Le Baptême en Questions – #7 L’Alliance avec Abraham, et sa relation avec le baptême

Abraham stars

“…Regarde vers le ciel, et compte les étoiles, si tu peux les compter….“ (Genèse 15:5)

Question :
Baptême, circoncision, et Alliance Abrahamique : comment s’articulent ces notions ?

 

Position pédobaptiste (Alexandre Sarran)

On appelle “alliance abrahamique“ la promesse que Dieu a faite à Abraham de lui donner une descendance nombreuse, un territoire béni, et sa faveur perpétuelle. C’est dans Genèse 12.1-3 que l’on trouve cet engagement de Dieu envers Abraham sous sa forme la plus primitive. On y apprend que le projet de Dieu a en vue la bénédiction du monde entier (Gn 12:3). (1)

Cet engagement de la part de Dieu est entériné de façon cérémonielle dans Genèse 15, par le rite des animaux coupés en deux. À cette occasion, où seul Dieu, sous la forme d’un feu, passe entre les animaux partagés, le terme d’alliance est employé (Gn 15:17-18). Dieu s’est engagé au profit d’Abraham de façon unilatérale.

C’est aussi à cette occasion que la justification d’Abraham, par le moyen de sa foi, est mentionnée de façon explicite, sous l’expression emblématique : “Abraham crut en l’Éternel qui le lui compta comme justice.“ (Gn 15:6).

La circoncision est donnée deux chapitres plus loin (mais treize ou quatorze ans plus tard) comme signe de cette alliance (Gn 17:11) : Abraham et sa descendance vont devoir porter cette “signature“ comme gage de la fiabilité des promesses que Dieu a faites à son peuple.

À ce stade, il est important de comprendre deux choses. D’abord, que le Nouveau Testament interprète Genèse 12, 15 et 17 comme trois épisodes d’une seule alliance (Dieu s’engage à plusieurs reprises, mais l’objet de cet engagement est le même). (2)

Ensuite, que le Nouveau Testament interprète cette unique alliance abrahamique comme étant équivalente à l’Évangile auquel nous croyons en tant que chrétiens. Autrement dit, ce que Dieu a promis à Abraham, et que celui-ci a reçu par la foi, c’est aussi ce que tout croyant reçoit par la foi, à savoir, notamment, le fait d’être justifié aux yeux de Dieu en vertu de l’œuvre de Jésus (Rm 4:22-25).

On peut donc dire que la circoncision, signe de l’alliance abrahamique, attestait l’Évangile dans l’Ancien Testament. Et la circoncision montre que les promesses de Dieu, réalisées par Jésus, concernent aussi les enfants de son peuple.

Loin de remettre en cause la participation des enfants au peuple de Dieu, le Nouveau Testament la confirme plutôt (cf. Mc 10:13-16 ; 1 Co 7:14 ; Ép 6:1-4 ; 1 Pi 2:9-10…). Ainsi, le baptême, qui entérine à son tour dans le Nouveau Testament l’appartenance au peuple de Dieu (3), et qui scelle la même promesse que la circoncision (4), est naturellement destiné à tous ceux qui font partie de l’Église chrétienne, enfants compris.

 

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Position crédobaptiste (Guillaume Bourin)

L’Alliance Abrahamique (5) est l’une des alliances bibliques (6) par laquelle Dieu a choisi d’encadrer sa relation personnelle avec  Abraham.

Comme toute alliance divine, celle-ci était fondée sur des promesses énoncées pour la première fois lors de l’appel du patriarche (Gen. 12:1-3, 7) puis rappelées et détaillées à plusieurs reprises (Gen. 13:14-18, 15:1-21, 17:1-27, 18:10-15, 22:15-18).

Les pédobaptistes voient généralement en l’Alliance Abrahamique une administration de l’Alliance de Grâce. (7)

Dès lors, quand Abraham se fait circoncire en Genèse 17, les pédobaptistes y voient le signe de son appartenance à l’Alliance de Grâce, signe qui serait remplacé par le baptême sous l’administration de la Nouvelle Alliance.

Les crédobaptistes ne peuvent adhérer à une telle approche. En voici les raisons.

Premièrement, il faut relever la dualité de l’Alliance Abrahamique.
Car c’est en réalité un ensemble de promesses que reçoit Abraham lors de son appel (Gen. 12:1-3, 7). On en distingue au moins trois :

    1. La promesse d’une bénédiction personnelle (8) qui ne sera pas seulement une bénédiction pour lui-même, mais également pour d’autres (9)
    2. La promesse d’une grande descendance naturelle qui occupera un territoire dans le pays de Canaan (10)
    3. La promesse que cette source de bénédiction n’aura pas un impact limité à la descendance naturelle d’Abraham, mais que des personnes issues de tous les peuples de la terre pourront en être faits héritiers. (11)  

Certaines promesses ont donc en vue la postérité naturelle d’Abraham (cf. Gen. 12:7 ; 13:14-16), tandis que d’autres sont clairement destinées à une postérité spirituelle, c’est à dire Christ (Gal. 3:16) et tous ceux qui sont en lui (Gen. 22:15-18 ; Gal. 3:25-29 ; Héb. 6:14ss).

Deuxièmement, dans l’Alliance Abrahamique, les promesses sont inter-dépendantes les unes des autres.

Les promesses de grâce qui sont faites à Abraham dépendent du fait que Christ naisse, qu’il meure à la croix, et qu’il ressuscite (cf. Jean 8:56). Et pour qu’il en soit ainsi il est nécessaire qu’Abraham ait une postérité naturelle de laquelle sortira LA postérité spirituelle (cf. Romains 9:1-5).

Dès lors, la foi d’Abraham s’exerce sur l’ensemble des promesses qui lui sont faites : il fait confiance et obéit à Dieu lorsque celui-ci lui promet de donner un territoire à sa descendance naturelle tout comme lorsqu’il lui assure une descendance spirituelle plus nombreuses que les étoiles du ciel.

Au final, cette “alliance de la circoncision“ (cf. Actes 7:4) formalise la relation de Dieu avec la postérité naturelle d’Abraham, et elle sera pleinement établie par Moïse comme nous le verrons dans les articles à venir.

Au sens strict du terme, l’Alliance Abrahamique n’est pas l’Alliance de Grâce : elle contient l’Alliance de Grâce.
L’Alliance de Grâce a la forme d’une promesse dans l’Ancien Testament, et elle n’est formalisée qu’à la mort de Christ (cf. Hébreux 9:16).

Lorsque Abraham reçoit l’Alliance de la Circoncision, Dieu fait de lui le représentant de sa postérité naturelle qui occupera Canaan.

La circoncision d’Abraham ne scelle pas son appartenance à l’Alliance de Grâce, mais elle ratifie l’alliance avec sa postérité naturelle. De cette dernière sortira Christ, et c’est lui qui formalisera l’Alliance de Grâce.

Le baptême, signe de l’Alliance de Grâce, n’est donné qu’au moment de la formalisation de celle-ci, c’est à dire à la mort de Christ.
Il n’y a donc aucun lien direct de continuité entre la circoncision et le baptême, tout simplement parce qu’ils sont deux signes différents de deux alliances différentes.

 

 

Notes et références :

(1) On comprend que cette promesse répond à la malédiction de Babel et à la dispersion des nations, dont le récit a été rapporté au chapitre précédent (Gn 11). Ainsi, on peut dire que l’Alliance Abrahamique équivaut à la promesse d’un rétablissement du monde, au travers d’Abraham et de sa descendance ; ce que l’apôtre Paul confirme lorsqu’il dit que Dieu destinait Abraham à “hériter du monde“ (Rm 4:13). -AS (retour)
(2) Ainsi, dans Romains 4.9-11, Paul associe la justification (Gn 15) à la circoncision (Gn 17) ; et dans Galates 3.6-8, il associe la justification (Gn 15) à la bénédiction du monde (Gn 12). -AS (retour)
(3) Voir mon article sur le lien entre la foi et le baptême. -AS (retour)
(4) Voir mon article sur le lien entre la circoncision et le baptême. -AS (retour)
(5) Pour une exposition succincte de l'Alliance Abrahamique dans la perspective globale de la Théologie de l'Alliance, voir ce document pdf. -GB (retour)
(6) J’utilise l’expression “alliance biblique“ par opposition à la notion d’alliance théologique. Une alliance biblique est mentionnée explicitement dans les Ecritures (ex. : Alliance Noachique, Alliance Davidique, Alliance Mosaïque, Nouvelle Alliance, etc…) tandis qu’une alliance théologique ne l’est pas directement. L’Alliance des Œuvres (ou Edénique) et l’Alliance de Grâce sont toutes deux des alliances théologiques. -GB  (retour)
(7) Je rappelle ici ce que j’ai déjà indiqué dans le sixième article de cette série, à savoir que, pour l’écrasante majorité des pédobaptistes, les Alliances Noachiques, Abrahamiques, Mosaiques, Davidiques ainsi que la Nouvelle Alliance sont en réalité une seule et même Alliance de Grâce, partageant une substance commune. Elles sont simplement des administrations (dispensations) différentes de l’Alliance de Grâce, mais partagent toutes la même nature. -GB (retour)
(8) Je te bénirai ; je rendrai ton nom grand [...] je maudirai ceux qui te maudiront“ (12:2b, 3a). -GB (retour)
(9) tu seras une source de bénédiction [...] Je bénirai ceux qui te béniront“ (12:2d, 3a). -GB (retour)
(10) Je ferai de toi une grande nation“ (12:2a). Pour la possession territoriale de la descendance naturelle, cf. également Genèse 12:7 ; 13:14-16 ; etc. -GB (retour)
(11) toutes les familles de la terre seront bénies en toi.“ (12:3b) -GB  (retour)




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Guillaume Bourin est pasteur de l'Église réformée baptiste de la Trinité, à Montréal (Québec, Canada). Il s'intéresse particulièrement à l'exégèse et à l'intertextualité de l'Ancien Testament, à la théologie biblique, et à l’ecclésiologie. Guillaume est l'auteur du livre "Je vous purifierai d'une eau pure" : perspectives bibliques sur la régénération baptismale. Il est titulaire de deux masters en théologie (M.Div., Th.M., Southwestern Baptist Theological Seminary, USA) et il est actuellement candidat au doctorat à l'Université d'Aberdeen (Ecosse).