Les premiers chrétiens se distinguaient-ils du monde par leur manière de s’habiller ?

Comment donc s’habiller ? La question est de saison, répondrez vous sans doute. Mais ce n’est pas l’objet de cet article. Voici l’image qui est apparue sur mon fil d’actualité Facebook hier. Elle n’a pas été postée par l’un de mes « amis » virtuels, mais par un individu (de sexe masculin) sur un important groupe de discussion francophone à tendance évangélique dans lequel nous-mêmes postons parfois nos articles.

 

Je ne commenterai pas le caractère misogyne de ce post ; ce sont, de toute façon, toujours des femmes qui sont la cible de ce type d’entreprise. Je ne réagirai pas non plus sur cette perception singulière de « la femme occidentale » (si tant est qu’un tel concept existe), encore moins sur celle de la femme africaine. J’espère sincèrement que l’auteur de cette image a simplement manqué de jugeotte et qu’il n’était pas motivé par des considérations racistes.

ÉCOUTEZ >> Que dit la Bible au sujet du racisme et de la xénophobie ?

 

Je passerai également sur le petit côté Star Academy, « si vous voulez que la n°3 sorte, envoyez un sms au 37 666 (4€/sms hors coût opérateur) ».

 

Non, dans cet article, je souhaiterais interroger l’un des présupposés fondamentaux de ce style d’image, qui peut se résumer par la question suivante : les chrétiens et les chrétiennes sont-ils appelés à manifester leur appartenance à Christ par un style vestimentaire particulier ?

Précisons d’emblée qu’il n’est pas ici question de décence —les idées de modestie et de pudeur sont bien présentes dans les Écritures, j’espère y revenir dans un autre article. C’est le principe sous-jacent que je questionne : y a-t-il dans la Bible ou dans la littérature extra-biblique primitive des indices qui pourraient laisser penser que les premiers chrétiens marquaient leur différence avec le monde au moyen de leur style vestimentaire ?

Dans le corpus biblique, je n’en vois pas, si ce n’est les fameuses exhortations à la décences sur lesquelles j’entends revenir ultérieurement.

Je ne suis pas spécialiste de la littérature extra-canonique. Par conséquent, même si j’estime avoir un peu lu, je préfère ne pas prétendre à l’exhaustivité en disant que je n’ai rien trouvé de particulier à part ce magnifique extrait de L’Epître à Diognète (M.A. Stuart Sheehan) :

« Les chrétiens ne se distinguent des autres hommes ni par le pays, ni par le langage, ni par les coutumes. Car ils n’habitent pas de villes qui leur soient propres, ils n’emploient pas quelque dialecte extraordinaire, leur genre de vie n’a rien de singulier. Leur doctrine n’a pas été découverte par l’imagination ou par les rêveries d’esprits inquiets; ils ne se font pas, comme tant d’autres, les champions d’une doctrine d’origine humaine.

Ils habitent les cités grecques et les cités barbares suivant le destin de chacun ; ils se conforment aux usages locaux pour les vêtements, la nourriture et le reste de l’existence, tout en manifestant les lois extraordinaires et vraiment paradoxales de leur manière de vivre. Ils résident chacun dans sa propre patrie, mais comme des étrangers domiciliés. Ils s’acquittent de tous leurs devoirs de citoyens, et supportent toutes les charges comme des étrangers. Toute terre étrangère leur est une patrie, et toute patrie leur est une terre étrangère. Ils se marient comme tout le monde, ils ont des enfants, mais ils n’abandonnent pas leurs nouveau-nés. Ils prennent place à une table commune, mais qui n’est pas une table ordinaire. »

(Epître à Diognète, §5)

 

Cet écrit anonyme, qui de toute évidence n’est pas une lettre, date probablement de la fin du IIème siècle ap. JC. Il ressemble fort à une apologie, une tentative de défense des pratiques et des mœurs chrétienne, fruit d’une série de huit questions posées à l’auteur probablement par son entourage païen. Dans le passage cité, il répond sur le rapport du chrétien au monde.

Les éléments suivants me paraissent importants, au point où nous en sommes :

  • La nationalité, la langue, et surtout les coutumes ne distinguent pas les citoyens chrétiens des autres citoyens de ce monde. Bien sur, il ne s’agit pas de sombrer dans les pratiques immorales de telle ou telle nation , mais d’accepter que certains éléments culturels puissent être neutres ou, mieux, véhiculer la marque implicite du Créateur.
  • D’après l’auteur, les chrétiens ont un mode de vie qui les distingue, basé sur des préceptes extraordinaires. Mais en ce qui concerne « les vêtements, la nourriture et le reste de l’existence », ils se conforment « aux usages locaux ». Les premiers chrétiens se sentaient donc bel et bien appelés à marquer leur différence avec le monde par leur « lifestyle » (un terme… trendy !), mais ceci n’incluait pas le style vestimentaire.
  • Ces pratiques ne se limitaient pas à l’entourage de l’auteur, sans doute un cercle de personnes instruites, selon les toutes dernières reconstructions. Bien au contraire, tous les chrétiens, qu’ils vivent dans des cités grecques ou des cités barbares, semblent s’assujettir aux mêmes principes.

 

Décence et pudeur exceptées donc, il n’y a aucune raison de penser que les premiers chrétiens cherchaient à avoir un style vestimentaire différent de la culture dans laquelle ils évoluaient.

 

 

 

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Guillaume Bourin est pasteur, auteur, et fondateur du blog Le Bon Combat dont il est l'un des administrateurs actuels. Il s'intéresse particulièrement à l'intertextualité et à l'exégèse de l'Ancien Testament, à la théologie biblique, et à l’ecclésiologie. Guillaume est titulaire de deux masters en théologie (M.Div., Th.M., Southwestern Baptist Theological Seminary, USA) et il est actuellement candidat au doctorat à l'Université d'Aberdeen (Ecosse). Guillaume est l'auteur du livre "Je vous purifierai d'une eau pure" : perspectives bibliques sur la régénération baptismale.