Le meilleur argument des athées… est pourri !

Allez ! maintenant que nous avons capté votre attention par ce titre provocateur, permettez à David Haines, notre invité, d’expliquer pourquoi le célèbre argument du “problème du mal” est déficient d’un point de vue philosophique.

Dans cette émission, nous abordons les questions suivantes :

  • Pourquoi les spécialistes athées s’attaquent-ils presque exclusivement au Dieu du christianisme ?
  • Qu’est-ce que le “problème du mal”, cet argument monté en épingle par les athées ? Comment y répondre ?
  • Que penser de la solution proposée par Alvin Plantiga, à savoir que l’existence d’une forme “libertarienne” de libre arbitre règlerait le problème du mal ?
  • Finalement, comment préparer et équiper efficacement les jeunes croyants à entrer dans le monde universitaire sans perdre la foi ?

 

David Haines est pasteur, théologien, et philosophe. Il s’intéresse particulièrement à la métaphysique, à l’épistémologie, à l’histoire de la philosophie, et à la philosophie thomiste. David est également le fondateur de  l’association Axiome, un réseau académique francophone dédié à la défense de la foi.

Il est titulaire d’une licence en théologie (B.Th., Covington Theological Seminary), d’un master en philosophie (M.A., Southern Evangelical Seminary) et d’un doctorat en philosophie (Ph.D., Université de Laval).

 

>> Musique : Mr. Nicky, Ancient Greece Song
>> Cliquez ici pour avoir la liste de tous les épisodes

Écoutez sans tarder cet épisode de Coram Deo, et retrouvez-nous sur votre application podcast préférée ! 

Sur Itunes

LOGO-iTunes-REAL

Sur Souncloud 

Sur Google

google-dk-flat

Sur Stitcher

stitcher-radio-logo-2 

Ou bien copiez ce flux RSS dans votre application podcast préférée

 

 

Coram Deo est l'émission hebdomadaire de Pascal Denault et Guillaume Bourin pour CFOI-FM, dont les podcasts sont retransmis sur Le Bon Combat tous les mardis.

  • Maxime Georgel

    Il me semble qu’Augustin fait erreur quand il parle de felix culpa au sujet du péché, le mal existe et Dieu le combat réellement.

    Henri Blocher nous met en garde dans son livre « la doctrine du péché et de la rédemption » et nous encourage à maintenir en tension les 3 vérités bibliques :

    1. Le mal existe
    2. Dieu est souverain sur le mal
    3. Dieu n’est pas cause du mal

    • QUand tu dis cause tu sous-entends cause responsable (qui commet le mal) ?

      Une réflexion intéressante de Blocher (j’ai essayer de le paraphraser) venant du livre « Le mal et la croix » : Il ne faut pas chercher à comprendre le mal (et sa raison d’être) parce que si on pouvait comprendre la place du mal reviendrait à le faire rentrer dans l’harmonie issue de Dieu alors qu’il est par définition un scandale, une anomalie, une tâche qui n’a pas de place dans cette même harmonie parfaite établie par Dieu à la création (Si on comprenait le mal, on finirait forcément par « l’excuser » alors qu’il est par définition moralement inexcusable).

      Sinon, j’ai bien aimé aussi l’illustration de Frame (Pascal l’a sorti une fois), il compare Dieu à un écrivain, il crée l’histoire du livre et donc d’une certaine façon le mal, mais seulement en tant qu’auteur. Mais en plus il écrit dans son livre que ce sont des hommes du livre qui font le mal : c’est eux qui sont répréhensibles, pas l’auteur du livre. Ainsi de même qu’il y a ici deux « sortes » de causalité (celle indirecte qui est celle l’auteur et qui ne le rend pas coupable, et celle directe qui est celle du meurtrier du livre qui est coupable), une propre à Dieu de l’ordre du Créateur, et une propre aux hommes en tant que de l’ordre des créatures. Même si ça ne dit pas dans quel but Dieu a décrété le mal, cela permet de comprendre (de manière limitée, nous qui ne sommes que créatures) que Dieu peut être à la fois cause et non-responsable du mal. En d’autres mots, cela permet de montrer que les prémisses « Dieu est bon » et « Le mal existe (qui sous-entend bien sûr que Dieu l’a décrété ou permis) » ne sont pas nécessairement contradictoires.

  • Je n’ai rien compris à une chose. En quoi le fait de considérer le péché comme une absence de bien implique la non-existence du problème du mal ?

    Sinon, une réponse plus simple (et plus naturelle je pense) que je propose au problème du mal QUAND il est posé par un non-chrétien. Le non-chrétien est incapable de poser le problème du mal car toute vision non-chrétienne du monde est incapable de justifier/rendre compte (en anglais account for, peut-être que je ne trouve pas le mot en français) de l’existence du mal en tant que réalité objective. Par exemple, l’athée, évidemment, dans un monde entièrement mécanique ne peut justifier l’existence du mal. Dans sa pensée, le « mal » (la mort, les maladies) ne l’est pas vraiment, c’est juste quelque chose de naturel et normal, qui a toujours été présent depuis le début. Il n’a aucun fondement objectif pour justifier l’existence du mal. En tout cas, en faisant de la matière (matérialisme scientifique) l’élément fondamental à la place du Dieu-trin, l’athéisme échoue dans sa recherche de référentiel pour construire des absolus moraux.

    En gros, le problème du mal dans la vision non-chrétienne (particulièrement flagrant chez l’athée) est inexistant : il est impossible pour les athées de se révolter logiquement contre le mal.

    Du coup, le problème du mal se trouve seulement chez les chrétiens. Pour justifier l’existence du mal (et donc du problème du mal), on est obligé de présupposer l’existence du Dieu-trin de la Bible. Autrement dit, pour que le problème du mal puisse exister (réellement bien sûr, pas seulement verbalement), il faut déjà que le christianisme soit vrai (que le Dieu-trin de la Bible existe). Et après, ce sont les chrétiens (les seuls à avoir pu poser logiquement ce problème, ce paradoxe « apparent ») qui se retrouvent face à un mystère mais tout en sachant qu’ils suivent la bonne voie car sans le christianisme, ils ne seraient jamais parvenu à ce problème dont le monde, l’histoire et la réalité témoignent l’existence (lire Job en entier).

    • Francine

      Vous avez raison, le problème du mal ne devrait pas exister pour l’athée, par la raison que si Dieu n’existe pas, le bien et le mal sont arbitraires : c’est l’individu qui les définit, ou les ressent, mais l’Univers, la Matière, seules réalités y restent complètement indifférents. On reconnaît là le vieil argument imparable de Dostoïevsky : « Si Dieu n’existe pas, tout est permis. »

      Seulement voilà, il n’existe pas de véritable athée, Dieu a imprimé en filigrane dans la constitution de l’homme sa propre image, que l’homme ne saurait effacer, quand bien même il refuse de la regarder. En dépit de son athéisme l’athée se retrouve donc tous les jours confronté au problème du mal, dont l’aiguillon amer ne consiste pas dans l’incompréhension de son origine, mais dans le constat de la non-intervention de Dieu.

      Pour reprendre la comparaison avec l’écrivain que vous évoquez dans votre deuxième post, vous remarquerez qu’elle ne vaut que si le bouquin qu’il écrit se range dans le genre littéraire, et plus spécialement dans celui du roman. En effet, s’il s’agissait d’un ouvrage scientifique le bien et le mal n’y trouveraient aucune place. Et là encore vous avez raison, le mal ne peut pas être une simple absence de bien, comme le froid est une absence de chaleur. Les athées, spécialement les artistes athées, sont au contraire fort sensibles au caractère volontaire et diabolique du mal, voir entre autres la grande tradition des poètes maudits : Edgard Poe, Baudelaire, Lautréamont… et de manière générale l’art contemporain. L’écrivain donc, écrit une histoire dont les personnages acquièrent spontanément une certaine autonomie, ce qui ne manque pas de l’étonner un peu. Ce fait humain dûment constaté par l’expérience, trouve sa correspondance divine dans le regard de Dieu sur sa création :

      Et Dieu vit que cela était bon… et Dieu vit que cela était très bon..

      L’Éternel vit que la méchanceté des hommes était grande sur la terre, et que toutes les pensées de leur coeur se portaient chaque jour uniquement vers le mal.

      Cet emploi dans l’Écriture du verbe voir, relativement à Dieu, implique nécessairement une altérité d’avec ses créatures, et par conséquent leur autonomie morale dans une certaine mesure. Naturellement on ne peut pas imaginer que Dieu soit surpris du résultat, comme l’écrivain humain, mais ce n’est là qu’un point secondaire, le problème du mal ne se réduit pas à l’énigme de savoir pourquoi certains personnages ont mal tourné, une fois qu’on admet qu’ils ont une personnalité propre.

      La grande question du mal est de savoir pourquoi l’Auteur, qui reste absolument maître du scénario, ne le raccourcit pas un peu. L’athée prétend : 1 que le film est très mauvais, 2 qu’il n’a pu être écrit que par un sadique ; 3 que personne n’a écrit ce film, 4 qu’il n’y a finalement pas de film du tout ; le pauvre n’en est pas à une contradiction près ; on peut toutefois le comprendre : parachuté au milieu de cette histoire sans en avoir une vue globale, ne connaissant ni le commencement ni la fin, comment ne pas la trouver très obscure et très dure ?

      Le chrétien pour sa part ne sait pas plus expliquer l’origine du mal, mais ayant reçu l’Évangile, il comprend maintenant presque tout le reste ; pris au milieu du drame, il en perçoit la beauté, là où l’athée ne voit que souffrance et malheur. Le chrétien ne sait pas non plus expliquer pourquoi Dieu décide d’écrire un livre de dix mille pages et sans doute plus, plutôt que cent. Cependant il a l’assurance qu’au final l’œuvre apparaîtra magnifique, malgré tous les paragraphes sombres. D’ailleurs, sachant bien notre petite capacité d’attention et de compréhension, Dieu reconnaît Lui-même qu’il a écourté la fin : Et, si ces jours n’étaient abrégés, personne ne serait sauvé ; mais, à cause des élus, ces jours seront abrégés…

      • « Seulement voilà […] non-intervention de Dieu » : Je suis d’accord. Tout homme dans la pratique (dans sa vie) est confronté au problème du mal. La différence de la perception du problème du mal entre le croyant et le non-croyant n’est pas existentielle mais située dans l’épistémologie : contrairement au chrétien, l’athée est incapable de justifier l’existence du problème du mal. De plus, si jamais il nie son existence (en étant relativement cohérent comme Nietzsche, ce que la grande majorité de athées n’est pas aujourd’hui), il entre en contradiction avec la réalité, puisque dans la pratique il expérimente bel et bien ce problème (il se révolte contre le mal et désire une intervention divine en retour). Pourquoi ? Parce que comme vous l’avez dit il est crée à l’image de Dieu et qu’au plus profond de lui-même (même inconsciemment en quelque sorte car il supprime comme tout homme non-régénéré constamment et injustement cette connaissance), il connaît son Créateur (Romains 1.18-20) et sait donc que quelque chose ne tourne pas rond. J’aime beaucoup votre remarque sur l’image de Dieu, je pense qu’elle est cruciale pour une bonne apologétique, en particulier l’anatomie de l’incrédulité. Je crois autant que vous que la constitution même de l’homme est une révélation de Dieu (autant que ce qu’on appelle communément révélation naturelle et révélation spéciale). Et sur le fait qu’il n’existe aucun « véritable athée » je suis parfaitement d’accord. Tout homme non-régénéré se contredit. Même dans sa rébellion, il est obligé de s’appuyer sur ce qu’il attaque (la vérité du christianisme) pour que sa critique ait un sens. Il est comparable à un enfant qui donne une claque à son père seulement parce que celui-ci le tient suffisamment haut sur ses genoux, faute de quoi l’enfant serait incapable de faire sa bêtise !.

        « Pour reprendre la comparaison […] aucune place. » :
        C’est aussi ce à quoi je pensais, cela me semblait logique que ma remarque ne s’appliquait et ne concernait que les livres littéraires.

        « Et là encore vous avez raison, le mal ne peut pas être une simple absence de bien, comme le froid est une absence de chaleur. » :
        Pourquoi dites-vous cela ? Je ne me rappelle pas d’avoir affirmé ça. Mais j’avoue que je reste assez sceptique. Au mieux, je doute que le mal ne se limite qu’à « une absence de mal ». On a quand même beaucoup l’impression dans la Bible que le mal est une puissance maléfique à l’oeuvre contre Dieu, et pas juste un manque. On ne manquera pas de repérer les innombrables personnifications du péché, rien qu’en lisant l’épître aux Romains par exemple. Bref, j’aimerais juste que quelqu’un m’explique la logique et le rationnel de cette définition (sans me balancer l’histoire d’Einstein enfant avec son professeur).

        Pour ce que l’athée prétend, je pense pas qu’il affirme souvent les 4 points à la fois, mais souvent soit le 1 et le 2 ou le 3 ou le 4.

        Pour votre remarque sur le problème du mal au niveau « quantitatif », je vous rejoins également. Pour les écrivains bibliques (1 Pierre, Apocalypse, Psaumes, Habacuc), c’est la problématique principale : ils se demandent bien plus souvent « jusques à quand » que « pourquoi ».

        • Francine

          Et là encore vous avez raison, le mal ne peut pas être une simple absence de bien, comme le froid est une absence de chaleur : Pourquoi dites-vous cela ?

          Par télépathie peut-être ? L’histoire d’Einstein faisant à son professeur la leçon du froid et du chaud est aussi imaginaire que celle de Steve Job prêchant l’amour sur son lit de mort ; l’apologétique évangélique sur internet est souvent malhonnête. Ce qui est vrai, c’est que jeune homme Einstein s’intéressait beaucoup aux frigos, et qu’il a déposé plusieurs brevets pour des inventions dans ce domaine, qui d’ailleurs n’ont connu aucun succès. Somme toute, un frigo produit toujours plus chaleur qu’il n’en extrait des aliments (voyez Carnot) ; les défenseurs de l’argument du bien-chaud, mal-froid, peuvent donc dormir tranquilles, le frigo chauffe la pièce ; tout va bien.

          • Ca ne marche que pour le frigo, pas pour le froid « naturel » :/

%d blogueurs aiment cette page :