15 raisons de rejeter le libertarianisme

Article traduit par Matt Massicotte

 

En parcourant la théologie systématique de John Frame (Systematic Theology: An Introduction to Christian Belief, p. 825-831), je suis tombé sur une critique du libertarianisme. L’auteur y expose 15 points utiles.

Il commence par la définition que R.K. McGregor Wright donne du libertarianisme : la croyance que la volonté humaine possède le pouvoir inhérent de choisir avec une égale facilité entre des alternatives. Ceci est communément appelé “le pouvoir de choix contraire” ou la “liberté d’indifférence”.

Cette croyance ne prétend pas qu’aucune influence ne puisse s’exercer sur la volonté, mais elle souligne que, normalement, la volonté peut surmonter ces facteurs et choisir malgré eux. En fin de compte, la volonté est libre de tout lien de causalité nécessaire. En d’autres termes, elle est autonome de toute détermination extérieure.

 

Le libertarianisme suppose qu’il existe une partie de la nature humaine que nous pourrions appeler : la “volonté” (en français, on utilise aussi le mot “arbitre”, comme dans “libre arbitre”). Cette volonté est indépendante de tous les autres aspects de notre être et est en mesure de prendre des décisions contraires à toutes motivations.

Il est nécessaire de maintenir ce niveau de liberté parce que c’est la seule liberté qui peut faire que nous puissions être tenus responsables de nos actions. Ce point de vue a une longue histoire dans la théologie chrétienne et une partie significative de l’église primitive y a adhéré (ou bien à quelque position semblable) jusqu’au temps d’Augustin, lors de la controverse Pélagienne.

Bien que la position libertarienne ait gagné en popularité dans les milieux évangéliques modernes, les calvinistes modernes doivent continuer à s’y opposer. Frame souligne à juste titre que cette vue est l’objet de critiques très sévères.

Il donne plus de détails dans son livre, mais voici une liste de ces critiques qu’il prend plusieurs pages à exposer :

 

  1. L’Écriture ne l’enseigne d’aucune façon explicite.
  2. L’Écriture n’établit jamais la responsabilité humaine sur la “liberté libertarienne” (c’est à dire, la liberté version “libertarienne”) ou, d’ailleurs, quelque autre forme de liberté.
  3. L’Écriture n’indique pas que Dieu donnerait une quelconque valeur positive à la liberté libertarienne (ni même n’admet qu’elle existe).
  4. L’Écriture ne juge jamais la conduite de quelqu’un par rapport à sa liberté libertarienne.
  5. Dans les tribunaux civils, nous ne supposons jamais que la liberté libertarienne soit une condition de la responsabilité morale.
  6. Les palais de justice assument normalement le contraire du libertarianisme, à savoir, que le comportement des criminels découle de motifs divers et variés.
  7. L’Écriture contredit l’idée que seules les décisions sans cause sont moralement responsables.
  8. L’Écriture nie aussi que nous avons l’indépendance exigée par la théorie libertarienne.
  9. Le libertarianisme, par conséquent, viole l’enseignement biblique concernant l’unité de la personnalité humaine dans le cœur.
  10. Si la liberté libertarienne est nécessaire à la responsabilité morale, alors Dieu n’est évidemment pas moralement responsable, car il n’est pas libre d’agir contre son propre caractère saint.
  11. Le libertarianisme est essentiellement une généralisation très abstraite du principe “la capacité limite la responsabilité”.
  12. Le libertarianisme est incompatible non seulement avec la prédestination divine de toutes choses, mais même avec sa connaissance des événements futurs.
  13. De même que les théistes ouverts Pinnock et Ricer, les libertariens ont tendance à faire leur point de vue sur la volonté libre une vérité centrale non négociable, avec laquelle toutes les autres déclarations théologiques doivent être rendues compatibles.
  14. Les défenses philosophiques du libertarianisme font souvent appel à l’intuition comme groupe de croyance au libre arbitre: chaque fois que nous sommes confrontés à un choix, nous pensons que nous pourrions choisir d’une façon ou d’une autre, même contre notre désir le plus fort.
  15. Si le libertarianisme est vrai, Dieu a quelque peu limité sa souveraineté, afin de ne pas accomplir tout ce qui va arriver.

 

 

MM

Article original publié sur le blog Nil Nisi Verum.

Abonnez-vous au Bon Combat

Recevez tous nos nouveaux articles directement sur votre boîte mail ! Garanti sans spam.

Guillaume Bourin est pasteur de l'Église réformée baptiste de la Trinité, à Montréal (Québec, Canada). Il s'intéresse particulièrement à l'exégèse et à l'intertextualité de l'Ancien Testament, à la théologie biblique, et à l’ecclésiologie. Guillaume est l'auteur du livre "Je vous purifierai d'une eau pure" : perspectives bibliques sur la régénération baptismale. Il est titulaire de deux masters en théologie (M.Div., Th.M., Southwestern Baptist Theological Seminary, USA) et il est actuellement candidat au doctorat à l'Université d'Aberdeen (Ecosse).