“Ce n’est pas une religion, c’est une relation” : pas pour les premiers protestants

Cet article fait suite à la polémique ayant en marge de l’article de Pascal Denault, en particulier sur Facebook. Avant que le mot « religion » ne devienne péjoratif dans les milieux évangéliques, voici ce qu’en disait un vieux catéchisme protestant suisse. Intéressant quand même!

 

D. Qu’est-ce que la Religion?
R. La Religion consiste à connaître Dieu et à le servir. Le mot Religion signifiant proprement l’action de relier, de réunir ce qui était éloigné, on peut dire que c’est une science toute pratique qui nous apprend à revenir à Dieu, à nous réunir à Dieu.

D. Qu’est-ce que connaître la Religion?
R. C’est connaître combien le péché nous a éloignés de Dieu, et par quels moyens nous pouvons revenir à lui, et être réconciliés avec lui.

D. Cette connaissance seule suffirait-elle ?
R. Non, sans doute. Elle serait inutile et ne nous rendrait que plus coupables et plus malheureux, si elle ne servait pas à régler notre conduite, si elle ne nous ramenait pas à Dieu. On ne connaît Dieu véritablement que quand on l’aime et qu’on lui obéit. « Si vous savez ces choses, vous êtes bien heureux si vous les faites. » (Jean XIII, 17.) « Or le serviteur qui a connu la volonté de son maître, et qui ne s’est pas tenu prêt et n’a point fait selon sa volonté, sera battu de plus de coups. » (Luc XII, 47.)

D. Qu’est-ce que mettre en pratique la Religion?
R. C’est se servir des moyens qu’elle nous indique, et des secours qu’elle nous fournit pour nous tirer du péché et de la condamnation ; pour soumettre à Dieu toutes nos facultés, notre coeur par l’amour, notre esprit par la foi aux vérités qu’il nous enseigne, et notre volonté par l’obéissance aux commandements qu’il nous prescrit.

D. La Religion est-elle bien importante?
R. Elle est de la plus haute importance. S’il existe un Être tel que celui que nous appelons Dieu, tout puissant, tout parfait, notre Créateur, notre Maître (comme nous le prouverons bientôt), nous ne pouvons être heureux qu’en revenant à Lui , si nous nous en sommes éloignés : nous ne pouvons trouver qu’en Lui le repos de l’esprit, la paix du coeur, les lumières, les forces , les consolations , les secours , les espérances dont nous avons besoin dans toutes les circonstances de la vie et surtout dans les afflictions et aux approches de la mort. La religion est « la seule chose nécessaire » elle est la bonne part qui ne nous sera point ôtée.» (Luc X, 42.) « Elle est le tout de l’homme. » ( Eccles. XII, 15.)

 

 

<p>Marié et père d’une jeune famille, je me passionne aussi pour la théologie. Mes intérêts particuliers sont la continuité/discontinuité entre les testaments, la théologie de l’alliance, le christianisme historique (crédo / confessions / catéchisme), et la pertinence de tous ces sujets pour l’église d’aujourd’hui. </p> <p>« Vous avez tout pleinement en lui » – Colossiens 2:10</p>

  • Tout à fait pertinent ! Je dois avouer qu’il y a 3 semaines, tout en étant conscient de ce vrai sens du mot religion, j’ai été amené à dire tout de même dans un témoignage public : « … ce n’est pas une affaire de religion, mais de relation ! ».
    C’est que le sens populaire fortement installé du mot religion est l’appartenance à une famille ecclésiastique, héritée de nos pères.Il y aura toujours une tension entre notre message « brut » , extrait des Écritures, et sa formulation compréhensible par ceux à qui nous parlons.
    Cela dit, désormais je dirai plutôt : « … ce n’est pas une affaire d’appartenance religieuse, mais de relation avec Dieu. » Ça fait moins « formule choc », mais c’est plus exact ! 🙂

  • David MAS

    Très intéressant ! J’avais raté le 1er article, donc merci pour le rappel. J’ai souvent entendu ou prononcé la phrase « le christianisme n’est pas une religion »,que l’on trouve dans de nombreux ouvrages apologétiques. Je vais désormais revoir mon discours. Cependant, la polémique sur Facebook est fondée : l’article de Pascal Denault aurait mérité plus d’approfondissement, avec des analyses de passages bibliques. Vous mentionnez dans les commentaires Jacques qui appelle le christianisme « religion pure et sans tâche », cela aurait été bien de le mentionner dans l’article. Les passages de Luc et Ecclésiaste à la fin de cet article mériteraient aussi d’apparaître. La seule autorité de Kevin DeYoung ne peut suffire à remettre en cause une idée reçue aussi bien ancrée dans nos esprits :-). Pourquoi pas un 3ème article ?

  • Francine

    DeYoung n’a pas tort : l’expression Guerres de relations semblerait un peu molle.

    • Matt Massicotte

      En effet!

    • Good point

    • Sauf qu’ici, nous avons justement le sens sociologique courant du mot (cathos, protestants)
      Et puis, hélas, la religion (= pratique de notre foi) dont Matt parle comporte aussi à la fois :
      – trop de « guerres de relations », pour des raisons puériles d’égos froissés,
      – mais aussi, trop de « guerres de religion », souvent pour des motifs futiles, comme, par exemple, le port du chapeau… (cette remarque n’enlève rien à la beauté du tien !)

  • Timothée Davi

    Tout à fait d’accord. En outre, j’ai toujours trouvé cette manie évangélique ridicule puisque d’un point de vue sociologique, on n’a pas le choix : le christianisme et ses différentes formes remplissent bien les caractéristiques d’une religion. Les premiers protestants en étaient évidemment conscients et parlaient à juste titre de « vrai religion ».
    Cependant, affirmer ça dans un milieu pentecôtiste p.e. revient à un véritable suicide en bonne et due forme :P.

    • bibletude .org

      « affirmer ça dans un milieu pentecôtiste p.e. revient à un véritable suicide » : de même que prouver que la religion n’est pas la foi, en commentaire sur ce site, est un vrai suicide : mon commentaire a été supprimé 🙂

      • Timothée Davi

        Je suis désolé pour la suppression de votre commentaire bien que n’en connaissant pas le contenu et n’en étant pas responsable. Quant à ma « pique » au pentecôtisme, c’est en réalité une auto-critique puisque je suis pentecôtiste moi-même, ce que je soupçonne que vous soyez également étant donné votre réaction.
        La foi, même la vraie, la pure revêt et s’exprime de façons relevant du domaine de la religion selon la sociologie.

        • bibletude .org

          Tiens… mon commentaire est réapparu (plus bas)

          Bonne année à tous!

  • Louis Pezzucchi

    Il me semble qu’on a rejeté le mot religion à cause de la perception négative que les non croyants en ont parce qu’ils l’assimilent aux dérives que l’on trouve dans toutes les grandes religions et surtout celles qui sont proches de nous comme le catholicisme ou l’islam. Quand on évangélise, on a souvent le même problème avec le mot chrétien. Les non évangéliques n’y voient que du catholicisme. Les Juifs, en plus, nous assimilent à leurs persécuteurs. C’est pourquoi, quand on me questionne sur ma religion, je préfère dire, dans un premier temps, que j’ai choisi de vivre selon l’enseignement de Jésus-Christ plutôt que d’utiliser d’emblée le mot chrétien.

  • Excellent, ce commentaire, « bibletude », merci ! C’est un bon complément à l’article, et je pense que tout le monde sera d’accord ! De l’ensemble ressort l’importance de bien choisir nos mots selon le public à qui l’on s’adresse, et, devant un auditoire ou lectorat multiple, de ne pas hésiter à bien définir les mots utilisés qui ont des sens différents.
    Bonne année à tous avec notre merveilleux Seigneur !

  • Suggestion à Guillaume : je suppose que très peu de gens verront ce commentaire de « Bibletude », et c’est dommage, tellement il dit des choses importantes, et qui ne contredisent nullement l’article principal. Ne mériterait-il pas d’être repris sous forme d’un article ? (si « biblétude » acceptait d’être moins énigmatique sur son identité ! 🙂

    • bibletude .org

      Si vous voulez voir d’autres choses importantes, voire décoiffantes, jetez un coup d’oeil à http://blog.bibletude.org

      Mais je vous avertis : après cela vous ne verrez plus les choses de la même manière…

      • J’y étais, et j’y retournerai. Beaucoup de choses intéressantes. Attention toutefois aux positions trop tranchées (ou tranchantes). C’est le danger de tous les hommes de conviction. Pour que cela ne soit pas rédhibitoire, il serait bon d’avancer 1) à visage découvert 2) pas solo, mais en équipe 3) avec des possibilités d’échange avec les lecteurs. Bon courage à toi !

    • Matt Massicotte

      Personnellement, je trouve que ce commentaire identifie « religion » avec « loi ». Il fait la distinction entre loi/évangile. Ce n’est pas ce que nous entendons par « religion chrétienne » il me semble. En tout cas, pas dans cet article. La religion telle que définie dans cet article inclut les deux: la loi et l’évangile.

      • Entièrement d’accord avec toi, Matt ! Mais j’aime trouver les convergences entre les positions, et ici, elles me semblent nettes. Le frangin écrit : « La foi dit : « Le pécheur est mort à la Croix! Aimez le pécheur, et haïssez le péché! » » Il inclut donc bien l’obéissance dans « son » Évangile, comme toi et moi ! Il n’oppose pas la saine religion biblique et la foi, mais la religion au sens sociologique et la foi. Or, nous avons à faire autour de nous avec des gens qui ont des concepts forgés par la société ambiante, non avec des théologiens qui vivent dans la Parole. Pour moi, il y a consensus absolu entre tous ceux qui se sont exprimés ici.

        • Matt Massicotte

          Je comprends. Cependant, on pourrait tout aussi bien parler de « foi chrétienne », de « foi évangélique », ou de « foi morte ». Dans ce sens courant, même foi = religion selon le sens populaire. Tout est une question de définition.

      • David MAS

        Merci pour votre réponse Matt Massicotte. Cependant, il me semble que ce que vous dites contredit la citation de Kevin DeYoung et l’article de Pascal Denault, car celui-ci identifie la religion avec des « règles de conduite » donc la loi. Cela prouve que la question abordée ici est loin d’être simple. La polysémie du mot « religion » et du mot « foi » rendent le discours un peu confus. J’aimais bien l’idée que le christianisme est une religion… indissociable de la foi. Si effectivement on considère comme le dictionnaire que la foi est la « croyance aux dogmes de la religion », on tourne un peu en rond. Si par contre on considère que la foi est la « la ferme assurance des choses qu’on espère, la démonstration de celles qu’on ne voit pas. » (Hébr. 11 v.1), bibleetude a parfaitement raison.

  • David MAS

    D’accord avec Claude Schneider, bibleetude nous démontre que la foi n’est pas de la religion, tout en disant qu’être chrétien est de la religion. Très beau commentaire qui mériterait effectivement de compléter le sujet, peut-être avec un 3ème article 🙂 ?

  • bibletude .org

    A toute cette problématique de la « religion » (combien ne veulent rien savoir de la « religion » du fait de ses méfaits, sans faire la distinction avec une foi/relation ?), s’ajoute une autre problématique: la Réforme inachevée – inachevée, car calquée sur le catholicisme qu’elle a voulu réformer, et par conséquent présentant les mêmes travers.

    Quelques exemples : le baptême sans immersion, le baptême des enfants, l’organisation pyramidale, la traduction orientée de nos bibles, etc.

    Je sais par expérience que la majorité des personnes à qui l’on parle de ces sujets sont dans le déni et refusent le dialogue, ou l’acceptent mais alignent des versets hors contexte ou mal traduits.

    Je ne veux pas m’étendre sur ce sujet car je suis conscient qu’on sort légèrement du sujet (quoique…).

    Ceux qui sont intéressés pourront parcourir 2 parmi nos centaines (milliers ?) d’articles:
    http://surtout-ne-lisez-pas-ce-blog.blogspot.com/2016/12/etes-vous-coherent-ou-co-errant.html
    http://bibletude.blogspot.com/2016/12/le-sens-des-mots.html

  • Excellente trouvaille Matt ! Après tout, nos prédécesseurs huguenots s’appelaient bien les “religionnaires”.

    Il est évident que l’adage évangélastique comme quoi le christianisme “n’est pas une religion, mais une relation” ne résiste pas à l’étymologie élémentaire du mot religion. Je me demande quand exactement ce dicton illogique a été introduit dans le langage évangélique. Je sais que cette curiosité se disant dans les années 1970, mais j’ignore si ça remonte plus loin.

    Jacques 1:27 énonce pourtant clairement : « La RELIGION [threskeia] pure et sans tache, devant Dieu notre Père, consiste à visiter les orphelins et les veuves dans leurs afflictions, et à se préserver des souillures du monde. » (LSG 1910, traduction identique du mot contesté dans la Martin, Ostervald, Semeur et Second 21.)

    Voddie Baucham évalue cet aphorisme boiteux en fonction de la langue, de l’histoire de l’Église et du gros bon sens ici :
    http://www.gracefamilybaptist.net/theology/post/is-christianity-a-religion

    Même Grace to You (le ministère de John MacArthur) désavoue ce mauvais cliché évangélastique :
    http://www.gty.org/blog/B160208/christianity-is-not-a-religion-its-a-relationship

  • Sur le mot, Religion: Un petit rappel. En 1541, Calvin publie une version de « L’Institution de la RELIGION chrétienne » en français. C’est l’un des premiers livres de théologie protestante en français. Le titre de cet ouvrage, « institution de la RELIGION chrétienne», choisi par Calvin, implique une activité pédagogique positive. Le mot français instituteur veut dire, en fait, « maître d’école ». Au seizième siècle, l’éducation (institutio) d’un prince était un sujet d’actualité. De plus, l’Institution rappelait aussi le populaire manuel de loi pendant la même période (Cf. Cottret, Calvin, p. 112-113). Qu’est-ce qu’ était son but? Lisez p. XXV, le quatrième paragraphe . . . «Mon seul but a été de bien préparer et d’instruire ceux qui voudront s’adonner a l’étude de la théologie. Mon objectif a été de leur faciliter l’accès a l’Écriture sainte afin qu’ils se familiarisent avec elle, la comprennent mieux et qu’ils demeurent sans broncher sur le bon chemin. Je pense, en effet, avoir synthétisé les différents éléments de la RELIGION chrétienne — après les avoir mis dans l’ordre voulu— de telle manière que celui qui aura bien compris ma méthode d’enseignement pourra aisément former son jugement et déterminer ce qu’il doit chercher dans l’Écriture et dans quel objectif. C’est pourquoi il n’est guère besoin, dans mes commentaires où je présente les livres de l’Écriture sainte, que je développe longuement les sujets traités dans le présent ouvrage. Celui-ci est un exposé général destiné à guider ceux qui désirent être aidés.» La connotation négative associée au mot Religion provient de théologiens comme Karl Barth, qui n’était pas orthodoxe, mais plutôt un théologien néo-libéral et radical. Pour les réformateurs il s’agissait de faire la distinction et la différence entre la vraie Religion Chrétienne de la Bible et la fausse Religion.

  • Samuel Gibeault

    À notre époque et dans notre culture québécoise qui rejette l’Église Catholique, on veut mettre vraiment l’emphase qu’avec Dieu, c’est la relation qui compte. Effectivement, ces jeux de langages viennent créer souvent des extrêmes. C’est pour cela qu’il faut nous éduquer (moi pareillement) plus profondément que simplement des phrases faciles et des clichés. Merci pour cet enseignement! 🙂

  • Lopez bruno

    Malheureusement ya encore des ignorants qui voient dans le mot « religion » un terme pejoratif et peut etre meme, pour les supra-ignorants et fanatiques, un terme demoniaque. Arretez de vous emouvoir inutilement et faites une recherche sur ce que veut dire ce mot !! Y a rien de fou a lutiliser !

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