Qu’est-ce que l’arbre de la connaissance du bien et du mal ?

En Genèse 2.9, nous voyons apparaître pour la première fois les deux arbres qui vont présider au sort de l’humanité :

« Yahvé-Elohim Dieu fit pousser du sol toutes sortes d’arbres agréables à voir et bons pour la nourriture, ainsi que l’arbre de la vie au milieu du jardin, et l’arbre de la connaissance du bien et du mal« 

 

Si le concept d’arbre de vie se retrouve à plusieurs reprises dans les Écritures, en particulier dans la littérature de la sagesse, l’arbre de la connaissance du bien et du mal ne se retrouve qu’en Genèse 1-3. Quelle est donc la signification de cet arbre ? Voici les principales propositions avancées pour l’expliquer :

(1) Certains estiment que « la connaissance du bien et du mal » décrit essentiellement les conséquences de l’ingestion du fruit. Selon cette approche, manger de l’arbre aurait permis à l’homme et à la femme de connaître la distinction entre le bien et le mal et les aurait conduit notamment à expérimenter le mal de manière concrète. J’ai longtemps adhéré à cette explication, mais elle est au mieux réductrice : il est clair que la connaissance que pouvait conférer cet arbre était uniquement appropriée au divin (3.5, 18), et c’est probablement davantage dans cette direction qu’il faut chercher l’explication.

(2) Cette connaissance du bien et du mal offrirait une sorte de discernement moral. Cette explication ne vaut pas vraiment mieux que la précédente. Même en l’absence de connaissance expérientielle du mal, l’homme était appelé à effectuer des jugements moraux, par exemple en refusant d’écouter le serpent et en ne mangeant pas de cet arbre

(3) La « connaissance du bien et du mal » serait connectée à la sexualité humaine. Cette explication est incongrue dans le contexte de ce passage, notament parce que Gn 1-3 ne contient aucune indication que la connaissance sexuelle est réservée à Dieu ou qu’elle serait mauvaise pour l’homme (cf. Gn 1.28 ; 2.18-25).

(4) « Connaissance du bien et du mal » signifierait « omniscience » (von Rad). Le « bien et le mal  » seraient alors ici un mérisme désignant l’ensemble de ce qui peut être connu. Bien que Dieu jouisse de l’omniscience et que le récit suggère que la femme espérait acquérir une grande connaissance (Gn 3.6), il est clair que ce n’est pas ce qu’ils ont obtenu par leur désobéissance.

(5) La « connaissance du bien et du mal » serait une référence à la notion de sagesse. Elle offrirait de l’intelligence/discernement (השכיל, Gn 3.6). Il s’agit, à première vue, d’une interprétation connexe à celle du discernement moral mentionnée plus haut. Cependant, elle va bien plus loin. L’acquisition de la sagesse est considérée comme l’un des buts les plus élevés dans le livre des Proverbes. Mais la littérature de la sagesse indique aussi clairement qu’il existe une sagesse réservée à Dieu à laquelle l’homme ne devrait pas aspirer (cf. par ex. Job 15.7-9, 30 ; Prov 30.1-4). Une telle « sagesse interdite » consiste entre autre en une pleine compréhension de la nature de Dieu, de l’univers et de la place de l’homme y tient —des questions qui, finalement, sont au-delà de ce que l’homme peut comprendre (cf. Ps 131.1). Chercher à poursuivre une telle forme sagesse de manière indépendante, sans recourir à la révélation divine, c’est affirmer l’autonomie humaine et négliger la crainte de l’Éternel qui est pourtant le fondement de toute connaissance (Prov 1.7). Et c’est ce que Adam et Eve ont fait. Cette interprétation semble être confirmée par le texte d’Ezéchiel 28, le parallèle le plus proche de Gn 2-3, dans lequel roi de Tyr est expulsé d’Eden pour être tombé dans l’orgueil et s’être prétendu « sage comme un dieu » (Ez 28.6, 15-17).

 

Vous l’avez compris, la cinquième proposition me paraît la plus convaincante. Dans son commentaire sur la Genèse, Wenham cite Clark (Journal of Biblical Literature 88 [1969] 266-78), qui arrive à des conclusions similaires tout en abordant la question sous un angle différent. Il met notamment en évidence l’utilisation de l’expression « bien et mal » dans les contextes juridiques pour décrire la responsabilité légale et suggère que l’auteur de Gn 2-3 l’utilise quant à lui pour parler d’autonomie morale, c’est à dire une volonté de décider de ce qui est juste sans faire appel à la volonté révélée de Dieu. Les allusions à Gn 2-3 dans le Psaume 19 (cf. v. 8-10) semblent accréditer cette thèse : la loi y est comparée à l’arbre de la connaissance, elle rend sage le simple et éclaire les yeux (cf. Gn 3.6). En préférant la sagesse humaine à la loi divine, Adam et Ève ont trouvé la mort. Dans le tabernacle, l’inviolabilité de la loi était symbolisée par le stockage des tables de la loi à l’intérieur de l’arche elle-même, le trône sacré de Dieu, gardé et hors de vue dans le saint des saints, car voir ou toucher l’arche apportait la mort (Ex 40:20 ; Nom 4:15, 20.)

Ainsi donc, si l’homme veut réellement « être sage », il est appelé à mener une vie basée sur la foi en son créateur plutôt qu’au travers d’une prétendue autosuffisance tirée de sa propre connaissance.

 

 

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Guillaume Bourin est pasteur de l'Église réformée baptiste de la Trinité, à Montréal (Québec, Canada). Il s'intéresse particulièrement à l'exégèse et à l'intertextualité de l'Ancien Testament, à la théologie biblique, et à l’ecclésiologie. Guillaume est l'auteur du livre "Je vous purifierai d'une eau pure" : perspectives bibliques sur la régénération baptismale. Il est titulaire de deux masters en théologie (M.Div., Th.M., Southwestern Baptist Theological Seminary, USA) et il est actuellement candidat au doctorat à l'Université d'Aberdeen (Ecosse).