Les premiers chrétiens croyaient-ils à la substitution pénale?

Le “graffito blasfemo” (env. 200 ap. J.C.), un graffiti se moquant des chrétiens adorant Jésus comme Dieu (Jésus représenté avec une tête d'âne). 
La mention sous le graffiti dit ”Alaxamenos adore son Dieu”. 
Plus loin, une autre inscription répond ”Alaxemenos est fidèle.”

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Cet article, comme le précédent, est extrait de Canon Fodder, le blog du Professeur Michael J. Kruger, président de la faculté Reformed Theological Seminary (Charlotte, USA) et spécialiste de la période patristique. 

La doctrine dite de la “substitution pénale” consiste dans l’affirmation qu’en mourant, Christ a pris sur lui les péchés et a été puni à la place des pécheurs. Ainsi, il satisfait aux exigences de la justice de Dieu, qui peut alors pardonner tout en étant juste.

Dans cet article, Kruger fait référence à l’opinion populaire selon laquelle cette doctrine ne serait apparue qu’au Moyen Âge. Mais certains spécialistes critiques, à la suite de Gustaf Aulén, n’hésitent pas à à défendre ce type de proposition : selon eux, c’est avec Anselme de Cantorbéry (1033-1109) que cette doctrine est apparue. 

Kruger, dans cet article, démontre qu’au moins un texte du IIème siècle défend une théologie substitutive, et qu’il ne s’agit pas, par conséquent, d’une position aussi tardive que certains voudraient le laisser penser. 

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Dans un article précédent, j’ai examiné comment l’Epitre à Diognète affirme clairement la pleine divinité de Jésus – une doctrine que certains affirment dater du IVème siècle.

Je continue ici à examiner une doctrine que certains disent être une invention tardive : l’expiation substitutive (ou substitution pénale, NDT).

On trouve sur internet des remarques de ce niveau :

“Les premiers chrétiens n’avaient pas une compréhension claire du but de la mort de Christ sur la croix et de ce qu’elle a accompli. L’idée de substitution est une invention tardive dont le but est d’expliquer la mort – autrement embarrassante – de Christ. En fait ce n’est pas avant l’écrit d’Anselme, ‘Cur Deus Homo’ (Pourquoi le Dieu-Homme ?) au Moyen-âge que l’idée d’une mort à la place de pécheurs est apparue.”

Bien sûr, de telles affirmations peuvent être rapidement réfutées juste en examinant les écrits du Nouveau Testament lui-même, en particulier les écrits de Paul.

Toutefois, il est intéressant de noter que cette vue était aussi soutenue parmi les premiers auteurs chrétiens ; nous verrons ici l’Epitre de Diognète du IIème siècle.

Voici quelques extraits qui affirment des aspects-clés de la substitution :

 

Le sérieux du péché

L’auteur écrit :

“Et quand nous avons démontré que nous étions incapables d’entrer dans le Royaume de Dieu par nous-mêmes, nous en avions été rendu capables par la puissance de Dieu. Car notre manière injuste de vivre est devenue manifeste et il est clairement apparu que nous ne pouvions attendre que le jugement et la mort comme ultime récompense.” (9.1-2)

Il y a ici une claire affirmation de l’incapacité de l’homme à se sauver lui-même (dépravité totale), et une pleine reconnaissance que le péché mérite l’ultime châtiment qu’est la mort .

 

La Grace et l’Amour de Dieu envers les pécheurs

L’auteur écrit :

“Lors donc que notre malice fut montée à son comble, qu’il fut démontré que nous n’étions dignes que de châtiment, et que nous n’avions plus que la mort en perspective, arriva le temps que Dieu avait marqué pour signaler tout à la fois sa bonté et sa puissance, et montrer que son immense amour pour nous ne laissait aucune place à la haine.” (9.2)

La réponse de Dieu a notre péché, bien qu’il mérite la mort, a été de manifester sa grâce et non son jugement.

 

Christ a pris nos péchés sur Lui

Voici ce qui constitue le coeur de la substitution pénale :

“Mais Dieu était patient, et dans sa pitié pour nous il a pris nos péchés sur lui-même. Il a donné son Fils comme une rançon pour nous, le saint pour les pécheurs, l’innocent pour les coupables, le juste pour les injustes, l’impérissable pour ceux qui périssent, l’immortel pour les mortels.” (9.2)

Ceci est un passage remarquable. Sans aucun doute, l’auteur voit l’œuvre de Christ comme un échange, une substitution du juste pour l’injuste, pour que nous soyons sauvés.

Et il dit clairement que Christ “a pris nos péchés sur lui-même”. Il s’est tenu là à notre place et a porté la colère de Dieu pour nous.

 

La justice de Christ nous couvre

Etonnamment, l’auteur affirme même ce que les Réformés appellent imputation. Cette doctrine dit que notre justification ne consiste pas seulement à ôter nos péchés, mais aussi à recevoir la justice de Christ qui nous couvre.

Voici ce que l’auteur de l’épitre à Diognète affirme :

“Car quoi d’autre pouvait couvrir nos péchés que sa justice ? Comment nous qui étions sans loi et impies pouvions nous être justifiés si ce n’est par le Fils de Dieu seul ? Oh quel doux échange !… Que les actes impies de beaucoup soient cachés par Celui qui était juste, et que la justice d’un seul les justifie !” (9:4-5)

Il ‘agit d’un passage significatif, car il n’affirme pas seulement que nos péchés aient été couverts, mais il s’intéresse également à la nature de cette justice.

Et qu’a fait cette justice ? Elle a couvert nos péchés. Et elle a justifié des impies.

Et cela s’est passé par un “doux échange”.
Si nous cherchons un ancien auteur affirmant l’imputation de la justice de Christ : en voilà un !

 

En résumé, l’Epitre à Diognète montre que la doctrine de la substitution et celle de l’imputation ne sont pas des inventions tardives, mais étaient présentes très tôt dans l’histoire du Christianisme.

Est-ce que d’autres groupes de chrétiens affirmaient un autre point de vue à ce sujet ? Oui.

Mais, la continuité entre l’enseignement de cette épitre et les écrits de Paul (particulièrement Romains 5), rend évident le fait que la substitution/imputation est bel et bien une doctrine ancienne.

 

Michael J. Kruger

 

 

 

Maxime, étudiant en Fac de Médecine, passionné parce tout ce qui ressemble à de la théologie.