Faut-il privilégier le Texte Massorétique à la Septante ?

Alors que LXX day, la journée en faveur de la Septante, avait lieu la semaine dernière (nous avions relayé un entretien de T. Muraoka à ce sujet dans le dernier En Lumière), j’aimerais revenir rapidement sur la question du texte de référence pour l’étude de l’Ancien Testament.

ECOUTEZ >> La version grecque de la Septante n’existe pas réellement

 

La semaine dernière, nous recevions cette question d’un lecteur qui nous suit régulièrement :

Du moment que la Septante est la version utilisée le plus souvent pour citer l’Ancien Testament dans le Nouveau Testament, pourquoi traduit-on l’Ancien Testament à partir du Texte Massorétique ? J’ai en effet toujours entendu dire que c’est l’Esprit Saint qui avait inspiré la rédaction des écritures. Par conséquent, n’est-ce pas l’Esprit saint qui a choisi de citer la Septante dans le NT ?

 

Pour rappel, si vous êtes néophytes, par « Texte Massorétique » l’on désigne généralement le Codex Leningradensis, un manuscrit daté de l’an 1010 qui sert de base à la Biblia Hebraica Stuttgartensia, l’édition de référence de la Bible hébraïque, ainsi qu’à la majeure partie des traductions modernes de l’Ancien Testament. La Septante, ou LXX, est une version, une traduction de la Bible en koinè grecque dont nous disposons de manuscrits plus anciens que le Codex Leningradensis.

L’argument de notre contact, qu’il étaye de nombreuses statistiques, peut être résumé ainsi :

(1) La version des Septante est la plus citée dans le Nouveau Testament
(2) Le Saint Esprit a inspiré la rédaction du Nouveau Testament
(3) Par conséquent le Saint Esprit a souverainement privilégié la Septante
(4) Par conséquent, les traducteurs devraient eux aussi privilégier ce texte.

 

Voici, en substance, les quelques éléments de réponse que je lui ai apportés :

1- Un problème de critique textuelle

Oui, c’est bien de cela qu’il s’agit, et la critique textuelle ne peut pas s’embarrasser de tels raisonnements fidéistes. Le Saint Esprit n’a pas “choisi” la LXX, car (i) il y a tout de même d’autres versions citées dans le NT, et (ii) très souvent, les auteurs bibliques se limitent à des paraphrases, de sorte qu’il est impossible de déterminer si une version précise est envisagée.

D’autre part, il n’y a pas « une » Septante, comme Peter Williams l’explique dans le podcast mentionné en début d’article. Les manuscrits grecs dont nous disposons contiennent des variantes très significatives ! De telles variantes ou des paraphrases au sein de cette famille de manuscrits se retrouvent dans le Nouveau Testament.

Je n’ai pas reproduit ici les statistiques fournies par notre contact et je ne les ai pas vérifiées, mais je dois dire qu’elles me paraissent erronées et/ou orientées. De toute façon, le Saint Esprit, n’a pas “soufflé” la Bible sur le mode d’une dictée (dictate theory). Les auteurs inspirés ont très bien pu choisir un texte correspondant le mieux à leurs capacités linguistiques, ou peut être ont-ils parfois privilégié une version qui était bien connue de leurs lecteurs.

 

2- Reconstruire le vorlage

Une version, par définition, n’est utile au critique textuel que s’il parvient à reconstruire son vorlage, c’est à dire la source originale éventuelle. Or, le vorlage type des LXX (car il y a des variantes très significatives entre les manuscrits grecs !) contient des écarts importants avec le Texte Massorétique, la reconstruction du texte dit « proto-masorétique » (si tant est qu’il n’y en ait eu qu’un seul), le Pentateuque Samaritain, et les « manuscrits non alignés » de Qumran.
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Il s’agit bien traditions textuelles différentes, dont la reconnaissance fait l’objet d’un consensus parmi les spécialistes.
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3- Les découvertes de Qumran

Les découvertes de Qumran  ont plutôt fortifié la position des défenseurs du Texte Massorétique, comme l’indique Emmanuel Tov :
 
Dans les 46 textes de la Torah hébraïque [retrouvés à Qumran] qui sont suffisamment exploitables, 22 sont proches du Texte Massorétique (48%), 5 reflètent exclusivement le Pentateuque Samaritain (11%), un reflète les Septantes (2%), et 18 sont « non alignés » (39%). [Tov, Textual Criticism of the Hebrew Bible, 108]
 
Tov note que le même ratio se retrouve globalement dans les manuscrits mixtes hébreu/araméen, avec toutefois une proportion plus grande de manuscrits non alignés. Nous ajoutons à ces remarques que le texte du Pentateuque Samaritain est très proche du Texte Massorétique. D’autre part, les variantes des LXX, notamment celles de Jérémie, ne trouvent pas beaucoup d’appui en dehors de leur propre tradition textuelle.
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4- Mon expérience personnelle

Je ne suis pas spécialiste de la critique textuelle, mais je l’utilise ici et là dans mes travaux exégétiques. J’ai notamment fait appel aux LXX  dans le cadre de mon master de recherche sur Esaie 24:4-6, et je m’en sers actuellement dans le cadre de ma thèse de doctorat.
 
Même en tant que non spécialiste, je peux affirmer que cette traduction est très mauvaise. Elle édulcore le texte de sa richesse prosodique, brise les multiples métaphores, réduit les successions de synonymes en les traduisant par un seul équivalent grec (parfois jusqu’à 3 synonymes d’affilée!), passe complètement à côté des rythmiques poétiques et des paronomases qui se retrouvent absolument partout dans Esaie… Enfin, elle produit une piètre traduction littérale dans un grec truffé de fautes.
 
Le moins que l’on puisse dire, c’est que le traducteur de LXX Esaïe n’était pas un linguiste de haut niveau. Vous avez légitimement le droit de douter de mes affirmations. Je note toutefois que les spécialistes de la discipline abondent en mon sens (voir par ex. Vorm-Croughs, The Old Greek of Isaiah ou Cunha, LXX Isaiah 24:1–26:6 as Interpretation and Translation).
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La plupart des traducteurs ne se servent des LXX que de manière anecdotique, pour en vérifier les variantes les plus significatives. Il est intéressant, en effet, de noter comment le texte Hébraïque a été traduit pour une communauté de foi donnée. En soit, ce sont des informations exégétiques importantes.
Mais le meilleur texte de base demeure, de mon point de vue, le Codex Leningradensis.
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Guillaume Bourin est le fondateur du blog Le Bon Combat et l'un de ses administrateurs actuels. Il s'intéresse particulièrement à l'intertextualité et à l'exégèse de l'Ancien Testament, à la théologie biblique, et à l’ecclésiologie. Guillaume est titulaire deux masters en théologie (M.Div., Th.M., Southwestern Baptist Theological Seminary, USA) et il est actuellement candidat au doctorat à l'Université d'Aberdeen (Ecosse).

  • bibletude .org

    Que faites-vous de ces exemples (il y en a beaucoup d’autres) ?

    Ésaïe 7:14
    Septante : la vierge [parthenos] concevra et enfantera un fils
    Texte massorétique : la jeune femme [‘alma] concevra…

    Ps 40:7
    Septante : tu m’as préparé un corps
    Texte massorétique : tu m’as creusé des oreilles

    Ps 22:17
    Septante : ils ont percé mes mains et mes pieds
    Texte massorétique : comme un lion mes mains et mes pieds

    • Quel est le problème ? Que ces passages soient cités dans le NT sur la base de la LXX?

      • bibletude .org

        Le problème est que La LXX annonce le Christ à des endroits où le TM semble vouloir effacer ces témoignages.

        • bibletude .org

          …et si le TM va dans cette direction, il est moins fiable que la LXX en ce qui concerne l’annonce du Christ.

          • Je ne sais pas si vous vous rendez réellement compte combien vous affirmations procèdent d’une démarche fidéiste. Prenons simplement ce que vous dites là (si tant est que ce soit exact) : vous observez que la LXX contient des allusions à Christ bien plus claire que le TM. Votre conclusion immédiate, c’est que le TM ‘semble vouloir effacer ces témoignages’. Mais d’autres pourraient très bien y voir des gloses christianisantes !
            Je ne rejette pas les éléments textuels que vous présentez ; ces passages méritent d’être regardés au cas par cas, et je n’ai pas le temps pour cela, mais à première vue ils ne me paraissent pas si impressionnant que cela… Par contre, vos présupposés me paraissent franchement orientés et je vous le redis : vous n’arriverez à rien en matière de critique textuelle si vous ne les abandonnez pas. Vos raisonnements ne sont pas objectifs et vous trahissent.

          • bibletude .org

            C’est l’exact contraire du fidéisme : je me base sur des exemples concrets, et des chiffres concrets.

            De plus, nous devons tenir compte du fait que les massorètes avaient en tête les arguments des chrétiens, et qu’en fixant le texte hébreu ils ont – peut-être inconsciemment – affaibli le témoignage messianique de l’AT.

          • Si ce que vous dites est vrai, comment expliquez vous que le terme almah que vous rejetez en Es 7.14 soit présent ds les Manuscrits de Qumran près de 2 siècles avant Jésus Christ ? Et comment expliquez-vous les chiffres de Tov ?
            Vos chiffres sont non-vérifiés et invérifiables, vos sources sont des sites web ne faisant pas autorité. Tout ceci, je le maintiens, n’est que fidéisme. Vous inventez une théorie du complot massorétique qui n’existe pas, et lorsque des arguments concrets vous sont présentés vous les balayez d’un revers de la main. C’est très dommage.

          • bibletude .org

            Ma source, c’est le St-Esprit. Mais du moment que vous dites que ce n’est pas le St-Esprit qui a inspiré les citations de la LXX dans le NT, vous sortez du dialogue chrétien pour entrer dans le dialogue des maîtres de la loi, pharisiens et autres coupeurs de cheveux en quatre. Dommage.

          • Super : donc, dans cette discussion sur des critères objectifs, vous avez l’Esprit, et ceux qui remettent en question vos conclusions sont des pharisiens. Encore une fois, les lecteurs jugeront de la pertinence de votre argumentation.

  • bibletude .org

    Que faites-vous de ces chiffres ?

    Citations du Nouveau Testament faites conformément au texte de la Septante contre le Texte Massorétique : 271 instances.
    Citations du Nouveau Testament conformément au texte de la Septante, contre le Texte Massorétique, avec témoin hébreu des Manuscrits de la Mer Morte : 439 instances.
    Citations du Nouveau Testament faites conformément au Texte Massorétique et contre le sens de la Septante : Instances d’autant plus intéressantes qu’elles sont rares (9 instances).

    Source : http://areopage.net/blog/2013/08/18/dapres-quel-texte-sont-faites-les-citations-de-lat-dans-le-nt/

    • J’ai de gros doutes sur les chiffres que vous citez, et je suis assez circonspect sur sur le témoignage des manuscrits de Qumran en faveur des LXX. Je cite Tov dans cet article qui pense complètement le contraire et qui est l’un des meilleurs spécialistes mondiaux du sujet.

      • bibletude .org

        Les manuscrits de Qumrân sont donc loin d’être un soutien du texte massorétique (TM) :

        « Avant les découvertes de Qumrân, on attribuait généralement les divergences entre les deux textes à l’interprétation des LXX. » (« La Bible grecque des Septante », Cerf/CNRS, p. 188)

        « Certains fragments corroborent la forme LXX contre celle du TM. » (« La Bible grecque des Septante », op. cit. p. 189)

        « En définitive, les découvertes de Qumrân ont résolu une énigme : on sait maintenant que le grec, lorsqu’il s’écarte du TM, n’invente pas. » (op. cit. p. 190)

        « La découverte des manuscrits de Qumrân a été l’occasion de constater nombre d’accords entre ces témoins d’un texte hébreu antérieur à celui des massorètes et la LXX : on dispose désormais souvent d’un texte proto-massorétique identique au substrat des LXX. » (op. cit. pp. 203-204)

        • « En définitive, les découvertes de Qumrân ont résolu une énigme : on sait maintenant que le grec, lorsqu’il s’écarte du TM, n’invente pas » => mais m’avez vous lu ? Avez-vous seulement lu la citation de Tov que je cite ? Oui, on a retrouvé des fragments de Vorlage à Qumran, mais ceux-ci sont ULTRA MINORITAIRES. On la preuve que la LXX n’invente pas, mais on a aussi la preuve d’un texte proto-massorétique plus ancien.

          Ce que vous êtes en train de citer, ce sont des extraits d’un livre qui explique que les LXX étaient auparavant vues plus négativement qu’elles ne le sont aujourd’hui. Et c’est justement ce que je vous disais dans mes emails : les écarts entre les LXX et le texte proto-massorétique ne sont pas si importants qu’il n’y parait. Il n’y a aucun complot massorétique comme vous semblez le penser ; juste une traduction en grec, qui implique nécessairement réinterprétation. Par contre, il demeure des variantes significatives, notamment dans LXX Jérémie. Cependant, si vous avez lu l’article de peter Gentry que je vous ai envoyé, vous avez pu voir que bon nombre des conflations et des expansions difficiles s’expliquent par le procédé de traduction

          En somme, le seul à voiloir opposer les familles de manuscrit ici, c’est vous . Mis je maintiens que le meilleur texte de base reste Codex Leningradensis, jusqu’à la parution un jour d’un txte hébreu éclectique.

          • bibletude .org

            C’est probablement inconsciemment que les massorètes ont affaibli le témoignage messianique de l’AT : ils étaient en lutte contre les chrétiens qui utilisaient la LXX pour prouver que Jésus est le messie.

            Je persiste à dire que l’Esprit saint a choisi la LXX : les chiffres le prouvent. Et s’Il a choisi la LXX, nous n’avons pas à favoriser un texte fixé par les ennemis des chrétiens d’il y a 2000 à 1000 ans en arrière aux dépens de la Bible des premiers chrétiens.

          • Votre reconstruction est fausse, vous n’avez aucun appui pour affirmer ce que vous dites, et vos chiffres sont douteux. En persistant dans votre approche sans considérer les éléments académiques concrets avancés par des spécialistes ayant pignon sur rue, vous décrédibilisez considérablement vos affirmations. Pour notre part, nous en restons là.

          • bibletude .org

            OK, restons-en là.
            Nous ne connaîtrons donc jamais vos chiffres (puisque les miens sont « douteux »).

            Et vous essayez de vous en tirer en me collant une étiquette de « fidéiste » : les lecteurs ne seront pas dupes de ce procédé moyen-âgeux.

            Les pharisiens étaient par ailleurs aussi des « spécialistes » qui avançaient des « éléments académiques ».

          • Vous avez des chiffres dans l’article, dernier rappel.

          • bibletude .org

            « on a retrouvé des fragments de Vorlage à Qumran, mais ceux-ci sont ULTRA MINORITAIRES » : des chiffres, svp

            Voici les miens :
            Citations du Nouveau Testament faites conformément au texte de la Septante contre le Texte Massorétique : 271 instances.
            Citations du Nouveau Testament conformément au texte de la Septante, contre le Texte Massorétique, avec témoin hébreu des Manuscrits de la Mer Morte : 439 instances.
            Citations du Nouveau Testament faites conformément au Texte Massorétique et contre le sens de la Septante : Instances d’autant plus intéressantes qu’elles sont rares (9 instances).

          • – Je vous ai donné des chiffres dans l’article. Vous ne les lisez pas, visiblement.
            – Je vous ai aussi donné des références de spécialistes qui aujourd’hui font autorité. Idem, vous ne lisez pas. En tout cas vous n’y répondez pas.
            – Vous citez des chiffres : on ne sait pas d’où ils sortent, et je maintiens qu’ils sont fortement douteux.
            – Vous citez des études académiques sur la LXX en les interprétant de manière contraire à ce qu’elles disent réellement.alors qu’elles ne font que répéter ce que j’ai écrit dans mon article… Ca, c’est particulièrement consternant.
            – Je vous donne des éléments de réponse sur les trois versets que vous agitez comme un argument imparable : vous faites comme si vous le voyez pas. En tout cas, vous n’y répondez pas.

            Que puis-je donc faire ? A un moment, l’on ne peut que vous laisser parler, cher Monsieur. Manifestement, vous ne maîtrisez pas ce sujet, et vous voulez simplement importer vos idées sur ce débat ardu. Lorsque vous êtes acculé, vous vous en référez de manière absolument objective (c’est ironique) au Saint Esprit… Je n’ai pas d’argument face à cela. Les lecteurs jugeront de vos procédés, Monsieur.

  • bibletude .org

    Permettez-moi de vous faire part de ma surprise en lisant ci-dessus que selon vous l’Esprit saint n’est pas l’auteur des textes du NT, dans le sens où les auteurs des textes du NT pouvaient citer la version de la Bible qui les arrangeait…

    Ainsi, ils auraient sciemment cité Ésaïe 7:14, Ps 40:7 et Ps 22:17 selon la LXX parce que cela les arrangeait (la vierge [parthenos] concevra et enfantera un fils, tu m’as préparé un corps, ils ont percé mes mains et mes pieds), et non pas la version hébraïque qui aurait été différente. La vérité est qu’ils citaient très probablement le texte hébreu de l’époque – identique, au dire des témoins de l’époque, à la LXX – et le TM, écrit bien plus tard pour contrer les chrétiens qui évangélisaient la région, a modifié ces textes pour les amoindrir: la jeune femme [‘alma] concevra, tu m’as creusé des oreilles, comme un lion mes mains et mes pieds…

    • Je maintiens que l’inspiration n’est pas le fruit d’une dictée au point que les auteurs inspirés ne pouvaient choisir la version qu’ils utiliseraient. Je ne pense pas qu’ils choisissaient pour autant « la version de la Bible qui les arrangeaient », bien que je suis convaincu que Paul ne cite pas la Bible hébraïque dans la même version justement en raison de ses multiples agendas théologiques.

      Dans chacun des cas que vous citez, je ne suis pas sur que le TM soit toujours si différent. Et quand il l’est, de multiples éléments d’explication sont possibles, dont bien sur le fait que les auteurs du NT avalisent cette interprétation précise des LXX. En fait, je ne vois tout simplement pas le problème avec ces passages. Ce ne sont pas ceux là qui sont les plus problématiques !

      Maintenant, quant à vos affirmations finales :
      – « La vérité est qu’ils citaient très probablement le texte hébreu de l’époque – identique, au dire des témoins de l’époque, à la LXX » => Donc vous êtes capable de reconstituer un vorlage sur lesquels les meilleurs spécialistes s’entre-déchirent depuis des décennies ? 😉 D’autre part, quels témoins de l’époque ? Quelle époque ? Êtes-vous seulement sûr que les LXX soient une composition unifiée ? D’autre part, si ce que vous dites est vrai, comment se fait-il qu’on retrouve si peu de manuscrits hébraïques de la même famille que les LXX ? Pourquoi les expansions et les conflations que je reporte dans la LXX ne disposent d’aucun appui en dehors de sa propre famille textuelle ? Ce sont des éléments concrets, factuels, auxquels vous n’opposez malheureusement que spéculation.
      – « le TM, écrit bien plus tard pour contrer les chrétiens qui évangélisaient la région, a modifié ces textes pour les amoindrir: la jeune femme [‘alma] concevra, tu m’as creusé des oreilles, comme un lion mes mains et mes pieds… » Mais Monsieur, non seulement c’est hautement spéculatif, mais en plus c’est faux : rien que l’exemple d’Esaïe 7:14 que vous citez vous donne tort ! 1QIsa, le fameux grand rouleau d’Esaïe retrouvé à Qumran, daté d’entre le IVème et le IIème siècle avant Jésus-Christ, a le mot ʿalmâ qui vous gêne tant.

      Je ne sais que vous dire de plus à part ce que j’ai déjà écrit : vous raisonnements trahissent un présupposé fidéiste, empreint d’une forme de « dictate theory ». Le premier constitue une erreur de méthodologie lourde de conséquences, la deuxième est tout simplement une erreur théologique.

      Ce sera là mon dernier commentaire, j’estime avoir apporté suffisamment d’éléments de réponse à vous assertions. Je vous renvoie désormais vers les ouvrages et les spécialistes que je vous ai indiqué lors de nos échanges de mails.

      Bien à vous,
      Guillaume

      • bibletude .org

        Ce n’est pas en me mettant une étiquette de « fidéiste » que vous convaincrez qui que ce soit. Les chiffres montrent clairement que la LXX EST LA BIBLE DU St-ESPRIT:

        Citations du Nouveau Testament faites conformément au texte de la Septante contre le Texte Massorétique : 271 instances.
        Citations du Nouveau Testament conformément au texte de la Septante, contre le Texte Massorétique, avec témoin hébreu des Manuscrits de la Mer Morte : 439 instances.
        Citations du Nouveau Testament faites conformément au Texte Massorétique et contre le sens de la Septante : Instances d’autant plus intéressantes qu’elles sont rares (9 instances).

  • Pour ma part, je ne dirais pas que « la LXX est la Bible du Saint-Esprit ». Selon un document que j’avais lu, les apôtres préféraient même parfois si nécessaire traduire le texte hébreu directement. Parfois ils citaient la LXX si la traduction était bonne.

    En fait il y a deux choses : la LXX n’est qu’une traduction. Quand le TM et la LXX divergent (ou semblent diverger) il faut se demander si c’est à cause des manuscrits hébraïques de bases qu’utilise la LXX ou si c’est la LXX elle même qui traduit mal un passage.

    Pour ma part, je cherche à savoir quels sont les versets originaux quand il y a divergence, mais il est clair que le TM a plusieurs de ses versets falsifiés.

  • Jean Maurais

    Chers amis, si vous permettez que j’ajoute quelques commentaires…

    Concernant le messianisme, le moindre qu’on puisse dire est que s’il y avait bel et bien un désir d’amplifier les références messianiques du texte hébreu dans la traduction grecque, plusieurs opportunités ont été ratées. En fait, il y a plusieurs exemples, dans Ésaïe en particulier, qui suggèrent que cela ne faisait pas partie des objectifs des traducteurs. Ou, pour prendre l’autre scénario, si les scribes responsables du texte massorétique (TM) voulaient effacer toutes traces de messianisme de leur texte, ils ont plutôt parfois amplifié la chose. Voir par exemple Es 9.5 où les nombreux titres divins du texte hébreu sont grandement atténués dans la traduction grecque :

    Car un enfant nous est né, un fils nous est donné, Et la domination reposera sur son épaule; On l’appellera Admirable, Conseiller, Dieu puissant, Père éternel, Prince de la paix. (LSG)

    Puisqu’un enfant nous fut né, un fils nous fut aussi donné, sur les épaules duquel était la souveraineté; et son nom est appelé: Messager du grand conseil, car moi j’apporterai paix aux chefs, paix et santé à lui. (LXX)

    Voir aussi Es 4.2 et Dan 9.24-26 pour d’autres exemples. Le volume édité par Knibb, The Septuagint and Messianism (2006) fait état d’une absence d’effort (ou d’emphase) concertée à ce niveau. Il y a trop de contre-exemples. Ce que font les apologètes chrétiens avec le texte grec est tout à fait distinct de ce que les traducteurs avaient l’intention de faire par endroits.

    Sinon, l’évaluation faite de la Septante m’apparaît plutôt sévère. Le livre d’Ésaïe est un cas particulier et ne devrait pas être utilisé pour évaluer la qualité de la traduction des autres livres. Règle générale, plus les recherches avancent, plus les spécialistes découvrent que le grec de la Septante reflète le grec Koiné du 3ième siècle av. J.C. Il reste bien sûr des hébraïsmes étant donné l’approche de traduction choisie, mais c’est faux de dire qu’il s’agit de grec de mauvaise qualité. Le constat est plutôt que les traducteurs étaient éduqués et connaissaient aussi le grec littéraire de l’époque classique. Même une traduction ultra-litérale comme l’Ecclésiaste contient quelques tournures de phrases qui semblent empruntées des auteurs classiques.

    Pour aborder le texte de l’Ancien Testament, il est vrai que le TM demeure le meilleur point de départ, de par le fait que le Codex Leningradensis est complet et reflète une tradition qui sommes toutes a été admirablement bien préservée. Ceci dit, si notre désir est de reconstituer le texte le plus ancien, toutes les versions anciennes doivent être mises à profit. Il serait mal avisé de privilégier le TM lors de ces reconstructions. La Septante (ou en tout cas la collection de livres traduits en grec) préserve à plusieurs endroits une version plus ancienne du texte hébreu. Dans certains livres, le texte du MT a été corrompu (ou perdu) par endroits et le texte hébreu peut souvent être reconstitué avec facilité étant donné la méthode littérale de traduction. Ésaïe est plutôt l’exception. Le problème est que les exégètes « pigent » souvent dans la Septante des bribes isolées sans réfléchir à la manière dont les traducteurs procèdent. Parfois il s’agit d’exégèse, mais plus souvent il s’agit de leur technique de traduction ou d’un texte de base (hébreu) différent du TM. Et parfois le traducteur lit le texte non vocalisé à l’aide d’une autre tradition de lecture, et parfois il fait simplement une erreur de lecture. Chaque cas doit être examiné en propre, mais la Septante est un témoin de textes aussi anciens que les manuscrits de la Mer Morte.

    La place de la Septante dans la critique textuelle et sa valeur en tant que traduction sont à mon sens des questions tout à fait distinctes que celle de sa place dans l’église. Karen Jobes discute de ce sujet dans un article du Bulletin for Biblical Research (2006). Elle prend une approche plus nuancée pour arriver sensiblement à la même conclusion.

  • Merci d’avoir pris du temps pour répondre à mes interventions.

    J’ai pris le temps ces derniers jours de creuser le sujet et d’interroger plusieurs sources. Le moins qu’on puisse dire est que chacun a sa version des faits. Concernant les chiffres p.ex., chaque source a les siens propres : comment savoir qui a raison ? J’ai posé la question à la source de mes chiffres, et j’attends la réponsse.

    Concernant le texte massorétique, le fait même qu’il ait été fixé par les successeurs des pharisiens – persécuteurs de Jésus et de Paul – à une époque où les chrétiens essayaient de convaincre à l’aide de la LXX que Jésus était le Messie, devrait suffire à convaincre que le TM n’est pas fiable.

    Et je persiste à affirmer que le fait que l’Esprit saint a choisi la LXX pour citer l’AT dans le NT (citations majoritaires selon la majorité des sources consultées, mais dans des proportions différentes) suffit à valider la Septante comme fiable, ainsi que le fait qu’elle était la Bible des premiers chrétiens et des premiers Pères de l’Église.

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