Les premiers chrétiens croyaient-ils à la substitution pénale?

Le “graffito blasfemo” (env. 200 ap. J.C.), un graffiti se moquant des chrétiens adorant Jésus comme Dieu (Jésus représenté avec une tête d'âne). 
La mention sous le graffiti dit ”Alaxamenos adore son Dieu”. 
Plus loin, une autre inscription répond ”Alaxemenos est fidèle.”

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Cet article, comme le précédent, est extrait de Canon Fodder, le blog du Professeur Michael J. Kruger, président de la faculté Reformed Theological Seminary (Charlotte, USA) et spécialiste de la période patristique. 

La doctrine dite de la “substitution pénale” consiste dans l’affirmation qu’en mourant, Christ a pris sur lui les péchés et a été puni à la place des pécheurs. Ainsi, il satisfait aux exigences de la justice de Dieu, qui peut alors pardonner tout en étant juste.

Dans cet article, Kruger fait référence à l’opinion populaire selon laquelle cette doctrine ne serait apparue qu’au Moyen Âge. Mais certains spécialistes critiques, à la suite de Gustaf Aulén, n’hésitent pas à à défendre ce type de proposition : selon eux, c’est avec Anselme de Cantorbéry (1033-1109) que cette doctrine est apparue. 

Kruger, dans cet article, démontre qu’au moins un texte du IIème siècle défend une théologie substitutive, et qu’il ne s’agit pas, par conséquent, d’une position aussi tardive que certains voudraient le laisser penser. 

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Dans un article précédent, j’ai examiné comment l’Epitre à Diognète affirme clairement la pleine divinité de Jésus – une doctrine que certains affirment dater du IVème siècle.

Je continue ici à examiner une doctrine que certains disent être une invention tardive : l’expiation substitutive (ou substitution pénale, NDT).

On trouve sur internet des remarques de ce niveau :

“Les premiers chrétiens n’avaient pas une compréhension claire du but de la mort de Christ sur la croix et de ce qu’elle a accompli. L’idée de substitution est une invention tardive dont le but est d’expliquer la mort – autrement embarrassante – de Christ. En fait ce n’est pas avant l’écrit d’Anselme, ‘Cur Deus Homo’ (Pourquoi le Dieu-Homme ?) au Moyen-âge que l’idée d’une mort à la place de pécheurs est apparue.”

Bien sûr, de telles affirmations peuvent être rapidement réfutées juste en examinant les écrits du Nouveau Testament lui-même, en particulier les écrits de Paul.

Toutefois, il est intéressant de noter que cette vue était aussi soutenue parmi les premiers auteurs chrétiens ; nous verrons ici l’Epitre de Diognète du IIème siècle.

Voici quelques extraits qui affirment des aspects-clés de la substitution :

 

Le sérieux du péché

L’auteur écrit :

“Et quand nous avons démontré que nous étions incapables d’entrer dans le Royaume de Dieu par nous-mêmes, nous en avions été rendu capables par la puissance de Dieu. Car notre manière injuste de vivre est devenue manifeste et il est clairement apparu que nous ne pouvions attendre que le jugement et la mort comme ultime récompense.” (9.1-2)

Il y a ici une claire affirmation de l’incapacité de l’homme à se sauver lui-même (dépravité totale), et une pleine reconnaissance que le péché mérite l’ultime châtiment qu’est la mort .

 

La Grace et l’Amour de Dieu envers les pécheurs

L’auteur écrit :

“Lors donc que notre malice fut montée à son comble, qu’il fut démontré que nous n’étions dignes que de châtiment, et que nous n’avions plus que la mort en perspective, arriva le temps que Dieu avait marqué pour signaler tout à la fois sa bonté et sa puissance, et montrer que son immense amour pour nous ne laissait aucune place à la haine.” (9.2)

La réponse de Dieu a notre péché, bien qu’il mérite la mort, a été de manifester sa grâce et non son jugement.

 

Christ a pris nos péchés sur Lui

Voici ce qui constitue le coeur de la substitution pénale :

“Mais Dieu était patient, et dans sa pitié pour nous il a pris nos péchés sur lui-même. Il a donné son Fils comme une rançon pour nous, le saint pour les pécheurs, l’innocent pour les coupables, le juste pour les injustes, l’impérissable pour ceux qui périssent, l’immortel pour les mortels.” (9.2)

Ceci est un passage remarquable. Sans aucun doute, l’auteur voit l’œuvre de Christ comme un échange, une substitution du juste pour l’injuste, pour que nous soyons sauvés.

Et il dit clairement que Christ “a pris nos péchés sur lui-même”. Il s’est tenu là à notre place et a porté la colère de Dieu pour nous.

 

La justice de Christ nous couvre

Etonnamment, l’auteur affirme même ce que les Réformés appellent imputation. Cette doctrine dit que notre justification ne consiste pas seulement à ôter nos péchés, mais aussi à recevoir la justice de Christ qui nous couvre.

Voici ce que l’auteur de l’épitre à Diognète affirme :

“Car quoi d’autre pouvait couvrir nos péchés que sa justice ? Comment nous qui étions sans loi et impies pouvions nous être justifiés si ce n’est par le Fils de Dieu seul ? Oh quel doux échange !… Que les actes impies de beaucoup soient cachés par Celui qui était juste, et que la justice d’un seul les justifie !” (9:4-5)

Il ‘agit d’un passage significatif, car il n’affirme pas seulement que nos péchés aient été couverts, mais il s’intéresse également à la nature de cette justice.

Et qu’a fait cette justice ? Elle a couvert nos péchés. Et elle a justifié des impies.

Et cela s’est passé par un “doux échange”.
Si nous cherchons un ancien auteur affirmant l’imputation de la justice de Christ : en voilà un !

 

En résumé, l’Epitre à Diognète montre que la doctrine de la substitution et celle de l’imputation ne sont pas des inventions tardives, mais étaient présentes très tôt dans l’histoire du Christianisme.

Est-ce que d’autres groupes de chrétiens affirmaient un autre point de vue à ce sujet ? Oui.

Mais, la continuité entre l’enseignement de cette épitre et les écrits de Paul (particulièrement Romains 5), rend évident le fait que la substitution/imputation est bel et bien une doctrine ancienne.

 

Michael J. Kruger

 

 

 

Maxime, étudiant en Fac de Médecine, passionné parce tout ce qui ressemble à de la théologie.

  • Kruger a-t-il écrit sur la doctrine de l’inerrance biblique chez les premiers chrétiens ? De l’érudition sur ce sujet ne serait pas malvenue. J’ai fait une recherche sur son site pour le terme « inerrancy » et il semble n’y avoir rien là-dessus, mais j’ai seulement lu les titres des articles.

    • Je pense que peu a été encore fait dans ce domaine, frère.
      Un bon sujet !

  • Fantastique comme les lunettes calvino-augustiniennes permettent d’interpréter de travers tous les texte, même non bibliques. Cela m’étonnera toujours
    Ce que Diognète avance dans ces textes c’est la doctrine de la rançon, pas celle de la substitution pénale.

    • Je te fais la même réponse que celle que je t’ai faite sur les réseaux sociaux, Désiré => “Ah oui? Et quels st les éléments que tu avances pour démontrer cela dans le texte? Par ex, ou est situé l’échange avec le diable?”

      • À qui serait payée la rançon pour notre rachat? À qui serions-nous rachetés?
        >>Il a donné son Fils comme une rançon pour nous, le saint pour les pécheurs, l’innocent pour les coupables, le juste pour les injustes, l’impérissable pour ceux qui périssent, l’immortel pour les mortels.” (9.2)<<

  • Bonsoir,
    Est-ce qu’il existe un texte qui relate les explications de Jésus sur le chemin de Damas ? Ou encore les explications d’Etienne à l’eunuque éthiopien, mis à part la prédication apostolique, d’Irénée de Lyon à son ami Marcien ?

    Pour la rançon qui rend ‘comme un enfant pur’, Job 33. Mais c’est un ange d’entre les milles bien que cet ange d’entre les milles semble bien plus qu’un ange. David a trouvé lui aussi l’isope qui rend pur (le 51) … juste pour dire que cette notion existait longtemps avant les premiers chrétiens !

    Soyez tous bénis ! 🙂

  • Emaus, le chemin (fin de l’évangile de Luc)

  • Il est évident que dans la pensée de Jésus-Christ l’acte de donner sa vie en rançon pour plusieurs (Matthieu 20.28) est identique à celui d’être blessé pour nos péchés, brisé pour nos iniquités (Esaïe 53) : il s’agit de la croix où il doit souffrir, afin de justifier beaucoup d’hommes.

    Les premiers chrétiens n’ont donc jamais imaginé de distinguo artificiel et absurde entre une « doctrine de la rançon » et une « doctrine de la substitution pénale ». Avant la fin du premier siècle Pierre écrit aux chrétiens d’Asie mineure : Christ aussi a souffert une fois pour les péchés, lui juste pour des injustes, afin de nous amener à Dieu…, quoi de plus clair ? pour l’apôtre, la substitution pénale, ou la rançon versée à la satisfaction de la justice divine, sont une seule et même chose.

    Pareillement l’écrivain de l’épître à Diognète emploie les deux mots bibliques de rançon et d’échange dans le même paragraphe, preuve qu’ils désignent tous les deux pour lui le sacrifice expiatoire de Christ :

    « Il a fait de son propre fils la λύτρον ὑπὲρ ἡμῶν, (la rançon pour nous) » et « Oh ! le γλυκείας ἀνταλλαγῆς (doux échange). Ce mot d’échange (ἀντάλλαγμα, ou substitution) se retrouve en Matthieu 16.26, lorsque Jésus demande : Que donnerait un homme en échange de son âme ?

    Mettre en doute la croyance des premiers chrétiens à la substitution pénale ne peut donc procéder que de l’ignorance ou de la mauvaise foi.

    • Amen. Je ne l’aurais pas mieux dit.
      Désiré, tu as ta réponse.

  • Maxime Georgel

    Je vais poster ici des réponses que j’avais donnée à quelqu’un critiquant cette doctrine :

    David Vincent avait avancé trois points en reproche à la théorie de la substitution pénale : 1) elle rendrait inutile la résurrection de Christ, 2) elle ne correspondrait pas à la définition d’expiation dans l’Ancien Testament, 3) elle serait contraire à la morale biblique. Pour que ce soit plus lisible je répondrais ici plutôt que dans un commentaire à ces 3 points.

    Deux citations d’Owen dans son the Death of Death in the Death of Christ résumerons mieux que je ne pourrais le faire la raison pour laquelle la résurrection est en fait rendue nécessaire par la théorie de la substitution pénale :

    «Comme nous l’avons vu au chapitre 2, l’agent qui exécute une tâche utilise certains moyens pour atteindre son objectif. Pour accomplir notre salut, Christ a dû poser deux actions. (…) Ces deux actes historiques de Christ sont : 1. l’offrande de sa personne dans le passé, et 2. son intercession pour nous dans le présent.

    Dans l’offrande de Christ, j’inclus également son consentement à souffrir tout ce que pouvait comporter sa venue dans ce monde pour y mourir : l’abandon de sa gloire, le fait de naître d’une femme, les actes d’humilité et d’obéissance à la volonté du Père accomplis tout au long de sa vie, et enfin, sa mort même sur la croix.

    En ce qui concerne son intercession en notre faveur, je tiens compte de sa résurrection et de son ascension car ces deux élément servent de fondement à cette intercession. Sans eux, il n’y a pas d’intercession possible. »

    Et, plus loin :

    «Il n’y a donc aucune assurance de salut pour nous si nous dissocions la mort de Christ de son intercession. Quel serait l’avantage d’affirmer que Christ est mort pour moi dans le passé, s’il n’intercède pas pour moi dans le présent? C’est seulement parce qu’il nous justifie maintenant que nous sommes à l’abri de la condamnation de nos péchés. Je serais encore sous cette condamnation si Christ ne plaidait pas pour moi . Il est donc évident que son intercession doit être adressée en faveur des personnes pour qui il est mort et par conséquent, il n’est pas mort pour tous les hommes »

    Je rappelle pour que ces citations soient bien comprises que le but de ce livre est la défense de l’expiation définie. Il utilise donc ici la nécessaire unité entre l’offrande et l’intercession pour défendre sa thèse. Pour lui, comme il est reconnu et évident que l’offrande exige l’intercession et que l’intercession n’a pas de sens sans offrande, il utilise cette vérité reconnu même par les adversaires de sa thèse pour montrer que la portée de l’offrande est la même que la portée de l’intercession.

    Puisque Christ s’est offert alors il devait ressusciter ne serait-ce que pour intercéder, loin donc de la rendre inutile, la théorie de la substitution la rend nécessaire.

    2) Pour David, la substitution ne correspond à la définition de l’expiation dans l’Ancien Testament pour 2 raisons principales :

    -Il n’existerait pas de sacrifice d’expiation pour les péchés dits « involontaires »

    -L’expiation ne consiste pas dans le payement de quoi que ce soit mais dans la purification de son objet.

    Pour répondre à David, j’ai recherché toutes les occurrences dans l’Ancien Testament du mot hébreu « Kâphar » qui est traduit par expier ou expiation dans la plupart des cas. Strong réfère 94 occurrences que je mets ci-dessous en faisant des remarques quand je remarque quelque chose dans le passage qui peut nous aider à définir l’expiation :

    -Genèse 6:14 qui en est la première occurrence, le mot est traduit ici par couvrir et un mot dérivé de Kâphar est traduit dans ce verset par enduire, expier porte donc la notion de couvrir.

    -Genèse 32:21, ici Jacob offre des présents à son frère pour « apaiser » celui-ci qu’il croyait sévèrement en colère pour son sale coup qu’il lui avait fait il y a quelques années

    -Exode 29:33-37 « expier » signifie certainement ici purifier avant de consacrer.

    -Exode 30:10

    -Exode 30:15,16, ici expier est traduit par « donner en rançon » et constitue en effet un payement en argent et objets précieux pour le prix des vies des Israélites.

    -Exode 32:30, comme en Gen 32, ici Moïse intercède auprès de Dieu pour apaiser la colère de Dieu enflammée contre Israël suite à son idolâtre, son intercession tient lieu d’expiation.

    -Lev 1:1-4 ici expier a pour but de rendre agréable.

    -Lev 4:20,26,31,35, ici l’expiation entraine le pardon de la faute.

    -Lev 5:6-19, ici il s’agit comme David le remarque d’une expiation pour une faute involontaire, toutefois deux choses sont à remarquer : 1) 5:17,18 nous montre que ce n’est pas parce qu’il est écrit qu’une personne portera sa faute qu’il n’existe pas de sacrifice pour cette faute, 2) 5:19 souligne une chose : même les péchés involontaires rendent coupable (d’où le sacrifice d’expiation) ces deux remarques doivent nous rester en tête lors de notre lecture de Levitique. Ainsi, pour moi, quand Dieu insiste sur le fait que les fautes involontaires nécessite un sacrifice, il signifie par cela que même ces péchés nécessite une expiation et non pas que « uniquement les péchés involontaires sont adaptés à l’expiation ». Le verset 19 semble indiquer cela, Dieu soulignait sa sainteté en montrant que même les péchés involontaires doivent être expiés.

    -Lev 5:20-26, ici il s’agit bien de péchés volontaires expiés puisqu’il est question de vol et de mensonge, l’expiation est liée ici aux notions de culpabilité et de pardon comme dans beaucoup de textes en Levitique.

    -Lev 6:23 ici expier est traduit par exemple dans la KJV par réconcilier (reconcile)

    -Lev 7:7, 8:15,34, 9:7

    -Lev 10:17 ici il est rappelé que les sacrificateurs devaient porter le péché pour faire l’expiation.

    -Lev 12:7,8 ici expier signifie purifier

    -Lev 14:18-21,29,31,53, ici l’expiation purifie une souillure et il faut remarquer que la procédure est très proche de celle d’un sacrifice de culpabilité.

    -Lev 15:15,30

    -Lev 16, ce chapitre du Jour des expiations mériterait une étude à lui seul, juste une remarque : il est dit au verset 16 que l’expiation concerne non seulement les impuretés mais aussi les crimes et les péchés.

    -Lev 16:29-34

    -Lev 17:11, il est fort possible que dans ce passage « expiation » signifie « rachat ».

    -Lev 19:19-22, dans ce passage il est encore question d’expiation pour une faute volontaire.

    -Lev 23:28

    -Nb 5:5-8, encore une expiation pour un péché volontaire

    -Nb 6:11, expier a pour but ici de purifier

    -Nb 8:12,19,21

    -Nb 15:28-30, c’est surement le passage qui fait dire à David Vincent qu’il n’existe pas d’expiation pour les péchés involontaires, toutefois nous avons que cela n’est pas exact et ce passage se comprend mieux si l’on considère ici que c’est un péché « délibéré » c’est à dire sans repentance, sans volonté de pardon et d’expiation, une forme d’apostasie.

    -Nb 17:11-12, ici expiation a pour but d’apaiser la colère comme en Ex 32.

    -Nb 25:1-13, ici il est question d’un péché volontaire, l’expiation est effectuée par la mort des coupables (ce n’est donc pas parce qu’une personne meure dans Lev que l’expiation n’est pas faite), et le verset 11 nous montre qu’ici l’expiation a « détourné la fureur » de l’Éternel.

    -Nb 28:22,30,29:5

    -Nb 31:50 ici l’expiation consiste dans le payement d’une somme, une rançon en argent comme en Ex 30:16

    -Nb 35:33, ici verser le sang du coupable fait l’expiation.

    -Deut 21:8,9 lie l’expiation à un crime volontaire et au fait de « faire ce qui est droit »

    -Deut 32:43

    -1 Sam 3:13,14

    -2 Sam 21:3, ici expier signifie réconcilier

    -1 Chr 6:34, 2 Chr 29:24,30:18

    -Neh 10:34

    -Ps 65:3, les crimes sont expiés ici.

    -Ps 78:38 peut être dans le sens d’apaiser.

    -Ps 79:9

    -Pv 16:6, la bienveillance et la vérité expient ou apaise

    -Pv 16:14 expier signifie ici et est traduit par apaiser

    -Es 6:7, expier purifie l’impureté ici.

    -Es 22:14, 27:9

    -Es 28:8, ici expier est traduit par détruire, annuler, anéantir.

    -Es 47:11 ici expier signifie conjurer, détourner

    -Jer 18:23

    -Ez 16:63, 43:20,26, 45:15,17,20

    -Dan 9:14, expier amène la justice.

    Tous ces passages nous permettent de définir « expiation », ce mot a en fait plusieurs sens complémentaires; il signifie donc à la fois couvrir, apaiser, détourner, purifier, réconcilier il peut servir de payement, de rançon. Ces différents sens se retrouvent pour moi dans l’oeuvre de Christ à la croix, il a couvert nos péchés, apaisé la colère, détourné le jugement, réconcilié les deux parties, il a servi de payement et de rançon.

    Il existe donc des expiations pour des péchés involontaires mais aussi pour des volontaires. Mais de toute façon je ne pense pas que s’il n’y avait pas d’expiation pour les involontaires cela avancerai ton argumentaire…

    David relève que expiation est souvent lié aux notions de pur et d’impur mais cela n’exclue pas que dans de nombreux passages il est lié aux crimes et péchés en tant que transgressions.

    De plus, il faut considérer la nature de type et d’image de ces sacrifices, ainsi, l’impureté de la lèpre typifie, sans correspondance stricte notre impureté morale qui mérite un châtiment pénal. Il ne faut donc pas opposer impur-pur à mal-bien comme s’il étaient incompatibles mais la relation qui les lie est la même que celle qui lie les sacrifices Lévitiques à celui de Christ : la typologie.

    David a donc sa réponse sur 2 points : il existe des sacrifices pour des péchés involontaires et il existe dans l’histoire d’Israël plusieurs cas dont 2 explicites où expiation prend le sens de payer une rançon.

    3) La substitution immorale? Si tu sépares cette doctrine de celle du péché originel et de son contexte allianciel je comprends ta remarque mais dans une saine compréhension du fédéralisme biblique cette objection saute d’elle même.

  • Maxime Georgel

    Une réponse au sujet des péchés volontaires et involontaires en lien avec cette expiation :

    Voilà la suite de ma réponse à David, premièrement une citation du Dictionnaire de Théologie Biblique des éditions Excelsis, dans la catégorie « sacrifice », je vous encourage à lire la section sacrifice et expiation en entier ainsi que ces mêmes sections dans le Grand Dictionnaire de la Bible aussi chez Excelsis :

    « Dans la mesure ou l’holocauste avait également une fonction d’expiation, les rôles expiatoires des sacrifices pour le péché et des sacrifices de réparation (ces deux catégories sont définies précédemment) semblent avoir été plus spécifiques. Lévitique 4-7 indique surtout qu’ils servaient d’expiation pour les péchés involontaires, mais Lévitique 6:2-5 fait exception à la règle; la véritable distinction ne semble donc pas être avec le péché conscient, mais avec le péché d’arrogance et de blasphème, pour lequel il n’existe en réalité pas d’expiation possible (Nb 15:22-36; pour la distinction, voir aussi Ps 19:13-14). Lévitique 5-6 montre à l’évidence que le sacrifice de réparation expie les péchés pour lesquels il existe une possibilité de réparation; de nombreux textes montrent que le sacrifice pour le péché expie le péché qui affecte le sanctuaire, purifiant et sanctifiant le sanctuaire de la souillure du péché (Ex 29:36; 30:10; Lv 8:14-15; 16:16-20; 2 Ch 29:21; Ez 43:19-22; 45:18-20). Telles semblent être les fonctions expiatoires les plus spécifiques du sacrifice de réparation et du sacrifice pour le péché. »

    En parlant des catégories « involontaire » et « volontaire », David avait défini les premiers comme ceux que l’on jugerai aujourd’hui comme n’étant pas « pénalisables » et les autres l’inverse. Pour les premiers, il existe un sacrifice d’expiation (que David même reconnait comme étant non seulement une purification mais aussi une forme de substitution). Pour les seconds, la purification est nécessaire mais l’expiation n’est possible que par application de la peine puisque de tels péchés sortent du « domaine de compétence » des sacrifices. De tel péchés nécessitent une peine. C’est donc contraire à la définition même de sacrifice d’expiation que de parler de « substitution pénale » puisque lorsque c’est pénal il n’y a pas de sacrifice possible mais justement l’application d’une peine. Voilà ce que dit Vincent et je le rejoins jusque là. Puis il rajoute que le sacrifice de Christ est unique en ce que le pécheur subit la peine due au péché mais par son union avec Christ peut ressusciter avec lui à une vie nouvelle sans la puissance du péché (j’ai bien compris ta position David?)

    Là où je suis en désaccord avec David c’est sur 2 points : 1) sa conclusion, 2) sa définition de volontaire et d’involontaire qui le mène à cette conclusion.

    Voilà comment je comprends les choses au contraire : les péchés volontaires sont les péchés d’impénitence, de « non-repentance » que l’on appellerai aujourd’hui apostasie, pour ceux-ci, aucun sacrifice possible, aucune réelle expiation possible puisque ce sera en faite la peine appliquée qui servira d’expiation. Dans le cadre de la loi de Moïse, cette peine est la mort. Il en est de même aujourd’hui, Christ est mort pour les péchés involontaires c’est à dire tous les péchés sauf bien-sûr l’impénitence, l’apostasie.

    Je crois même que c’est en se basant sur une telle compréhension de « volontaire » et « involontaire » que l’auteur de l’épître aux Hébreux nous exhorte en ces termes :

    «26 Car, si nous péchons volontairement après avoir reçu la connaissance de la vérité, il ne reste plus de sacrifice pour les péchés, 27 mais une attente terrible du jugement et l’ardeur d’un feu qui dévorera les rebelles. 28 Celui qui a violé la loi de Moïse meurt sans miséricorde, sur la déposition de deux ou de trois témoins; 29 de quel pire châtiment pensez-vous que sera jugé digne celui qui aura foulé aux pieds le Fils de Dieu, qui aura tenu pour profane le sang de l’alliance, par lequel il a été sanctifié, et qui aura outragé l’Esprit de la grâce ? 30 Car nous connaissons celui qui a dit : A moi la vengeance, à moi la rétribution ! et encore : Le Seigneur jugera son peuple. 31 C’est une chose terrible que de tomber entre les mains du Dieu vivant. » (Heb 10:26-31)

    Voici le point de l’auteur de l’épître aux Hébreux : si quelqu’un pèche volontairement (apostasie), que ce soit aujourd’hui ou sous la loi de Moïse, aucun sacrifice ne sera possible pour lui mais il n’a qu’à attendre le terrible jugement de Dieu. Avec une différence de taille : sous la loi de Moïse la peine était la mort physique, sous cette nouvelle et supérieure alliance, ce sera un châtiment bien pire, en proportion de la grande des choses que l’apostasie méprise : l’Esprit de grâce, le sang du Fils de Dieu (d’où la peine éternelle, mais c’est un autre débat)

    Christ donc a accompli un sacrifice d’expiation, qui est comme tu le reconnais Vincent une substitution, et ce sacrifice concerne tous les péchés, excepté évidemment celui d’apostasie.

  • Maxime Georgel

    Une réponse que j’avais faite à Alexis Masson:

    Salut à tous, pour plus de lisibilité je sépare les posts pour répondre dans celui à ce qu’Alexis Masson avait relevé contre la Substitution Pénale. Si donc vous voulez parler de notion de sacrifice et d’expiation ça sera sur l’autre post, si vous voulez parler de justice rétributive, c’est par ici!

    En parcourant les posts j’ai donc relevé ce que tu reproches à la TPS (Théorie de la Substitution Pénale) Alexis et voilà ce que j’en ai retenu :

    La TSP se base sur la justice rétributive, or la Bible présente de nombreux cas de pardon « gratuit » c’est à dire sans application d’aucune sanction, sur quoi tu conclues que la Bible a comme notion de justice la justice réhabilitative et non rétributive, j’ai bon?

    La TSP se base sur une stricte rétribution or elle implique pourtant un transfert de culpabilité et donc ne respecte pas le principe de rétribution sur lequel elle se base.

    La Bible parle de la croix comme d’un scandale, l’explication de l’expiation contribue à diminuer ce scandale.

    Voilà donc ma réponse :

    Ce que tu relèves sur le pardon sans application de peine est indéniable, que ce soit dans plusieurs épisodes de l’Ancien Testament ou dans les paraboles de Christ le pardon humain et même le pardon divin est présenté comme un acte qui ne nécessite pas l’application d’une peine. Pour autant, cela prouve-t-il que la Bible ne conçoit pas la justice comme rétributive? Pas nécessairement, et je vais donner mes raisons en commençant par celle qui me convainc le plus :

    Romains 3:23-26. Voilà comment je comprends ce texte, en particulier les versets 25 et 26 : Dieu a désigné Jésus pour être le moyen par lequel il réconciliera l’humanité avec lui même par expiation. Et cela s’effectue par la foi (rappelons que Paul fait une défense ici de la justification par la foi), la foi en son sang. Puis vient la phrase qui nous intéresse « afin de montrer sa justice », comment donc cette mort montre-t-elle la justice de Dieu? Pourquoi Dieu devait-il montrer sa justice? Paul y répond : « Parce qu’il avait laissé IMPUNIS les péchés commis auparavant au temps de sa patience ». Ainsi, pour Paul, un péché impuni est une injustice et l’expiation est une preuve de justice en ce qu’elle ne laisse pas de péchés impunis comme cela avait été le cas auparavant « au temps de sa patience ». Le texte continue ainsi « Il a voulu montrer sa justice dans le temps présent, de manière a être (reconnu) juste, tout en justifiant celui qui a la foi en Jésus. Voilà donc comment Dieu manifeste sa justice par l’expiation : par le passé, en pardonnant sans punir les péchés, Dieu semblait injuste mais par la croix, il a manifesté que même lorsqu’il justifie le croyant, il est juste car il ne laisse pas de péchés impunis. La Substitution Pénale considère en effet que les péchés des croyants sont punis sur Christ et donc qu’il ne reste pas de « péchés impunis » et donc que la justice de Dieu est manifestée. Tout ce discours fait sens uniquement si l’on accepte la notion de justice rétributive stricte.

    Ce texte nous a donc montré que le pardon gratuit sans punition par le passé des péchés n’annule pas le principe de rétribution. Ma réponse dans un deuxième temps veut montrer que Paul n’invente pas ici quelque chose de nouveau pour faire coller les textes de l’AT et les paraboles à sa vision de la justice. En effet Dieu, en pardonnant gratuitement les Pères comme dans le Psaume 32 par exemple (quand je dis Pères je parle des croyants sous l’ancienne alliance), n’a pas voulu les laisser dans l’ignorance sur le fait qu’il est un Dieu juste et qu’il fera justice de tout péché : par les sacrifices qu’il a instauré ainsi que par les sanctions contenues dans la Loi, il les a enseigné de telle manière qu’ils ne pouvaient pas comprendre son pardon dans le sens de « Dieu ne punira pas ce péché » mais par les sacrifices qui étaient des types, ils percevaient par la foi, éclairée par les promesses de Dieu, que la justice (rétributive) de Dieu sera accomplie par ce moyen du sacrifice. La Loi était assez claire pour qu’il sache que Dieu considère comme injuste le fait qu’un péché ne soit pas puni. Et c’est justement pour cela que la gratuité de son pardon pouvait passer pour injuste et que la mort de Christ vient démontrer de manière plus claire que ne le faisait les sacrifices que Dieu est juste, même (et surtout) quand il justifie le pécheur croyant.

    Une troisième objection pourrait se lever contre cette interprétation, à savoir que « Si Dieu en pardonnant, tient tout de même à punir la faute, comment nous demande-t-il donc de l’imiter dans son pardon, sans punir notre prochain ? ». En fait, l’Ecriture nous dit que c’est justement parce que Dieu punira la faute que nous pouvons pardonner en sachant que justice sera faite : Deut 32:25, Pr 25:21-22, Rom 12:19-21, 1 Pi 3:8-12. Ainsi pourquoi ne rendons-nous pas oeil pour oeil et dent pour dent? Parce que cela ne nous appartient pas et parce que Dieu lui-même rétribuera de façon plus juste que nous. La certitude qu’il jugera et punira les péchés commis contre nous nous libère et nous permet de pardonner librement sachant que justice sera faite par le plus Excellent des juges.

    Voilà donc pour le fait que la justice rétributive et la substitution pénale sont compatibles et même sont les seules explications justes au fait que Dieu pardonne librement.

    2) La substitution implique un transfert de culpabilité. Il me semble que tu risques de mal comprendre cette notion de transfert si tu la détache de son contexte allianciel. Quand David a péché lors du recensement, en 2 Samuel 24 (comp. 1 Chr 21), c’est la nation qui fût punie; par la faute d’un seul, Adam, la condamnation d’étend à tous les hommes; par la justice de Christ, la justification s’étend à tous les hommes. Hébreux 7:9-10 nous dit que Lévi a payé la dîme à Melchisédek alors qu’il n’était pas encore né, il l’a payé « dans les reins d’Abraham »; cela est si important pour l’auteur de l’épître qu’il base toute son argumentation sur la supériorité du sacerdoce de Christ par rapport au lévitique sur ce fait. Comment cela est-il possible? Le point commun entre ces personnes, c’est l’alliance. David était lié à son peuple (quel type du Christ là-aussi !), Adam en tant que père de l’humanité était liée à celle-ci, Christ en tant que nouvel Adam était lié à cette nouvelle humanité qui a part à cette nouvelle alliance, Abraham en tant que père de l’alliance représentait Lévi. Ainsi, le principe de tête fédérale, représentant un groupe est présente dans toute l’Ecriture.

    De plus, la cérémonie entourant le sacrifice avec l’imposition des mains sur la bête offerte, représentait de façon symbolique un transfert de culpabilité, de même le sacrificateur représentait le peuple en portant sur son pectoral les noms des tribus, enfin le bouc « Azazel » en Lev 16 était envoyé au désert après que les péchés d’Israël soient confessés sur lui. C’est donc avec tout cet arrière plan que Esaie dit qu’il était transpercé à cause de nos crimes et écrasé à cause de nos fautes. Esaie 53 emprunte en effet son language de Lev 16.

    3) Tu as déjà reçu une réponse pertinente sur ta remarque sur le scandale de la croix dans les commentaires. En effet, si la croix est un scandale pour certains, pour nous elle est sagesse de Dieu, or il me semble que la sagesse implique une certaine comprehension de la croix.

    De plus, je tient à souligner l’immense quantité de textes abordant la question de l’expiation et donc opter pour son inexplicabilité ne fait pas justice à ces textes.

    Enfin, la Substitution Pénale est attaquée de partout aujourd’hui, et est une doctrine détestée par les musulmans et plein d’autres, je pourrai donc aussi dire que cette doctrine est un scandale et que la refuser c’est vouloir diminuer celui-ci. Pour moi donc le texte sur le scandale n’est un argument convaincant pour aucune des théories de l’expiation puisque toutes peuvent l’invoquer à leur manière, en tout cas il n’est certainement pas en faveur de l’inexplicabilité de la croix qui est sagesse pour nous.

    Voilà donc ma réponse pour ces 3 remarques. Pour tes remarques sur le contenu de la prédication, je suis d’accord avec toi sur le fait qu’une théorie de l’expiation n’est pas une nécessité dans le contenu de notre prédication, annoncer le pardon au nom de Christ et la victoire de Christ sur la mort et Satan est suffisant. Par contre, pour l’enseignement et l’édification des chrétiens, pour qu’ils voient la « justice de Dieu » et la « sagesse de Dieu » il faut leur enseigner ces choses.

  • J’ai trouvé un excellent article de Jeffrey Bingham, si ça t’intéresse. Si oui, fais nous signe.
    – Guillaume

  • dan

    le problème d’adorer Jésus comme étant Dieu, est d’en faire une idole. Jésus a dit sept fois « je suis », aucune d’elles n’est « je suis Dieu ».
    Jean 17:3 Or, la vie éternelle, c’est qu’ils te connaissent, toi, le seul vrai Dieu, et celui que tu as envoyé, Jésus-Christ.
    Par contre Jésus rappelle à ses accusateurs que nous sommes tous des Dieux, tous des fils du Très-Haut.
    Pour réconcilier cela il faut s’intéresser à ce que Jésus définit lui-même comme sa mission : « devenir Un en Dieu », c’est à dire réaliser l’unité, par l’amour. Jean 17:21 afin que tous soient un, comme toi, Père, tu es en moi, et comme je suis en toi, afin qu’eux aussi soient un en nous, pour que le monde croie que tu m’as envoyé.
    La subtilité est de comprendre que « faire un avec » (l’union) respecte les individualités, dans un couple par exemple, nous faisons Un, l’un avec l’autre, mais l’un ne devient pas l’autre pour autant, et l’autre n’est pas l’un non plus. En effet, l’homme reste un homme, la femme reste une femme, et pourtant l’homme est un en la femme, et la femme est une en l’homme. On célèbre leur union (parce que cette union est la réalisation du Divin; l’union fait la force, c’est bien connu, et on comprend maintenant pourquoi)

  • dan

    Nous sommes tous des fils du Très-Haut. Et nous sommes tous uniques. Autrement dit, nous sommes tous des fils uniques de Dieu.
    Au delà de la rédemption, le symbolisme de la croix représente la limitation dans le monde créé (nord-sud-est-ouest, eau-terre-air-feu, etc.).
    Nous sommes ainsi :
    1. tous des fils de Dieu
    2. tous crucifiés.
    La seule voie de sortie est de passer par Christ (c’est à dire l’Esprit) pour atteindre le Père.