« Tous les péchés sont égaux aux yeux de Dieu ». Est-ce vrai ?

« Tous les péchés sont égaux aux yeux de Dieu ».

Cette phrase, caractéristique du christianisme populaire, n’est pas sans fondement. Après tout, n’est-il pas écrit que « quiconque observe toute la loi, mais pèche contre un seul commandement, devient coupable de tous » (Jacques 2:10) ? Dans un certain sens, donc, tous les péchés sont égaux.

Malheureusement, chez certains, cette affirmation sert avant tout à « normaliser » telle ou telle pratique. Pour d’autres, au contraire, elle tend à mettre en avant la gravité du péché. Alors, faut-il utiliser cette phrase, ou devons-nous y renoncer ?

Quelques éléments de réponse.

 

Ce en quoi cette affirmation est correcte

En premier lieu, soyons clairs : n’importe quel péché est suffisant pour nous séparer de Dieu. Ainsi, la moindre offense est digne de sa colère ; même la plus petite d’entre elles mérite la condamnation.

Considérez ce que le Grand catéchisme de Westminster en dit :

Q152 : Qu’est-ce que chaque péché mérite entre les mains de Dieu ?

Chaque péché, même le moindre, s’érigeant contre la souveraineté, la bonté, la sainteté de Dieu, ainsi que contre sa juste loi, mérite sa colère et sa malédiction à la fois dans cette vie et dans celle à venir, et ne peut être expié autrement que par le sang du Christ.

 

Vu sous cet angle, tous les péchés sont bel et bien égaux quant à leur conséquence ultime.

D’autre part, même les « petits péchés », s’ils existent, conduisent invariablement à de « grands péchés » (si vous lisez l’anglais, ce sermon de Spurgeon sur Gn 19.20 est particulièrement parlant). Le péché ne saurait être contenu ou contrôlé. Soit vous le tuez, soit il grandit.

 

 

Ce en quoi cette affirmation pose problème

Tout d’abord, si du point de vue de la relation avec Dieu chaque péché entraîne la même conséquence, il n’en reste pas moins que certaines fautes sont plus odieuses que d’autres. Je ne vais pas me lancer ici dans une grande démonstration ; le bon sens suffit pour discerner pourquoi un viol est plus vil qu’un vol.

Ensuite, les données bibliques elles-mêmes tendent vers une certaine distinction entre les péchés. Certains semblent plus sévères en terme d’impact (1 Co 6.18), en terme de culpabilité (Ro 1.21-32) ou encore en terme de jugement (2 Pi 2.17; Mc 9.42; Jc 3.1).

Enfin, même si tous les êtres humains sont pécheurs, certains sont manifestement plus saints que d’autres. Je pense bien sur ici aux chrétiens authentiques, qui sont déjà saints mais qui sont aussi appelés à l’être (voir par ex. 1 Co 1.1-2 ; Ap 22.11).

 

 

Comment articuler cette distinction entre les péchés ?

Dans son article sur le tatouage, Njato Rzafimbahiny note que dans 1 Co 6.18-20, les péchés sexuels sont clairement distingués des autres.  Trois approches expliquent cette distinction, et à mon sens elles peuvent aussi s’appliquer à l’ensemble des catégories de péchés :

  1. L’approche quantitative (Calvin, Barrett, Conzelman), qui implique que les péchés sexuels sont plus destructeurs que les autres.
  2. L’approche qualitative, qui affirme que les péchés sexuels sont “qualitativement” les pires (Fee, Bruce).
  3. L’approche qualitative-particulière (Fisk, Garland) qui suggère que le péché sexuel affecte davantage le corps et en conséquence fait violence à Christ et à l’Esprit comme à son propre corps.

 

Ces trois approches peuvent toutes expliquer les propos de Paul dans 1 Co 6, mais seules les deux premières peuvent rendre compte d’une distinction plus globale, au-delà des péchés sexuels. En ce qui me concerne, je suis convaincu que Paul met en garde les Corinthiens contre l’inconduite sexuelle, non parce que ce péché est par essence plus grave que les autres (approche 2), mais plutôt parce que ses conséquences sur le corps et par extension sur la communauté sont plus dramatiques (approche 1).

L’approche qualitative est sans doute majoritaire aujourd’hui dans les milieux évangéliques francophones. J’y vois plusieurs problèmes, par exemple en matière de discipline d’église, puisqu’un consensus tacite semble considérer que seuls certains péchés en sont « dignes » (notamment les péchés sexuels). L’approche quantitative, au contraire, considère les conséquences de chaque péché au cas par cas, et évalue l’endurcissement de la même manière quelle que soit la catégorie de péchés concernés.

 

En conclusion, donc, même si cette affirmation me parait fondée, j’estime qu’elle est à manier avec précaution. Elle doit faire l’objet de beaucoup de pédagogie, surtout si elle est prononcée depuis la chaire.

 

 

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Guillaume Bourin est pasteur, auteur, et fondateur du blog Le Bon Combat dont il est l'un des administrateurs actuels. Il s'intéresse particulièrement à l'intertextualité et à l'exégèse de l'Ancien Testament, à la théologie biblique, et à l’ecclésiologie. Guillaume est titulaire de deux masters en théologie (M.Div., Th.M., Southwestern Baptist Theological Seminary, USA) et il est actuellement candidat au doctorat à l'Université d'Aberdeen (Ecosse). Guillaume est l'auteur du livre "Je vous purifierai d'une eau pure" : perspectives bibliques sur la régénération baptismale.