Sodome et Gomorrhe: quel est le problème?

Le péché reproché à Sodome et Gomorrhe était il de nature homosexuelle ? Ou bien Dieu les a-t-il punis pour leur manque d’hospitalité, selon une opinion régulièrement avancée par les défenseurs de “l’homosexualité biblique” ?

Dans sa récente réponse à P. Thierry, Jean-René Moret reconnait que la question est difficile :

Le viol en réunion que les habitants de Sodome projetaient avait un caractère homosexuel, mais entre le fait que c’est un viol et tous les autres reproches adressés à Sodome et Gomorrhe, ce texte ne fait pas de l’homosexualité la faute principale de ces villes, ni n’éclaire le statut de l’homosexualité.

Clairement, le péché de Sodome incluait des actes de violence contre des visiteurs sans défense ainsi qu’une tentative de viol homosexuel.

Sur ce point, les défenseurs de l’homosexualité biblique avancent que seule la tentative de viol en réunion est répréhensible, et non le désir homosexuel.

Cependant, nous estimons que le texte de Gen. 19 suggère clairement une lecture différente :

 

I- La clause “pour que nous les connaissions” (Gen. 19:5) signifie clairement “pour que nous ayons une relation sexuelle avec eux.” Le verbe ידע (yā-dā) est régulièrement porteur de ce sens dans l’Ancien Testament (voir en particulier Jug. 19:22)

 

II- Pour éviter le viol de ses deux visiteurs angéliques, Lot a tenté de remettre aux agresseurs ses deux filles qui n’avaient eu auparavant aucune relation sexuelle (Gen. 19:8). Deux commentaires à ce sujet :

a- Lot semble considérer le viol de ses deux filles comme étant moins abominable que celui de ses visiteurs masculins. Les défenseurs de l’homosexualité biblique vont s’empresser de relever la référence à l’hospitalité (“puisqu’ils sont venus à l’ombre de mon toit”). Cependant, il est tout aussi légitime de penser que, pour Lot, le péché d’homosexualité constituait une circonstance aggravante.

b- Le fait que les habitants de Sodome refusent de toucher aux deux filles vierges de Lot souligne encore davantage le caractère homosexuel de leurs intentions.

III- Ezechiel 16:49-50 tend à appuyer que la dimension homosexuelle de l’offense des Sodomites constitue un élément aggravant. Ezechiel affirme en effet que les gens de Sodome ont commis une תּוֹעֵבָה (to’evah), une “abomination”, en utilisant une tournure identique à Lev. 20:13 qui fait référence à une relation sexuelle entre deux hommes. (1)

 

IV- Notez également l’antériorité de la décision du jugement divin, annoncé d’avance à Abraham (cf. Gen. 13:13; 18:20-21) et semblant se baser sur une pratique récurrente plutôt que sur le simple acte décrit en Gen. 19. C’est probablement la raison pour laquelle Gomorrhe ainsi que toutes les villes de la plaine furent également détruites (à l’exception de Tsoar, cf. Gen. 19:17, 22, 24; Jude 7).

 

V- Le Nouveau Testament décrit la transgression de Sodome comme impliquant une forme d’inconduite. Jude 7, notamment, a historiquement été compris comme une référence directe à l’homosexualité. (2) Selon Jude 6-7 et son parallèle en 2 Pie. 2:7-8, le péché de Sodome ne se limite pas au seul incident de viol en réunion relaté en Gen. 19, mais il s’agit plutôt d’une référence à un style de vie teinté d’immoralité sexuelle incluant des relations entre personnes du même sexe.

 

Certainement, la tentative de Lot de délivrer ses hôtes de la main des habitants de Sodome fait écho à l’importance de l’hospitalité dans les différentes cultures du Proche Orient ancien et semble trouver quelques appuis ici et là dans l’Ancien Testament.

Mais gardons à l’esprit que le récit de la destruction de Sodome et Gomorrhe fait fonction de cas paradigmatique de jugement divin, tant dans les Ecritures que dans la littérature extra-biblique. (3)

C’est à ce titre qu’il est si régulièrement mis en parallèle avec certains péchés particulier des enfants d’Israël.

 

 

 

GB et NR

 

 

 

 

Notes et références :

(1) Il est intéressant de noter que P. Thierry fait référence à Ez. 16:49 pour appuyer sa propre position, mais qu’il se garde bien de mentionner le v. 50 et la référence à תּוֹעֵבָה. R. Gagnon fournit davantage d’éléments pour identifier Ez. 16:50 à Lev. 20:13. Voir Robert A.J. Gagnon, “Why We Know That the Story of Sodom Indicts Homosexual Practice Per Se,” [posted online in Jan. 2013; written Summer 2010].

(2) Voir notre article “Une autre chair” : Jude 7 et l’homosexualité.

(3) Cf. Deut. 29:23; Es. 1:9; 13:19; Jer. 23:14; 49:18; 50:40; Lam. 4:6; Os. 11:8; Amos 4:11; So. 2:9; Matt 10:15; 11:24; Mark 6:11; Luke 10:12; 17:29… et en particulier 2 Pie. 2:6. Voir également Siracide 16:8; 3 Maccabées 2:5; Jubilés 16:6, 9; 20:5; 22:22; 36:10; Test. d’Aser 7:1; Philo, De Quaest. Gen. 4:51; Josèphe, Guerre des Juifs 5.566.

 

 

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Guillaume Bourin est pasteur, auteur, et fondateur du blog Le Bon Combat dont il est l'un des administrateurs actuels. Il s'intéresse particulièrement à l'intertextualité et à l'exégèse de l'Ancien Testament, à la théologie biblique, et à l’ecclésiologie. Guillaume est titulaire de deux masters en théologie (M.Div., Th.M., Southwestern Baptist Theological Seminary, USA) et il est actuellement candidat au doctorat à l'Université d'Aberdeen (Ecosse). Guillaume est l'auteur du livre "Je vous purifierai d'une eau pure" : perspectives bibliques sur la régénération baptismale.