Voici pourquoi tous les chrétiens devraient étudier l’apologétique

Peut-être avez-vous déjà entendu le mot « apologétique » lors d’une étude biblique ou d’une prédication ? Peut-être l’avez-vous croisé lors d’une de vos lectures chrétiennes ? Mais qu’est-ce que ce mot un peu barbare peut bien vouloir dire ? L’apologétique est une discipline académique et théologique qui tente de défendre la foi chrétienne face au monde qui nous entoure. Comme discipline, l’apologétique est quelque chose que l’on doit apprendre à maîtriser en tant que chrétien, mais qui va aussi nous demander des efforts pour tenter de la comprendre, de l’affiner, et finalement de la mettre en pratique.

Car oui, bien qu’elle soit une discipline académique, l’apologétique est également un outil véritablement pratique. D’où la définition qui suit : « L’apologétique est la démonstration en paroles et en actes, dans toutes les dimensions de la vie, de la vision chrétienne du monde, face à toutes les visions non-chrétiennes du monde »[1]. Elle est donc une démonstration, pas seulement en paroles, mais aussi en actes, et vice-versa (cela est très important). Et comme elle recouvre toutes les dimensions de notre vie (culturelle, économique, éducative, politique, éthique, biologique, écologique, philosophique, etc.), elle a un caractère holistique.

Ce qui peut parfois impressionner quand on commence à se pencher sur cette question, c’est le nombre de méthodes (d’écoles) qui peuvent exister. On peut par exemple parler d’apologétique classique : dans ce cas, on va essentiellement se servir d’arguments logiques et philosophiques pour défendre notre foi. L’apologétique historique va, quant à elle, surtout utiliser les preuves historiques et archéologiques. Et il existe d’autres écoles comme l’épistémologie réformée, l’école cumulative, etc. Mais quelle est donc la bonne méthode ? En fait, elles ont toutes leurs avantages et leurs inconvénients.

Dans cet article, j’aimerais vous parler de l’apologétique présuppositionaliste (ou plus simplement alliancielle). La différence importante de cette méthode par rapport aux autres (et qui, à mon avis, en fait tout son intérêt) est qu’elle ne part pas de moi, mais de l’autre.

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Les fondements théologiques

Mais avant de décrire un peu plus cette méthode, j’aimerais en donner les fondements théologiques. Comment est-ce que moi, chrétien, je peux entrer en contact avec le non-chrétien et avoir une discussion avec lui ? Comment deux êtres pécheurs peuvent-ils avoir une conversation raisonnable sans qu’elle soit totalement distordue par notre péché ? Comment quelqu’un qui rejette totalement le Dieu saint peut-il finir par réaliser son besoin d’un sauveur ?

Premièrement, nous sommes tous créés « à l’image de Dieu ». Chaque être humain, homme ou femme, blanc ou noir, jeune ou moins jeune, chrétien ou musulman, est une créature faite à l’image de Dieu.

Deuxièmement, nous sommes tous totalement pécheurs. Bien que cette image de Dieu soit à l’intérieur de nous tous, la faute qu’ont commise Adam et Eve en tant que premiers êtres humains nous a tous affectée. Cette image de Dieu est encore là, mais elle est pervertie, noircie, tordue par le péché qui réside en nous.

Troisièmement, nous vivons tous dans la même réalité qu’est la Création de Dieu – qu’on le veuille ou non – Dieu ayant créé toute chose.

Quatrièmement, Dieu limite les effets noétiques du péché dans notre vie et dans notre monde par sa grâce commune. Dieu se sert en effet de sa Providence pour donner leur pain quotidien même à ceux qui ne croiront jamais en lui. Et cela est un grand mystère qui étonnait même le psalmiste (Ps 10). Mais c’est aussi par exemple ce qui peut expliquer pourquoi un homme totalement pécheur peut être un génie en mathématique ou en architecture. C’est ce que Cornelius Van Til appelait le capital emprunté.

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Enfin, il est également important de relever le concept de vision biblique du monde dont nous avons déjà parlé. Une vision du monde est une manière de voir, d’interpréter, de comprendre le monde qui nous entoure. Chacun a une vision du monde, consciemment ou non. Une vision du monde touche à tous les domaines de notre vie et dévoile ce qu’il y a au plus profond de nous. Elle nous permet d’organiser notre vie. Elle va donc aussi influencer nos actes et nos valeurs. Une vision biblique du monde va bien entendu être fondée sur la Parole de Dieu, alors qu’une autre vision du monde se reposera sur le Coran, sur les traditions, sur la culture, sur un système de croyances syncrétiste, sur le matérialisme ou autre. Mais ce qui caractérise une vision du monde est sa cohérence interne du fait de son caractère holistique.

Pourtant, encore selon Van Til, toute vision du monde qui n’inclue pas Dieu arrivera tôt ou tard à un point de tension qu’il appelle « l’impossibilité du contraire ». Autrement dit, plus le non-chrétien sera logique avec ses croyances, plus il s’éloignera du réel. Mais plus il voudra se rapprocher du réel, plus il deviendra inconséquent.

 

La méthode

Le cadre étant posé, passons maintenant à la méthode. Il faut être clair dès le début : cette méthode n’est pas une baguette magique qui vous fera réussir dans tous les cas. Il n’y a pas de méthode infaillible. Il va falloir s’approprier ces choses, les faire mûrir, les mettre en pratique, et surtout se reposer sur Dieu. Faites votre part, Dieu fera la sienne comme il l’entend. Cette méthode se fera donc en deux étapes. Il va d’abord falloir déconstruire (Jr 1.10). Pour cela, il va falloir trouver un point de contact avec la personne avec qui vous êtes en train de parler.

Il va falloir découvrir ses présupposés (d’où le nom de cette méthode). Est-ce qu’il croit que le monde résulte d’une explosion cosmique provoquée par rien ? Est-ce qu’il pense que le christianisme est une béquille pour les faibles ? Et lui, que croit-il par rapport au monde qui l’entoure ? C’est là qu’il va falloir découvrir sa vision du monde. Est-ce qu’il est plutôt matérialiste, rationaliste, bouddhiste ? Et attention aux étiquettes ! Nous sommes d’accord : cette phase va prendre beaucoup de temps car il va falloir apprendre sincèrement à connaître la personne et ne pas lui coller une étiquette sur le dos en cinq minutes. Puis une fois que vous aurez saisi sa vision du monde, il va falloir que vous l’emmeniez vers ce fameux point de tension (ce que Francis Schaeffer appelait « enlever le toit ») pour qu’il réalise lui-même l’incohérence de sa position.

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Mais il va ensuite falloir reconstruire. Vous ne pouvez pas laisser toute seule une personne avec sa vision du monde qui s’écroule. L’apologétique n’est donc pas simplement défense de la foi, mais aussi annonce de notre espérance. Maintenant, vous allez devoir annoncer l’Évangile à cette personne, et surtout ne pas oublier de la confronter pour qu’elle puisse prendre une véritable décision. Il faut la mettre face à son péché et à son besoin d’un sauveur, mais il va falloir le faire avec amour, et que cet amour transparaisse dans vos paroles, dans vos gestes. La personne doit sentir que vous vous souciez sincèrement d’elle (1P 3.15-16).

 

Les outils

Bien sûr, il va vous falloir des outils pour déconstruire sa vision du monde. C’est ici que les autres méthodes apologétiques peuvent nous être utiles. Nous ne commençons pas brutalement en balançant tous les arguments que nous connaissons, mais nous avons une grande boîte à outils qui va nous permettre de prendre le bon outil au bon moment. Ainsi, nous allons pouvoir utiliser des arguments logiques comme les arguments cosmologiques de Thomas d’Aquin ou le Kalam de Craig, la preuve ontologique d’Anselme de Canterbury, l’argument moral de C.S Lewis, l’ajustement fin, ou encore l’argument de la nécessité.

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Nous allons pouvoir parler de l’historicité du Christ, de l’expansion de l’Église, donner le témoignage des apôtres, montrer quelques preuves archéologiques. Notre témoignage ou celui d’une autre personne pourra aussi être utilisé, on pourra lancer le fameux « pari » de Pascal. Et bien d’autres choses encore. Mais soyons clairs : il va vous falloir du temps pour vous familiariser avec tout cela. Vous allez ensuite pouvoir répondre aux objections que l’on vous donnera concernant le problème du mal (théodicée), de la liberté, de l’évolution, ou de la mort. Non content d’emmener une personne à Christ, vous allez vous édifier vous-mêmes.

 

Conclusion

Finalement, pourquoi tous les chrétiens devraient-ils s’intéresser à l’apologétique ? Comme nous venons de le voir, c’est une discipline passionnante, mais c’est aussi un art que nous sommes appelés à maîtriser. Chaque chrétien est appelé non seulement à défendre sa foi, mais aussi à annoncer l’Évangile. L’apologétique s’inscrit parfaitement dans les mandats créationnels et missionnaires que nous avons reçu. Ce n’est finalement pas tant quelque chose àfaireque quelque chose à être. C’est être chrétien, c’est être un disciple fidèle qui accomplit la mission que son Seigneur et Sauveur lui a donné en attendant son Retour.

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Il y a donc aussi une dimension ontologique et eschatologique à l’apologétique. Si chaque chrétien pouvait vivre ça dans sa vie, cela changerait beaucoup de choses dans le témoignage de l’Église au milieu du monde, et le Royaume de Dieu grandirait de manière fulgurante – comme au temps de l’Église primitive. Il est vraiment important que nous puissions, nous aussi aujourd’hui, nous inscrire dans la continuité des Pères de l’Église et des Réformateurs pour qui la défense et l’annonce de la foi passaient avant toute chose. Mais comme nous l’avons vu, l’apologétique demande du temps, de la réflexion, de la mise en pratique, et une formation. Je prie que les Églises puissent mettre en place des formations de ce type dans leur calendrier annuel, afin d’équiper les chrétiens pour leur mission.

 

 

 

Notes et références

[1]Je suis entièrement redevable aux cours de mon professeur d’apologétique Yannick Imbert de la Faculté de Théologie Jean Calvin à Aix-en-Provence pour cet article, ainsi qu’à son livre « Croire, Expliquer,Vivre : introduction à l’apologétique », Éditions Kerygma, 2014.

 

 

Renaud Genevois est instituteur à l'école chrétienne Oberlin (Mulhouse) et prédicateur. Il a étudié à l'Institut Biblique de Genève et à l'Institut Supérieur Protestant à Guebwiller. Il prépare actuellement une licence de théologie à la Faculté Jean Calvin (Aix-en-Provence). Renaud est marié et vit actuellement en Alsace.