Quand l’église est une communauté de gens pieux avant d’être une communauté de pécheurs

Voici une pépite de Dietrich Bonhoeffer que Timothée Minard a récemment diffusé via les réseaux sociaux :

[Certains chrétiens] veulent bien être une communauté de croyants, de gens pieux, mais non pas une communauté d’impies, de pécheurs. La communauté pieuse, en effet, n’autorise personne à être un pécheur. Il s’ensuit que chacun doit chercher à cacher son péché, à lui-même d’abord, à la communauté ensuite. Il ne nous est pas permis d’être des pécheurs, et beaucoup de chrétiens sont saisis d’épouvante quand ils découvrent soudain parmi eux un pécheur authentique. Aussi bien préférons-nous rester seuls avec notre péché, et cela au prix du mensonge et de l’hypocrisie ; car, en fait, nous sommes bel et bien des pécheurs.

  • Dietrich Bonhoeffer
    Tiré de De la vie communautaire (Labor et Fides/Cerf, 1997), p. 113.

Guillaume Bourin est le fondateur du blog Le Bon Combat et l'un de ses administrateurs. Il est titulaire d'un master en théologie (M.Div.) et d'un autre en Ancien Testament (Th.M.) obtenus à la faculté Southwestern Baptist Theological Seminary (Fort Worth, USA).

  • Désiré Rusovsky

    Zut alors, je croyais que nous étions une communauté de saints.
    Il faudra que je corrige la Bible!

    • Francine

      On fait encore du mauvais esprit, Désiré ? Sachez que le simple fait de jeter le doute sur la pertinence de Bonhoeffer rend suspecte votre prétendue sainteté, et corrobore donc la teneur de sa citation. Vous ne voudriez tout de même pas que l’Église Orthodoxe Russe possède ses saints confirmés et que l’Église Évangélique Américaine en soit dépourvue ! Faut-il sans cesse vous en rappeler la liste : Spurgeon, Calvin, Van Til, Kuyper, Dooyeweerd, Piper, Tolkien, Lewis, Bavinck… et BONHOEFFER ! Revenez à de meilleurs sentiments, jeune homme, confessez comme on vous le demande que vous êtes un grand pécheur ; mais attention ! si jamais quelqu’un vous fait la moindre critique sur cette allégeance en la taxant de flagornerie, esprit de caste, vanité intellectuelle ou pharisaïsme… n’avouez jamais !!! Que le péché reste ce qu’il ne doit jamais cesser d’être entre érudits réformés : une pure abstraction, ne vous abaissez jamais à le nommer. Vous êtes un grand pécheur, soit, mais vos péchés sont trop petits pour être identifiés.

      • Désiré Rusovsky

        ‽‽‽
        Pour m’appeler jeune homme, j’imagine que vous êtes au moins arrière-grand-mère 😉
        Sinon, je ne comprends pas la pertinence de votre liste. Je présume que vous faites de l’humour, car finalement cette déclaration bonhofferienne vous choque autant que moi.

        • Francine

          Le « jeune homme » faisait suite à la (fausse) naïveté de votre question : « Zut alors, je croyais… » D’après la photo vous n’êtes pas vieux, et même si j’étais arrière-grand-mère, de nos jours vous n’avez pas plus le droit de plaisanter sur mon âge que sur celui de la Reine de France.

          C’était de l’humour grinçant, en effet, mais ce n’est pas le contenu de la déclaration de Bonhofferienne qui l’a provoqué, car tout dépend du contexte et de l’état d’esprit dans lequel il l’a écrite. Ce qui est profondément irritant et désolant c’est de constater une fois de plus la peopolisation de la mouvance évangélique. Si un anonyme avait laissé telle quelle la citation de Bonhoeffer dans un commentaire de réseaux sociaux, à peine aurait-il récolté quelques j’aime, et la plupart auraient trouvé cela très nul et très négatif. Mais parce que c’est signé BONHOEFFER, elle devient obligatoirement une PÉPITE ! Écrivez les pires âneries en prétendant qu’il s’agit d’un extrait de DOOYEWEERD, et vous aurez des néo-philosophes-évangéliques pour le trouver sublime ; cela marche d’autant mieux que le nom sonne exotique et qu’on a jamais rien de lu de lui (mis à part les grands classiques, Spurgeon, Calvin, qui marchent toujours, et qui en fait ne sont pas beaucoup plus lus). Il suffit qu’un auteur soit monté en épingle par le néo-calvinisme américain pour que la France évangélique emboîte le pas comme un seul homme ; ce qui arrive en politique, se reproduit hélas dans l’Église. La panurgisation des moutons néo-évangélico-réformés devient alarmante ; merci Désiré, d’avoir su manifester un peu d’esprit critique, en ne faisant pas automatiquement chorus avec BONHOEFFER.

          • Désiré Rusovsky

            Madame, je suis bientôt grand-père pour la 8e fois, c’est pour cela que votre jeune homme condescendant (et non pas montant!), m’a fait sourire. Je ne sais qui est votre Dooye…, et je ne vois pas pourquoi tout ce que Bonhöffer aurait écrit serait des pépites. Il a aussi dit son pesant d’âneries, il me semble. Mais bon j’en ai peu lu.
            Pour la France évangélique, je suis suisse et passablement marginal vis à vis de l’évangélisme. Ma référence théologique principale, ô horreur, est N. T. Wright! Ce qui ne veut pas dire que je suis à 100% d’accord avec lui sur tous les points.

    • Ça va, Désiré, pas trop estomaqué par la charge à la hussarde de Francine, que j’ai toujours plaisir à retrouver, même si je la préfère plus apaisée. 🙂 A quand un article de Francine ? Ce serait enrichissant !
      Oui, Désiré, nous sommes effectivement une communauté de saints… pécheurs !
      – une communauté de saints, parce que Dieu nous a mis à part pour lui par son Saint-Esprit ! C’est ce que signifie le mot « saints » ou « sanctifiés ».
      – une communauté de saints, aussi, parce que Christ s’est chargé de nos péchés et nous a revêtus de sa justice, permettant à Dieu de considérer comme justes tous ceux qui sont en Jésus-Christ, le seul juste !
      – une communauté de saints, encore, parce que nous sommes appelés à vivre dans la sainteté du Dieu saint auquel nous appartenons !
      – MAIS, cher Désiré, n’oublie pas l’envers de la médaille : tant que nous sommes dans ce corps, nous restons aussi des misérables pécheurs ! Romains 7 !! Oui, ceux que Dieu considère comme juridiquement saints et justes, il ne les « voit » pas ainsi dans leur cheminement quotidien, il voit bien leurs luttes et leurs chutes, et leur besoin continuel de sa grâce ! Et plus tu vas mûrir en Christ, plus tu le remarqueras en toi-même, et dans l’Ecriture, ce qui t’évitera de réécrire la Bible ! Il n’y a aucune contradiction entre les deux réalités : simplement, elles sont sur un autre plan. . Je développerai peut-être cela un jour plus longuement, si Guillaume le désire…

      • Désiré Rusovsky

        Je ne vois pas en quoi Romain 7 impliquerait que nous sommes des pécheurs pratiquants. Dieu ne nous considère pas comme juridiquement saints et justes, mais Il nous déclare tels. Si nous nous appelons pécheurs nous minimisons l’œuvre de Christ et le salut qu’Il nous a acquis.

        • Eh bien, je crois que ce sont deux conceptions très différentes de la sanctification ! J’espère que ceux qui te côtoient constatent dans ta vie la validité de la tienne ! Mais, dans ce cas, trop tard pour contacter Paul et lui dire qu’il s’est trompé en Romains 7, qu’il aurait dû parler au passé, et conclure quel misérable… il avait été ! 🙂 Non, la Bible ne sera pas réécrite, Désiré !

          • Désiré Rusovsky

            Je ne vois pas en quoi Paul se serait trompé en Rom 7. Peut-être ne faudrait-il pas oublier de lire le chapitre suivant pour mieux le comprendre.
            Il n’est certainement pas nécessaire de réécrire la Bible, mais peut-être simplement de la relire à la lumière de son contexte historique et non pas selon le contexte d’il y a quelques siècles en arrière.
            Je crois que la déclaration « Simul justus et peccator » est une ânerie sans fond. On ne peut être en même temps un juste qui se tient debout et un pécheur qui rampe. Si notre nature est celle d’être debout, nous devons faire attention de ne pas trébucher. Mais si nous chutons nous nous relevons car notre nature est celle du juste. Si nous nous considérons comme des pécheurs rampants, nous vivons en conséquence, et notre foi porte des fruits conformes à nos attentes.
            Il faudrait peut-être aussi revoir la conception occidentale du péché. Quand Paul dit que la colère n’est pas forcément un péché, ni qu’elle y mène forcément, cela devrait faire revoir nos conceptions d’origine catholique romaine.

          • Il ne m’appartient pas d’aller plus loin, ce n’est pas mon blog !