Un message à celui qui tague « Jésus sauve » partout dans Paris

Cet article a initialement été posté sur ma page Facebook. Je l’ai légèrement modifié pour Le Bon Combat.

Depuis quelques mois, un ou plusieurs individus recouvrent les murs de Paris de tags ou de graffs « Jésus sauve ». Je viens de revenir à Montréal et je n’ai passé que 5 jours en région parisienne, mais j’en ai vu partout : sur l’A86, sur l’A15, sur le périphérique, dans les rues de Paris, en banlieue, etc. Personne ne sait qui est à l’origine de ces inscriptions. Vizion, l’une des figures de la scène graffiti en France, commentait mon post initial ainsi :

« En tout les cas dans le milieu graffiti le mystère reste total en ce qui concerne cette personne .
Beaucoup de suppositions mais aucune confirmation. »

 

Pour tout vous dire, j’ai moi-même été un tagueur très (très très) actif à la fin des années 90, membre de l’un des collectifs les plus en vue à l’époque (MCZ Crew). J’ai d’ailleurs été condamné à plusieurs reprises pour dégradation de biens publics ou privés.

C’est donc en connaissance de cause que j’aimerais faire les remarques suivantes :

(1) Si je me réjouis de lire un peu partout que Jésus sauve, je doute que les propriétaires des supports ainsi recouverts (murs, portes de garages, mobilier urbain…) partagent ce sentiment. J’imagine le contenu de la plainte au commissariat, « A recouvert ma propriété d’un graffiti indiquant que Jésus sauve ». Vu sous cet angle, niveau témoignage, on peut tout de même mieux faire.

(2) Les réparations de ces dégradations ont un coût. Tant que notre ami tagueur est libre comme l’air parisien, les frais éventuels sont supportés par les propriétaires ou par les assurances. Et sur les biens publics, ce sont vos impôts qui viendront pourvoir à la dépense.

(3) Je m’interroge sur la démarche de ce/ces graffeur(s). Tout d’abord, il s’agit probablement d’un néophyte, vu le tracé et la qualité du lettrage. Mais il progresse ! À vu d’oeil, je peux vous dire quels tags/graffs sont les plus récents 🤓 Ensuite, cette personne « cartonne », c’est à dire qu’elle est très active en ce moment. Ici encore, je vous parle d’expérience : la répartition, l’intensité, et surtout les « spots » utilisés pour ces tags/graffs démontrent que notre ami est dans une entreprise de grande ampleur très bien organisée à laquelle il consacre beaucoup de temps et d’argent. En d’autres termes, personne ne peut taguer autant sans « calculer la dépense », et notre ami a clairement l’intention de retourner la région parisienne par le nom de Jésus (tagué).

(4) Ceci étant dit, je suis très content des occasions de témoigner que cela nous offre. En revenant de l’aéroport, cela a suscité une excellente discussion avec mon père, par exemple.

(5) Mais le jeu en vaut-il la chandelle ? J’ai bien peur qu’un jour cela se retourne contre nous, surtout si notre ami se fait arrêter et qu’il se retrouve dans la rubrique « Faits divers » du journal Le Parisien. Or, il y a de grandes chances qu’il se fasse arrêter, car les services de police sont désormais bien mieux organisés qu’ils ne l’étaient durant mes jeunes années : ils ont aujourd’hui une brigade dédiée, avec d’excellents enquêteurs qui connaissent bien ce milieu et répertorient les inscriptions murales dans toute la France. Et ces policiers prennent leur travail très au sérieux : ils traquent les graffeurs comme s’il s’agissait de grand banditisme, allant jusqu’à les intimider en taguant « Catz » sur les inscriptions qu’ils répertorient. Lisez donc cet article réalisé par un blog sympathique aux graffeurs.

 

Alors en conclusion, j’aimerais jeter une bouteille à la mer et laisser un petit mot à cet ami graffeur qui a manifestement expérimenté la grâce de Dieu en Jésus Christ :

« Cher ami.e.s, peu de temps après ma conversion, l’un des « kings » de mon époque, O’Clock LT27, se faisait arrêter et écopait d’une amende d’environ 2 millions d’euros. Les temps ont changé, tu le sais certainement, et il est beaucoup plus difficile de taguer sans se faire arrêter. Le montant des amendes, lui, n’a pas diminué. De tout coeur, je voudrais t’éviter cela ainsi que l’opprobre d’un puissant contre-témoignage éventuel. De manière plus générale, je doute que la proclamation de l’Évangile nous appelle à commettre des actes perçus comme de la dégradation de biens par notre société. Alors que tu veux témoigner de la grâce de Dieu en Christ, tu risques malheureusement d’atteindre l’objectif inverse… 😢

Tu veux proclamer Christ par ton art ? À la bonne heure. Certains ont le même parcours que toi et évoluent désormais au sein de collectifs comme GOW – GospelOnWallZ ou Majestart. Prends contact avec eux (ou avec moi). Tu peux sans aucun doute être utile pour le Royaume, mais pas comme ça.

En Christ,
— Guillaume« 

 

 

 

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Guillaume Bourin est pasteur de l'Église réformée baptiste de la Trinité, à Montréal (Québec, Canada). Il s'intéresse particulièrement à l'exégèse et à l'intertextualité de l'Ancien Testament, à la théologie biblique, et à l’ecclésiologie. Guillaume est titulaire de deux masters en théologie (M.Div., Th.M., Southwestern Baptist Theological Seminary, USA) et il est actuellement candidat au doctorat à l'Université d'Aberdeen (Ecosse).