Le rôle de l’Eglise dans la sanctification

Article de Michael Horton, professeur de théologie systématique et d’apologétique à Westminster Seminary California.

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En tant qu’ancien évangélique entrant dans la communion réformée, l’une des différences qui m’a le plus frappé est l’accent mis sur l’Eglise et les moyens de grâce.

Si, lorsque j’étais jeune chrétien, on m’avait demandé de dresser une liste des “aides à la sanctification”, j’aurais certainement classé mon culte personnel quotidien au-dessus de la prédication, du baptême, de la cène, et du fait d’être membre actif d’une église.

En fait, souvent, mon contact avec la Parole se limitait à mon temps de culte personnel. Le baptême n’était pas seulement distingué, mais aussi contrasté avec la nouvelle naissance. La Cène du Seigneur n’était pas un moyen de grâce régulier, mais tout au plus une autre occasion de rentrer en moi même et de faire mon introspection. […]

Pendant un certain temps, ma famille fréquentait régulièrement une église maison où il n’y avait pas de prédications, pas de sacrements et aucun ministre du culte clairement identifié. […]
Toutes ces choses étaient considérées comme une manifestation de formalisme qui menaçant profondément ma relation personnelle, libre et spontané avec le Christ.

Même la communion avec les autres croyants n’était valable que dans la mesure où elle contribuait à faciliter ma croissance spirituelle personnelle.

Le concept de grandir en Christ comme un seul corps au travers des moyens de grâce ordonnés par Christ […] n’était rien de plus que le signe extérieur de la religiosité.

 

Cependant, la sanctification ne peut être considérée comme une sorte de processus dans lequel nous nous élevons à un certain niveau d’expérience mystique ou de réalisation morale.

Il s’agit bien plutôt de l’abaissement de Dieu vers nous, prenant notre propre chair, s’identifiant à notre misère. S’étant incarné, Jésus-Christ a accompli la loi à notre place, a payé notre dette, est ressuscité triomphalement, et il se trouve maintenant sur le trône de toute autorité d’où il répand ses dons par l’Esprit.

Encore aujourd’hui, c’est lui qui avance toujours en notre direction : il envoie un prédicateur et nous offre Christ dans le baptême et dans le repas du Seigneur. L’activité va de haut en bas, de Dieu vers nous.

Cela signifie qu’il n’y a nulle place pour nos bonnes œuvres, sauf quand elles s’exercent envers notre prochain qui a besoin de nous.
Dieu n’a pas besoin de nos bonnes œuvres, mais il veut que nos bonnes œuvres puissent servir notre prochain.

La sanctification n’est pas notre effort pour obtenir l’approbation divine, mais plutôt l’accomplissement de l’approbation divine que nous possédons déjà.

C’est pourquoi, les moyens de grâce ne sont pas là seulement au commencement de la vie chrétienne, mais tout au long. Chaque semaine, le vent de l’Évangile souffle dans les voiles du chrétien.

Bien que le baptême ne soit administré qu’une seule fois, son impact se poursuit dans le temps. Les croyants réformés parlent de “retourner au baptême pour la mise à mort quotidienne de la chair et la vivification de l’Esprit.”

Dans la cène, Dieu scelle perpétuellement à notre conscience la promesse qu’il est notre Père gracieux dans le Christ.

Comme d’autres réformateurs, Calvin écrit que les marques de la véritable Église sont “la pure prédication de la Parole de Dieu et l’administration appropriée des sacrements.” (1)

Chaque fois que nous trouvons la Parole de Dieu prêchée droitement et entendue, et les sacrements administrés selon l’institution du Christ, il y a une Église de Dieu. 

Certainement, les réformateurs ont souligné l’importance du salut personnel par la foi en Christ. Toutefois, ils auraient été aussi déroutés que les apôtres par la dichotomie existant aujourd’hui entre la “relation personnelle avec Christ” et le fait “d’appartenir à une église.”

La gloire de Dieu et le salut de l’Église sont des choses quasi inséparablement unies.

La foi et la pratique réformée reconnaissent les implications des doctrines de grâce pour la sanctification en soulignant toutefois que la prédication et les sacrements ne sont pas des moyens d’engagement, mais les moyens de grâce de Dieu.

Bien sur, l’œuvre de Dieu demande toujours une réponse humaine appropriée animée par l’Esprit. Il y a une place à notre réponse de foi et de repentance, de louange et d’engagement à ses commandements.

Cependant, les moyens de grâce viennent d’abord. En dehors de l’œuvre salvifique de Dieu, il ne peut y avoir aucune réponse de reconnaissance.

 

Michael Horton

Extrait de For Calvinism, 2011, p. 137-138. Traduction Matt Massicotte.

 

 

 

Notes et références :

 

(1) Encore une fois, Calvin ne confère pas au mot sacrement la même notion d’action intrinsèquement efficace.

 

 

 

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Guillaume Bourin est pasteur, auteur, et fondateur du blog Le Bon Combat dont il est l'un des administrateurs actuels. Il s'intéresse particulièrement à l'intertextualité et à l'exégèse de l'Ancien Testament, à la théologie biblique, et à l’ecclésiologie. Guillaume est titulaire de deux masters en théologie (M.Div., Th.M., Southwestern Baptist Theological Seminary, USA) et il est actuellement candidat au doctorat à l'Université d'Aberdeen (Ecosse). Guillaume est l'auteur du livre "Je vous purifierai d'une eau pure" : perspectives bibliques sur la régénération baptismale.