La Soumission Fonctionnelle Eternelle du Fils — Petit guide de cette discussion

Le débat autour de la Soumission Fonctionnelle Eternelle du Fils au Père agite depuis quelque années la sphère des théologiens évangéliques anglo-saxons. Sauf erreur de ma part, la francophonie a été épargnée, mais nous avons reçu de nombreuses questions à ce sujet, surtout en 2016-2017 lorsque les discussions se sont intensifiées, notamment aux. Je suis tombé par hasard sur ce court article de synthèse publié par Andrew Wilson sur Think, le blog de Newfrontiers, le 13 juin 2016. Merci à Hadrien Ledanseur l’a traduit pour notre blog.
–Guillaume

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Il y a eu cette semaine un débat fascinant, passionnant, souvent éclairant et parfois exaspérant sur la Trinité. Des douzaines de messages ont été écrits par ceux qui estiment que le Fils se soumet éternellement au Père (Bruce Ware, Wayne Grudem, Denny Burk, Mark Thompson, Mike Ovey), et par ceux qui ne le croient pas et qui estiment qu’il s’agit là d’un mouvement s’éloignant de l’orthodoxie chrétienne (Liam Goligher, Carl Trueman, Darren Sumner, Mark Jones, Scot McKnight). Retracer tous les messages prendrait des semaines, et dans tous les cas, vous pouvez les lire par vous-mêmes. Plusieurs lecteurs m’ont demandé d’expliquer ce qui se passe, en termes simples, donc c’est ce que je vais essayer de faire ici.

La discussion se focalise sur dix points principaux, et ils doivent être démêlés les uns des autres. (Les messages initiaux de Liam Goligher, qui ont lancé le débat, concernaient la plupart d’entre eux, de sorte qu’il pourrait sembler qu’ils soient tous liés, mais il y a beaucoup de gens, moi y compris, qui prennent des positions différenciées sur ces dix questions).

Les voici :

1. La soumission fonctionnelle éternelle du Fils (SFE) est-elle enseignée dans les Écritures ? La Bible indique que le Fils se soumet au Père pendant qu’il est incarné (Jean 5:19 etc), et qu’Il continue à le faire dans le futur (1 Corinthiens 15:27-28). Mais enseigne-t-elle également qu’Il l’a fait de toute éternité ? Est-ce ce que le langage du Père « envoyant » le Fils (souvent en Jean) et étant le « chef du Christ » (1 Corinthiens 11:3) suggère ? Si vous vous demandez pourquoi c’est important, vous le comprendrez dans une minute.

2. La Soumission Fonctionnelle Eternelle du Fils est-elle une nouveauté ? Autrement dit, avait-elle déjà été articulée, ou même envisagée, dans l’église primitive, ou par les Réformateurs ? Certains ont suggéré que l’idée n’est apparue qu’au cours de la dernière génération environ, en tant qu’un argument supplémentaire pour les complémentaristes dans le débat sur les rôles des hommes et des femmes. Est-ce le cas ?

3. La SFE est-elle hétérodoxe, ou même hérétique ? Le débat a commencé par l’affirmation que la SFE n’est pas seulement une erreur, mais qu’il s’agit de « réinventer Dieu », en produisant une divinité différente de celle de l’orthodoxie de Nicée. Cela peut paraître étrange à certains lecteurs, étant donné que tous les camps affirment le Symbole de Nicée-Constantinople, et distinguent soigneusement la subordination ontologique (qui est une hérésie) et la subordination relationnelle ou fonctionnelle. Mais l’accusation, qu’elle soit vraie ou non, résulte de la combinaison des trois questions suivantes.

4. Y a-t-il une séparation de la volonté divine ? Voici le point que beaucoup de critiques de la SFE font valoir : pour que le Fils se soumette à l’autorité du Père, il doit y avoir une distinction entre la volonté du Père et la volonté du Fils (sinon la soumission n’aurait aucun sens). Aucun problème tant que l’on parle du Christ après l’incarnation, puisque le Christ possède deux volontés. Mais si nous parlons du Christ avant l’incarnation, alors nous sommes en train d’affirmer que le Dieu éternel possède deux volontés – et cela va à l’encontre de la simplicité divine.

5. La soumission fonctionnelle éternelle du Fils implique-t-elle que le Christ n’avait qu’une seule volonté ? C’est le revers du point précédent. Prenez la prière de Gethsémané. Que voulait donc dire Jésus :  « non pas ma volonté [du Fils], mais la tienne [la volonté du Père] » ou « non pas ma volonté humaine, mais ta (et en fait ma) volonté divine » ? Si c’est la première compréhension qui est la bonne, comme l’ont fait valoir certains défenseurs de la SFE, cela conduit-il à la conclusion que le Christ n’avait qu’une seule volonté ? Historiquement, l’Église a considéré cette croyance (monothélitisme) comme non-orthodoxe.

6. La soumission fonctionnelle éternelle du Fils implique-t-elle de nier la génération éternelle du Fils (GE) ? Certains défenseurs de la SFE nient la doctrine de l’engendrement éternel du Fils, et certains (je dirais la plupart, mais je ne peux en être certain) l’affirment. Mais les détracteurs de la SFE ont vu cela comme une nouvelle attaque contre la doctrine de la Trinité. Comme Liam Goligher le tweetait récemment : « La Trinité, moins la génération éternelle du Fils, les opérations inséparables et une seule volonté divine, plus la subordination éternelle, à quoi cela revient-il ? » (La réponse qu’il anticipe, à tort ou à raison, est probablement « l’arianisme ».) Les défenseurs de la SFE avancent que cette question ne devrait pas être intégrée au débat, puisque beaucoup d’entre eux ne rejettent pas la GE.

7. Si la réponse aux questions 4, 5 et 6 est « oui », les partisans de ce projet devraient-ils démissionner de leur poste ? Avec le recul, il est un peu regrettable que le débat ait commencé par ce challenge, à la fois parce qu’il a mélangé abusivement SFE et GE, et également parce qu’il a centré la première série de discussions sur la question de la démission de la partie adverse plutôt que sur la véracité ou non de la positon en question. Cependant, si les choses n’avaient pas été posées de la sorte, le débat aurait sans doute eu moins d’impact.

8. Le langage de la « subordination » éternelle du Fils est-il utile ? C’est, semble-t-il, une question sur laquelle un consensus semble émerger : non, ce n’est pas le cas. Lorsque ce débat a commencé il y a quelques jours, beaucoup de choses dépendaient de ce mot clé – qui, en raison de l’hérésie du subordinatianisme, allait toujours être problématique. Cependant je suis ici en train d’écrire près de six jours plus tard, et je n’ai utilisé ce mot qu’à l’instant. Dans chaque camp, on semble reconnaître qu’il ne sert à rien. Une semaine, c’est long en théologie.

9. Les relations trinitaires devraient-elles être utilisées dans le débat sur les rôles des hommes et des femmes ? Vous remarquerez que, jusqu’à présent, les rôles des hommes et des femmes ont à peine été mentionnés, et je pense que l’orientation trinitaire du débat réfute l’accusation légèrement cynique que le débat actuel serait entièrement consacré aux rôles différenciés selon les sexes. Néanmoins, cette question se cache encore sous la surface : la Trinité devrait-elle être utilisée dans cette discussion ? Est-ce que 1 Corinthiens 11:3 l’implique ?  Et ainsi de suite.

10. L’analogie entre les relations Trinitaires éternelles et les rôles de chaque sexe est-elle préjudiciable pour les femmes ? Si la masculinité et la féminité ne se limitent pas, au bout du compte, à des rôles mais constituent l’essence de chaque être, alors une analogie trinitaire basée sur les rôles fonctionne-t-elle réellement ? Le caractère essentiel du sexe biologique implique-t-il que toutes les femmes sont subordonnées à tous les hommes ? Les idées d’Aimee Byrd, Hannah Anderson, Rachael Starke et d’autres m’ont été très utiles ici.

 

Comme vous pouvez le constater, ces questions sont diverses : elles vont de la théologie biblique à la dogmatique, en passant par la théologie Trinitaire, l’histoire de l’Eglise, la Christologie, les rôles sexuels et la vie ecclésiale contemporaine. Avec un peu de chance, vous avez pu vous rendre compte que la façon dont ces questions ont été regroupées relève moins de leur nature essentielle que de la fonction qu’elles jouent dans les discussions entre spécialistes. Et bien que l’ensemble apparaît sous la forme d’une discussion sur une question unique, il s’agit en réalité d’un ensemble de discussions sur un nombre importants de problématiques.

Si vous finissez la lecture de cette article sans avoir davantage de réponse concrète à ces questions, j’en suis désolé ; ce n’était pas le but de ce post, bien que j’aie évidemment mon opinion sur chacun ces sujets […] Mais si l’article a rendu les choses plus claires pour vous quant aux questions elles-mêmes, alors mon travail ici est terminé. Pour les meilleures réflexions sur cette discussion que j’ai rencontrées, les deux écrites (je soupçonne que ce n’est pas une coïncidence) avant que ce récent débat en ligne a commencé, consultez Fred Sanders (en anglais, surtout le dernier paragraphe) et Alastair Roberts. […]

 

 

 

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