Comment considérer la fin de l’évangile de Marc ? Devrions-nous « saisir des serpents » ?

Dans le monde académique et parfois dans l’Église, les versets 9 à 20 de l’évangile de Marc sont l’objet de vifs débats, et ce depuis plusieurs décennies. L’écrasante majorité des spécialistes modernes estime que toute cette section n’est pas originale. Cependant, ce passage est particulièrement prisé par nos amis charismatiques, en particulier les versets 17 et 18 qui parlent des « miracles qui accompagneront ceux qui auront cru ».

 

Comment donc considérer cette section ? Devrions-nous la prêcher ? Devrions-nous aller jusqu’à nous saisir de serpents ? Cette dernière interrogation peut paraître humoristique (voire moqueuse) pour certains, mais il n’en est rien : il y a régulièrement des morts au sein de certains cercles pentecôtistes qui cherchent à mettre en pratique ce verset.

Nous avons donc posé la question à Florent Varak, et voici, en substance, ses réponses :

(1) Même si la plupart des spécialistes estiment que ces versets ne sont pas originaux à Marc, il nous faut continuer à les exposer dans l’église, ne serait-ce que par honnêteté intellectuelle envers l’un des arguments charismatiques les plus fort
(2) Ces miracles se retrouvent dans le livre des Actes, où il ne sont exercés que par deux catégories de personnes liées à l’apostolat
(3) Dans Marc 16, Jésus reproche aux apôtres leur incrédulité, de sorte que la clause « ceux qui auront cru » est très probablement à comprendre comme « ceux qui auront cru parmi les apôtres ». Florent développe en profondeur les différents arguments allant dans dans ce sens.

 

Que pensez-vous de cet épisode ? Nous attendons vos réactions avec impatience : )

 

 

Florent Varak est pasteur, auteur de plusieurs livres , conférencier, professeur d’homilétique à l’Institut biblique de Genève, enseignant à l’Ecole biblique de Lyon et nouveau directeur international du développement des églises évangéliques des Frères (Encompass). Retrouvez ses podcasts hebdomadaires, “Un pasteur vous répond”, chez nous amis de Toutpoursagloire.com. Il est diplômé d’un master en théologie de la faculté Master’s Seminary et il est actuellement candidat au doctorat à la Faculté Libre de Théologie Évangélique de Vaux-sur-Seine.

 

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“Que dit la Bible ?” est le podcast hebdomadaire du blog Le Bon Combat. Retrouvez l'ensemble des questions posées et de nos entretiens sur l'onglet dédié, en haut et à droite de la barre de menu du site !

  • Francine

    Bien que n’étant pas charismatique, j’estime de mon devoir de ne pas laisser passer de telles contorsions sans réagir, telle une nouvelle Priscille remettant en place un nouvel Apollos.

    1) Dire : Ceux qui ont cru parmi les apôtres, implique en bonne logique française, qu’il y en avait donc parmi les apôtres qui n’ont pas cru, et qui par conséquent n’avaient pas à faire des miracles. Si ce n’est pas ce que veut dire l’intervenant, il faut qu’il reformule autrement : parmi ceux qui auront cru, seuls les apôtres etc… mais ce n’est pas ce que dit le texte, authentique ou pas.

    2) Il est faux de dire que du temps de Paul, seuls les apôtres et les diacres à qui ils avaient imposé les mains accomplissaient des miracles. Nous lisons dans 1 Corinthiens :

    Or, à chacun la manifestation de l’Esprit est donnée pour l’utilité commune. En effet, à l’un est donnée par l’Esprit une parole de sagesse; à un autre, une parole de connaissance, selon le même Esprit ; à un autre, la foi, par le même Esprit; à un autre, le don des guérisons, par le même Esprit ; à un autre, le don d’opérer des miracles ; à un autre, la prophétie; à un autre, le discernement des esprits; à un autre, la diversité des langues; à un autre, l’interprétation des langues.

    Paul inclut dans la liste des dons celui de faire des miracles ; il serait d’une mauvaise foi éhontée, de répondre qu’il ne pensait alors qu’à lui-même et aux autres apôtres. Tout le contexte montre qu’il parle des églises en général, et de leurs membres en général.

    3) Frère Varak n’assume toujours pas la mesure de sa position « cessationiste ». D’après lui dans toute l’Histoire de l’Église seuls une vingtaine de croyants ont reçu le don d’accomplir des miracles, de manière plus ou moins suivie (12 apôtres + 7 diacres). De nature généreuse, Florent Varak est probablement prêt à doubler ce nombre, sachant qu’il faut toujours laisser au Seigneur une certaine marge ; 40 témoins donc au premier siècle faisant des miracles, sur au plus une ou deux centaines de milliers.

    A présent au 21ième siècle, c’est par centaines de millions que se comptent les chrétiens charismatiques. Supposons qu’il en existe 500 millions ; d’après leur théologie ils croient que le don des miracles est encore accordé par le Saint Esprit aujourd’hui. Mais c’est rare ils en conviennent : 1/10000 peut-être on sait pas… ce qui fait toujours 500 M/10000= 50 000 chrétiens ayant le don des miracles ! et s’ils en font 10 chacun, on arrive à 500 000 miracles ! contemporains. Qu’est cette pauvre quarantaine d’apôtres et de diacres du livre des Actes en comparaison ?

    Si Monsieur Varak veut être cohérent au niveau de son cessationisme il faut qu’il dise que ce n’est pas 1/10000 qui reçoivent le don, mais ZÉRO ; c’est TOUS les charismatiques sont dans l’erreur. Une grave erreur puisqu’ils se permettent d’attribuer au Saint Esprit ce qui ne vient pas de lui. En conséquence, Pasteur Varak doit immédiatement avertir le CNEF de sa découverte, et prendre les mesures appropriées, en cas de non-réaction. Sinon cela reste du cessationisme d’opérette.

    • Florent Varak

      Bonjour, et merci pour la remarque. (1) Vous dites « qu’il y en avait donc parmi les apôtres qui n’ont pas cru », c’est précisément ce que Jésus dit en Marc 16.14. Le contexte est important. (2) effectivement les dons de guérison et de faire des miracles font partie de la liste de 1 Corinthiens. Dieu donne toujours les dons nécessaires à l’étape rédemptrice (comme il l’a fait avec Exode 31.2). Le temps des fondements a été largement accompagné des signes, y compris à Corinthe, église fondée par un apôtre, alors qu’aucun apôtre n’avait fondé celle de Rome (et où Paul aimerait bien leur communiquer quelque don… cf. Rm 1.11, cp. avec la liste de Rom 12 ne contient pas de dons miraculeux). (3) la position cessationiste ne dit pas que Dieu ne fait pas de miracle! Nous pratiquons l’onction d’huile des malades et j’ai vu de belles interventions de Dieu. L’autorité de faire des miracles au nom de Jésus (càd que la personne le réalise de la part de Jésus Christ) n’est pas la même chose que de prier pour que Dieu fasse des miracles. Dieu répond aux prières de son peuple, y compris, parfois, pour des miracles (1 Jn5.14-15). Cdt.

      • Francine

        Bonjour Florent,

        Merci pour votre réponse. En la lisant, je me sens moi-même incrédule… non pas sur ce que rapporte la fin de Marc, mais sur ce que vous me dites, et comme les apôtres en entendant les femmes qui leur rapportaient que le tombeau était vide au matin de la résurrection, je pense que vous plaisantez.

        1) Le contexte est important. C’est précisément ce dont vous ne tenez pas compte : l’incrédulité reprochée aux apôtres v. 11, est celle qu’ils ont manifestée au récit des femmes. Jean lui-même n’a cru qu’au moment où il a vu le tombeau vide, il le déclare. Pierre s’en est retourné de sa course au tombeau tout perplexe, il n’a donc cru réellement qu’après.

        L’incrédulité du v. 13 se rapporte à celle qui suit le récit des pèlerins d’Emmaüs ; Thomas en particulier est incrédule. Plus tard il s’écrie devant le Seigneur ressuscité : Mon Seigneur et mon Dieu !

        Par conséquent le contexte de : Allez dans tout le monde, prêchez l’Evangile à toute créature. Celui qui croira, et qui sera baptisé, sera sauvé ; mais celui qui n’aura pas cru, sera condamné. Ne peut se rapporter aux apôtres qui ont déjà surmonté leur incrédulité naturelle, et que le Seigneur envoie maintenant dans le monde. Du reste ne savons-nous pas que Pierre et Jean qui n’avaient pas cru auparavant, ont fait ensuite de grands miracles ?

        2) Si vous admettez que la liste de 1 Corinthiens contient le don des miracles, comment pouvez-vous soutenir que seuls les apôtres (et encore pas tous d’après vous) plus quelques diacres, ont reçu ce don ? la question de savoir si ce don a ensuite cessé est sans rapport avec celle de savoir combien l’avaient au temps des apôtres !

        3) Où ai-je jamais accusé la position cessationiste de ne plus croire aux miracles ? Ce je lui reproche c’est de ne pas être cohérente. Si les dons ont réellement cessé, alors AUCUN charismatique n’a aujourd’hui le don des langues, AUCUN charismatique n’a le don de guérison, même si Dieu guérit en réponse à la prière, et idem pour le don des miracles, AUCUN ne l’a. Si c’est le cas, la théologie charismatique n’est pas moins occulte, que celle qui tient compte des apparitions mariales par exemple pour diriger sa vie spirituelle. Il est donc incohérent et bassement opportuniste pour les cessastionistes de se regrouper avec les charismatiques sous l’étiquette générale d’Évangéliques de France.

        L’internet est une chose qui peut être dangereuse pour la réputation ; une bêtise se rattrape difficilement, et qui n’en dit pas ? on imagine mal un Henri Blocher ou un Jacques Buchhold s’amuser à rompre des lances sur un forum avec des inconnus. Soyez prudent, Florent.

  • Fab kmi

    Vous avez raison, marc16 ne s’adresse qu’aux apôtres, pourquoi pas Matthieu28 aussi ? (Où Il s’adresse même clairement aux 12). Et que dire de paiens qui parlaient tous en langues à la prédication de Pierre ? Vous défendez les écritures ou votre expérience ? J’écoute quand même le podcast.

    • Florent Varak

      Merci pour votre commentaire. Bonne question. On la retrouve avec d’autres textes d’ailleurs. Quand Jésus promet aux apôtres que l’Esprit leur rappellerait « tout ce que moi je vous ai dit » (Jean 14.26), c’est vraisemblablement une promesse spécifique que les apôtres sauraient écrire les Evangiles grâce à la puissance de l’Esprit. Ce n’est pas une parole que l’on peut s’approprier directement. Le contexte généralement éclaire la portée et l’application des paroles. En Matthieu 28 il y a plusieurs indices qui impliquent un mandat par delà les apôtres: « toutes les nations, « tous les jours » « jusqu’à la fin du monde ». Marc 16.20 se conclue différemment: « et ceux-ci s’en allèrent prêcher partout. Le Seigneur travaillait avec eux, etc. » On est donc peut être devant une application plus limitée. Cordialement,

    • Certains pensent que Matt 28.18-20 ne s’adresse qu’aux apôtres… Ce n’est pas mon cas, mais regarde cet article de Yannick Imbert : http://leboncombat.fr/disciples-mandat-missionnaire-leglise/
      Personnellement, j’adhère davantage à la position de Nicolas B. dont le lien est donné en début d’article, mais avec Yannick je note la prééminence des apôtres dans ce passage. Si tu veux avoir mon avis complet, je prêche ce dimanche là-dessus à l’Eglise de St Jérôme, et le live sera retransmis sur notre page Facebook.

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