La mort : un ingrédient originel de la création ?

La mort et la souffrance sont-ils des éléments que nous devons considérer comme « normaux » et « inhérents » à notre condition d’hommes ? C’est une question qui peut vous paraître étrange, voire ridicule ; car, tout être humain exprime toujours une certaine révolte (qui peut s’exprimer sous différentes formes) face à ces choses. Pourtant, cette question est importante, car elle est une question que nous devons nous poser face à certains théologiens qui affirment que « la mort physique » était déjà présente avant la chute, avant qu’Adam et Eve ne désobéissent à Dieu. Une telle affirmation, ayant pour but de défendre les positions évolutionnistes de certains évangéliques, me parait néanmoins inconsistante.

En effet, voilà ce qu’affirme à juste titre P. Berthoud :

Certes, la mort appartient à l’ordre des choses dans le monde actuel, mais elle demeure anormale et scandaleuse parce que conséquence du péché. Elle est liée à un drame qui s’est joué à l’aube de l’histoire de l’humanité. Le récit de la Genèse est particulièrement clair à ce sujet. La présence de la mort est liée à une faute historique. Avant même les événements tragiques d’Eden, Dieu avertit Adam : « Tu ne mangeras pas de l’arbre de la connaissance du bien et du mal, car le jour où tu en mangeras, tu mourras (= mourir, tu mourras) » (Gen 2 :17). Par ce commandement, Dieu souligne que la mort humaine n’appartient pas à l’ordre créationnel. « Dieu n’est pas le Dieu des morts, mais des vivants » (Lc 20 :38). La mort est une possibilité réelle, mais rien en l’homme ne peut la provoquer.

 

Après la faute, retentit le jugement divin : « C’est à la sueur de ton visage que tu mangeras du pain, jusqu’à ce que tu retournes dans la terre, d’où tu as été pris; car tu es poussière, et tu retourneras dans la poussière » (Gen 3 :19), ce n’est pas non plus pour affirmer le caractère naturel de la mort. Ce verset souligne que la mort est la conséquence de la révolte, de la désobéissance ; plus encore, elle est la conséquence du labeur pénible de l’homme. La peine de son travail le vaincra. Quant à la dernière phrase, « Car tu es… », elle nous parle du premier couple : l’homme et la femme sont désormais sujets à la mort, ils deviennent mortels. Par cet acte indispensable, le principe de la mort est encore en œuvre ; la mort devient « normale » dans un monde marqué par le péché ». [1]

M. Richelle, va dans un sens assez similaire en soulignant :

« Or la vision du monde prévalant dans les sociétés sécularisées imposent presque à nos contemporains de croire que la mort d’un proche est normale. Si nous ne sommes pas des êtres créés « à part » par Dieu, si nous ne sommes que des mammifères, il est normal que nous mourions : c’est une pure question de biologie. Face à cela, la Genèse affirme avec force qu’il est légitime pour les humains de ressentir comme terriblement anormale la mort d’un proche.(…) L’être humain, image de Dieu, n’est pas fait pour mourir. Ce n’était pas la destinée initiale des humains, qui étaient amenés à accéder à l’immortalité. Il a fallu une rupture profonde avec Dieu pour que la mort devienne le sort normal des humains » [2].

 

Ces réflexions ne font que souligner ce qui était déjà très clair et compréhensible au sein du texte de la Genèse : La mort est une conséquence de la chute, elle est un jugement de Dieu, un jugement au sein duquel Dieu intervient personnellement au sein de la condition de l’homme [3].

Comme toute démarche herméneutique saine, nous nous devons dès à présent de chercher, dans l’analogie de la foi, d’autres textes qui retracent ces événements primordiaux historiques. Pour ne pas faire trop long, nous nous tournerons vers notre cher apôtre Paul qui retrace exactement cette « entrée » de la mort dans le monde. Voici certains des principaux arguments qui expriment clairement que « la mort » est une « conséquence de la chute, plus exactement une « sentence » divine suite à la désobéissance de l’homme :

La « mort » est une conséquence de la chute : ceci pourra vous paraitre logique, néanmoins cet argument biblique fondamental fait défaut aux « évolutionnistes » chrétiens. En effet, nous lisons, en Romains 5.12 : « C’est pourquoi, comme par un seul homme le péché est entré dans le monde, et par le péché la mort, et qu’ainsi la mort s’est étendue sur tous les hommes, parce que tous ont péché,… ». Ici, c’est le terme θάνατος qui est utilisé. Sa signification première est celle de « la mort physique ». Ce terme possède 120 occurrences dans le NT, et plus de 40 sont dans le corpus paulinien. La majeure partie des occurrences bibliques signifient « la fin de la vie physique » [4], et une partie plus petite des occurrences signifient « la mort vue de façon transcendantale en contraste à une relation vivante avec Dieu (une quinzaine). Le lexique BDAG souligne à juste titre qu’en Rom 5.12, le terme signifie : « mort naturelle en tant que jugement divin »c[5].

Ceci est d’autant plus claire du fait que dans les chapitres 5 et 6, le terme apparait plus d’une dizaine de fois, et les passages suivants (liste non exhaustive !) qui encadrent le verset 12 sont particulièrement clairs quant à la nature de la mort :

(v10) « Car si, lorsque nous étions ennemis, nous avons été réconciliés avec Dieu par la mort de son Fils, à plus forte raison, étant réconciliés, serons-nous sauvés par sa vie. »
(v15) « Mais il n’en est pas du don gratuit comme de l’offense; car, si par l’offense d’un seul il en est beaucoup qui sont morts, à plus forte raison la grâce de Dieu et le don de la grâce venant d’un seul homme, Jésus-Christ, ont-ils été abondamment répandus sur beaucoup. »
(6 :12) « Que le péché ne règne donc point dans votre corps mortel, et n’obéissez pas à ses convoitises. »
(v23) « Car le salaire du péché, c’est la mort; mais le don gratuit de Dieu, c’est la vie éternelle en Jésus-Christ notre Seigneur. »

 

La mort est effectivement une « conséquence » du péché, et elle ne peut donc être une « expérience normale » au sein de la vie d’Adam et d’Eve, avant qu’ils n’aient transgressé le commandement divin. Un autre passage tel que 1 Cor 15.21 est encore plus explicite : « Car, puisque la mort est venue par un homme, c’est aussi par un homme qu’est venue la résurrection des morts. Et comme tous meurent en Adam, de même aussi tous revivront en Christ, mais chacun en son rang. Christ comme prémices, puis ceux qui appartiennent à Christ, lors de son avènement. ».

La mort est décrite comme « ennemie » : La mort est souvent « personnifiée » dans la bible, non parce que la Bible revendique une quelconque « personnalité » à la mort, mais parce que c’est un procédé littéraire adéquat pour décrire la « dynamique » et la « sphère » d’application du jugement divin. Paul souligne clairement que « la mort » sera le dernier ennemi qui sera détruit lors de la consommation du règne de Jésus-Christ, lorsqu’il reviendra (1 Cor 15.26). « La mort » n’était donc pas un « ingrédient » originel dans le jardin d’Eden, comme il ne sera pas non plus un « ingrédient » eschatologique dans le futur royaume de Dieu consommé (Apo 21 :4). Il est bibliquement infondé de dire que Dieu créa l’univers de façon dualiste, c’est-à-dire que cet ennemi faisait partie intégrante de l’univers primordial.

La création était « très bonne », la mort ne l’est pas : Lorsque Dieu déclare avec autorité que sa création était « très bonne » (Gen 1.31), il le fait en tant que Seigneur qui contrôle sa création [6]. Cette déclaration ne doit pas être ignorée, elle est une sorte de conclusion, de verdict où Dieu déclare l’excellence de l’œuvre créationelle qu’il vient d’accomplir. La bible ne donne jamais une telle évaluation positive de « la mort ». Au contraire, cette dernière fait partie du jugement divin qui impacta l’ensemble de la création, jugement qui n’engendre que souffrance et dont la résolution eschatologique, la délivrance, aura lieu au retour de Christ (Rom 8.20–24).

En outre, je pense que l’erreur fondamentale que font les personnes qui revendiquent la présence de la « mort physique » avant la chute est la confusion des termes « destructible » et « mort ». Le premier souligne à juste titre le fait qu’Adam et Eve n’étaient effectivement pas immortels avant la chute (c’est à dire qu’ils ne possédaient pas « en eux » l’immortalité du fait qu’ils n’étaient que créatures et que l’immortalité « en soi » est un attribut divin exclusif (1 Tim 6.16)). Alors que le deuxième souligne un « jugement divin » dans la réalité de « créature finie et non autonome » d’Adam et Eve.

D’autres arguments pourraient être encore donnés, je n’ai pas voulu faire une liste exhaustive. Néanmoins, je désirais souligner que pour défendre l’évolution, certains théologiens doivent alors « réinterprétés » des passages bibliques clairs pour qu’ils soient en accord avec leurs présupposés. La bible est claire vis-à-vis du phénomène de « la mort » : c’est une sentence divine royale que prononça Dieu au sein de l’histoire de l’homme (au sein de l’alliance créationnelle au sein de laquelle Adam et Eve était) à cause de la chute.

Car si tel n’est pas le cas, alors « la mort physique » n’est pas une conséquence d’un péché, et alors cela introduirait une confusion dangereuse dans l’œuvre de Christ pour nous à la croix : Quel aurait été l’intérêt de sa mort « physique » à la croix ?…car c’est bien dans « sa mort » que se trouve « la mort de notre mort » !…autant la délivrance de notre mort « physique » , « spirituelle » (aliénation vis à vis de Dieu) que cette « seconde mort éternelle » désignée par le terme « enfer » dans la Bible. Son oeuvre est une oeuvre rédemptive complète qui s’adresse pour l’homme dans sa globalité (corps et âme).

Gloire à Dieu, Père, Fils et Saint-Esprit !!

 

 

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Notes et références :

[1] P. Berthoud, En quête des origines, Excelsis (2010), p.255-256.

[2] M. Richelle, Genèse 1-11, Excelsis (2013), p.122.

[3] Voir aussi l’excellent analyse du terme « mourir tu mourras » par V. Hamilton dans son commentaire (Genesis, NICOT, 1990, p.173-174), où il souligne que l’expression ne veut pas dire « devenir mortel » en soi, car cela n’est pas attesté dans le reste de l’Ancien Testament (l’homme était déjà « destructible »), mais elle signifie une « sentence divine » de mort par un « décret royal » dont l’échéance est entre les mains du roi qui la déclare.

[4] BDAG, p.442.

[5] Voir aussi l’excellent commentaire de Douglas MOO (Romans, NICNT, p.314-332) sur ce passage qui souligne que le terme « mort » doit être compris de manière globale comme la sentence divine qui implique à la fois la mort physique et la mort spirituelle.

[6] Cf. le chapitre n°3 & 4 de J. Frame, Systematic Theology, P&R (2013).

 

 

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Je suis marié, et le Seigneur nous a fait la grâce d’avoir trois enfants. Je suis actuellement Pasteur Stagiaire sur Montréal. Je suis passionné par le Nouveau Testament, la théologie systématique et l’herméneutique. J’affectionne particulièrement les écrits des réformateurs, de Cornelius Van Til, Vern Poythress, John Frame, Greg Beale et John Piper.