Cornelius Van Til sur la loi de non contradiction

Je viens de commencer « An Introduction to Systematic Theology » de Cornelius Van Til, et je dois avouer que dès les premières pages on est à la fois subjugué par la profondeur du raisonnement biblique de Van Til, mais aussi quelques fois un peu « dérouté » à cause de la densité des phrases. Dès le début, sa réflexion sur la connaissance est magistrale et profonde. J’apprécie notamment son emphase sur la totale dépendance de l’homme vis à vis de Dieu pour recevoir une quelconque connaissance.

En effet, Cornelius Van Til souligne avec justesse que Dieu est l’ultime point de référence épistémologique et que notre connaissance est dérivative et réinterprétative. C’est à dire, entre autre, que la pensée humaine ne doit jamais être comprise comme « autonome » dans sa capacité de « comprendre » et dans « l’acquisition de toute vérité ». Toute connaissance humaine est subordonnée à la connaissance divine. La connaissance que possède Dieu est autonome, complète et exhaustive sur toutes choses (et sur Lui-même) car Il est le Créateur, c’est Lui qui a défini et créé toutes choses. Par contre, l’homme, en tant que créature, ne possède pas une connaissance autonome qui pourrait par elle-même définir et donner un sens à ce qu’il observe.

A chaque fois que l’homme accédera à une « vraie » connaissance, celle-ci (i) sera une résultante de la grâce providentielle de Dieu qui soutient « toute chose » par Sa parole (y compris notre intelligence, nos neurones…), (ii) cette connaissance ne sera que « dérivative », elle n’est pas première. Van Til souligne avec force cela lorsqu’il parle de la loi de non contradiction qui nous permet d’être cohérents dans notre pensée (La contradiction est une relation existant entre deux termes, ou deux propositions, dont l’un affirme ce que l’autre nie. Exemple : Les deux phrases « Tous les hommes sont barbus » et « Quelques hommes ne sont pas barbus » sont contradictoires. La loi ou principe de non-contradiction nie la conjonction d’une proposition p et de sa négation non-p : on ne peut penser à la fois p et non-p, donc si l’une est vraie, l’autre est fausse). Voici ce que dit Van Til :

« Ainsi, la loi de non contradiction, comme nous la connaissons est uniquement une expression au niveau créationnel de la cohérence interne de la nature de Dieu. Les chrétiens ne devraient utiliser cette loi comme une chose qui, en tant que telle, détermine ce qui peut ou ne peut pas être vrai » (p.32).

 

Par là, je pense que Van Til veut souligner entre autre qu’il n’existe aucun principe qui contredirait l’indépendance et l’aséité de Dieu. Et ainsi, la cohérence de la loi de non contradiction n’est pas une chose qui contrôle l’univers, mais c’est une expression de la cohérence du Dieu qui dirige l’univers. Seul Dieu est la norme de toute vérité, car il est la source de toute vérité. Ainsi, notre connaissance de ce principe dérive et réinterprète une chose immuable et éternelle du caractère divin.

Dieu est la source épistémologique autonome de toute chose et nous ne faisons que réfléchir (de façon dépendante et limitée) des choses qui sont déjà « définies » et « pensées » par Dieu lui-même. Nos pensées, lorsqu’elles seront vraies, ne seront alors que limitées et analogiques à la pensée de Dieu. La portée pratique de cela est de ne jamais oublier que nous ne devons jamais comprendre notre réflexion comme autonome, que ce soit dans sa « capacité » (intervention de la providence divine) et dans son épistémologie (Dieu est celui qui connait exhaustivement toute chose et il est celui qui a défini en leur essence même toute chose au sein de l’univers car il en est le Créateur). Le verset qui illustre bien cela est : » ​Car auprès de toi est la source de la vie; Par ta lumière nous voyons la lumière »; et aussi colossiens 2:3 : « …Christ, en qui sont cachés tous les trésors de la sagesse et de la connaissance ».

Pour terminer, Van Til souligne (p.33) quelque chose de profond et fondamental quant à l’incompréhensibilité de Dieu : » Ce n’est pas parce que Dieu est ténèbres qu’il est incompréhensible, mais il l’est parce qu’il est lumière, et plus spécifiquement, la lumière absolue. Dieu demeure au sein d’une lumière qu’aucun homme ne peut approcher. Nous ne sommes pas aveugles à cause de la lumière de Dieu, c’est uniquement la lumière qui nous permet de voir la lumière ».

Je n’en suis qu’au début de livre, mais je crois que je vais mettre longtemps à le lire au vu de la densité des phrases !

 

 

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Je suis marié, et le Seigneur nous a fait la grâce d’avoir trois enfants. Je suis actuellement Pasteur Stagiaire sur Montréal. Je suis passionné par le Nouveau Testament, la théologie systématique et l’herméneutique. J’affectionne particulièrement les écrits des réformateurs, de Cornelius Van Til, Vern Poythress, John Frame, Greg Beale et John Piper.