Joshua Harris et les travers de la « purity culture »

Tout le monde en parle sur les réseaux sociaux, y compris en France : Joshua Harris, anciennement associé à C.J Mahaney, vient d’annoncer son divorce et, dans la foulée, son abandon de la foi chrétienne. De nombreux articles ont été publiés ici et là, vous n’êtes probablement pas passé à coté de l’information.

À titre personnel, je n’ai réagi qu’à une seule reprise, sous un article publié dans #Transmettre, le groupe Facebook du blog dédié aux discussions théologiques. Puisque ce commentaire a été très apprécié, j’ai pris la décision de le reproduire ici, dans une version légèrement modifiée.

 

Voici donc mes réactions quant à cette triste nouvelle :

(1) J’ai toujours trouvé que le livre de Josh Harris, J’ai tourné le dos au flirt, allait trop loin dans certains principes qu’il enseigne, même si je n’ai aucun problème à ce qu’on les applique de manière personnelle. De manière plus générale, la « purity culture » promue par le monde évangélique anglo-saxon considère implicitement les péchés sexuels comme les pires qui soient, et c’est pourquoi je suis souvent gêné par certaines de leurs affirmations. À ce sujet, cet article vous intéressera surement.

(2) Les promesses implicites ou explicites de vie abondante (car c’est bien cela que promettait l’ouvrage de Harris : meilleur mariage, meilleure sexualité, etc) envers ceux qui auraient mis en pratique les préceptes de ce livre sont tout simplement fausses. Moi-même, c’est ainsi que j’ai été élevé comme ça depuis mon arrivée dans « le monde chrétien » : abstiens-toi de sexualité hors-mariage, tu seras préservé et tu auras une meilleure vie. Mais, dans l’écrasante majorité des cas, ce n’est malheureusement pas vrai. Et plus j’avance dans le ministère pastoral, plus je constate que la sexualité humaine dans son ensemble est marquée par la chute, même quand l’on a mené une vie abstinente. Il y a de réelles vertus et bénéfices à l’abstinence, par exemple la paix du cœur et la communion avec Dieu, etc. Mais pas la vie abondante que Harris promettait implicitement (alors qu’il était célibataire, soit dit en passant).

(3) Il n’en reste pas moins que nombre de principes exprimés dans le livre sont bons. Charge à nous de ne pas « jeter le bébé avec l’eau du bain » et de faire le tri, à la lumière de l’Ecriture.

(4) L’échec du mariage de Josh Harris est un fait. Néanmoins cela ne fait pas de lui (ou de son épouse) un paria, comme de nombreux articles mainstream et bien des commentaires le laissent malheureusement entendre. Son reniement est préoccupant, mais il est peut être passager, du moins c’est là ma prière. Dans tous les cas, et quelle que soit votre position sur la question divorce/remariage, une restauration est possible (et même des réconciliations!). Mon principal problème avec la culture de la pureté « made in USA », c’est que les personnes qui passent par de tels échecs sont vus comme des parias, justement sur la base de l’éthique sexuelle qu’elle promeut. Et cette idée est malheureusement très répandue dans les cercles conservateurs (en l’occurrence, New Calvinists) que Harris fréquentait lorsqu’il a écrit son livre. Faites simplement un tour sur les forums réformés en Anglais, et vous le constaterez par vous-mêmes. Est-ce la source du découragement de Harris ces dernières années ? (Harris était revenu sur son livre et s’était distancé de ses anciens principes). Difficile de le dire, et dans tous les cas ce n’est bien sûr pas le seul facteur. Mais voici une leçon concrète de cette histoire : lorsque les principes éthiques prennent le pas sur la grâce, les échecs, notamment sexuels, sont souvent suivis d’abandon ou d’apostasie 😢

(5) C’est pourquoi je prendrais garde à ne pas affirmer que l’abandon du christianisme de Harris est la conséquence de son abandon des « principes bibliques » qu’il défendait autrefois, comme je le vois affirmé ici et là. Cela peut être tout simplement son cheminement personnel de déception du formalisme ambiant et de la culture de l’apparence au sein des évangéliques, culture à laquelle il a sans aucun doute largement contribuée. Et, pour ma part, j’observe régulièrement des réactions semblables dans les milieux évangéliques francophones : la forme et l’apparence importent bien plus que la vraie sanctification, surtout en matière d’éthique sexuelle…

 

 

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Guillaume Bourin est pasteur de l'Église réformée baptiste de la Trinité, à Montréal (Québec, Canada). Il s'intéresse particulièrement à l'exégèse et à l'intertextualité de l'Ancien Testament, à la théologie biblique, et à l’ecclésiologie. Guillaume est titulaire de deux masters en théologie (M.Div., Th.M., Southwestern Baptist Theological Seminary, USA) et il est actuellement candidat au doctorat à l'Université d'Aberdeen (Ecosse).