Quand Tyr et Sidon appuient le Calvinisme

Il est courant d’entendre, dans les cercles arminiens, que la prédestination est dépendante de la prescience divine (cf. Rom 8:29).

En d’autres termes, Dieu choisirait des personnes dont il a “connu d’avance” la foi et la repentance. Ce faisant, il n’entraverait pas leur liberté.

Les molinistes ont développé un argument similaire dans lequel Dieu exerce sa souveraineté au moyen de sa connaissance moyenne (middle knowledge), un concept proposé en pleine contre-réforme par le jésuite Luis de Molina.

A titre d’exemple, pour la plupart des molinistes, si des individus meurent en n’ayant jamais entendu parler de l’Evangile, c’est que Dieu a d’avance su via sa connaissance moyenne qu’ils l’auraient de toute façon refusé.

Ces approches sont cependant difficilement conciliables avec Matt. 11:20-23 (cf. également Luc 10:1-16) :

Alors il se mit à faire des reproches aux villes dans lesquelles avaient eu lieu la plupart de ses miracles, parce qu’elles ne s’étaient pas repenties. Malheur à toi, Chorazin! malheur à toi, Bethsaïda! car, si les miracles qui ont été faits au milieu de vous avaient été faits dans Tyr et dans Sidon, il y a longtemps qu’elles se seraient repenties, en prenant le sac et la cendre. C’est pourquoi je vous le dis: au jour du jugement, Tyr et Sidon seront traitées moins rigoureusement que vous. Et toi, Capernaüm, seras-tu élevée jusqu’au ciel? Non. Tu seras abaissée jusqu’au séjour des morts; car, si les miracles qui ont été faits au milieu de toi avaient été faits dans Sodome, elle subsisterait encore aujourd’hui. C’est pourquoi je vous le dis: au jour du jugement, le pays de Sodome sera traité moins rigoureusement que toi.

Dans ce passage, Jésus met en évidence le drame de l’endurcissement des habitants de Chorazin et de Bethsaïda en le comparant à ceux de Tyr, Sidon, Sodome, et Capernaüm.

La repentance possible de Tyr et de Sidon est clairement évoquée dans ce passage, alors qu’elle n’est qu’implicite pour Sodome et Capernaüm.

L’argumentation ci-dessous ne s’appuie donc que sur le cas de ces deux villes :

(1) Tyr et Sidon ne se sont pas repenties. 

(2) Tyr et Sidon sont moralement responsables de leur absence de repentance 

(3) Si Tyr et Sidon avaient vu les signes et les miracles qui ont été faits dans Chorazin et Capernaüm, elles se seraient repenties

(4) Dieu, connaissant d’avance que Tyr et Sidon se seraient repenties en voyant de tels miracles messianiques, ne les a cependant pas réalisés au milieu d’elles

(5) Par conséquent, Dieu n’a pas exercé sa prescience (ou sa connaissance moyenne, pour les molinistes) de manière à mettre à disposition des Tyriens ou des Sidoniens les moyens qui leur auraient permis de se repentir

 

Les premises (1), (3), et (4) sont formulées explicitement dans le texte.
La premise (2) semble également bien sécurisée, puisque Tyr et Sidon seront malgré tout traitées avec rigueur lors du jugement.

(5) est donc la conclusion logique de ce passage, qui semble difficilement s’accorder avec les positions arminiennes et molinistes.

A l’inverse, si Dieu exerce sa souveraineté au moyen de sa volonté (en décrétant, par exemple, ce qui doit arriver et ce qui ne le doit pas), ce passage prend tout son sens.

Il nous semble donc impossible d’accorder les affirmations de Christ dans ce passage avec un concept de souveraineté exercée via l’intellect divin (prescience ou connaissance moyenne).

 

MR et GB

 

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Guillaume Bourin est pasteur de l'Église réformée baptiste de la Trinité, à Montréal (Québec, Canada). Il s'intéresse particulièrement à l'exégèse et à l'intertextualité de l'Ancien Testament, à la théologie biblique, et à l’ecclésiologie. Guillaume est l'auteur du livre "Je vous purifierai d'une eau pure" : perspectives bibliques sur la régénération baptismale. Il est titulaire de deux masters en théologie (M.Div., Th.M., Southwestern Baptist Theological Seminary, USA) et il est actuellement candidat au doctorat à l'Université d'Aberdeen (Ecosse).