Jean Calvin, Traité des Reliques – Quelques extraits

En 1543 paraissent divers traités, dont le Traité des reliques de Jean Calvin.

Rédigé en français courant, cet écrit s’adresse directement au peuple, condamnant ainsi certaines pratiques liées au culte et l’adoration des reliques qui avait cours dans l’Église catholique. Rappelant la Parole de Dieu et en appelant à la raison, l’auteur exhorte ses lecteurs à abandonner cette pratique — l’adoration des reliques de saints — et à revenir à la simplicité et la dévotion de l’Église primitive.

Entre profondeur, sobriété et humour pour le moins grinçant, en voici quelques extraits qui ne manqueront pas de nous faire sourire, encore aujourd’hui…

Relevons également l’actualité de ce traité : aujourd’hui encore, les autels des églises catholiques contiennent toutes des reliques, le plus souvent d’une personne considérée comme martyr. Nul doute que le traité de Jean Calvin n’a, pour le coup, rien perdu de sa pertinence.

 

 

Présentation du sujet par Calvin 

“Or le premier vice et comme la racine du mal a été qu’au lieu de chercher Jésus-Christ en sa parole, en ses sacrements et en ses grâces spirituelles, le monde, selon sa coutume, s’est amusé à ses robes, chemises et drapeaux ; et en ce faisant a laissé le principal pour suivre l’accessoire.“  (p.19)

“La convoitise d’avoir des reliques n’est quasi jamais sans superstition et, qui pis est, elle est mère de l’idolâtrie, laquelle est ordinairement conjointe avec.“ (p.20)

“Mais encore que nous laissions là les saints, avisons que dit saint Paul de Jésus-Christ même. Car il proteste de ne le connaître plus selon la chair après sa résurrection (2 cor.5,16), admonestant par ces mots que tout ce qui est charnel en Jésus-Christ se doit oublier et mettre en arrière afin d’employer et mettre toute notre affection à le chercher et posséder selon l’Esprit. Maintenant donc, de prétendre que c’est une belle chose d’avoir quelque mémorial, tant de lui que des saints, pour nous inciter à la dévotion, qu’est-ce sinon qu’une fausse couverture pour farder notre folle cupidité qui n’est fondée en nulle raison ?“ (p.20 et 21)

“Voilà donc comme la folle curiosité qu’on a eue du commencement à faire trésor des reliques est venue en cette abomination toute ouverte, que non seulement on s’est détourné du tout de Dieu pour s’amuser à choses corruptibles et vaines, mais que, par sacrilège exécrable, on a adoré les créatures mortes et insensibles, au lieu du seul Dieu vivant.“ (p.22)

“On les a adorés, on leur a fait tous signes de révérence. Et qu’en est-il advenu ? Le Diable, voyant telle stupidité, ne s’est point tenu content d’avoir déçu le monde en une sorte, mais a mis en avant cette autre déception de donner à titre de reliques de saints à ce qui était du tout profane. Et Dieu, par sa vengeance, a ôté sens et esprit aux incrédules, tellement que, sans enquérir plus outre, ils ont accepté tout ce qu’on leur présentait sans distinguer entre le blanc ou le noir.“ (p.23)

 

Les reliques de Jésus-Christ 

“Venons à ce qui appartient à la cène dernière que Jésus-Christ fit avec ces apôtres (Mat.26,17). (…) La coupe où il donna le sacrement de son sang à boire à ses apôtres (Mat.26,28) se montre à Notre-Dame de l’Île, près de Lyon et en Albigeois, en certain couvent d’augustins. Auquel croira-t-on ? Encore est-ce pis du plat où fut mis l’agneau pascal, car il est à Rome, à Gênes, et en Arles. Il faut dire que la coutume de ce temps-là était diverse de la nôtre. Car au lieu qu’on change maintenant de mets, pour un seul mets on changerait de plat. Voire si on veut ajouter foi à ces saintes reliques.“ (p.30)

“Quelqu’un pourrait ici objecter qu’il n’est pas vraisemblable qu’on montre tous les reliquaires que nous avons déjà nommés si authentiquement qu’on ne puisse quant et quant alléguer dont ils viennent, et de quelle main on les a eus. À cela je pourrais répondre en un mot, qu’en mensonges tant évidents, il n’est pas possible de prétendre aucune vérisimilitude. Car quelque chose qu’ils s’arment du nom de Constantin, ou du roi Louis, ou de quelque pape, tout cela ne fait rien pour approuver que Jésus-Christ ait été crucifié avec quatorze clous, on qu’on eût employé une haie toute entière à lui faire sa couronne d’épines, ou qu’un fer de lance en ait enfanté depuis trois autres, ou que son saie se soit multiplié en trois et ait changé de façon pour devenir une chasuble, ou que d’un suaire seul il en soit sorti une couvée, comme des poussins d’une poule, et que Jésus-Christ ait été enseveli tout autrement que l’Évangile ne porte.“ (p.43 et 44)

“Ce qu’on en peut autant dire de la lance, des clous et des épines, c’est que tous ceux qui les adorent, selon la sentence de notre maître de Quercu, sont plus méchants que les Juifs qui ont crucifié notre Seigneur.“ (p.46)

“Les dernières reliques qui appartiennent à Jésus-Christ sont celles qu’on a eues depuis sa résurrection, comme un morceau de poisson rôti que lui présenta saint Pierre (…). Il faut dire qu’il ait été bien épicé, ou qu’on y ait fait un merveilleux saupiquet, qu’il s’est pu garder si longtemps. Mais, sans risée, est-il à présumer que les apôtres aient fait une relique du poisson qu’ils avaient apprêté pour leur dîner ?“ (p.45)

 

Les reliques de la Vierge Marie

“Quant à la Vierge Marie, pource qu’ils tiennent que son corps n’est plus en terre, le moyen leur est ôté de se vanter d’en avoir les os. (…) Au reste, ils se sont vengés sur ses cheveux et sur son lait, pour avoir quelque chose de son corps. (…) Tant y a que si la sainte Vierge eût été une vache et qu’elle eût été nourrice toute sa vie, à grand-peine en eût-elle pu rendre telle quantité. D’autre part, je demanderais volontiers comment ce lait qu’on montre aujourd’hui partout, s’est recueilli pour le réserver en notre temps. Car nous lisons pas que jamais aucun ait eu cette curiosité. Il est bien dit (…) que les sages lui ont offert leurs présents (Mat. 2,1-13), mais il n’est point dit qu’ils aient rapporté du lait pour récompense.“  (p.50)

 

 Saint Michel

“On pensera que je me gaudisse en récitant des reliques d’un ange. Car les joueurs de farces même s’en sont moqués. Mais les cafards [bigots ou hypocrites] n’ont pas laissé pour tant d’abuser tout à bon escient le pauvre peuple. Car à Carcassonne, ils se vantent d’en avoir des reliques, et pareillement à Saint-Julien de Tours. Au grand Saint-Michel (…), on montre son braquemart qui est comme un poignard à usage de petit enfant, et son bouclier de même qui est comme la bossette du mors d’un cheval. Il n’y a homme ni femme si simple qui ne puisse juger quelle moquerie c’est.“ (p.53)

 

 

En conclusion 

“Le principal serait bien, comme j’ai du commencement dit, d’abolir entre nous chrétiens cette superstition païenne de canoniser les reliques, tant de Jésus-Christ que de ses saints, pour en faire des idoles.“ (p.73)

“Lisons-nous qu’on ait tiré lors les saints de leurs sépulcres, pour en faire des poupées ? Abraham, père de tous les fidèles, a-t-il jamais été élevé ? Sara aussi, princesse en l’Église de Dieu, a-t-elle retirée de sa fosse ? Ne les a-t-on pas laissés, avec tous les autres saints, à repos ? Qui plus est, le corps de Moïse n’a-t-il pas été caché par le vouloir de Dieu, sans que jamais on l’ait pu trouver ? (…) C’est, comme chacun confesse, que Dieu a voulu ôter à son peuple Israël occasion d’idolâtrie. (…) Mais le peuple d’Israël, dira quelqu’un, était enclin à superstition. Je demande : que c’est de nous ? N’y a-t-il pas, sans comparaison, plus de perversité entre les chrétiens en cet endroit qu’il n’y eût jamais entre les Juifs ?“ (p.74)

“Tout y est si brouillé et confus qu’on ne saurait adorer les os d’un martyr, qu’on ne soit en danger d’adorer les os de quelque brigand ou larron, ou bien d’un âne, ou d’un chien, ou d’un cheval. (…) Pour tant se garde du danger qui voudra, car nul dorénavant ne pourra prétendre excuse d’ignorance.“ (p.75)

 

 

 

Pour aller plus loin :

La biographie de Jean Calvin proposée par museeprotestant.org est relativement concise et facile d’accès. Vous trouverez en bas de leur article quelques publications de Jean Calvin en Français moderne, téléchargeables gratuitement en .pdf. La bibliographie en fin d’article est également intéressante. 

– L’intégralité du texte du “Traité des Reliques“ est gratuitement disponible en cliquant sur ce lien

 

 

 

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Anna B., chrétienne par grâce, photographe par hobby et violoniste par passion. Joyeuse épouse et actuellement professeur de violon en Amérique latine. Sensible par les rapports entre Art, Culture et Bible.