potier

La doctrine du décret de Dieu – Théologie Systématique #3

Poursuivons notre étude de la théologie systématique en examinant la doctrine du décret divin. Ce que Dieu est en lui-même (ad intra) nous est révélé par les choses que Dieu fait hors de lui-même (ad extra) et ce que Dieu fait hors de lui-même (ad extra) provient entièrement de la résolution de Dieu en lui-même (ad intra) de toute éternité, c’est-à-dire son décret.

Nous parlons parfois des décrets de Dieu (au pluriel) car nous les percevons dans le temps comme une chaine infinie de décisions qu’il a prises. Cependant, lorsque nous le considérons du point de vue éternel de Dieu, il est plus convenable de parler du décret (au singulier), comme quelque chose qui est propre à son essence et non comme un simple plan à l’extérieur de lui-même.

 

>> Lisez le chapitre 3 de la Confession de 1689 sur Facebook <<

>> Procurez-vous la confession complète en format pdf <<

Après avoir considéré l’essence de Dieu, il va de soi qu’il ne peut y avoir aucune différence entre sa connaissance et son décret : Dieu connaît ce qu’il décrète et il décrète ce qu’il connaît. Sa connaissance n’est pas soumise au temps, mais elle est éternelle (Ac 15.18), elle ne peut donc être ni contingente ni dépendante de quoi que ce soit.

Le décret divin est de même nature : il est entièrement libre et d’aucune façon soumis à la contingence des événements. Il en est ainsi parce que Dieu est entièrement libre alors que tout dépend de lui (Rm 11.34-36), il est immuable alors que tout le reste est muable et changeant (Jc 1.17), il est hors du temps alors que toute sa création est temporelle (Ps 93.2).

Précisons cinq points essentiels à la nature du décret de Dieu.

(1) Le décret divin est universel (Ep 1.11 ; Ac 17.26-28), il ne laisse rien au hasard, mais s’étend sur absolument tout ce qui existe.

(2) Le décret divin est efficace (Es 46.9-10 ; Rm 9.28), il ne rend pas simplement possible la volonté de Dieu, mais détermine certainement tout ce qui arrive.

(3) Le décret divin est compatible avec la liberté (Gn 50.20 ; Ac 4.27-28), il n’annule ni ne viole la liberté, mais il établit la responsabilité et la contingence des causes secondes.

(4) Le décret divin est incompréhensible (Rm 11.33 ; 1 Ti 6.16), la raison humaine ne peut s’élever au-dessus de Dieu, le juger, ni le comprendre pleinement, mais elle doit se soumettre entièrement et humblement.

(5) Le décret divin est absolument bon (1 Jn 1.5 ; Rm 8.28, 14.11), l’homme pécheur peut voir de mauvais œil que Dieu est bon, mais sa bonté et la perfection de son décret n’en demeurent pas moins bonnes et parfaites.

 

Ces cinq éléments seront simultanément maintenus et successivement accentués alors que nous répondrons aux quatre questions suivantes :

1. Dieu a-t-il décrété tout ce qui arrive?

2. Dieu a-t-il décrété ce qu’il a vu d’avance?

3. Dieu a-t-il décrété qui irait au ciel et qui irait en enfer?

4. La doctrine du décret n’est-elle pas contraire à la raison?

 

 


Article précédent: La doctrine de Dieu et la Trinité – Théologie Systématique #2

Article suivant: La doctrine de la création – Théologie Systématique #4

Voir la liste de tous les articles disponibles pour cette série



Pascal Denault est pasteur de l’Église évangélique de St-Jérôme. Il est titulaire d’une Licence (BA) et d’un Master en théologie (ThM) de la Faculté de théologie évangélique de Montréal. Pascal est l’auteur des livres Une alliance plus excellente (2016, Impact Académia) – Solas, la quintessence de la foi chrétienne (2015, Cruciforme) – The Distinctiveness of Baptist Covenant Theology (2013, Solid Ground Christian Books).


  • Francine

    … il va de soi qu’il ne peut y avoir aucune différence entre sa connaissance et son décret.

    Bien sûr que si ! Pour Dieu comme pour l’homme, les verbes connaître et décréter décrivent des actions internes différentes, ou bien les mots n’ont plus de sens. Dieu connaît la pensée perverse du pécheur, mais il ne la décrète pas, elle lui fait horreur, et provoque sa colère.

    D’autre part à quoi correspond ce besoin de nous informer que ce que Dieu accomplit à l’extérieur de lui-même se dit en latin ad extra, tandis que ce qu’il décide en lui-même se dit ad intra ? A faire le lien avec les écrits des anciens philosophes qui parlaient latin couramment ? Mais n’importe qui devinera bien ce que peut signifier ad extra ou ad intra tout en restant incapable de lire deux lignes écrites en latin. Si le but de la théologie systématique consiste à mieux connaître le Dieu de vérité, on comprend mal comment la pédanterie et l’esbrouffe pourraient nous y aider.

    • Pascal Denault

      La distinction ad extra et ad intra est précieuse pour les théologiens puisqu’elle sert à préserver la simplicité divine. Le décret divin ne peut pas être une chose extérieure à Dieu qui informerait sa connaissance comme si Dieu écrivait ses décrets dans un livre.
      En ce qui concerne votre première remarque, je vous invite, encore une fois, à examiner la doctrine de la simplicité divine. Dieu n’est pas comme l’homme, il ne connaît pas comme vous et moi et bien que nous ne comprenons pas la pensée de Dieu, nous ne devons surtout pas la confiner à la condition de la créature qui est composée de parties alors que Dieu est indivisible (« without parts » pour l’exprimer comme l’orthodoxie chrétienne classique le fait). Si vous perdez la simplicité divine, vous faite de Dieu une idole.
      Et svp… un peu de gentillesse dans vos propos, ne sommes-nous pas chrétiens 🙂

      • Francine

        Bien que méchante de nature, je veux bien faire un effort pour être un peu gentille ; en contrepartie, essayez d’être un peu honnête dans vos réponses :

        1) Je n’ai jamais insinué que la distinction entre ce que Dieu faisait à l’extérieur de lui et ce qu’il décidait en lui-même, n’avait pas d’importance. J’ai fait remarquer qu’il était pédant et prétentieux de s’y référer par les expressions ad extra et ad intra. Pédant, parce que ces mots latins n’apportent aucune précision supplémentaire par rapport au simple français ; prétentieux, car leur emploi suggère au lecteur une maîtrise de la langue latine qui reste à démontrer. Les réformateurs, quant à eux, s’exprimaient en latin parce qu’ils le parlaient couramment, et que leurs lecteurs le lisaient aussi couramment. Il n’existe donc chez eux ni pédantisme ni prétention à ce sujet.

        2) Il est contradictoire de déclarer que « Dieu n’est pas comme l’homme », que « nous ne comprenons pas sa pensée », puis d’affirmer dans la foulée que « connaître » et « décréter » sont chez Dieu une seule et même action. Qu’en savez-vous ? vous qui n’êtes qu’un homme, et qui par conséquent ne pouvez pas comprendre la pensée de Dieu ?

        Or l’Ecriture déclare précisément l’inverse de vos propositions : Fait à son image, l’homme ressemble à Dieu plus qu’aucune autre créature. Au point tel que Dieu est devenu un homme, et que Paul s’écrie dans la première au Corinthiens : « Or nous, nous avons la pensée de Christ. »

        Non seulement la distinction entre connaître et décréter est expérimentalement connue des hommes, tous créés à l’image de Dieu, mais encore de nombreux passages de l’Ecriture témoignent qu’elle existe aussi en Dieu. Ainsi Dieu connaît les pensées mauvaises du pécheur, et il agit envers lui en conséquence. Il faut donc faire un distinguo entre connaissance divine et volonté divine. Dieu connaît l’intention perverse, il ne la décrète pas, il la juge ; ce n’est pas la même chose.

        3) Si l’on ne peut pas vous reprendre sans manquer de gentillesse, que signifie votre remarque : « ne sommes-nous pas chrétiens 🙂 « , il m’avait toujours semblé qu’un chrétien doit être prompt à reconnaître ses erreurs ou ses imperfections.

        • Pascal Denault

          Ma chère soeur, vous avez raison: je suis pédant et prétentieux! Je ne connais effectivement pas le latin et j’utilise ces termes en partie pour donner l’impression aux lecteurs que je sais de quoi je parle.

          Cependant, confession faite, je trouve la terminologie gréco-latine très utile pour enrichir le vocabulaire théologique et apporter des précisions qui ont un usage spécifique et historique dans le jargon des théologiens. C’est pour cela qu’on parle encore aujourd’hui de la périchorèse, de l’union hypostatique, du pactum et de l’ordo salutis, de l’homoousia, de la comunicatio idiomatum ou encore des solas de la Réforme même si les théologiens ne parlent plus le latin. Tous ces termes sont très utiles et je ne vois pas pourquoi on s’en passerait, pourvu qu’on explique dans la langue du lecteur ce que l’on veut dire… d’autant plus qu’ils ajoutent beaucoup de crédit à celui qui parle!

          Pour le reste, sauf votre respect, je ne crois pas que vous saisissiez l’enjeu de la simplicité divine… non pas que je saisisse moi-même cette doctrine de l’être de Dieu, mais votre contestation initiale (contre le fait qu’il n’y a aucune différence entre sa connaissance et son décret) me laisse perplexe. Vous semblez, par la teneur de vos propos, être bien cultivée; vous apprécierez donc la Somme théologique de Thomas d’Aquin concernant la simplicité de Dieu; doctrine qui a été reprise dans toutes les grandes confessions de foi protestantes.

          Votre frère… orgueilleux, prétentieux, arrogant et tout le reste qui lui nécessite impérativement la grâce de Dieu (qui n’est pas différente de sa justice puisque, comme vous le savez maintenant, il n’y a aucune différence entre Dieu et ses attributs non plus qu’entre ses attributs eux-mêmes) Pascal

          • Francine

            Croyez bien mon cher frère que je ne reste pas insensible aux vexations que vous inflige ce tyrannique orgueil, vous extorquant sans cesse des mots latins pompeux, sous la menace de voir votre réputation de grand théologien s’effondrer. Hélas, vous parlerai-je des affres que j’éprouve de mon côté entre les griffes d’une méchanceté viscérale, qui m’oblige à ne voir que les défauts d’autrui, et à les critiquer impitoyablement ? Ah, elles ne sont pas théoriques nos luttes personnelles avec le péché ! et encore, vous et moi possédons un grand atout. Nous avons réussi à le nommer ce péché : vous êtes pédant et je suis méchante ; au lieu que la plupart des chrétiens qui nous lisent, qui sont tout prêts à se reconnaître de pauvres pécheurs, seraient bien embarrassés de dire pourquoi.

            Ceci dit c’est moi qui suis perplexe d’apprendre que vous n’arrivez pas à concevoir que Dieu puisse distinguer en lui-même connaissance et volonté. En tant qu’êtres humains comment sommes-nous conscients de ce qui passe en nous ? Paul nous le rappelle : lequel connaît les choses de l’homme, sinon l’esprit de l’homme qui est en lui. De même, continue-t-il, seul l’Esprit de Dieu connaît les choses de Dieu. Or ce même Esprit de Dieu qui a inspiré l’Ecriture sainte sait faire la distinction entre sa propre connaissance et sa propre volonté. Je vous le répète pour la troisième fois : Dieu connaît ma méchanceté, Dieu connaît votre vanité, mais ils ne les a pas décrétées ! il les déplore, ce n’est pas pareil. Et voyez, dans sa bonté il veut nous en corriger.

            Je vais vous dire, votre Dieu systématique en théologie inoxydable, ce n’est pas tout à fait le même que le Dieu de la Bible, même s’il en inspire beaucoup. Le Dieu de la confession de foi réformée, comme vous l’avouez vous-même est fondamentalement simple ; ce qui s’explique facilement puisqu’il n’existe que dans l’esprit des théologiens. Le Dieu de la Bible est plus complexe, mais il existe pour de vrai, et par lui-même. Le Dieu réel est aussi plus humain que le Dieu réformé, et cela s’accorde parfaitement avec le fait qu’il nous a créés à son image, et qu’il a fini par s’incarner.

            …il n’y a aucune différence entre Dieu et ses attributs dites-vous.
            Pas d’accord ! le Dieu de la Bible n’est pas une somme d’attributs mais une personne, ou plus exactement trois personnes. S’il n’y a pas de différence entre Dieu et ses attributs, et que le Père et le Fils ont les mêmes attributs, alors le Père et le Fils sont la même personne, ce qui n’est pas vrai, poil au nez.

          • Pascal Denault

            Oh, mais ma chère soeur, goûtez un peu au vin nouveau de la théologie réformée et votre coeur s’adoucira en s’égayant. Votre méchanceté a probablement pour cause quelques amertumes passées qui polluent votre âme… La joie de Luther et la théologie de Calvin seront un excellent remède!

            Le Dieu que je confesse est non seulement l’inoxydable Éternel révélé dans la Bible, mais le Seigneur tel que confessé par l’Église universelle! Rejetteriez-vous Chalcédoine en plus de la foi de la Réforme?

            Que Dieu décrète votre endurcissement et vous blâme pour celle-ci n’a rien d’étonnant ma soeur (Rm 9.17-21); n’avez-vous jamais entendu parler du compatibilisme? La cause première du décret n’annule pas la réalité, la liberté ni la responsabilité des causes secondes. L’homme est libre, mais il n’est pas libre du décret divin. Si Dieu n’est pas Seigneur de tout, il n’est pas Seigneur du tout.

            Finalement, Dieu n’a pas des attributs contrairement à la façon dont vous l’exprimez, Dieu est ses attributs; c’est bien différent. Autrement Dieu dépendrait de qqch qui n’est pas Dieu pour être Dieu, mais il n’y a rien en Dieu qui n’est pas Dieu. Dieu n’a pas de l’amour, il est amour, et nous nous comprenons l’amour divin de manière analogique seulement.
            C’est intéressant que vous invoquiez la question de la Trinité en relation avec la simplicité et la remarque est valable (Bavinck y consacre une section pour ceux que ça intéresse). Mais ne soyons pas tri-théistes, le Fils n’est pas une partie que le Père n’est pas: ce que le Père est le Fils l’est également. Il ne s’agit pas de trois centres distincts de conscience: il n’y a qu’une connaissance, qu’une volonté, qu’une conscience divine. Mais oui, Dieu s’est révélé de manière complexe, car il est impossible de percevoir la lumière inaccessible qu’est Dieu. La révélation est donc un gros accommodement raisonnable.

            Je vous fais la bise au nom de Jésus dans l’espoir d’apaiser un peu l’aigreur de votre méchanceté 😉

(CC) (BY NC ND) Le Bon Combat. Vous êtes encouragé à partager l'ensemble des ressources disponibles sur ce site. Si vous reproduisez un extrait de l'un de nos articles, nous vous remercions d'y inclure systématiquement un lien renvoyant vers la source. Dans le cas où vous souhaiteriez reproduire un article dans son intégralité, merci de nous contacter.