Jésus-Christ est-il mort uniquement pour ses brebis ?

Cet article est le premier d’une série de deux articles sur la doctrine de l’expiation définie, qui viendra compléter nos différents articles sur les doctrines distinctives du calvinisme.

« ​Je suis le bon berger. Je connais mes brebis, et elles me connaissent, comme le Père me connaît et comme je connais le Père ; et je donne ma vie pour mes brebis. » (Jean 10.14-15)

« Lui, qui n’a point épargné son propre Fils, mais qui l’a livré pour nous tous, comment ne nous donnera-t-il pas aussi toutes choses avec lui ? » (Rom 8.32)

« Et tous les habitants de la terre l’adoreront, ceux dont le nom n’a pas été écrit dès la fondation du monde dans le livre de vie de l’agneau qui a été immolé. » (Apo 13.8)

 

La doctrine de l’expiation définie a toujours été une question difficile pour beaucoup de croyants. Cette doctrine se veut être une réponse exégétique de la question : Pour qui Jésus est-il mort ? Est-il mort uniquement pour « son » Eglise (Eph 5.25) qui sont « ses » brebis (Jean 10.15) ? Serait-il mort pour l’ensemble des êtres humains ayant vécus sur cette terre, et de façon plus spécifique pour « son » Eglise ? Est-ce que son sacrifice serait « suffisant » pour le monde entier, mais uniquement « efficace » pour les élus ? Est-ce que la mort expiatoire du Christ scellerait à la fois une alliance conditionnelle de grâce universelle et une alliance inconditionnelle de grâce particulière ? (Position amyraldienne) Est-ce que le sacrifice de Christ serait « suffisant » pour tous mais uniquement « efficace » pour les élus ?

 

 

« Suffisance » ou « efficacité » ?

Tout d’abord, avant de vous donner quatre arguments qui pour moi ont résolu cette question, je voudrais juste réfléchir de manière séquentielle à propos de cette dernière question qui imposerait alors une certaine distinction entre la « suffisance » et « l’efficacité » de la mort expiatoire de Jésus.

 

(1) Si la mort expiatoire et propitiatoire de Jésus-Christ est suffisante pour le « monde entier » tout en étant divorcée d’une efficacité « nécessaire » pour le « monde entier », cela veut dire que les bénéfices associés à cet événement sont « potentiels »

(2) Cette « potentialité » caractérisant les bénéfices du sacrifice de Christ n’intègre donc pas de façon a priori « qui » sera sauvé.

(3) Ce caractère a priori « potentiel » implique que le sacrifice de Christ est alors « impersonnel » dans son efficacité sotériologique… et ceci contrairement à l’efficacité sotériologique personnelle de la Nouvelle Alliance des « élus ».

    • Problème n°1 : Nous imposons une dichotomie injustifiée et injustifiable entre la dimension sotériologique efficace et personnelle de la nouvelle alliance et l’œuvre du Christ qui fonde la nouvelle alliance. En effet, l’œuvre du Christ est définie explicitement comme l’œuvre médiatrice fondatrice de la nouvelle alliance. Nous y reviendrons dans un article ultérieur.

(4) Cela veut dire que nous pourrions postuler raisonnablement de façon hypothétique que le sacrifice de Jésus-Christ, bien que « suffisant » pour chaque être humain qui ait existé sur cette terre, puisse être un sacrifice « efficace » pour « aucun » être humain ou même pour « tout » les êtres humains.

    • Problème n°2 : La position amyraldienne intègre comme « possible » (de façon hypothétique) le fait que Jésus-Christ ait reçu la condamnation de « personne » lors de sa mort historique (un non-sens rejeté avec justesse par les canons de Dordrecht (II. Rejet des erreurs n°I)), ou le fait que Jésus ait reçu la condamnation de tous les êtres humains (position universaliste « efficace » clairement contraire aux écrits du NT).

(5) Ainsi, si une position amyraldienne désire se distancer du problème n°2, elle se devra « nécessairement » de caractériser « ironiquement » la potentialité du sacrifice de Christ de « définie » (ou « limitée »). En effet, si nous excluons les deux options du points n°4, il n’y a pas d’autre solution logique.

(6) Si la « potentialité » du sacrifice de Christ est nécessairement « définie » dans son efficacité, quelle est alors la cause ultime de l’actualisation de cette « potentialité définie » (nouvelle naissance des élus) ?

    • Réponse n°1 : Le libre-arbitre de l’homme (pélagianisme ou semi-pélagianisme)
      • Probléme : Dieu étant libre et souverain, il est impossible d’affirmer que l’efficacité de l’expiation du Christ dont il est l’auteur soit « contingente ». Ceci est une hérésie doctrinale qui est contraire à l’aséité divine.
    • Réponse n°2 : Le choix libre et souverain de Dieu (Election). Cette réponse correspond aux écrits du NT et sera aussi approuvée par les amyraldiens (alliance inconditionnelle de grâce particulière).

(7) Si l’actualisation de la « potentialité définie/limitée » du sacrifice de Christ est fondée ultimement sur l’exercice de la liberté souveraine de Dieu dans le plan de l’élection (Réponse n°2) … il en découle nécessairement que, parce qu’il n’existe en Dieu aucune dichotomie entre son « intention d’agir » et son « actualisation », la « limitation » de la « potentialité » du sacrifice de Christ réside dans « l’intention divine de sauver » … l’intention de « sauver » ainsi les « élus ».

(8) Si finalement l’actualisation de la « potentialité définie/limitée » du sacrifice de Christ est fondée sur « l’intention divine » de sauver les « élus », il en résulte que la « potentialité » du sacrifice de Christ est limitée par « l’intentionnalité » de Dieu dans son plan d’élection.

(9) Ainsi, puisque la « potentialité » du sacrifice de Christ est limité par l’intention divine au niveau du choix des bénéficiaires pour son actualisation, il est alors important de souligner que la « potentialité » du sacrifice du Christ (si nous persistons à vouloir conserver ce mot) ne peut inclure une « potentialité de désignation des bénéficiaires »

(10) Au final, parce que la « potentialité » du sacrifice de Christ ne se limite qu’aux élus et qu’ainsi cette « potentialité » sera toujours nécessairement « actualisé » dans la vie des élus, ne serait-ce pas ce qu’affirme la doctrine de « l’expiation définie » propre à la position calviniste classique ? Ainsi, serait-ce toujours pertinent de « parler » de potentialité ? En effet, ce terme est source de bien trop de confusion.

 

Mais qu’en est-il alors de cette affirmation que le sacrifice serait « suffisant » pour tous ? Il apparaît que cette notion de « suffisance universelle » est une affirmation qui puisse être source de confusion, dans l’utilisation courante du terme, pour parler du sacrifice de Jésus-Christ. C’est en effet une affirmation sotériologique qui se doit d’être précisée. Certes, elle prend en compte que la réalité de la perfection incommensurable du sacrifice de Jésus-Christ (La valeur infinie du Fils éternel engendré qui s’est sacrifié) face à l’objectivité de la condamnation de Dieu envers notre péché… mais c’est une expression qui éclipse bien trop l’exercice de la liberté souveraine de Dieu par l’élection (intentionnalité) au sein même de l’intentionnalité de ce sacrifice substitutif.

Dans un prochain article, nous aborderons alors 3 arguments bibliques simples qui soulignent la cohérence biblique de la doctrine de l’expiation définie.

À suivre.

 

 

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Je suis marié, et le Seigneur nous a fait la grâce d’avoir trois enfants. Je suis actuellement Pasteur Stagiaire sur Montréal. Je suis passionné par le Nouveau Testament, la théologie systématique et l’herméneutique. J’affectionne particulièrement les écrits des réformateurs, de Cornelius Van Til, Vern Poythress, John Frame, Greg Beale et John Piper.