Dans le livre de Jonas, Jonas et Elie sont-ils mis en parallèle ?

Le livre de Jonas est inhabituel à bien des égards : un prophète profondément rebelle, un poisson gigantesque, un peuple ennemi d’Israël qui reçoit le pardon de Dieu, et des animaux qui sont associés aux rituels de repentance des humains ! Très facile à lire, le texte n’en reste pas moins très complexe du point de vue des techniques littéraires.

En voici un exemple : la mise en parallèle de Jonas avec le prophète Elie.

 

L’expression « loin de la face de Yahweh»

Cette expression, appliquée à Jonas alors qu’il s’enfuit à Tarsis (Jon 1.2) signifie « loin de la présence de Yahweh ». Il est peu probable que l’auteur du livre imaginait qu’il soit possible d’échapper à la souveraineté de Dieu —la confession de Jonas au chapitre 4 montre que le prophète lui-même ne s’attendait pas à “échapper” à Dieu en fuyant de la sorte.

Le prophète Elie emploie une expression très similaire, “[Yahweh] en présence de qui je me tiens ” (1 Rois 17.1 ; cf. 1 Rois 18.15), pour indiquer qu’il est au service de Dieu.

 

Les demandes de mort de Jonas

Par deux fois au chapitre 4, Jonas demande la mort. Au v.4, lorsqu’il se rend compte que la ville n’est pas détruite, cela lui est si insupportable qu’il préfère demander la mort : « mieux vaut pour moi mourir que vivre », dit. Au v.9, alors que la plante sous laquelle il se tient a séché et que le soleil frappe son crâne au point de le faire défaillir, il demande à nouveau à mourir.

Ces deux formulations évoquent le cycle d’Elie. Le prophète, en effet, fait exactement fait la même demande, sous un arbre, après avoir fui devant Jézabel. Jonas 4.8 contient d’ailleurs une clause narrative exactement similaire à 1R 19.4, « et il demanda la mort ».

 

 

 

 

Pourquoi de tels parallèles ?

En “fuyant la présence de Yahweh” au chapitre 1, Jonas annonce ouvertement son refus de servir Dieu. Ainsi, d’emblée, il est présenté comme l’ant-Elie : si Elie est le modèle du prophète à suivre, Jonas est plutôt le modèle de ce qu’il faut éviter d’imiter, l’incarnation de tout ce que la rébellion contre Dieu peut avoir de plus laid…

De prime abord, au chapitre 4, les deux prophètes semblent être placés sur le même plan. Ce n’est cependant pas un parallèle trait pour trait :
1. Elie demande la mort parce qu’il n’est “pas meilleur que ses pères” ; Jonas demande la mort parce que la situation lui est intolérable. Le premier ne se supporte plus ; le deuxième ne supporte plus les circonstances disposées par Dieu
2. La demande d’Elie fait suite à une sorte d’échec, en particulier sa fuite devant la reine Jézabel après avoir pourtant connu une grande victoire contre les prophètes de Baal (1 Rois 18). Mais, concernant Jonas, c’est le succès de la mission qui suscite en lui l’envie d’abandoner la vie .

Ici encore, Jonas est donc l’anti-Elie.

 

 

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Guillaume Bourin est pasteur, auteur, et fondateur du blog Le Bon Combat dont il est l'un des administrateurs actuels. Il s'intéresse particulièrement à l'intertextualité et à l'exégèse de l'Ancien Testament, à la théologie biblique, et à l’ecclésiologie. Guillaume est titulaire de deux masters en théologie (M.Div., Th.M., Southwestern Baptist Theological Seminary, USA) et il est actuellement candidat au doctorat à l'Université d'Aberdeen (Ecosse). Guillaume est l'auteur du livre "Je vous purifierai d'une eau pure" : perspectives bibliques sur la régénération baptismale.