Quelques facettes de la grâce

« Pour vous, vous étiez morts par vos fautes et par vos péchés dans lesquels vous marchiez autrefois selon le cours de ce monde, selon le prince de la puissance de l’air, cet esprit qui agit maintenant dans les fils de la rébellion. Nous tous aussi, nous étions de leur nombre et nous nous conduisions autrefois selon nos convoitises charnelles, nous exécutions les volontés de notre chair et de nos pensées, et nous étions par nature des enfants de colère comme les autres. 4Mais Dieu est riche en miséricorde et, à cause du grand amour dont il nous a aimés, 5nous qui étions morts par nos fautes, il nous a rendus à la vie avec le Christ — c’est par grâce que vous êtes sauvés — il nous a ressuscités ensemble et fait asseoir ensemble dans les lieux célestes en Christ-Jésus, afin de montrer dans les siècles à venir la richesse surabondante de sa grâce par sa bonté envers nous en Christ-Jésus. C’est par la grâce en effet que vous êtes sauvés, par le moyen de la foi. Et cela ne vient pas de vous, c’est le don de Dieu. Ce n’est point par les œuvres, afin que personne ne se glorifie. Car nous sommes son ouvrage, nous avons été créés en Christ-Jésus pour des œuvres bonnes que Dieu a préparées d’avance, afin que nous les pratiquions. »
(Eph 2.1–10)

A quel point avons-nous réalisé combien le salut en Jésus-Christ est une grâce ? En effet, notre compréhension de la grâce du salut offert par Dieu est primordiale pour saisir la puissance que Dieu a manifestée dans la vie des croyants ainsi que la profondeur son amour. Beaucoup répondront à la question posée en disant que la « grâce » du salut se résume en un événement historique : la mort et la résurrection de Jésus-Christ. C’est en effet ceux qui mettent leur foi en Lui qui reçoivent le pardon de leurs péchés et qui sont déclarés « justes » par Dieu sur le fondement de la justice de Jésus-Christ. Tout cela est vrai et essentiel dans notre compréhension de ce que Dieu a accompli pour nous par Jésus-Christ.

Mais nous ne devons pas en rester là. En effet, dans la réponse donnée précédemment, nous parlons premièrement de ce que Dieu a fait « pour » nous au travers de la vie, la mort et la résurrection du Christ. Mais si nous désirons avancer encore plus dans la compréhension de ces « eaux profondes » de la « grâce », il nous faut aussi réfléchir à ce que Dieu a fait en nous.

« Pour vous, vous étiez morts par vos fautes et par vos péchés dans lesquels vous marchiez autrefois selon le cours de ce monde, selon le prince de la puissance de l’air, cet esprit qui agit maintenant dans les fils de la rébellion… »

Paul déclare que l’homme « naturel » est « mort ». Il est mort dans ses péchés, et cette « mort » est peu ordinaire. En effet, il est « mort » à cause de son « péché », mais il « marche » aussi dans son péché. Ceci est paradoxal, mais ce n’est pas une contradiction. En effet, Paul souligne ici que l’homme naturel, en plus de vivre sous la condamnation de la mort à cause de son péché (Rom 6.23) est « déjà » mort. Il est mort dans sa relation avec Dieu : il ne connaît pas Dieu (1 Cor 2.14). Nous arrivons là à un second paradoxe : il ne connaît pas Dieu…mais il le connaît aussi. En effet Paul dit en Rom 1.18 –25 :

« La colère de Dieu se révèle du ciel contre toute impiété et toute injustice des hommes qui retiennent injustement la vérité captive, car ce qu’on peut connaître de Dieu est manifeste pour eux, car Dieu le leur a manifesté. En effet, les (perfections) invisibles de Dieu, sa puissance éternelle et sa divinité, se voient fort bien depuis la création du monde, quand on les considère dans ses ouvrages. Ils sont donc inexcusables, puisque, ayant connu Dieu, ils ne l’ont pas glorifié comme Dieu et ne lui ont pas rendu grâces ; mais ils se sont égarés dans de vains raisonnements, et leur cœur sans intelligence a été plongé dans les ténèbres. Se vantant d’être sages, ils sont devenus fous ; et ils ont remplacé la gloire du Dieu incorruptible par des images représentant l’homme corruptible, des oiseaux, des quadrupèdes et des reptiles. C’est pourquoi Dieu les a livrés à l’impureté, selon les convoitises de leurs cœurs, en sorte qu’ils déshonorent eux-mêmes leurs propres corps ; eux qui ont remplacé la vérité de Dieu par le mensonge et qui ont adoré et servi la créature au lieu du Créateur, qui est béni éternellement. Amen ! »

 

Ainsi l’homme sait au fond de son cœur que Dieu existe, mais il supprime cette connaissance et il rejette la réalité de la Seigneurie de Son Créateur[1]. Il n’est pas capable de suivre et d’honorer Son créateur (Rom 6 & 7). Ce n’est pas qu’il ne dispose pas assez de données et d’informations (Rom 1:18ss), mais c’est volontairement qu’il rejette le témoignage de la création, et c’est volontairement qu’il marche dans une marche idolâtre où la créature est glorifiée à la place du Créateur [2].

Ainsi, nous ne devons jamais limiter la notion de « connaissance » à sa seul caractéristique « cognitive ». Bibliquement, la « connaissance » est une chose holistique qui implique l’homme tout entier, autant dans son intelligence, que dans ses émotions et sa volition [3]. L’homme naturel est donc mort : Il ne peut s’approprier droitement, au sein de sa vie d’homme, la réalité du Dieu trinitaire par qui et pour qui il existe. Et cela parce qu’il Le rejette. Il ne peut pas « comprendre » et « connaître » vraiment Dieu, car il préfère vivre, marcher, penser, réfléchir, imaginer avec un système de référence au sein duquel Dieu est absent et se place lui-même comme la seule référence de toutes choses. Il est alors comme Lazare, au fonde de sa tombe, mort….sauf que là c’est volontairement qu’il reste dans sa tombe. Pour re-vivre, il ne faudra alors pas moins qu’un miracle.

 

« …nous qui étions morts par nos fautes, il nous a rendus à la vie avec le Christ — c’est par grâce que vous êtes sauvés — il nous a ressuscités ensemble et fait asseoir ensemble dans les lieux célestes en Christ-Jésus,… »

Nous arrivons là au cœur de l’œuvre de la grâce de Dieu en nous : la foi. Pour que la foi soit présente, l’homme naturel a besoin d’un acte de « résurrection » au sein de sa vie, de son entendement et de ses affections. Il faut que la « parole » de l’évangile lui soit annoncée et que le Saint-Esprit « ressuscite » son cœur mort, tout comme il a fallu que Christ crie à Lazare : « Lazare, sors ! » (Jean 11.43). Cette parole qui donne la vie est, tout comme avec Lazare, une parole personnelle et puissante. Dieu intervient par son Esprit de façon personnelle et intentionnelle envers la personne qu’il avait alors décidée de sauver en l’unissant à son Fils Jésus-Christ. De sorte qu’étant uni à la mort et à la résurrection du Christ, il puisse « ressusciter » effectivement en nouveauté de vie, une nouveauté de vie qui se manifeste par la foi (Col 2 :12). C’est cela la puissance de la croix ! Rien de moins. Ce n’est pas une possibilité, mais une action intentionnelle et personnelle de notre Créateur au sein de la vie de ceux qu’il appelle (Rom 8.29–30).

 

« C’est par la grâce en effet que vous êtes sauvés, par le moyen de la foi. Et cela ne vient pas de vous, c’est le don de Dieu. Ce n’est point par les œuvres, afin que personne ne se glorifie. Car nous sommes son ouvrage, nous avons été créés en Christ-Jésus pour des œuvres bonnes que Dieu a préparées d’avance, afin que nous les pratiquions. »

La réalité devient donc indéniable, le salut offert en Christ est une « œuvre de Dieu » qui ne dépend pas de nous, mais face à laquelle notre réponse de « foi » est déterminante dans la mesure où elle est l’expression de l’efficacité de l’œuvre du Saint-Esprit en nous. Face à cette réalité, nous ne pouvons que plier le genou devant Dieu et avoir notre cœur rempli de reconnaissance et d’amour. Je pourrais aussi utiliser une autre illustration pour parler de l’œuvre du salut de Dieu en nous. Souvent, l’œuvre du salut a été comparée à Jésus-Christ qui tend sa main à un homme qui tombe d’une falaise (vie de péché). Sa seule possibilité d’être sauvé est d’attraper cette « main » (foi) qui lui est tendue.

Bien que cette analogie possède un aspect de la réalité du salut dans le fait que celui qui est sauvé est effectivement celui qui « s’empare » de la main du Christ. Cependant cette analogie demeure néanmoins incomplète. Car, après la lecture d’Ephésiens 2, nous pouvons affiner cette analogie. L’homme naturel est alors semblable à un « cadavre » qui tombe d’une montagne dans le vide. L’œuvre du Salut est cette œuvre trinitaire de notre Dieu où Il appelle efficacement cette « homme vide de toute vie » en pleine chute libre. Cet appel est efficace en ce que le Saint-Esprit intervient et régénère cet homme (Tite 3 :4–7) et l’unit au Christ, il l’unit à sa mort et à sa résurrection. Et c’est alors que l’homme ouvre ses yeux et, ébloui de la gloire de Dieu qui jaillit de la face du Christ (2 Cor 4 :6–8), il s’accroche de toute sa force et sa pensée au Christ (la foi) : Il est sauvé par la foi, et c’est une grâce de Dieu, un don de Dieu.

La grâce prend alors tout son sens : si nous sommes vivants « en Christ » aujourd’hui, et si nous persévérons dans la foi, tout cela est une grâce de Dieu. Nous dépendons totalement de la puissance de Son Esprit pour persévérer dans cette communion de « vie » que nous avons avec Jésus-Christ. Et la seule chose que nous pouvons dire est alors « Merci ! », un « merci » et une gratitude qui se manifesteront dans des actions, des pensées et des affections renouvelées et centrées sur Dieu lui-même.

 

« Quel autre ai-je au ciel que toi! Et sur la terre je ne prends plaisir qu’en toi. Ma chair et mon cœur peuvent se consumer: Dieu sera toujours le rocher de mon cœur et mon partage. » (Psaume 73 :25–26)

 

 

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Notes et références:

[1] cf. John Frame, The Doctrine of the knowledge of God, P&R Publishings (1987), p. 58.

[2] cf. John Frame, The Doctrine of the knowledge of God, P&R Publishings (1987), p. 63.

[3] cf. Le Grand Dictionnaire de la Bible (Excelsis, 2004), p.350.

 

 

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Je suis marié, et le Seigneur nous a fait la grâce d’avoir trois enfants. Je suis actuellement Pasteur Stagiaire sur Montréal. Je suis passionné par le Nouveau Testament, la théologie systématique et l’herméneutique. J’affectionne particulièrement les écrits des réformateurs, de Cornelius Van Til, Vern Poythress, John Frame, Greg Beale et John Piper.