditoriale, le moins que l’on puisse dire est que le v.27 est particulièrement surprenant :

« Quand il entendit ces paroles, Achab déchira ses vêtements, il mit un sac sur son corps et jeûna ; il couchait avec ce sac et marchait lentement »

 

En entendant les paroles prophétiques portées par Elie, Achab adopte tous les signes extérieurs d’une contrition authentique : porter un sac jour et nuit, jeûner, marcher lentement etc. On peut supputer que cette repentance est feinte, c’est la conclusion que tire, par exemple, Charles Simeon (Horae Homileticae vol. 3, p. 435-439). Cependant, le fait qu’un roi puissant et à qui tout réussit abandonne son statut pour s’humilier ainsi sur une durée significative (le sens probable de « jour et nuit ») en jeûnant et apparemment en se lamentant.

Tout porte à croire que cette repentance n’est pas feinte. Yahweh, en tout cas, ne la considère pas ainsi, puisqu’il est prêt à différer une partie de son jugement à cause d’elle :

« As-tu vu comment Achab s’est humilié devant moi ? Parce qu’il s’est humilié devant moi, je ne ferai pas venir le malheur pendant ses jours ; ce sera pendant les jours de son fils que je ferai venir le malheur sur sa maison » (v.28-29)

 

Une question se pose alors : si cette repentance est bien authentique, pourquoi n’obtient-elle rien de plus qu’un léger différé de la part de Dieu ? Au chapitre 20, Achab a déjà reçu un oracle annonçant sa mort (1 Rois 20.42). Pourquoi donc sa repentance n’amène pas Yahweh a revenir sur cette décision également ?

 

Une repentance authentique qui n’est pas à salut

En réalité, Dieu n’a jamais institué la repentance comme un moyen d’échapper aux conséquences de nos actes. S’il suspend ici une partie de la sentence, ce n’est que pure grâce, et ce n’est certainement pas un dû. La repentance n’a aucun effet mécanique et n’oblige pas Dieu à pardonner nos péchés. En réalité, il y a une repentance qui est à salut, qui témoigne que nous avons reçu la vie éternelle, et il est en est une qui témoigne contre le pécheur.

En ce qui concerne la repentance d’Achab, deux éléments aux moins peuvent expliquer pourquoi Dieu la reçoit positivement :

  • Il craint manifestement les jugements de Yahweh
  • Il reconnaît que sa sentence est juste

 

Mais plusieurs éléments indiquent que cette repentance n’est pas à salut :

  • Elle est exclusivement motivée par les jugements de Yahweh. S’il n’y avait pas eu de châtiment édicté contre lui, Achab se serait peu soucié de ses iniquités. Il ne se trouve en lui aucune réelle haine du péché, aucune honte à cause de sa transgression elle-même. C’est la peur, et uniquement la peur, qui le pousse à une telle repentance.
  • Sa repentance ne se manifeste que par des signes extérieurs. Nous ne le voyons pas tenter de mortifier son péché ou s’affliger de sa nature déchue, comme David dans le Psaume 51. Nous le retrouvons d’ailleurs au chapitre 22, fidèle à lui-même, entouré de ses faux-prophètes, toujours autant disposé à écouter ce qui lui plait plutôt que Dieu. Son cœur, manifestement, n’a pas été changé.
  • Son objectif n’est pas le bon. Si Achab avait pu échapper au jugement qu’il a lui-même déclenché, il aurait été satisfait, même si pour cela il aurait fallu que le nom de Yahweh soit encore davantage déshonoré. Son objectif n’était pas la gloire de Dieu, mais d’esquiver la conséquence de son péché…

 

Ainsi, sans rejeter l’authenticité de la repentance d’Achab, l’auteur du livre de Rois suggère qu’elle ne peut pas le sauver, tout simplement parce que Dieu n’en est pas l’auteur. La vraie repentance procède d’un cœur transformé, régénéré par la grâce de Dieu. C’est elle, et elle seule qui sauve.

Une telle repentance a le péché lui-même en horreur, elle déchire le cœur et non les vêtements, et elle vise à manifester le Dieu infiniment glorieux.

 

 

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Guillaume Bourin est pasteur de l'Église réformée baptiste de la Trinité, à Montréal (Québec, Canada). Il s'intéresse particulièrement à l'exégèse et à l'intertextualité de l'Ancien Testament, à la théologie biblique, et à l’ecclésiologie. Guillaume est l'auteur du livre "Je vous purifierai d'une eau pure" : perspectives bibliques sur la régénération baptismale. Il est titulaire de deux masters en théologie (M.Div., Th.M., Southwestern Baptist Theological Seminary, USA) et il est actuellement candidat au doctorat à l'Université d'Aberdeen (Ecosse).