15 raisons de rejeter le libertarianisme

Article traduit par Matt Massicotte

 

En parcourant la théologie systématique de John Frame (Systematic Theology: An Introduction to Christian Belief, p. 825-831), je suis tombé sur une critique du libertarianisme. L’auteur y expose 15 points utiles.

Il commence par la définition que R.K. McGregor Wright donne du libertarianisme : la croyance que la volonté humaine possède le pouvoir inhérent de choisir avec une égale facilité entre des alternatives. Ceci est communément appelé “le pouvoir de choix contraire” ou la “liberté d’indifférence”.

Cette croyance ne prétend pas qu’aucune influence ne puisse s’exercer sur la volonté, mais elle souligne que, normalement, la volonté peut surmonter ces facteurs et choisir malgré eux. En fin de compte, la volonté est libre de tout lien de causalité nécessaire. En d’autres termes, elle est autonome de toute détermination extérieure.

 

Le libertarianisme suppose qu’il existe une partie de la nature humaine que nous pourrions appeler : la “volonté” (en français, on utilise aussi le mot “arbitre”, comme dans “libre arbitre”). Cette volonté est indépendante de tous les autres aspects de notre être et est en mesure de prendre des décisions contraires à toutes motivations.

Il est nécessaire de maintenir ce niveau de liberté parce que c’est la seule liberté qui peut faire que nous puissions être tenus responsables de nos actions. Ce point de vue a une longue histoire dans la théologie chrétienne et une partie significative de l’église primitive y a adhéré (ou bien à quelque position semblable) jusqu’au temps d’Augustin, lors de la controverse Pélagienne.

Bien que la position libertarienne ait gagné en popularité dans les milieux évangéliques modernes, les calvinistes modernes doivent continuer à s’y opposer. Frame souligne à juste titre que cette vue est l’objet de critiques très sévères.

Il donne plus de détails dans son livre, mais voici une liste de ces critiques qu’il prend plusieurs pages à exposer :

 

  1. L’Écriture ne l’enseigne d’aucune façon explicite.
  2. L’Écriture n’établit jamais la responsabilité humaine sur la “liberté libertarienne” (c’est à dire, la liberté version “libertarienne”) ou, d’ailleurs, quelque autre forme de liberté.
  3. L’Écriture n’indique pas que Dieu donnerait une quelconque valeur positive à la liberté libertarienne (ni même n’admet qu’elle existe).
  4. L’Écriture ne juge jamais la conduite de quelqu’un par rapport à sa liberté libertarienne.
  5. Dans les tribunaux civils, nous ne supposons jamais que la liberté libertarienne soit une condition de la responsabilité morale.
  6. Les palais de justice assument normalement le contraire du libertarianisme, à savoir, que le comportement des criminels découle de motifs divers et variés.
  7. L’Écriture contredit l’idée que seules les décisions sans cause sont moralement responsables.
  8. L’Écriture nie aussi que nous avons l’indépendance exigée par la théorie libertarienne.
  9. Le libertarianisme, par conséquent, viole l’enseignement biblique concernant l’unité de la personnalité humaine dans le cœur.
  10. Si la liberté libertarienne est nécessaire à la responsabilité morale, alors Dieu n’est évidemment pas moralement responsable, car il n’est pas libre d’agir contre son propre caractère saint.
  11. Le libertarianisme est essentiellement une généralisation très abstraite du principe “la capacité limite la responsabilité”.
  12. Le libertarianisme est incompatible non seulement avec la prédestination divine de toutes choses, mais même avec sa connaissance des événements futurs.
  13. De même que les théistes ouverts Pinnock et Ricer, les libertariens ont tendance à faire leur point de vue sur la volonté libre une vérité centrale non négociable, avec laquelle toutes les autres déclarations théologiques doivent être rendues compatibles.
  14. Les défenses philosophiques du libertarianisme font souvent appel à l’intuition comme groupe de croyance au libre arbitre: chaque fois que nous sommes confrontés à un choix, nous pensons que nous pourrions choisir d’une façon ou d’une autre, même contre notre désir le plus fort.
  15. Si le libertarianisme est vrai, Dieu a quelque peu limité sa souveraineté, afin de ne pas accomplir tout ce qui va arriver.

 

 

MM

Article original publié sur le blog Nil Nisi Verum.

Guillaume Bourin est le fondateur du blog Le Bon Combat et l’un de ses administrateurs actuels. Il s’intéresse particulièrement à l’intertextualité et à l’exégèse de l’Ancien Testament, à la théologie biblique, et à l’ecclésiologie. Guillaume est titulaire deux masters en théologie (M.Div., Th.M., Southwestern Baptist Theological Seminary, USA) et il est actuellement candidat au doctorat à l’Université d’Aberdeen (Ecosse).

  • C’est sans doute ce qu’Etienne appelle de la « théologie sèche » !
    Les frères, par cette canicule, vous me séchez avec cette série d’articles plutôt desséchants (pardon, c’est l’avis d’un profane !)
    Dites, vous arrivez encore à sentir palpiter le cœur de Dieu au milieu de toutes ces spéculations intellectuelles ? Allez, on attend des articles rafraîchissants, qui remettent notre Sauveur au centre, Paul ne disait-il pas qu’il ne voulait rien savoir d’autre parmi ses correspondants que Jésus-Christ, et Jésus-Christ crucifié (et ressuscité) ?
    Qu’on ne se méprenne pas, je vous encourage quand même à continuer le « bon combat » pour la vérité, et à combattre l’erreur là où elle bafoue et tue l’Évangile ! Franchement, est-ce le cas aujourd’hui ? Y a déjà eu de très beaux articles (ou enregistrements) !

    Ne prenez pas mal cette remarque, je crois que je suis le seul « opposant » (très occasionnel et très fraternel) sur ce blog et sur l’autre.
    Certains me répondent – ou répondent à l’auteur comme aujourd’hui – par… le silence.
    Je ne demande pas mieux que quelqu’un contre enfin mes arguments ! (des articles passés) Mais avec la Bible, s’il vous plaît, pas avec des envolées théologiques (ou… philosophiques ? – sèches… 🙂
    Amitiés à chacun ! Claude

    • @ Claude Schneider : La Bible parle de l’économie et de la politique en lien avec la volonté de Dieu, alors il me semble parfaitement légitime de blogguer là-dessus.

      • Oui, on peut blogguer sur tout…
        Mais là, il se pose une question sérieuse, que je limite à ce sujet épineux (le reste est très bien !) :
        Ce blog est-il une plateforme d’échanges entre théologiens au jargon au-dessus du commun des mortels et aux préoccupations plus philosophiques que bibliques? Alors, ceux qui ne sont pas dans ce cas vont se retirer petit à petit… (mais, comme dit, les autres thèmes sont très abordables et fondés non par « écoles », mais… bibliquement !) Je ne me retire pas !

        Quand je lis : « Je prends pour acquis que le libertarianisme théologique critiqué par Frame est le faire-valoir du libertarianisme économique et politique. », je me dis qu’on est peut-être à des années-lumière des vrais problèmes du monde évangélique, de plus en plus torpillé par des hérésies et des glissements inquiétants (et merci aux 2 blogs d’avoir soulevé courageusement de beaux lièvres ! )

        Tribonien, désolé, je ne comprends rien à cette phrase !! Je lis pourtant les ouvrages théologiques depuis des décennies ! Je n’avais jamais entendu parler non plus de ce libertarianisme. D’après ce que Guillaume écrit au sujet de ces gens jamais rencontrés, certainement pas en train de polluer mon Eglise, je ne me reconnais pas du tout parmi ces copains des monistes (je suppose, car ceux-là non plus, je ne les ai jamais croisés ! :-))

        Mais, ok, on est d’accord pour ne pas être d’accord avec eux, mais, dites-moi, pourquoi faut-il les combattre ?? Quel mal ils font, ces pôvres ?
        Bon, les amis, je vais en rester là, car toute ma nombreuse smala va débarquer pour le week-end.

        Un mot à Guillaume, qui reste bien silencieux 🙂
        J’espère que je ne t’ai pas trop malmené, ce n’était pas mon intention, et je vous apprécie et aime tous.
        Mais j’exprime un souhait : serais-tu prêt à publier un jour (en hiver), un article de ma part avec « mes » points ? Un débat demande la confrontation, non ? J’accueillerai alors stoïquement (non, sereinement) les critiques de tout le monde théologien du blog ! Salut à tous !

        • moliniste, pas monistes, pardon ! 🙂

          • Je suis content d’avoir fait une pause, qui a permis ce débat entre vous… qui me passe entièrement au-dessus de la tête et qui… tourne au vinaigre.

            J’ai tout lu, consulté le site indiqué, mais, désolé, les amis, de quoi parlez-vous au juste ?? Personne n’a encore fait un travail systématique pour que je comprenne ce que l’économie et la politique viennent faire dans la question du libre-arbitre de l’homme face à l’offre bouleversante de Jésus-Christ, mort et ressuscité pour nous !
            Je me répète : les amis, arrivez-vous encore à sentir battre le coeur de Dieu ??

        • @ Claude Schneider : Le libertarianisme économique et politique est en vogue ces derniers temps en Occident, ou du moins aux États-Unis (pensez au mouvement Tea Party qui est dans le paysage depuis 2008). Cette vogue influence plusieurs chrétiens, qui adhèrent à ce libertarianisme, puis qui s’échafaudent une variante théologique du libertarianisme afin de légitimer leur libertarianisme économique et politique. Or si ce libertarianisme théologique n’est pas fondé bibliquement — et incidemment que le libertarianisme économique et politique n’est pas fondé bibliquement — alors bien c’est une hérésie. Et si cette hérésie commence à faire plusieurs adeptes dans l’Église, comme c’est le cas actuellement, alors ça devient « un vrai problème du monde évangélique ». Prenez par exemple ce site, tenu par des prétendus réformés baptistes, qui semble avoir un auditoire assez important : http://reformedlibertarian.com/

          • Jonathan

            @Tribonien
            Je doute vraiment que les gens du portail « reformedlibertarian » ne soient pas compatibilistes pour ce qui est de la volonté humaine. Leur libéralisme économique/politique ne procède pas d’un libertarianisme théologique.

            Tu as une source pour venir documenter le contraire ?

          • Jonathan

            Eh bien tu n’es manifestement pas familier avec le sujet car aucun des articles du lien n’a pour sujet la question du déterminisme et de la volonté humaine. Tous les articles sont à propos de la controverse théonomique…
            Ils s’attaquent aux théonomistes, pas aux compatibilistes, ça n’a absolument rien à voir, ce n’est même pas le même sujet.

            Voici un commentaire de leur fondateur :

            « I pray that the reader understands me here. Please see the distinction between political libertarianism, which is a political philosophy; theological libertarianism, which is a doctrine regarding the role and nature of God in the life of his human creation; and philosophical libertarianism, which is a theory of man’s ability to make choices and decisions. They first category is a completely different subject than the latter two and those last two should be understood with their distinctions »

            « Frame discusses libertarianism in the philosophical sense. That is, he seeks to answer the question: « Does God know the future or does he learn it as humans do? » This is theological libertarianism. Which I deny and agree with Frame. Mises, Rockwell, et al refer to libertarianism in the political sense. That is, the seek to answer the question: « what, if at all, is the proper role of government in society? » This is political libertarianism. Which I affirm and agree with Mises.org.

            These two subjects have little to do with each other. »

            Et un article entier développe la distinction sur leur site : http://reformedlibertarian.com/2013/04/11/calvinism-free-will-and-austrian-economics/

            Bref, tu as clairement tort.

          • Tu est bien vindicatif, Jonathan. T’ai-je offensé, ou ai-je prôné une hérésie damnable ?

            Je ne suis effectivement pas familier avec le libertarianisme philosophique puisque, soumettant ma pensée aux Saintes Écritures, j’ai écarté le libertarianisme (toutes variantes confondues) dès le début de mon cheminement intellectuel.

            En consultant les définitions fournies par le CARM ( https://carm.org/questions-libertarian-free-will + https://carm.org/questions-compatibilist-free-will ), il semble que le « libre arbitre libertarien » est simplement la dépravation partielle, et que le « libre arbitre compatibiliste » est simplement la dépravation totale (même si c’est un oxymore de dire ça).

            Maintenant, nonobstant la définition du libertarianisme philosophique fournie par Frame, et nonobstant que ce n’est visiblement pas ce que Bourin visait dans son article, je crois :

            {1} Qu’il existe un libertarianisme théologique distinct du libertarianisme philosophique discuté par Frame — toute argumentation théologique en faveur du libertarianisme politique se qualifie inévitablement et nécessairement de libertarianisme théologique ;

            {2} Que ce libertarianisme théologique est le faire-valoir du libertarianisme politique chez nombre de chrétiens (prétendus ou avérés) ;

            {3} Que les blogueurs de Reformed Libertarian adhèrent à un libertarianime théologique tel que je le décris à mon point 1 et qu’ils se rangent parmi les chrétiens que je décris à mon point 2.

            Et tant qu’à moi, malgré les prétentions de C. Jay Engel, le libertarianisme, qu’il soit philosophique, théologique, politique, ou économique, est ultimement de l’autonomisme humaniste. C’est l’Éternel et sa Loi qui est le standard suprême, pas l’humain et ses fabulations libertines.

          • Jonathan

            Est-ce être vindicatif que de contester une assertion objectivement fausse ?

            Tu accuses un groupe de tenir une position qu’ils ne tiennent pas, avec un aplomb tranquille (et sans même t’en excuser par la suite).

            Je me contente de rétablir la vérité et de noter que le « libertarianisme théologique » que tu as en vue n’a rien à voir avec celui de l’article ou celui de Frame, je ne pense donc pas me tromper en affirmant que c’est totalement hors-sujet.

          • @ Jonathan : Tu affirmes, à propos des bonhommes du Reformed Libertarian dont tu sembles curieusement t’être fait le défenseur offusqué : « Leur libéralisme économique/politique ne procède pas d’un libertarianisme théologique. »

            Je suis bien désolé, mais c’est indéniable que leur libertarianisme économique/politique s’appuie sur un libertarianisme théologique. Ils cherchent à légitimer leur libertarianisme économique/politique avec un libertarianisme théologique patenté. Ça saute aux yeux.

            Ensuite, que le libertarianisme théologique que je décrie ne soit pas *EXACTEMENT* celui qui est décrié par Frame, traduit par Massicotte et posté par Bourin, je dois le reconnaître, mais je ne suis pas pour autant « totalement hors-sujet », puisque les différentes variantes du libertarianisme sont bien reliées entre elles.

            Et si tu n’est pas content, Jonathan, il n’y a pas grand chose que je peux faire pour toi. De ton côté, par contre, tu pourrais faire preuve de bienséance et arrêter de me chercher des bébites.

    • +1000000000

  • Le point 13 est particulièrement vrai. Mais se contenter de réfuter le libertarianisme ne nous dis pas quelle est la doctrine réformée en matière d’économie et de politique. (Je prends pour acquis que le libertarianisme théologique critiqué par Frame est le faire-valoir du libertarianisme économique et politique.)

  • Etienne Omnès

    Autant je suis d’accord avec le fond de cet article (je pense que nos choix ne sont jamais sans contraintes, et que celles-ci pèsent toujours sur nos choix), autant je pense que cette salve d’objections est un moyen un peu facile de de disqualifier le libertarianisme. Essayons de critiquer un peu 🙂

    1. L’Ecriture n’enseigne jamais de façon explicite l’absence de liberté totale (au contraire)

    2. Le fait que la responsabilité de l’homme ne soit pas bâti sur l’usage de sa liberté (mais plutôt sur sa nature d’âme vivante) ne nous dit rien quant à la liberté des choix de l’homme

    3. La Bible n’étant pas un traité de philosophie, ni même de théologie, je doute qu’effectivement on puisse trouver un tableau comparatif des différentes thèses. Cela dit, est ce que Dieu est obligé de dire: « J’attache de la valeur à ta liberté libertarienne » (oh le joli mot du XXe siècle!)? Quel serait donc le niveau d’affirmation suffisant? Si Dieu par exemple met une emphase particulière sur la responsabilité de l’homme (ce qui est le cas), n’est ce pas au moins une indication que nous avons toujours la possibilité de faire le bien, même à contre-courant?

    4. Qu’est ce que cela veut dire: juger la conduite de quelqu’un selon sa liberté libertarienne? Ce qui est écrit, ce me semble, c’est que Dieu juge la conduite, point. Peu importe les ressorts de cette conduite. Cela n’exclut pas le libertarianisme.

    5.La responsabilité morale est engagée à partir du moment où une loi est enfreinte. Peu importe à ce moment là si notre liberté est parfaite ou non. Si vous tuez quelqu’un, vous passez au tribunal et vous serez condamnés, point.

    6. Si cela était authentiquement vrai, alors on ne pourrait condamner personne: tous étaient déterminés par les circonstances et motifs autour d’eux, pourquoi les condamner? Ce n’est pourtant pas ce que l’on observe dans les cours: même si vous êtes né dans des circonstances défavorables, que vous êtes pauvres et incapable d’un emploi, on n’hésitera pas à vous punir de la peine maximale si nécessaire si vous avez malgré ces circonstances décider de cambrioler. Il me semble qu’au contraire les tribunaux dans leur appréciation de peine ne votent pas pour un plein déterminisme.

    7. Ce sur quoi nous serons jugés, ce sera sur nos actes nos paroles. Voilà ce dont nous devrons rendre compte. Evidemment, cela présuppose que les pensées sont en bride. Evidemment, cela veut dire que nous devons prendre de bonnes décisions. De là, je rejoins le point 5: la responsabilité est engagée à partir du moment où la loi est enfreinte, peu importe notre degré de liberté.

    8. L’Ecriture fait quelque chose de plus nuancé: elle établit la responsabilité de l’homme

    -Les humains font face à toutes sortes d’encouragements et de commandements de la part de Dieu.
    -Dieu ordonne aux hommes d’obéir, de croire et de choisir Dieu (ce qui sont des actes de personnes libres)
    -Les péchés de chacun sont jugés par Dieu. Le Seigneur les tient comme moralement responsables.
    -Les hommes sont testés par Dieu (ca n’a pas de sens s’ils ne sont que des robots)

    -Les humains reçoivent des récompenses pour leur obéissance. (Pourquoi récompenser s’ils ne peuvent désobéir ?)
    -La confession de sa propre bouche est importante pour le salut: on n’est pas sauvé sans reconnaître Jésus comme Fils de Dieu et Sauveur
    -Les prières ne sont pas des répliques pré-écrites par Dieu. Cela se voit surtout dans les psaumes imprécatoires.
    -Dieu supplie littéralement les pécheurs de se repentir.

    Qu’est ce qu’il vous faut comme preuve pour reconnaître que l’Ecriture suppose une certaine liberté à l’homme?

    9.Je ne suis pas si sûr que le libertarianisme affirme une telle césure dans la nature humaine, qu’il aille jusqu’à dire qu’il y a un homme libre et un autre qui ne l’est pas. Je vérifierai cependant.

    10. A qui donc Dieu rendrait-t-il des comptes? Devant qui est-t-il responsable? N’est-t-il pas écrit qu’il est aux cieux et qu’il fait tout ce qu’il veut? La responsabilité morale de Dieu n’est engagée de devant personne d’autre que lui-même, selon les serments qu’il décide librement de contracter.

    11. Que je sache, Satan et ses anges avaient plus de capacité que les humains, et pour un même acte (désobéissance à Dieu) le Salut leur a été refusé à tout jamais alors que les humains plus faible ont eu droit à un plan de sauvetage magnifique. Quels sont donc les différences entre les anges et les humains, ne sont-t-ils pas tous deux créatures intelligentes de Dieu? Pourquoi les humains déchus ont-t-ils eu droit à une seconde chance alors qu’elle est refusée aux anges déchus? Ce principe « capacité limite la responsabilité » ne me semble pas si obsolète…

    12. La prédestination dont parle cette article est la prédestination calviniste, et oui effectivement le libertarianisme est incompatible avec le calvinisme. Mais est-t-on absolument sûr que le calvinisme, c’est l’évangile pur? N’y a-t-il pas au moins une zone d’ombre ou deux? Du reste, je suis surpris d’apprendre que les arminiens qui tiennent au libertarianisme enseignent que Dieu ne connaît pas les événements futurs. Cette affirmation est fausse: ce qu’ils disent en revanche, c’est que Dieu ne décide pas tout à fait des événements futurs (avec autant de nuances que de théologiens, certes). C’est réfléchir comme un calviniste que de dire: si Dieu ne décide pas, il ne sait pas.

    13. Et alors? Où est le problème? Les calvinistes posent comme point de départ leur sacro-saint compatibilisme, et articulent tous leurs enseignements autour. C’est une démarche toute naturelle.

    14. Et d’où nous vient cette intuition? Pourquoi le Seigneur l’aurait-t-elle crée/permise? Pourquoi d’ailleurs le Dieu de Vérité nous donnerait l’illusion de la liberté? Pour que nous produisions plus d’électricité pour la matrice? 🙂

    15. Dans le cas du théisme ouvert, c’est sûr. Dans le cas de l’arminianisme moderne, peut-être. Mais dans le cas du molinisme (qui concilie souveraineté de Dieu et libre-arbitre de l’homme sans faire appel au compatibilisme), je ne crois pas que ce soit vrai.

    C’est amusant ce jeu des objections! Et si vous répondiez à celles-ci?

    -Le calvinisme n’offre pas d’interprétation cohérente des Ecritures qui affirment avec fermeté ET la souveraineté divine ET la liberté humaine. Le Calvinisme semble se contenter de dire que Dieu décide de tout et que l’homme a une illusion de liberté à l’intérieur. A moins que l’on adhère au compatibilisme, ce qui est à prouver…

    -Le déterminisme universel ne peut pas être rationnellement affirmé. Si le déterminisme est vrai, alors j’ai été déterminé à le croire et ce n’est pas une décision libre de ma part. Ce n’est pas parce que j’ai de bonnes raisons de le croire, c’est parce que j’ai été mécaniquement déterminé à le croire.

    -Le déterminisme fait de Dieu l’auteur du péché Comment tenir l’homme pour responsable de ce qui a été ordonné par Dieu ? Il est très compliqué d’éviter cette implication, à moins d’embrasser le compatibilisme, qui n’est pas une idée qui va de soi.

    -Le déterminisme annule l’action humaine. Peu importe ce que l’homme fait ou dit, il n’a plus aucune place dans le déroulement du monde. Les humains ne sont plus que l’instrument de Dieu comme un levier qu’on utilise pour déplacer un rocher.

    -Le déterminisme fait de la réalité une farce. Le monde n’est plus qu’un jeu de marionnettes actionnées par Dieu.

    Tant qu’à faire de la sèche théologie, autant en faire des deux côtés 🙂 Du reste, comme je le répète, je penche du côté « réformé » du spectre, même si mon commentaire va peut-être le faire oublier.

    • Eh bien, Etienne, quelle fougue ! Je pourrais signer presque tout ce que tu dis. 2 (minuscules) bémols :
      1. Tu dis : De là, je rejoins le point 5: la responsabilité est engagée à partir du moment où la loi est enfreinte, peu importe notre degré de liberté. –> Tu es sûr ? L’aliénation mentale, la bipolarité et d’autres altération de la personnalité sont bien pris en compte par les tribunaux pour estimer la responsabilité des criminels, non ? (et d’autres altérations de cette personnalité, comme l’emprise de l’alcool ou de stupéfiants, sont retenus comme facteurs aggravants, car ils sont volontaires !)

      Spirituellement, la Bible traite l’homme de responsable. Oui, le péché aveugle et paralyse chaque homme : de ce côté, il n’est pas responsable : c’est son héritage maudit d’Adam. Mais il y a un élément énorme, zappé par tous, c’est que le Saint-Esprit oeuvre dans chaque cœur pour briser cet aveuglement, cette paralysie ! Par ex. Jean 16:8 Et quand le consolateur sera venu, il convaincra le monde de péché, de justice et de jugement) Et donc, je crois qu’à des moments précis de sa vie, chaque homme se trouve placé par l’Esprit de Dieu devant un choix responsable, pas un simili choix déjà déterminé par Dieu ! (Job 33.29)

      2. Tu dis, Etienne : « je penche du côté « réformé » du spectre, et j’adhère aux 5 points du calvinisme, même si mon commentaire va peut-être le faire oublier. » –> Derniers soubresauts d’un ex-calviniste qui revient à ses premiers amours ? Vaincu non par l’arminianisme ou le libertarianisme, mais par la cohérence de l’Ecriture si peu citée dans ces débats ! Et par la grâce époustouflante de Dieu ! (rien d’époustouflant du côté calviniste ! 🙁

      Car, cher Etienne, avec tout ce que tu écris, tu ne crois plus au point phare du calvinisme : l’élection inconditionnelle. Ma fille, qui suit ces débats, m’a dit : Tu sais, papa, après ces lectures, je me sens de moins en moins calviniste ! Ben, moi pareil ! 🙂

      • Etienne Omnès

        Tu remarqueras néanmoins que quelqu’un déclaré d’irresponsable par le tribunal (ce qui sous-entend qu’il y a un moment où il était considéré comme tel) doit néanmoins suivre un traitement, voire être enfermé dans un hôpital psychiatrique. Autrement dit, il y a malgré tout une condamnation mais qui tient compte des circonstances, tout comme le Jugement Dernier aura lieu. Nous passerons en jugement même pour les péchés dont nous sommes irresponsables, mais avant d’en arriver là, il faudra passer en jugement malgré tout, notre responsabilité sera pesée 🙂 Cela présuppose que par défaut nous sommes responsables.

        Ensuite, non, je ne crois pas avoir changé d’avis: j’ai simplement souhaité jouer à « l’avocat du diable libertarien » pour lancer le débat 🙂 Cela dit, c’est vrai que je ne me suis jamais identifié tout à fait au calvinisme « pur » puisque par exemple je n’ai jamais souscrit au compatibilisme (alors que c’est tout de même un point de base). Ma position est plus nuancée, je l’espère pas trop incohérente, mais je tiens malgré tout à l’élection individuelle. Dès lors, comment ais je fait pour sortir tous ces arguments et pour réfléchir comme un adepte de la liberté humaine? J’ai simplement suivi les cours d’un très bon moliniste, qui m’a montré que les non-réformés ont tout de même de vachement bonnes raisons de croire ce qu’ils croient, et ensuite, c’est juste une affaire de logique et de réthorique, rien de compliqué 🙂 Il est vrai qu’en ce moment, on ne voit pas souvent ce genre d’arguments passer…

        Dans mon diagramme de certitude au sujet du salut, je dirais que je suis réformé à 60%, arminien à 40% (cette réponse vient de faire gagner 5% à l’arminianisme cela dit hi hi)

        Je pensais en avoir fini personnellement quant à ce débat, et voilà que le Seigneur m’y reprojette! Quelque chose me dit que je vais encore devoir raffiner mes idées hi hi

  • Matt Massicotte

    Bonjour!

    Je suis le traducteur de l’article. Je suis d’accord que c’est de la théologie sèche. Cependant, personnellement, je crois que c’est un indispensable pour adhérer aux confessions réformées/calvinistes. Par exemple, la section sur le « Libre Arbitre » dans la Confession de Foi de Westminster ou la Confession de Foi Baptiste de Londres 1689.

    Pour rendre la chose un peu moins sèche, peut être que ce qui suit pourrait aider.

    Les détails des 15 points de John Frame sont disponibles ici sur les pages 826 – 830 de l’apperçu du livre. Il manque malheureusement la page 828. Peut-être est-elle disponible ailleurs?

    http://www.amazon.ca/Systematic-Theology-Introduction-Christian-Belief/dp/1596382171/ref=sr_1_1?ie=UTF8&qid=1439166397&sr=8-1&keywords=systematic+theology+john+frame

    Notez qu’il n’est pas question de politique ou d’économie içi. On parle de « libre-arbitre ».

    Notez également que je n’ai pas le temps pour répondre aux objections. J’espère que le lien pourra au moins aider.

    En Christ!

  • Timothée Davi

    Je suis extrêmement déçu par la qualité de l’argumentation
    de John Frame… Pour le dire en toute franchise, on frise le ridicule et je
    suis d’autant déçu que quelques frères réformés que je considère hautement
    m’avaient vanté sa systématique. Même si je ne doute pas qu’on y trouve des
    perles, force est de constater qu’il devrait sérieusement réviser son
    argumentaire anti-libertarianisme, car j’ai déjà vu de plus belles critiques
    chez d’autres calvinistes, pourtant moins « diplômés » que lui.

    Tous les points qui commencent par « L’écriture dit que » sont
    hautement contestables et contribuent à la pauvreté de l’argumentation en ce
    qu’il se base sur un postulat herméneutique calviniste ; combien de fois j’ai pu
    lire chez des arminiens que « toute l’écriture confirme » le
    libertarianisme. De toute évidence, cet argument est ridicule et il s’agit
    d’avancer des passages et de les analyser dans leurs contextes (Romains 9 étant
    souvent tiré hors de son contexte et instrumentalisé par exemple). De grands
    exégètes des tendances autres que calvinistes contesteront ces points sans
    ambages.

    En bref, cela ne convaincra que les convaincus !

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