Le Psaume 104 : miroir théologique de la création

Nous avions mentionné, dans l’une de nos revues de presse, l’excellent article de Gert Kwakkel sur la création dans le Psaume 104, publié dans le n° 276 de La revue réformée. Ce chant est régulièrement mentionné dans les discussions sur les premiers chapitres de la Genèse.  La mort animale, entre autre, y est dépeinte en toute fin.

CONSULTEZ >> Les récits bibliques de la création sont-ils compatibles avec la théorie de l’évolution ?

 

Ici, G. Kwakkel n’intervient pas dans ce débat précis (quoi que…). Néanmoins, son exposition révèle les principaux enjeux de ce passage.
Bonne lecture ! (GB)

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Traditionnellement, une analyse des premiers chapitres du livre de la Genèse est un élément important, voire le plus important dans les débats sur la théologie de la création dans l’Ancien Testament. C’est très compréhensible et il n’y a rien d’anormal à cela. Pour cette conférence, toutefois, j’ai décidé de consacrer mon intervention principale au Psaume 104. Cela ne signifie pas que je ne dirai rien de la Genèse. En fait, je ferai référence à Genèse 1 à plusieurs reprises. Mais en dehors de ces quelques références, j’ai réservé mes commentaires sur Genèse 1 à un atelier de cette conférence.

Pourquoi ai-je fait ce choix ? Pour plusieurs raisons. Premièrement, comme Patrick Miller l’a écrit en 2000, le Psaume 104 est « l’explication la plus complète de l’œuvre de création de Dieu en dehors de la Genèse ». Par conséquent, selon lui, « il mérite une place centrale dans toute tentative de réfléchir à Dieu en tant que créateur et à la doctrine de la création »3. Deuxièmement, le thème central de cette conférence étant « Théologie de la création et mission de l’Église », je pense que mon interprétation du Psaume 104 contribuera davantage à nos réflexions sur ce thème que mes commentaires sur Genèse 1. La troisième et dernière raison est qu’en étudiant le Psaume 104 on évite le risque que toute l’énergie soit consacrée au débat création-évolution, débat qui malheureusement se termine souvent dans une impasse.

 

 

1. Plan du psaume

Que nous enseigne le Psaume 104 au sujet de la création ? Tout d’abord, il faut noter que le psaume commence par un impératif, le psalmiste s’exhortant lui-même (litt. « son âme ») à louer ou bénir le Seigneur. La même expression revient à la fin du psaume, suivie par Alléluia (v. 35). Alléluia est un impératif pluriel. Si les contemporains du psalmiste comprenaient toujours ce mot de cette manière, cela implique qu’au moyen de son exclamation finale le psalmiste exhorte les autres à louer le Seigneur avec lui4.

En raison de sa position clé au début et à la fin du psaume, l’exhortation à la louange définit le ton du psaume dans son ensemble. C’est manifestement un hymne à la gloire du Seigneur. En dehors des versets 31-35, qui contiennent principalement des exhortations et des souhaits, le reste du psaume explique pourquoi le Seigneur doit être loué. L’affirmation qui suit l’exhortation initiale résume tout cela de la manière suivante : « Seigneur, mon Dieu, tu es très grand. »5 Les versets 1b-30 apportent des preuves à l’appui de cette affirmation, fournissant ainsi des raisons de louer le Seigneur. Le contenu de ces versets peut être résumé comme suit :

Versets 1b-4 : les versets 1b et 2a décrivent la « tenue » magnifique du Seigneur : il est revêtu d’éclat et de magnificence et s’enveloppe de lumière. Le verset 1b en particulier le présente comme un roi6. Puis les versets 2b-4 parlent de son entourage royal : le ciel est sa demeure ; les nuages et les ailes du vent lui servent de char ; les vents sont ses messagers et les flammes de feu sont à son service.

Les versets 5-9 exposent comment le Seigneur a fondé la terre et comment il a assigné un lieu bien délimité aux eaux de l’abîme, afin qu’elles ne couvrent plus jamais la terre (notez que la terre [‘erets] est mentionnée au début et à la fin de la section, c’est-à-dire aux versets 5a et 9b, ce qui indique que c’est le sujet principal de la section).

 

 

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Guillaume Bourin est pasteur de l'Église réformée baptiste de la Trinité, à Montréal (Québec, Canada). Il s'intéresse particulièrement à l'exégèse et à l'intertextualité de l'Ancien Testament, à la théologie biblique, et à l’ecclésiologie. Guillaume est l'auteur du livre "Je vous purifierai d'une eau pure" : perspectives bibliques sur la régénération baptismale. Il est titulaire de deux masters en théologie (M.Div., Th.M., Southwestern Baptist Theological Seminary, USA) et il est actuellement candidat au doctorat à l'Université d'Aberdeen (Ecosse).