Quand Dieu lui-même travaille en équipe

Cet article est le deuxième de la série de réflexion sur les textes bibliques et le travail en équipe. Dans le premier, nous avons examiné comment le travail affectait le couple primordial, Adam et Eve.

Dans le présent article, nous nous proposons d’analyser les données de l’Ancien Testament et de mener une brève réflexion sur la manière dont l’essence même de Dieu implique travail en équipe et collégialité.

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2- Trame vétérotestamentaire

Dans le développement vétérotestamentaire de l’histoire de la Rédemption, nous assistons au bourgeonnement de la promesse faite à Adam et Eve en Gen 3.15, une promesse donnée au sein de la condamnation donnée à l’encontre du serpent.

Ce bourgeonnement progressif, dont la finalité se trouvera dans la Nouvelle alliance scellée et accomplie par le Seigneur Jésus-Christ, impliquera une succession de phases historico-rédemptrices encadrées par des alliances successives.

Chacune de ces étapes furent elles-mêmes marquées par des personnages clés dont le sacerdoce était cohérent avec le cadre allianciel et l’étape historico-rédemptrice dans laquelle ils se trouvaient. Ceci est important d’être souligné afin que nous évitions une tendance trop exemplariste dans notre lecture de la vie et du ministère des personnages clés de l’Ancien Testament.

Ceci étant dit, il ne faut pas à l’inverse, croire, à cause de cette dynamique typologique pleinement consommée en Jésus-Christ, que l’Ancien Testament n’a rien à nous enseigner sur les relations que nous pouvons vivre dans l’église (Heb 11).

Si nous prenons l’exemple de Moïse, il nous faut ne pas perdre de vue le rôle unique de médiateur qu’il joua dans l’événement de l’Exode (l’acte historico-rédemptif majeur de l’Ancien Testament qui sera un élément typologique majeur chez les prophètes subséquents et l’événement typologique par excellence pour annoncer le nouvel Exode accompli et inauguré pour son peuple par Jésus-Christ). Néanmoins, nous pouvons observer que le travail en équipe n’était pas une chose inconnue pour lui.

En effet, si nous prenons le temps d’étudier la relation qui existait entre Moïse et Aaron, Moïse et Myriam, Moïse et Jethro, Moïse et Josué, Moïse et les 70 anciens, force est de constater que le travail en équipe était une réalité bel et bien présente, mais à des degrés différents de celui exposé dans le Nouveau Testament.

Nous soulignerons uniquement ce fameux épisode lorsque YHWH envoya Son Esprit sur les 70 anciens d’Israël (Nombres 11).

Suite aux murmures du peuple (cf. versets 1 et 20) et au découragement de Moïse (versets 11 à 14), Dieu, dont la colère était alors enflammée et qui avait déjà exterminé une partie du peuple à l’extrémité du camp[1], offre gracieusement une solution, à la fois à Moïse et au Peuple.

Nous nous limiterons ici à ne souligner que certaines caractéristiques intéressantes de ce que Dieu fait pour la mise à part et l’onction de ces 70 anciens :

1- Dieu répond à l’impossibilité soulignée par Moïse (gestion d’un si grand peuple par une seule personne) en lui ordonnant la création d’une équipe d’anciens, choisis parmi les anciens déjà présents[2], à qui il déléguera son autorité pour la gestion du peuple. Dieu prit alors de l’Esprit qui oignait Moïse et en déversa sur les anciens choisis (v25 et 26). Il est intéressant de noter que les anciens prophétisèrent uniquement dans un temps limité (v25b), de sorte que Moïse demeura le prophète utilisé par Dieu pour ce temps de l’Exode, car c’est uniquement avec lui que Dieu parlait bouche à bouche et se révélait à lui sans énigme (Nb 12.8).

2- Lorsque Josué demande à Moïse de faire stopper Eldad et Medad (2 des 70 anciens qui n’étaient pas venus lors de la convocation de Moïse), Moïse lui demande s’il est jaloux et déclare la chose suivante : Puisse tout le peuple de l’Éternel être composé de prophètes ; et veuille l’Éternel mettre son esprit sur eux ! (Exo 12.29). Ceci est d’autant plus frappant que le chapitre suivant nous parle du jugement reçu par Myriam, sœur de Moïse, qui était jalouse du ministère prophétique de Moïse et à qui Dieu rappelle le caractère unique du ministère de Moïse. On ne peut que souligner l’aspiration de Moïse qui n’avait certainement pas le désir d’engendrer des clones de lui-même, mais exprimait, entre autre, le souhait de voir Dieu oindre le peuple entier pour qu’il puisse servir Dieu dans la droiture et la fidélité et ainsi ne plus murmurer comme il le faisait.

3- La dynamique soulignée ici est la cohésion pour porter ensemble la charge d’une œuvre (cf. Ecc 4.9-12). Ainsi, une chose que nous pouvons souligner est que le travail en équipe est aussi la conséquence nécessaire de la prise en compte de la limite de chacun de nous afin que, au sein d’une sage répartition du travail, la charge soit équilibrée et ainsi réalisable.

4- Dieu demande à Moise de choisir les membres de cette future équipe parmi un groupe d’hommes qui avaient été déjà mis à part préalablement pour le service par Moïse car il les avait reconnus capables (Exo 18.25). Sans pousser trop loin les textes narratifs, nous pouvons souligner que les qualifications et les aptitudes sont des facteurs importants dans la composition d’une équipe, et ceci en fonction du but et des choses qui leur seront assignés à accomplir.

5- Dieu équipe par Son Esprit chacun des membres de l’équipe choisie. En effet, l’onction par l’Esprit de Dieu, alors manifestée par un temps prophétique temporaire, souligne que c’est ultimement Dieu qui confirme l’appel et qui équipe ceux qui vont travailler ensemble pour son Royaume. C’est ce que nous retrouvons dans les appels des prophètes vétérotestamentaires et dans la description néotestamentaire de l’église primitive.

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La notion du travail en équipe sera aussi présente au sein même de la communauté de l’ancienne alliance et particulièrement dans la répartition des tâches dans le tabernacle, et plus tard le Temple.

Elle se retrouvera aussi dans la répartition des triples offices de prêtre, prophète et roi dans l’ancienne alliance parmi différents personnages (comme David et Nathan par exemple) qui alors devaient interagir les uns avec les autres, mais qui ne manifestaient pas une dynamique intime du travail en équipe telle qu’elle est développée dans le Nouveau Testament.

Ultimement, ce sera Christ qui accomplira parfaitement ce triple office et qui enfantera une descendance d’hommes et de femmes qui seront, dans une certaine mesure, à la fois prêtres (Apo 1.6), prophètes (2 Tim 4.2, Col 3.16) et rois (Eph 2.6).

 

 

3- L’œuvre trinitaire de la création et du salut

Tout comme nous avons précédemment souligné que la réalité de nos relations interpersonnelles sont des manifestations analogiques à la réalité personnelle intra-trinitaire, il est important de se rappeler que Dieu manifeste sa trinité aussi lorsqu’il est à l’œuvre. C’est effectivement le cas dans la création et le salut (re-création).

La Bible souligne que Dieu est celui qui a créé l’univers tout entier (Gen 1 et 2). Et ceci s’est manifesté dans une dynamique trine. En effet, Le Fils, le Logos est aussi celui par qui la création a été faite (Jn 1.3, 1 Cor 8.6, Col 1.16, Heb 1.2). Et l’Esprit fut aussi impliqué dans l’acte créationnel (Gen 1.2, Job 33.4, Ps 104.30).

Ensuite, à propos de l’acte de la nouvelle naissance, nous devons aussi réaliser que cette œuvre de rédemption fut décidée dans l’éternité passée par Dieu lui-même (Eph 1.3-12). L’œuvre du salut implique par exemple le choix de Dieu de son peuple en Son Fils. Ce choix a été souvent désigné comme une alliance, l’alliance éternelle de la rédemption (Pactum salutis)[3].

De plus, l’application même de l’œuvre accomplie par Jésus-Christ est aussi une œuvre trine, Car, le salut des élus est une œuvre accomplie par Dieu (2 Cor 4.6-8) en nous unissant à son Fils Jésus-Christ par la foi (Rom 6.1-15), et cela grâce à l’action régénératrice du Saint-Esprit (Jn 3.1-13).

Cette œuvre d’adoption, qui implique autant notre justification et notre sanctification, est une œuvre dans laquelle le Christ ressuscité est activement impliqué car, suite à la résurrection, il est devenu un esprit vivifiant (1 Cor 15.45, cf. 2 Cor 3.12-18)[4]. Comme le souligne R. Gafffin Jr. dans son ouvrage[5], cette étape de l’historia salutis exprime l’inauguration d’une économie sotériologique dans laquelle le Fils et l’Esprit œuvrent ensemble dans l’application de l’œuvre du Salut accompli dans la mort, la résurrection et l’exaltation du Fils parmi les élus (ordo salutis).

Ainsi, nous voyons que la dynamique d’équipe manifestée au sein de la trinité nous permet de constater que Dieu, dans sa sagesse, a voulu accomplir l’œuvre de la création et du salut en œuvrant de façon complémentaire au sein de sa caractéristique trine.

La répartition des tâches ne fut pas une répartition faite à cause des capacités de chacune des personnes (car chaque membre de la trinité est pleinement Dieu), mais une répartition choisie et décidée depuis toute éternité où nous pouvons observer généralement que le plan du Père est délivré, exprimé et accompli par le Fils. Cet accomplissement implique l’œuvre de l’Esprit autant dans son accomplissement inaugural (vie, mort et résurrection de Jésus-Christ) que dans son application néo-alliancielle au sein de la communauté des élus (régénération, justification, sanctification des élus).

C’est d’ailleurs ce que nous retrouvons dans description faite en Jn 1 : Le Fils est le Logos qui depuis toute éternité est l’expression « Parole » de Dieu (Jn 1.1-3, 18). Et de façon plus spécifique, les écrits bibliques sont la Parole de Dieu (1 The 2.13) dont Jésus-Christ, le Fils incarné, en est la substance principale et le héraut principal (Heb 1.1-3) ; et l’Esprit est celui qui l’a transmise (2 Tim 3.16).

D’ailleurs en reprenant le terme θεόπνευστος utilisé en 2 Tim 3.16, nous pourrions utiliser l’analogie suivante pour souligner la cohésion d’équipe dans le don de la Parole de Dieu aux hommes : Dieu est celui qui parle, le Logos correspond aux mots exprimés dont le son est possible par le souffle de l’Esprit (tout comme c’est le souffle expiré qui nous permet d’émettre un son lorsque nous disons un mot).

Ces courtes remarques sur la dimension trine de l’œuvre de Dieu dans la création et la rédemption nous permettent (par analogie) de souligner les choses suivantes concernant le travail en équipe :

  • Le Travail en équipe dans l’église locale doit posséder un but et une ambition centrée ultimement sur la manifestation de la Gloire de Dieu manifestée et accomplie en Jésus-Christ. En effet, le but de l’épouse de Christ doit être une appropriation et un écho du but de Dieu dans l’accomplissement de son œuvre : Sa Gloire. Ceci implique une distanciation de toute démarche qui engendrerait une quelconque forme d’anthropocentrisme.
  • Comme Paul le souligne en Ephésiens 1, l’histoire de la rédemption, et son ancrage dans l’éternité passée possède ultimement comme finalité la louange et la célébration de la gloire de Sa grâce et ainsi de Sa Gloire (Eph 1.6, 12 et 14). Ainsi, le parfum qui doit se dégager de tout travail d’équipe se doit d’être ultimement un parfum doxologique, c’est-à-dire que le travail d’équipe sera fait de telle sorte que c’est la Gloire de Dieu et la Gloire de Sa grâce qui sera louée et chérie. Ceci implique un impératif éthique et qualitatif non négligeable dans la manière dont nous préparerons, aborderons, pratiquerons et accomplirons tout travail d’équipe au sein de l’église locale.

 

 

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Notes et références

 

[1] Cf. verset 1-2, et en particulier le ministère d’intercession de Moïse pour stopper ce jugement.

[2] Il est très certain que ces anciens furent choisis parmi les anciens qui avaient été déjà choisis par Moïse suite au conseil donné par Jethro (Exode 18.13 à 26).

[3] Voir l’excellent développement fait par Greg Nichols, Covenant Theology, A Reformed and Baptistic Perspective on God’s Covenant (Solid Ground Christian Books, 2012), p.303-319.

[4] Voir l’excellent ouvrage écrit par Richard Gaffin Jr., Resurrection and Redemption (P&R, 1987), et John Murray, Redemption accomplished and Applied (Eerdmans, 1955).

[5] Ibid.

 

 

 

Je suis marié, et le Seigneur nous a fait la grâce d’avoir trois enfants. Je suis actuellement Pasteur Stagiaire sur Montréal. Je suis passionné par le Nouveau Testament, la théologie systématique et l’herméneutique. J’affectionne particulièrement les écrits des réformateurs, de Cornelius Van Til, Vern Poythress, John Frame, Greg Beale et John Piper.

  • Francine

    Pactum salutis, cher professeur, et non salutatis qui est un pluriel ; ou alors il faudrait pacta salutatis, mais il s’agit d’une alliance au singulier.

    Je renouvelle ma question : qu’apporte le latin ici ? Le grec passe, puisque c’est la langue du N. T., mais en quoi le latin historia salutis, par exemple, est-il plus clair que le français tout bête : histoire du salut ?

    • Bonjour,
      Merci de corriger mon erreur. L’usage du latin est simplement là pour faire le lien avec les catégories théologiques que nous trouvons dans la littérature réformée et réformée baptiste,
      Cordialement,
      D. S.

    • Daniel Saglietto

      Bonjour,

      Merci de corriger mon erreur. L’usage du latin est simplement là pour faire le lien avec les catégories théologiques que nous trouvons dans la littérature réformée et réformée baptiste,

      Cordialement,

      D. S.

      • Francine

        Gratias tibi, Daniel : omne ignotum pro magnifico… sed Google intellectum dat parvulis.

        • Peps Cafe

          Hello !

          L’usage du latin, à l’époque antique, correspondait-il à notre usage de l’anglais (plutôt que « le français tout bête »)d’aujourd’hui ? 😉

          Sinon, excellent billet et excellente série sur l’esprit d’équipe, Daniel ! Merci.

          Bien vu, que de nous inviter…à éviter « une tendance trop exemplariste dans notre lecture de la vie et du ministère des personnages clés de l’Ancien Testament », tout en soulevant de manière équilibrée que l’Ancien Testament a quelque chose à nous « enseigner sur les relations que nous pouvons vivre dans l’église ».
          Je rajouterai qu’il me semble qu’Eve ait été présentée à Adam comme « vis à vis » ou « partenaire », avant d’être une épouse(l’un n’empêche pas l’autre, bien entendu).
          Sachant que, sauf erreur, « Aide » = « entendre », « exaucer », « venir au secours »(d’une demande, d’un appel), évoquant l’idée d’une collaboration, d’un dialogue ; et que « Vis-à-vis » = « montrer », « démontrer », « expliquer », « mettre en lumière », avec l’idée d’une révélation, d’une « sortie de l’ombre ».

          Ce qui en dit long sur un certain processus dans les relations entre l’homme et la femme. J’espère que je suis clair.

          Fraternellement et bon courage !

          Pep’s

          • Francine

            La grande différence entre le rôle du latin autrefois, et celui de l’anglais aujourd’hui, c’est que jusqu’à une époque récente de l’histoire, la plupart des langues n’étaient pas écrites, et que leurs structures n’étaient pas fixes. Le latin et le grec nous ont donc transmis la culture antique, non pas en écrasant d’autres langues, mais en suppléant à leur manque de développement.

            Par contre, l’anglais moderne ne possède au regard de l’écrit aucune supériorité objective sur les autres langues européennes ; c’est uniquement pour des raisons commerciales qu’il s’impose mondialement. Conquête que l’anglais se doit d’accomplir non au travers de formes littéraires complexes, à l’instar du grec et du latin, mais en se réduisant au contraire à une liste de quelques milliers de mots utiles et de gimmicks.

            Apprendre les langues de l’antiquité représente un enrichissement, qui hélas, demande un très gros investissement. Mais vouloir remplacer le français par l’anglais dans les études, aboutit à n’être ni bon en français, ni bon en anglais. La génération d’après ne lira pas du Hugo, et elle ne lira pas du Dickens pour autant.

          • Peps Cafe

            Bonjour Francine, et merci pour votre réponse, très complète et très intéressante, à ma question initiale ! Et bien vu, le « c’est uniquement pour des raisons commerciales que l’anglais s’impose mondialement ». Sur un plan purement « utilitaire », donc ?

            Sinon, je partage votre conclusion : Apprendre les langues de l’antiquité représente un enrichissement, qui hélas, demande un très gros investissement. Mais vouloir remplacer le français par l’anglais dans les études, aboutit à n’être ni bon en français, ni bon en anglais. La génération d’après ne lira pas du Hugo, et elle ne lira pas du Dickens pour autant ». Voir à ce sujet le très actuel « la crise de la culture » d’Hannah Arendt (et notamment « la crise de l’éducation »).

            Hélas ! Mais, pour ne pas rester sur une note fataliste de mauvais aloi, c’est toute l’importance d’un vrai travail de transmission d’une génération à l’autre, ainsi que d’enseignement !

            Fraternellement et à bientôt !

            Pep’s

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