Les premiers chrétiens croyaient-ils à la divinité de Jésus?

Cet article est extrait de Canon Fodder, le blog du Professeur Michael J. Kruger, président de la faculté Reformed Theological Seminary (Charlotte, USA) et spécialiste de la période patristique. 

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L’une des critiques les plus communes à l’égard du Christianisme est que certaines de ses doctrines centrales seraient des inventions tardives.

Certaines n’auraient jamais été crues, dit-on, dans les premières phases de l’Eglise et ne se seraient développées qu’à une période postérieure. “L’orthodoxie” serait en fait apparue tardivement.

L’exemple le plus évident de doctrine supposée être ajoutée tardivement est la divinité de Christ.

Il est courant de trouver sur internet des remarques du même type :

“Jésus n’était pas Dieu, d’ailleurs il n’a jamais prétendu l’être. C’était un homme ordinaire. Puis, ses disciples ont commencé à lui attribuer des caractéristiques semi-divines, un peu comme celles des anges. Et c’est seulement au IVème siècle, durant le Concile de Nicée, que les chrétiens ont commencé à concevoir Jésus comme le seul et unique Dieu créateur de l’univers.”

Bien évidemment, nous n’allons pas traiter ici de façon complète la christologie des premiers siècles.

Mais, il est intéressant de noter que quelques unes de nos plus anciennes sources en dehors du Nouveau Testament ne paraissent pas du tout être ambigües quant à la divinité de Jésus, mais affirment au contraire qu’il était Dieu dans tout les sens du terme.

 

Un exemple est l’Epitre à Diognète, du IIème siècle, une lettre populaire parmi les premiers chrétiens et possédant une christologie haute.
En voici quelques extraits :

“Dieu lui-même, le tout-puissant, le créateur de toutes choses, a fait descendre du ciel sur la Terre la vérité, c’est à dire son Verbe saint et incompréhensible.

Il a voulu que le cœur de l’homme fût à jamais sa demeure. Ce n’est donc pas, comme quelques-uns pourraient le croire, un ministre du Très Haut qui nous a été envoyé, un ange, un archange, un des esprits qui veillent sur la conduite du monde, ou qui président au gouvernement des cieux.

Celui qui est venu vers nous est l’auteur, le créateur du monde, par qui Dieu le Père a fait les cieux, a donné des limites à la mer ; c’est lui à qui obéissent et le soleil, dont il a tracé la route dans les cieux avec ordre de la parcourir chaque jour sans sortir de la ligne tracée, et la lune qui doit prêter son flambeau à la nuit, et les astres qui suivent son cours ; enfin c’est lui qui a tout disposé avec ordre et tout circonscrit dans de justes limites ; à qui tout est soumis, les cieux et tout ce qui est dans les cieux, le terre et tout ce qui est sur la terre, la mer et tout ce qui est au sein de la mer, le feu, l’air, les abîmes, les hauteurs du ciel, les profondeurs de la Terre, les régions placées entre la terre et les cieux.” (7.2)

Il s’agit d’une description remarquable de Jésus –et particulièrement ancienne. Notez que l’auteur signale que Jésus n’était PAS un ange, ou n’importe quel autre serviteur divin.

De plus, l’auteur affirme que Jésus est le créateur même de l’univers. En fait, l’auteur cite toutes les parties de la création – cieux, mers, soleil, lune, étoiles, animaux, hauteurs, profondeurs – et attribue leur création à Jésus.

Il est vrai que les anges sont qualifiés d’attributs quasi-divins, toutefois, il existe un statut qui ne leur est jamais donné : celui de Créateur.

 

Dans la suite du passage, l’épitre dit :

“Voilà celui que Dieu nous a envoyé, non comme un conquérant chargé de semer la terreur et d’exercer partout un tyrannique empire, ainsi que quelques-uns pourraient le croire. Non, il l’a envoyé comme un roi envoie son fils, il l’a envoyé comme roi ; il a envoyé ce Fils comme étant Dieu lui-même ; il l’a envoyé en tant qu’homme à des hommes. Pour qu’il leur apporte le salut.” (7.3-4)

Ici nous voyons l’épitre dire clairement que Jésus est le “fils” de Dieu, puis dire expressément que Jésus a été envoyé “comme étant Dieu”.

La traduction que Bart Ehrman fait de cette épitre traduit ceci ainsi : “comme étant un dieu” mais il n’y a rien dans le texte grec qui nous permette de faire cela.

En fait, la traduction des Pères Apostoliques éditée par Loeb en 1917  traduit cette phrase ainsi : “il l’envoya en tant que Dieu”.

Il est aussi intéressant de noter que, bien que l’auteur affirme la pleine divinité de Christ, il affirme aussi sa pleine humanité quand il dit que Dieu “l’a envoyé en tant qu’homme à des hommes”.
Nous voyons ici le début de la doctrine de l’incarnation, c’est-à-dire que jésus était pleinement Dieu et pleinement homme à la fois.

 

Un dernier exemple :

“La Parole leur est apparue [aux apôtres] et leur a fait des révélations, leur parlant clairement. Même s’il n’était pas compris des incroyants, il a dit ces choses à ses disciples, qui, étant considéré fidèles par lui, ont été instruits dans les mystères du Père.

Pour cette raison il a envoyé sa Parole : afin d’être révélé au monde. Cette Parole a été déshonorée par le peuple (juif) mais annoncée par les apôtres et crue par les nations.

Car c’est lui qui est dès le commencement, qui est apparu comme étant jeune mais découvert comme étant ancien, qui naît toujours à nouveau dans le cœur des saints. C’est lui qui est éternel et qui est aujourd’hui reconnu comme étant le Fils ; par lui, l’Eglise ne cesse de s’enrichir ; sa grâce se répand, étant sans cesse multipliée parmi les saints.” (11 :2-4)

 

L’utilisation que l’auteur fait du terme “Parole” (logos) suggère qu’il connait bien l’Evangile de Jean et qu’il base son enseignement dessus.

Sa haute opinion de Christ comme étant le Dieu préexistant ressort clairement dans cette phrase “Car c’est lui qui est dès le commencement, qui est apparu comme étant jeune mais découvert comme étant ancien.”

Quelle manière fabuleuse et profonde manière de décrire comment Jésus est à la fois Dieu et homme !

Bien que plusieurs autres sources des Pères puissent être citées comme témoin, celle-ci, l’Epitre à Diognète, contient au IIème siècle une vue de Christ qui est supposée n’avoir été inventée qu’au IVème siècle.

 

Michael J. Kruger

 

 

 

 

Maxime, étudiant en Fac de Médecine, passionné parce tout ce qui ressemble à de la théologie.