Sur la faillibilité des pasteurs et des ministres du culte

Nous avons voulu reproduire ici le vieux tract de J.C. Ryle, St Peter at Antioch, si influent de son temps que M. D’Espine le traduisait pour la Société des Livres Religieux en 1857. C’est cette version que nous reproduisons ci-dessous.

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Galates 2.11-16 :

« Et même lorsque Pierre fut arrivé à Antioche, je lui résistai en face parce qu’il méritait d’être repris.
Car avant que quelques personnes qui avaient été envoyées par Jacques fussent venues, il mangeait avec les Gentils, mais dès qu’elles furent arrivées, il se retira et se sépara des Gentils, craignant ceux de la circoncision.
Et les autres Juifs usaient de la même dissimulation que lui, de sorte que Barnabas même se laissait entraîner à dissimuler comme eux.
Mais quand je vis qu’ils ne marchaient pas de droit pied, selon la vérité de l’Évangile, je dis à Pierre : Si toi qui es Juif vis comme les Gentils, et non pas comme les Juifs, pourquoi obliges-tu les Gentils à judaïser ?
Pour nous qui sommes Juifs de naissance et non pécheurs d’entre les Gentils,
Ayant connu que ce n’est pas par les oeuvres de la loi, mais par sa foi en Jésus-Christ que l’homme est justifié, nous avons nous-mêmes cru en Jésus-Christ, afin d’être justifiés par la foi en Jésus-Christ et non par les oeuvres de la loi, parce que personne ne sera justifié par les oeuvres de la loi. »

 

LECTEUR !

Avez-vous jamais observé ce que fit l’apôtre Pierre à Antioche ? La question que je vous adresse mérite une sérieuse attention.

On nous a souvent dit ce que Pierre fit, à Rome. – Les écrivains catholiques romains nous content même beaucoup d’histoires à ce sujet. Les légendes, les traditions et les fables abondent. Mais malheureusement pour ces autorités, l’Écriture garde un profond silence sur ce point. On n’y trouve pas un mot qui prouve que l’apôtre Pierre soit jamais allé à Rome.

Mais quant à ce qu’il fit à Antioche, c’est ce qu’enseigne le passage de l’épître aux Galates que vous lisez en tète de ce traité. Sur ce point, le langage de l’Écriture est aussi clair qu’irrécusable, Relisez donc ces versets, et pesez bien leur contenu.

Ces six versets sont frappants à divers égards : par l’événement qu’ils racontent, savoir, un apôtre qui en blâme un autre ; par les deux hommes dont il s’agit : le plus jeune, Paul, censure Pierre, le plus – Par la nature du fait en question, il ne s’agissait pas d’une faute éclatante, ni d’un péché bien grave à première vue, dont Pierre s’était rendu coupable. Cependant Paul dit : « Je lui résistai en face, parce qu’il méritait d’être repris. » Il fit plus que cela, – il reprocha publiquement à Pierre son erreur devant toute l’Église d’Antioche. – Il va plus loin encore, – il consigne ce fait dans un écrit qui est maintenant répandu dans le monde entier et lu dans plus de cent langages différents.

Ami lecteur, je suis convaincu que le Saint-Esprit a voulu que nous apportassions une attention toute spéciale à l’examen de ce passage. Si le christianisme eût été une invention humaine, on n’eût jamais raconté ces choses. Un imposteur comme Mahomet eût soigneusement caché ce différend entre ces deux éminents apôtres. Mais l’Esprit de vérité a voulu pour notre instruction qu’il en fût autrement.

Il y a trois grandes leçons que nous devons retirer de ce passage :

  • La première, c’est que les plus grands serviteurs de Dieu sont exposés à tomber dans de grandes erreurs.
  • La deuxième, qu’il est plus important pour une Église d’y sauvegarder la vérité que d’y conserver la paix.
  • La troisième, qu’il n’existe aucune doctrine dont nous devions être plus jaloux que celle de la justification par la foi sans les oeuvres de la loi.

 

I.

La première leçon, avons-nous dit, quenous donne le fait passé à Antioche, c’est que les plus grands serviteurs de Dieu peuvent tomber dans de grandes erreurs.

Quelle preuve plus frappante pouvons-nous en avoir que celle qui est placée sous nos yeux. Pierre sans doute était un des plus grands apôtres, – un des plus anciens disciples, gratifié d’avantages et de privilèges tout particuliers. Il avait été constamment dans la compagnie de Jésus, l’avait entendu prêcher, avait vu ses miracles, avait joui de l’enseignement privé du Seigneur et avait été du nombre de ses amis les plus intimes ; enfin il avait été avec lui et l’avait suivi pendant tout le temps de son ministère sur la terre. C’était l’apôtre auquel les clefs du ciel avaient été données et qui en fit le premier usage. Ce fut lui qui ouvrit le premier aux Juifs la porte de la foi dans sa prédication du jour de la Pentecôte. Ce fut encore lui qui le premier ouvrit cette porte aux Gentils en allant dans la maison de Corneille et en le recevant dansl’Église de Christ. Ce fut lui qui se leva le premier dans le concile du quinzième des Actes, et qui dit ; « Pourquoi tentez-vous Dieu en mettant sur le cou des disciples un joug que ni nous ni nos pères n’avons pu porter. » Et cependant, c’est ce même Pierre, ce même apôtre que nous voyons tomber ouvertement dans une grande erreur, et dans une manifeste inconséquence. L’apôtre Paul nous dit : « Je lui résistai en face, parce qu’il méritait d’être blâmé, parce qu’il craignait ceux de la circoncision, » et il dit de lui et de ceux qui l’accompagnaient » qu’ils ne marchaient pas droitement selon la vérité de l’Évangile. » Enfin. il parle de leur dissimulation, et il ajoute « que par cette dissimulation, Barnabas lui-même, son vieux compagnon dans les travaux missionnaires, se laissait entraîner à dissimuler comme eux. »

Lecteur ! réfléchissez combien ce fait est frappant. – C’est bien Simon Pierre, et c’est la troisième grande erreur, dans laquelle il tomba, que le Saint-Esprit atrouvé il propos de nous rappeler. – Une fois nous le, voyons s’efforcer de détourner notre Seigneur autant qu’il le pouvait de sa grande oeuvre de la croix, et il en fut sévèrement repris de lui. Ailleurs, nous le voyons renier trois fois son maître, même avec serment. Et ici nous le trouvons mettant en danger la vérité fondamentale de l’Évangile de Christ, la justification par la foi. Certainement nous devons nous écrier : « Seigneur, qu’est-ce que l’homme ? » L’Église romaine se vante que l’apôtre Pierre est son fondateur et son premier évêque. Eh bien ! soit, accordons-leur pour un moment la chose. Rappelons-nous seulement que de tous les apôtres, il n’en est aucun, à l’exception de Judas, duquel nous ayons autant de preuves qu’il était un homme faillible. – Ainsi, d’après l’Église de Rome, elle aurait été fondée par le plus faillible des apôtres.

Mais cela est destiné à nous enseigner que les apôtres eux-mêmes étaient sujets à l’erreur, quand ils n’écrivaient pas sous l’inspiration du Saint-Esprit ; – que les meilleurs des hommes sont faillibles aussi longtemps qu’ils sont dans le corps, et à moins que la grâce de Dieu ne les soutienne, chacun d’eux peut s’égarer en tout temps. – C’est bien humiliant, mais c’est la vérité. Les vrais chrétiens sont convertis, justifiés et sanctifiés. Ils sont des membres vivants de Christ, des enfants chéris de Dieu et héritiers de la vie éternelle. Ils sont élus, choisis, appelés et gardés pour le salut. Ils ont l’Esprit, mais ils ne sont pas infaillibles.

Croyez-vous que le rang et la dignité puissent conférer l’infaillibilité ? Non ! ils ne le peuvent. Peu importe le nom qui distingue un homme d’un autre homme. Qu’il soit un czar, un empereur, un roi ou un prince ; qu’il soit pape ou cardinal, archevêque ou évêque, prêtre ou diacre, c’est toujours un homme faillible. La couronne ou le diadème, pas plus que la tiare, que la mitre, l’onction de l’huile sainte ou l’imposition des mains, ne peuvent empêcher un homme de tomber dans l’erreur.

Pensez-vous que le nombre peut conférer l’infaillibilité ? Non ! vous pouvez réunir des princes en grand nombre et des évêques par centaines ; mais, quoique réunis tous ensemble, ils n’en seront pas moins sujets à errer. Que vous appeliez leur réunion concile ou synode, assemblée ou conférence, ou toute autre dénomination, peu importe, – leurs conclusions seront toujours celles d’êtres faillibles. – Leur sagesse collective ne les préservera pas des erreurs les plus énormes.

Lecteur, l’exemple fourni par l’apôtre Pierre à Antioche n’est pas le seul que la sainte Écriture nous présente. – Rappelez-vous Abraham, le père des croyants, suivant le conseil de Sarah, qui l’engagea à prendre Agar pour femme ; – Aaron, le premier souverain sacrificateur, conseillant aux enfants d’Israël de se faire un veau d’or ; – Nathan, le prophète, ordonnant à David de bâtir un temple ; – Salomon le plus sage des hommes, permettant à ses femmes de construire leurs hauts lieux ; – Asa, ce pieux roi de Juda, ne consultant pas l’Éternel, mais les médecins ; – Jéhosaphat, ce bon prince, se laissant entraîner à appuyer l’impie Achab ; – Ezéchias, le meilleur des rois de Juda, accueillant les ambassadeurs de Babylone ; – Josias, le dernier des bons rois de Juda, sortant pour combattre Pharaon. – Jacques et Jean voulant faire descendre le feu du ciel ! – Tous ces exemples n’ont pas été écrits sans motif, et nous devons nous les rappeler. Ils crient bien haut : Il n’y a point d’infaillibilité !

Et qui ne voit pas, en lisant l’histoire de l’Église de Christ, la preuve répétée que, les meilleurs des hommes peuvent errer. Les premiers Pères étaient zélés, suivant la mesure de leur connaissance, et prêts à mourir pour Christ. Mais plusieurs d’entre eux ont favorisé le système monacal, et presque tous ont semé les germes de nombreuses superstitions.

Les réformateurs furent, dans la main de Dieu, des instruments vénérés et bénis pour vivifier la cause de la vérité sur la terre. Cependant à peine en pourrait-on trouver un seul qui n’ait pas fait quelque grande méprise. Martin Luther insista avec obstination sur la doctrine de la consubstantiation. Mélanchton fut souvent timide et irrésolu. Calvin consentit au supplice de Servet. Cranmer se rétracta et déchut pour un temps de sa première foi accepta les doctrines du catholicisme romain par crainte de la mort. Hooper porta le trouble dans l’Église d’Angleterre par ses scrupules minutieux sur les habits des ecclésiastiques. Les puritains, dans les anciens temps, donnèrent à la tolérance les noms d’Abaddon et d’Apollyon. Wesley et Toplady, dans le dernier siècle, se laissèrent aller l’un et l’autre a un langage peu convenable. Enfin de nos jours Irving céda à l’illusion des langues. Toutes ces choses parlent assez haut, et sont un avertissement pour l’Eglise de Christ. Toutes disent : « Gardez-vous de l’homme – n’appelez aucun homme, maître, ne donnez à aucun homme sur la terre le nom de père, – que l’homme ne se glorifie point dans l’homme, – que celui qui se glorifie se glorifie dans le Seigneur. » Toutes crient qu’il n’y a point d’infaillibilité.

Lecteur, nous avons tous besoin de cette leçon. Nous sommes tous par nature enclins a nous appuyer sur l’homme que nous voyons, plutôt que sur Dieu que nous ne voyons pas. Nous sommes naturellement enclins à nous appuyer sur les ministres de l’Église visible plutôt que sur le Seigneur Jésus-Christ, le puissant berger, l’évêque et le grand prêtre qui est invisible. Nous avons besoin d’être continuellement avertis et tenus sur nos gardes.

Je retrouve partout cette tendance de l’homme à s’appuyer sur l’homme, et je ne connais aucune branche de l’Église protestante de Christ qui n’eût besoin d’être avertie sur ce point. Les épiscopauxqui se font des idoles des évêques Pearson et du judicieux Hooker, – les presbytériens écossais qui basent leur foi sur John Knox, – les méthodistes de nos jours qui rendent un culte à la mémoire de J. Wesley, et bien d’autres que je pourrais citer, ont dans ces opinions exagérées et exclusives des pièges dans lesquels ils peuvent se laisser entraîner, et combien est grand le nombre de ceux qui y tombent !

Nous sommes tous naturellement enclins à nous faire un pape de notre propre création, et trop prompts à nous persuader que parce que tel ministre distingué ou tel savant dit une chose, – surtout lorsque c’est notre propre pasteur, celui que nous aimons et respectons, – que ce qu’il dit doit être vrai, sans examiner s’il est ou non conforme à l’Écriture. – Il est beaucoup d’hommes qui se débarrassent du souci de penser par eux-mêmes. – Ils aiment à s’attacher à un guide et à le suivre. Ils ressemblent à des moutons qu’on voit, quand l’un d’eux traverse une brèche, être suivi de tous les autres. – Dans le cas actuel à Antioche, ne voyons-nous pas Barnabas lui-même se laisser entraîner. – Nous pouvons nous imaginer ce saint homme se dire, : « Un ancien apôtre comme Pierre ne peut sûrement pas mal faire, et en le suivant je ne saurais me tromper. »

Et maintenant, cher lecteur, voyons quelle leçon pratique nous pouvons tirer de cette portion de notre sujet.

Apprenons en premier lieu à ne pas mettre une confiance implicite dans l’opinion d’aucun homme, nous fondant sur ce qu’il vivait il y a plusieurs siècles. Or Pierre vécut au temps de Christ lui-même, et cependant il put errer.

Beaucoup de gens, au temps où nous vivons, parlent « de la voix de la primitive Église. » Ils voudraient nous faire croire que ceux qui vivaient à l’époque la plus rapprochée des apôtres doivent naturellement mieux connaître la vérité que nous. Mais cette opinion n’est nullement fondée. Il est constant que les plus anciens écrivains de l’Église chrétienne diffèrent souvent entre eux. Il est constant qu’ils ont souvent changé de sentiments et ont rétracte leurs précédentes opinions. Il est reconnu qu’ils ont souvent écrit des choses absurdes et médiocres et montré une grande ignorance dans leurs explications des Écritures. – On s’attendait en vain à les trouver libres d’erreur. Non, l’infaillibilité ne se trouve point chez les Pères primitifs, elle n’est que dans la Bible.

En second lieu, apprenons à ne pas accorder une entière confiance à l’opinion d’aucun homme, simplement parce que c’est un ministre. Pierre était un dos principaux parmi les apôtres, et cependant il se trompa.

C’est un point sur lequel les hommes se sont continuellement égarés. – C’est le rocher sur lequel la primitive Église tomba. Les hommes sont prompts à dire : « Ne faites rien de contraire à l’opinion desévêques. » – Mais que sont les évêques, les prêtres et les diacres ? – Que sont les meilleurs des ministres ?… des hommes, de la poussière, des cendres et de la boue ; – des hommes ayant les mêmes passions que vous exposés aux tentations, sujets aux faiblesses et aux infirmités !…
Rappelez-vous cette parole de l’Écriture : « Qui est Paul et qui est Apollos, sinon des ministres par lesquels vous avez cru. » – Des évêques ont souvent conduit la vérité dans le désert et décidé que ce qui était, faux était la vérité. Les plus grandes erreurs ont été introduites par des ministres. Hophni et Phinées, fils du grand sacrificateur Héli, rendirent la religion odieuse aux enfants d’Israël. Anne et Caïphe, quoique les descendants directs d’Aaron, crucifièrent le Seigneur. Et Arius, ce grand hérésiarque, était prêtre. C’est une absurdité que de supposer que des hommes ne peuvent pas se tromper, parce qu’ils ont reçu les ordres. Vous devez nous suivre aussi longtemps que nous marchons d’accord avec la Bible, que nous mettons devant vous la Parole de Dieu, mais pas au-delà. Croyez-nous tant que nous vous disons : « Ainsi il est écrit ; ainsi a dit le Seigneur. » Mais si nous allons plus loin, ne nous suivez pas. Non ! l’infaillibilité ne se trouve pas dans les hommes ordonnés, mais dans la Bible.

De plus, ne plaçons pas une confiance implicite dans aucune opinion d’homme, simplement parce que cet homme possède beaucoup de savoir. Pierre n’était-il pas doué du don de faire des miracles et de parler plusieurs langues, et cependant il put se tromper.

C’est encore un point qui a entraîné beaucoup de gens dans l’erreur. C’est la pierre sur laquelle les hommes s’achoppèrent fréquemment dans le moyen âge. – Il y en eut beaucoup qui regardèrent un Thomas d’Aquin, un Pierre Lombard, et plusieurs de leurs semblables, presque comme des hommes inspirés, et, dans l’excès de leur admiration, ils décernèrent àplusieurs des épithètes telles que celles-ci :
– le docteur irrécusable, – le docteur séraphique, – le docteur incomparable, et ils semblèrent croire que tout ce que ces docteurs disaient était la vérité ! Mais que sont les plus savants des hommes, s’ils ne sont pas enseignés par le Saint-Esprit. –

Que sont les plus instruits de tous ces clercs, sinon de faillibles enfants d’Adam. – Une vaste érudition littéraire et une grande ignorance de la vérité de Dieu peuvent se trouver côte à côte. C’est ce qu’on a vu, qu’on voit et qu’on verra dans tous les temps. Tels livres de sermons d’un ministre fidèle ont peut-être fait plus de bien aux âmes des hommes qu’aucun des in-folio qu’ont écrits Origène et Jérôme ; – et je n’ai aucun doute que le Pèlerinage du chrétien de Bunyan, écrit par un homme qui ne sut jamais un seul mot de grec ni de latin et qui ne connaissait que la Bible, sera trouvé au dernier jour avoir fait plus de bien au monde que toutes les oeuvres des saints-Pères mises ensemble.
La scienceest un don qu’on ne doit pas mépriser. Ce sera un jour fâcheux que celui où les livres seront peu estimés dans l’Église. Mais ou est confondu quand on observe combien les dons les plus éminents de l’intelligence chez un homme peuvent se rencontrer avec une faible portion de la grâce de Dieu. Je ne doute nullement que les hommes éminents d’Oxford, pendant le dernier siècle, ne connussent beaucoup mieux l’hébreu, le grec et le latin que Wesley, Whitefield, Beveridge, et Venn, mais ils connaissaient moins bien de Christ. – L’infaillibilité ne réside pas dans les corps d’hommes savants, mais seulement dans la Bible.

J’avertis en outre chacun de ceux qui nie lisent de ne pas mettre une confiance implicite dans l’opinion de leur propre ministre, quelque pieux qu’ils l’estiment être. Pierre fut un homme puissant dans la grâce et cependant il fut sujet à l’erreur.
Votre ministre peut être réellement un homme de Dieu et digne de tout honneurpour sa prédication et sa conduite ; mais n’en faites pas un pape ! Ne placez jamais sa parole au niveau de la Parole de Dieu ; ne le gâtez pas par vos flatteries ; ne lui laissez pas croire qu’il ne peut pas se tromper ; ne vous appuyez pas trop fortement sur son opinion, de peur que vous n’appreniez bientôt, à vos dépens, qu’il peut errer.

Il est écrit de Joas, roi de Juda, « qu’il servit Dieu tout le temps que vécut le sacrificateur Jéhojada » or, Jéhojada mourut, et la religion de Joas mourut en même temps. De même, votre ministre peut mourir, et votre religion mourir avec lui. – Il peut changer, et votre religion changer. – Il peut s’en aller, et votre religion s’en aller de même. Oh ! ne vous contentez jamais d’une religion fondée sur un homme ; qu’il ne vous suffise pas de dire : « J’espère, parce que mon pasteur m’a dit telle ou telle chose. » – Tâchez plutôt de pouvoir dire : « J’espère, parce que je trouve ces choses écrites dans la Parole de Dieu. » Pour que votre paix soit ferme, vous devez aller vous-même à la source de la vérité. – Pour que vos consolations soient durables, vous devez visiter vous-même la fontaine de vie et y puiser l’eau rafraîchissante dont votre âme a besoin. Les ministres peuvent changer, l’Église visible peut-être dissoute ; mais celui qui a la Parole de Dieu écrite dans son coeur a, sous ses pieds, un fondement qui ne saurait manquer. Honorez votre pasteur comme un fidèle ambassadeur de Christ ; estimez-le hautement et aimez-le pour l’amour de son oeuvre. Mais n’oubliez jamais que l’infaillibilité tic peut se trouver en lui, mais dans la Bible seule.

Lecteur, les choses que je viens de vous dire sont dignes d’être prises en sérieuse considération ; serrez-les dans voire coeur, et vous aurez reçu à Antioche une précieuse leçon.

 

II.

Je passe maintenant à la deuxième leçon, savoir : Qu’il est plus important pour une Église d’y sauvegarder la vérité que d’y conserver la paix.

Je suppose qu’aucun homme ne connut mieux que Paul le prix de la paix. C’était cet apôtre qui écrivait aux Corinthiens cette belle peinture de la charité. – Ce fut lui qui disait : « Soyez d’un même sentiment les uns envers les autres, – soyez en paix entre vous, – pensez aux mêmes choses. – Le serviteur de Dieu ne doit pas contester. – Il y a un seul corps et un seul esprit, de même vous êtes appelés à une seule espérance par votre élection. – Il n’y a qu’un Seigneur, qu’une foi et qu’un baptême. » Ce fut encore cet apôtre qui disait : « Je nie fais tout à vous, afin d’en sauver quelques tins. » Toutefois, voyez comment il agit dans cette occasion. – Il résiste à Pierre en face ; il le reprend publiquement ; il court le risque de toutes les conséquences qui peuvent s’en suivre ; il assume la responsabilité de tout ce que les ennemis pourront dire de l’Église d’Antioche. Voyez surtout comme il écrit ce fait, pour être un perpétuel mémorial qui ne pourra jamais être oublié, afin que partout où l’Évangile sera prêché dans le monde, ce reproche publie, adressé par un apôtre à un apôtre qui se trompait, pût, être lu et arriver à la connaissance de tous les hommes.

Maintenant, pourquoi agit-il ainsi ? Parce qu’il redoutait par-dessus tout la fausse doctrine, – qu’il savait qu’il ne faut qu’un peu de levain pour faire lever toute la pâte, – qu’il voulait nous apprendre qu’il faut être ému à jalousie pour la vérité, et craindre davantage de perdre la liberté que la paix.

Lecteur, l’exemple de Paul est un de ceux dont nous devons nous souvenir de nos jours. Beaucoup de gens accepteront toute chose en religion, pourvu qu’ils mènent une vie paisible. lis ont une terreur maladive pour ce qu’ils appellent « la controverse, » pour ce qu’ils désignent d’une manière vague sous le nom « d’esprit de parti, » quoiqu’ils ne définissent jamais clairement ce que c’est que cet esprit de parti.

Ils sont possédés d’un désir fiévreux de conserver la paix, de faire que toutes choses soient douces, agréables et faciles, fût-ce même aux dépens de la vérité. Pourvu qu’ils aient l’ordre à l’extérieur, ils sont contents de renoncer à tout le reste. Je crois qu’ils auraient admis avec Achab qu’Elie était un trouble paix en Israël, et qu’ils auraient prêté assistance aux princes de Juda quand ils mirent Jérémie en prison pour lui fermer la bouche. « Je ne mets pas en doute que bon nombre de ces hommes dont je parle n’eussent pensé que Paul à Antioche s’était conduit en imprudent, et qu’il avait été trop loin. »

Je crois que c’est un tort ; nous n’avonsnul droit d’exiger autre chose que le pur Évangile de Christ, – sans mélange et sans altération, le même Évangile qu’ont enseigné les apôtres pour faire du bien aux âmes des hommes. Je crois que pour conserver cette pure vérité dans l’Église, chacun devrait être prêt à faire toute espèce de sacrifice, à compromettre la paix, à risquer la dissidence et même à courir la chance de la séparation. – On ne doit pas plus tolérer les fausses doctrines qu’on ne tolérerait le péché. Il faut résister à toute addition comme à tout retranchement qu’on ferait subir au pur message de l’Évangile de Christ.

C’était par amour pour la vérité que notre Seigneur Jésus-Christ dénonçait les pharisiens, quoiqu’ils fussent assis sur la chaire de Moïse et qu’ils eussent été autorisés et choisis pour enseigner les hommes. « Malheur à vous, scribes et pharisiens hypocrites ! » C’est ainsi qu’il les interpelle huit fois dans le XXIIIe chapitre de Matthieu. Et qui osera soupçonner que notre Seigneur ait eu tort ?

Ce fut pour l’amour de la vérité que Paul reprit et blâma Pierre, quoiqu’il fût un frère. À quoi eût servi l’unité si la pure doctrine avait disparu. Et qui osera dire que Paul ait en tort ?

Ce fut pour l’amour de la vérité qu’Athanase lutta contre le monde pour maintenir la pure doctrine de la divinité de Jésus-Christ, et soutint une controverse contre la grande majorité de l’Église qui portait le nom de chrétienne. – Et qui osera dire qu’il ait eu tort ?

Ce fut pour l’amour de la vérité que Luther rompit l’unité de l’Église dans laquelle il était né, qu’il attaqua le pape dans tontes ses erreurs, et qu’il posa le fondement d’un enseignement nouveau. Et qui osera dire que Luther ait eu tort ?

Ce fut pour l’amour de la vérité que Cranmer, Ridley et Latimer, les réformateurs de l’Angleterre, donnèrent à Henri VIII et à Édouard VI le conseil de se séparer de Rome et de risquer les conséquences de cette division. Et qui osera dire qu’ils eurent tort ?

Ce fut pour l’amour de la vérité que Whitefield et Wesley, il y a un siècle environ, attaquèrent la prédication de simple morale du clergé de leur temps, et se répandirent dans les grands chemins et les lieux écartés pour sauver les âmes, sachant bien qu’ils allaient être excommuniés de leur Église. Et qui osera dire qu’ils eurent tort » !

Oui ! lecteur, la paix sans la vérité est une fausse paix, c’est la paix du démon. – L’unité sans l’Évangile est une unité sans valeur, c’est l’unité même de l’enfer. Ne nous laissons jamais endoctriner par ceux qui en parlent avec douceur et ménagement Rappelez-vous ces mots de notre, Seigneur Jésus-Christ ; « Ne croyez pas que je sois venu pour apporter la paix sur la terre ; je suis venu apporter non la paix, mais l’épée. » – Rappelez-vous les éloges qu’il donne à l’une des sept Églisesde l’Apocalypse : « Je sais que tu ne peux souffrir les méchants, que tu as éprouvé ceux qui se disent apôtres et qui ne le sont pas, et que tu les as trouvés menteurs. » Souvenez-vous du blâme qu’il jette sur une autre de ces Églises : « Tu souffres que la femme Jézabel enseigne. » – Ne vous rendez jamais coupable de sacrifier la moindre portion de la vérité sur l’autel de la paix. Imitez les Juifs, lesquels, s’ils trouvaient dans une copie manuscrite des Écritures de l’Ancien Testament une erreur d’une seule lettre, jetaient toute la copie au feu plutôt que de courir le risque de perdre un point ou un signe de la Parole de Dieu. N’exigez rien de moins que l’Évangile complet de notre Seigneur Jésus-Christ.

Où en êtes-vous, lecteur, quant à l’usage pratique des principes généraux que je viens de vous exposer ? Je vous donnerai un simple avertissement sur ce sujet : croyez-moi, il est digne de votre sérieuse attention.

Je vous engage donc, par amour pour la vérité, d’être très précautionnés quant, à là prédication que vous allez entendre régulièrement et au lieu de culte où vous assistez d’ordinaire. Gardez-vous avec soin de vous placer volontairement sous les soins d’aucun pasteur dont la doctrine soit notoirement reconnue mauvaise. Je n’ai jamais hésité de proclamer hautement mon opinion sur ce point. Je sais fort bien que beaucoup de gens regarderont comme une chose choquante d’abandonner l’Église dans sa paroisse ; niais je pense tout différemment. J’établis sans doute une grande différence entre l’enseignement qui laisse à désirer et celui qui est entièrement faux, – entre l’enseignement qui erre du côté négatif et celui qui est positivement anti-scripturaire. Mais je crois que si une fausse doctrine est invariablement prêchée dans une Église paroissiale, un paroissien qui aime son âme a tout à fait raison en ne s’y rendant pas. – Entendre une prédication anti-scripturaire cinquante-deux fois par année, est une chose sérieuse. C’est infiltrer continuellement une goutte de poison lent dans l’âme.

Il me semble presque impossible qu’un homme puisse s’y soumettre volontairement sans en souffrir. Je vois que le Nouveau Testament nous dit clairement « Éprouvez toutes choses et retenez ce qui est bon. » Je vois dans le livre des Proverbes qu’il nous est, ordonné « de cesser de prêter l’oreille à l’instruction qui nous écarte des sentiers de la connaissance. » Si ces paroles ne justifient pas l’homme qui abandonne son Église, quand la doctrine qu’on y prêche est manifestement fausse, – je ne sais pas ce que ces paroles signifient.

Quelqu’un nous dira-t-il qu’assister à l’Église de sa paroisse est une chose absolument nécessaire pour le salut ? S’il existe un tel homme, qu’il l’avoue et qu’on nous le nomme Quelqu’un osera-t-il affirmer qu’il suffit qu’un homme aille à l’Église de sa paroisse pour sauver son âme, s’ilmeurt inconverti et sans connaître Christ ? – qu’on nous le montre et qu’il se nomme. Si quelqu’un prétend que d’assister au culte dans l’Église de sa paroisse suffira pour lui donner la connaissance de Christ, la conversion, la foi ou la repentance, quoique ces sujets soient à peine nommés dans la dite Église et n’y soient jamais clairement enseignés, qu’on nous le montre et qu’il se nomme. – Enfin, si quelqu’un prétend dire qu’un homme qui se repent et qui croit en Christ, qui est converti et sanctifié, est dans le cas de perdre son âme s’il abandonne son Église paroissiale et va recevoir sa nourriture ailleurs, qu’on nous le montre et qu’on nous dise son nom. Pour moi, j’ai en horreur des doctrines aussi monstrueuses et aussi extravagantes. Je n’y trouve pas un iota de fondement dans la Parole de Dieu, et j’espère que le nombre de ceux qui y tiennent est extrêmement faible.

Par exemple, il est bien des paroisses en Angleterre où l’enseignement religieuxn’est guère meilleur que celui du catholicisme romain. – Or, des laïques devront-ils s’asseoir sur les bancs de ces Églises, être satisfaits et recevoir tranquillement ce qu’on leur donne ? – Non, ils ne le doivent pas. Et pourquoi cela ? parce qu’à l’instar de saint Paul le devoir est de préférer la vérité à la paix.

Il y a d’autres paroisses où l’enseignement n’est guère que de la morale, où les doctrines distinctives du christianisme ne sont jamais clairement proclamées. – Platon ou Sénèque auraient enseigné presque les mêmes choses, – un laïque devra-t-il s’en contenter ? Certainement non. Et pourquoi ? Parce qu’à l’instar de Paul ils ont dû préférer la vérité à la paix.

Lecteur, j’emploie un langage bien sévère en traitant ce sujet. Je le sais. Je marche sur un terrain glissant. – Je touche à des matières qu’on laisse généralement de côté et qu’on passe sous silence. Je la sais ; mais ce que je dis, je le dis avec le sentiment de mon devoir envers l’Église dont je suis pasteur. Je crois que les circonstances du temps présent et la position des laïques dans quelques parties de l’Angleterre exigent que je m’explique clairement. Dans plusieurs paroisses, des âmes périssent par ignorance, – d’honnêtes membres de l’Église anglicane sont scandalisés et inquiets. Ce n’est donc plus le temps des paroles douces. – Je n’ignore pas ces expressions : « le système paroissial, l’ordre, la division, le schisme, l’unité, la controverse, etc., etc. » Je connais l’influence sourde et silencieuse qu’elles exercent sur quelques esprits. – J’ai moi-même envisagé ces expressions avec calme et réflexion, et je suis prêt à dire mon opinion sur chacune d’elles.

Le système paroissial de l’Angleterre est quelque chose d’admirable en théorie, pourvu qu’il soit bien administré et dirigé par des ministres vraiment spirituels, et alors il est fait pour conférer les plus grandes bénédictions au pays. Mais c’est en vain qu’on attendra l’attachement à une Église de paroisse, dont le ministre ne connaît pas l’Évangile ou est un mondain. Dans un cas pareil, nous ne devons pas nous étonner si des hommes abandonnent leur Église de paroisse, et vont chercher la vérité là où elle se trouve. – Si le pasteur de la paroisse ne prêche pas l’Évangile et qu’il n’y puise pas sa vie, les clauses au nom desquelles il réclame l’attention de ses paroissiens sont virtuellement enfreintes, et son droit d’être écouté ne subsiste plus. C’est absurde de compter qu’un chef de famille mettra en danger les âmes de ses enfants et la sienne propre, par amour pour l’ordre paroissial. Il n’est pas fait mention de paroisses dans la Bible, et nous n’avons aucun droit d’obliger des hommes à vivre et à mourir dans l’ignorance, pour qu’ils puissent dire à la fin : « J’ai toujours fréquenté l’Église de ma paroisse. »

Les divisions et les séparations sont les plus fortes objections en matière religieuse.Elles affaiblissent la cause du vrai christianisme. Elles fournissent aux ennemis de toute piété l’occasion de blasphémer contre lui ; mais avant de distribuer le blâme, nous devons nous enquérir soigneusement pour savoir à qui il doit être imputé. La fausse doctrine et l’hérésie sont pires que, le schisme. Des gens qui se séparent d’un enseignement positivement faux et anti-scripturaire, méritent plutôt la louange que le blâme. Dans un cas pareil la séparation est une vertu et non un péché. Il est aisé de faire des remarques moqueuses « sur la démangeaison des oreilles, – et sur l’amour des émotions ; » mais il ne l’est pas autant de convaincre un simple lecteur de la Bible qu’il est de son devoir d’entendre prêcher chaque dimanche une fausse doctrine, quand, à l’aide d’un petit dérangement, il peut entendre la vérité : l’on ne doit jamais oublier ce vieux dicton : – « C’est celui qui cause le schisme qui est schismatique. »

L’unité, l’ordre et la tranquillité parmiles chrétiens sont de puissantes bénédictions. Elles donnent à la cause de Christ force, efficace et beauté, mais l’or lui-même peut-être payé plus qu’il ne vaut. – L’unité qui est acquise au prix du sacrifice de la vérité est sans aucune valeur. ce n’est pas par une telle unité qu’on peut plaire à Dieu. L’Église de Rome se vante hautement d’une unité qui n’en mérite pas le nom. C’est une unité qui est obtenue en cachant au peuple la Bible, en s’appuyant sur une autorité humaine, en encourageant l’ignorance, et en défendant aux hommes de penser par eux-mêmes. Semblables aux anciens guerriers qui exterminaient tous ceux qui leur résistaient, l’Église romaine « crée une solitude et appelle cela, paix. » – Il y a assez de calme et de silence dans le tombeau ; mais ce n’est pas le calme de la santé, c’est celui de la mort. C’étaient de faux prophètes qui criaient : « Paix, paix, où il n’y avait point de paix. »

La controverse en religion est une chose odieuse. Il est déjà assez pénible de combattre contre Satan, le inonde et la chair, sans établir des luttes dans notre propre camp, Mais il y a une chose qui est pire que la controverse ; c’est une fausse doctrine tolérée, avouée et établie sans protestation ni résistance. C’est la controverse qui a amené le triomphe de la réformation protestante. Si les vues que professent aujourd’hui quelques hommes étaient justes, il est clair que nous n’aurions jamais dû avoir la réforme. Pour l’amour de la paix, nous aurions dû adorer la Vierge et fléchir les genoux devant des images et des reliques, et nous y serions encore soumis aujourd’hui. Arrière de nous d’aussi inadmissibles prétentions ! Il est des temps où la controverse est non seulement un droit, mais une bénédiction. Je préfère l’orage et le tonnerre à la malaria pestilentielle. Cette dernière marche dans les ténèbres, nous empoisonne en silence et nous perd pour toujours, tandis que le premier nous effraie et nous trouble pour un peu de temps ; mais bientôt après l’air recouvresa pureté et sa sérénité. C’est un devoir formellement enseigné dans l’Écriture : « Que nous devons combattre avec ardeur pour la foi, jadis apportée aux saints. »

Je suis convaincu d’avance que les choses que je viens de dire sont excessivement déplaisantes à plusieurs esprits. Je crois qu’il en est beaucoup qui sont satisfaits d’un enseignement qui ne renferme pas toute la vérité, et qui s’imaginent qu’à la fin ce sera « la même chose. » Je m’en afflige pour eux, et je suis convaincu que la vérité, et rien que la vérité, peut seule, en règle générale, faire du bien aux âmes. Je suis certain que ceux qui retranchent volontairement quelque portion de la vérité, se trouveront à la fin avoir fait tort à leurs âmes. Il y a trois choses avec lesquelles les hommes ne doivent pas plaisanter : – un peu de poison, – un peu de fausse doctrine, – et un peu de péché…

Je ne me dissimule pas que quand un homme exprime des opinions telles que celles que je viens d’exposer, plusieurs personnes seront prêtes à dire : Cet homme n’est pas de l’Église ; mais ces accusations me touchent peu. Le jour du jugement montrera quels étaient les vrais amis de l’Église et ceux qui ne l’étaient pas. J’ai vu, depuis ces dernières années, qu’on appelle un bon homme d’Église, – un ministre qui mène une vie paisible, qui laisse tranquille la partie inconvertie de son troupeau, et qui prêche de manière à ne blesser et a n’édifier personne. Et j’ai été également témoin, qu’un homme qui prêchait les doctrines vitales de l’Évangile, qui travaillait avec constance à la conversion des âmes, était appelé un boutefeu, une occasion de trouble en Israël, et qu’on lui refusait le titre de bon homme d’Église. – En effet, j’ai pu voir clairement que les meilleurs de ces derniers n’étaient pas ceux qui parlaient le plus haut sur les matières d’Église. – Je me souviens aussi que nul ne cria plus fort « trahison, » qu’Athalie, et cependant c’était elle qui trahissait. – J’ai observé que dans l’Églised’Angleterre plusieurs de ceux qui élevaient le plus la voix pour exalter les privilèges ecclésiastiques, ont fini par abandonner l’Église d’Angleterre pour se joindre à celle de Rome. Les hommes peuvent dire ce qu’ils veulent ; mais les plus vrais amis de l’Église anglicane sont ceux qui travaillent le plus à la conservation de la vérité.

Lecteur, je mets ces choses devant vos yeux, et j’appelle sur elles votre sérieuse attention. Je vous supplie de n’oublier jamais que la vérité est d’une plus haute importance pour une Église que la paix – soyez prêts à proclamer les principes que je viens de développer, et à combattre avec zèle, s’il le faut, pour la vérité. faites-le, et vous aurez tiré quelque profit de ce qui s’est passé à Antioche.

 

 

III.

Je passe maintenant à la troisième leçon que nous donne Antioche, savoir : Qu’il n’y a aucune doctrine dont nous devions être plus jaloux que celle de la justification par la foi sans les oeuvres de la loi.

La preuve de cette leçon ressort de la manière la plus saillante du passage de l’Écriture qui est en tête de ce traité. Quel était donc l’article de foi que l’apôtre Pierre avait repoussé à Antioche ? – Aucun. Quelle doctrine avait-il proclamée publiquement qui fût fausse ? – Aucune ! Qu’avait-il donc fait ? Voici ce qu’il avait fait. Après avoir jadis vécu intimement et en compagnie avec les Gentils qui avaient cru, comme avec des cohéritiers du même héritage et des frères, il devint tout d’un coup froid et réservé avec eux, se contredisant ainsi lui-même. – Il semblait croire qu’ils étaient moins saints et moins acceptables aux yeux de Dieu que les Juifs circoncis. – Il paraissait impliquer que les croyants parmi les Gentils étaient dans un état inférieur à ceux qui avaient gardé les cérémonies de la loi de Moïse. Il semblait en un mot ajouter quelque chose à la foi toutesimple, comme nécessaire pour donner à un homme une part en Jésus-Christ, et répondre à la question – « Que faut-il que je fasse pour être sauvé ? » non-seulement « crois au Seigneur Jésus-Christ, » mais « crois au Seigneur Jésus-Christ, sois circoncis et garde les cérémonies de la loi. »

L’apôtre Paul ne put pas tolérer un seul moment une telle conduite. Rien ne l’affligeait plus que l’idée d’ajouter quelque chose à l’Évangile de Christ ; aussi dit-il : « Je lui résistai en face. » Non-seulement il le réprimanda, mais il rappela le fait dans son entier, quand, sous l’inspiration du Saint-Esprit, il écrivit son épître aux Galates.

Ami lecteur, j’attire votre attention toute spéciale sur ce point. Je vous prie d’observer quelle jalouse affection l’apôtre Paul montre à l’égard de cette doctrine, et considérez le, sujet à l’occasion duquel cette contestation eut lieu. Remarquez dans ce passage de l’Écriture l’immense importance attachée à la justification par la foi sans les oeuvres de la loi. – Rappelez-vous que ce fut au moyen de cette doctrine scripturaire que Luther remua le monde, et que tous les réformateurs contemporains l’ont suivi dans le même chemin.

Rappelez-vous que c’est la doctrine qui est essentiellement nécessaire à votre consolation personnelle. Aucun homme sur la terre n’est réellement enfant de Dieu et n’est une âme sauvée avant d’avoir connu et reçu le salut par la foi en Jésus-Christ. – Aucun homme n’aura jamais ni paix solide ni assurance véritable, qu’il n’ait embrassé dans son coeur la doctrine, « que nous sommes tenus pour justes devant Dieu par les mérites de notre Seigneur Jésus-Christ, par la foi, et non par nos oeuvres ou mérites propres. » Je crois qu’une raison pour laquelle tant de Sens, qui font profession d’être disciples de Christ, même de nos jours, sont ballottés çà et là, jouissent de peu de consolation, de peu de paix, c’est leur ignorance sur ce point. Ilsne voient pas clairement la justification par la foi sans les oeuvres de la loi.

C’est une, doctrine que le grand ennemi des âmes hait, qu’il cherche à détruire. – Il sait qu’au commencement elle a changé la face du monde et qu’elle a de nouveau tout bouleversé de fond en comble le monde au temps de la réformation. C’est pour cela qu’il pousse les hommes autant qu’il peut à la repousser. – Il cherche sans cesse à séduire les Églises et les ministres pour nier ou obscurcir cette vérité. Il n’y a pas lieu de s’étonner que le concile de Trente ait dirigé contre cette doctrine ses principales attaques et proclamé qu’elle était hérétique, et qu’il l’ait anathématisée. – On n’est pas surpris non plus que beaucoup de ceux qui se prétendent savants de nos jours repoussent cette doctrine comme étant un jargon théologique, et disent que tous les esprits éclairés sont justifiés par Christ, qu’ils aient ou non foi en lui. La cause réelle, c’est que cettedoctrine n’est que fiel et absinthe pour les coeurs inconvertis. C’est justement celle qui convient aux âmes réveillées. Mais l’homme orgueilleux et sans humilité, qui ne connaît pas son état de péché et ne voit pas sa propre faiblesse, ne peut pas recevoir cette vérité.

C’est la doctrine, dont l’absence est la cause de la moitié des erreurs de l’Église catholique romaine. – Car on peut attribuer l’origine d’une grande partie des doctrines anti-scripturaires de la papauté à son rejet de la justification par la foi. Aucun docteur romain, s’il est fidèle à son Église, ne peut dire au pécheur angoissé : « Crois au Seigneur Jésus-Christ et tu seras sauvé. » Il ne le peut pas sans des additions et des explications qui détruisent complètement la bonne nouvelle. Il n’ose pas administrer le remède de l’Évangile saris y ajouter quelque chose qui détruit son efficace et neutralise son influence. Le purgatoire, la pénitence, l’absolution du prêtre, l’intercession dessaints, le culte de la Vierge, et beaucoup d’autres croyances de la papauté, qui sont l’ouvrage de l’homme, jaillissent tous de la même source. Ce sont tout autant d’appuis pourris pour les consciences travaillées et chargées, rendus nécessaires par le rejet de la justification par la foi.

Cette doctrine est indispensable à tout succès d’un ministre parmi ses ouailles. – L’obscurité sur ce point gâte tout. L’absence de clairs enseignements sur la justification empêchera le zèle le plus ardent de faire du bien. – Il peut y avoir beaucoup de choses belles et bonnes dans les sermons d’un ministre, beaucoup sur Christ et sur notre union sacramentale avec lui ; – beaucoup sur le renoncement, – sur l’humilité et sur la charité. – Mais tout cela profitera peu, si sa trompette rend un son douteux sur la justification par la foi, sans les oeuvres de la loi.

Cette doctrine est absolument essentielle à la prospérité d’une Église. Aucune Église n’est réellement dans un état sain, si cettedoctrine n’est pas hautement prêchée et proclamée. Une Église peut avoir des formes excellentes, des ministres régulièrement consacrés et les sacrements convenablement administrés, mais une Église ne verra point les âmes se convertir sous sa prédication si cette doctrine n’est pas ouvertement prêchée. Ses constructions ecclésiastiques peuvent frapper les yeux de tout le monde, mais il n’y aura aucune bénédiction de Dieu sur cette Église si la justification par la foi n’est pas proclamée dans ses chaires ; tôt ou tard son chandelier lui sera retiré.

Pourquoi les Églises d’Afrique et d’Orient sont-elles tombées dans leur état actuel ?
– N’avaient-elles pas des évêques ? des formes et des liturgies, des synodes et des conciles ? Oui, elles avaient tout cela ; – mais elles avaient mis de côté la justification par la foi, perdu de vue cette puissante vérité, et elles sont tombées.

Pourquoi l’Église anglicane fit-elle si peu de chose dans le dernier siècle, et pourquoi les indépendants, les méthodistes et les baptistes en firent-ils beaucoup plus ? Leur système était-il meilleur ? l’Église anglicane n’était-elle pas aussi bien adaptée aux besoins des âmes perdues ? Non ; mais leurs ministres prêchaient la justification par la foi, et les nôtres, sauf de rares exceptions, n’en parlaient pas.

Pourquoi voit-on tant de gens fréquenter les Églises dissidentes de nos jours ? et pourquoi voyons-nous souvent une splendide église paroissiale gothique aussi vide d’adorateurs qu’une grange l’est de blé en juillet ; tandis qu’une simple petite bâtisse, construite en briques et appelée une maison d’assemblée, est remplie jusqu’à étouffer ? Ce n’est pas que les gens aient une antipathie abstraite pour l’épiscopat, pour le prayer-book (1), le surplis et l’Église établie ; pas le moins du monde ! la simple raison en est que, dans le plus grand nombre des cas, le peuple n’aimepas une prédication dans laquelle la justification par la foi n’est pas pleinement proclamée. Quand ils ne peuvent pas l’entendre dans l’église de leur paroisse, ils vont la chercher ailleurs. Sans doute il y a des exceptions, et il y a des lieux où une longue suite de négligences a tellement dégoûté le peuple de l’Église anglicane, qu’il ne veut pas même entendre la vérité de la bouche de ses ministres ; mais je crois qu’en général, quand l’église est déserte et le lieu de l’assemblée rempli, l’enquête prouvera que la cause en est là.

Lecteur, si ces choses sont telles, l’apôtre Paul avait raison de se montrer jaloux de cette vérité, et de résister à Pierre en face. Il pouvait soutenir avec raison qu’on devait tout sacrifier, plutôt que de mettre en danger, dans l’Église de Christ, la doctrine de la justification. Il lut dans l’avenir avec un oeil prophétique ; et il nous laissa un exemple pour le suivre. – Quelle que soit notre tolérance, ne permettons jamais que la moindre atteinte soit portée à cette doctrine bénie, que nous sommes justifiés par la foi sans les oeuvres de la loi.

Lecteur, aussi longtemps que vous vivrez, gardez-vous de tout enseignement qui obscurcirait directement ou indirectement la justification par la foi. Tout système religieux qui interpose une chose quelconque entre le pécheur travaillé et chargé et la simple foi en Jésus-Christ notre Sauveur, est dangereux et contraire à l’Écriture. – Tout système qui fait de la foi quelque chose de compliqué, qui en fait autre chose qu’une simple et filiale dépendance, – qui sépare la main qui reçoit le remède de la main du médecin qui le donne, est un système dangereux et malfaisant. Tout système qui porte atteinte à la simple doctrine protestante, qui a brisé le pouvoir de Rome, amène avec lui une espèce de contagion qui met les âmes en péril.

Le baptême est un sacrement institué par Christ lui-même, et tous ceux qui se disent chrétiens doivent en user avec respect et vénération. Quand on l’applique avec droiture, avec dignité et avec foi, il peut-être l’instrument de puissantes bénédictions pour l’âme. Mais pour ceux auxquels on enseigne que tous ceux qu’on baptise sont de plein droit nés de nouveau, et que tous les baptisés doivent être considérés comme des enfants de Dieu, pour ceux-là, dis-je, je crois que leurs âmes courent un grand danger. Un tel enseignement sur le baptême renverse selon moi la doctrine de la justification par la foi. Les seuls enfants de Dieu sont ceux qui ont la foi en Jésus-Christ, et tous les hommes n’ont pas la foi.

La sainte cène est un sacrement donné par Christ lui-même et institué pour l’édification et la consolation des vrais fidèles ; mais pour ceux qui sont enseignés que toute personne quelconque doit se présenter à la table du Seigneur, qu’elle ait on non la foi, et que tous ceux qui reçoivent le pain et le vin reçoivent également le corps et le sang de Christ, les âmes de ceux-là sont, selon moi, dans un grand danger. Un tel enseignement me paraît obscurcir la doctrine de la justification par la foi. – L’homme justifié est le seul qui mange réellement le corps de Christ et qui boit son sang, et personne n’est justifié à moins qu’il ne croie.

Être membre de l’Église est un grand privilège. Aucune Église sur la terre n’offre, selon moi, autant d’avantages à ceux qui en font partie, quand elle est dirigée avec droiture. Mais pour ceux à qui l’on a enseigné que leur qualité de membres de cette Église les rend de droit membres de celle de Christ, je crois leurs âmes en grand danger. – Un semblable enseignement me paraît renverser la doctrine de la justification par la foi. Ceux qui croient, sont seuls unis à Christ, et tous les hommes ne croient pis.

Lecteur, chaque fois que vous entendez un enseignement qui obscurcit ou contredit la doctrine de la justification par la foi, vous pouvez être certain qu’il y a quelque chose qui cloche. Soyez en garde contre cet enseignement. – Une fois que vous errez au sujet de la justification, vous pouvez dire un long adieu à toute consolation, à toute paix, à toute espérance vive, en un mot à tout ce qui se rattache à l’assurance du christianisme. – L’erreur ici est un ver à la racine. – Veillez donc sur cette doctrine et tenez-vous sur vos gardes.

1. En terminant, permettez-moi d’abord de demander à tout individu qui lira ce traité de s’armer d’une complète connaissance de la Parole écrite de Dieu ; s’il ne le fait, il sera sans cesse à la merci de tout faux docteur. – Il ne reconnaîtra pas les erreurs d’un Pierre et ne sera pas en état d’imiter la courageuse fidélité d’un Paul. Un laïque ignorant sera toujours la mort d’une Église ; – et un laïque qui lit la Bible peut sauver une Église de la ruine. Lisez donc la Bible régulièrement, journellement, avec sérieux, avec un esprit de prière fervente. – Rendez-vous son contenu familier ; qu’elle demeure en vous et vous rende riche en toute sagesse et en toute intelligence spirituelle, afin que vous soyez rendu propre à toute bonne oeuvre. Jugez de tout enseignement par ce livre béni. Éprouvez les esprits pour savoir s’ils sont de Dieu. ne recevez rien, ne croyez à rien, ne suivez rien qui ne soit pas dans la Bible, et qui ne puisse pas être prouvé par elle. – Ne suivez pas tel ou tel homme, tel ou tel parti, tel ou tel système ; mais que la règle de votre foi, la pierre de touche de votre enseignement, soit la Parole écrite de Dieu.

2. En deuxième lieu, j’engage tout lecteur de ce traité à être toujours prêt à combattre pour la foi en Christ, si c’est nécessaire. Je ne recommande pas de nourrir un esprit de controverse. Je ne veux pas qu’aucun homme imite Goliath, qui allait ici et là, criant : « Donnez-moi un homme pour combattre avec moi. » Se nourrir habituellement de controverse est réellement une triste nourriture, c’est se nourrir d’os. Les controverses sont les os et non la chair de la religion. Mais je dis que l’amour d’une fausse paix ne doit jamais vous empêcher de combattre activement toute fausse doctrine et de chercher à propager la vraie doctrine autant que vous le pouvez. Le pur Évangile dans la chaire, le pur Évangile dans toute société que vous soutenez par vos dons, dans tous les livres que vous lisez, dans les amis dont se compose votre société intime : – que ce soit là votre tendance et ne rougissez jamais de la manifester hautement devant les hommes.

3. Enfin, je supplie ceux qui liront ce traité de veiller avec jalousie sur leurs propres coeurs dans ce temps de controverse ; c’est une chose bien nécessaire. Dans la chaleur du combat, nous sommes prompts à oublier notre homme intérieur. La victoire remportée par un argument n’est pas toujours la victoire sur le monde et sur Satan. Que la douceur de Pierre, en acceptant le reproche, soit autant un exemple pour vous à imiter que la fermeté de Paul en réprimant l’erreur. Heureux le chrétien qui peut appeler celui qui le reprend avec fidélité, « un bien-aimé frère (2 Pierre, III, 15). » Cherchez à être saint en conversation autant que dans votre caractère. Assurez votre vocation et votre élection. Efforcez-vous d’entretenir une communion non interrompue avec le Père et le Fils. – Cultivez avec constance l’habitude de la prière privée. Veillez sur vos prières, car c’est par elles que la religion prospère. Soyez attentifs à votre lecture de la Bible en particulier. En faisant ainsi vous serez armés pour le combat de la vie, vous aurez l’épée de l’Esprit bien ajustée à votre main quand le jour de la tentation viendra.

Cher lecteur, je recommande à votre sérieuse attention les sujets contenus dans ce traité. – Pesez-les bien dans votre homme intérieur, appliquez-les dans votre conduite journalière. Faites cela et vous aurez retiré quelque chose de l’histoire de saint Pierre à Antioche.

FIN.

 

 

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Guillaume Bourin est pasteur de l'Église réformée baptiste de la Trinité, à Montréal (Québec, Canada). Il s'intéresse particulièrement à l'exégèse et à l'intertextualité de l'Ancien Testament, à la théologie biblique, et à l’ecclésiologie. Guillaume est l'auteur du livre "Je vous purifierai d'une eau pure" : perspectives bibliques sur la régénération baptismale. Il est titulaire de deux masters en théologie (M.Div., Th.M., Southwestern Baptist Theological Seminary, USA) et il est actuellement candidat au doctorat à l'Université d'Aberdeen (Ecosse).