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En quoi Thomas d’Aquin peut-il aider les évangéliques?

Cet article a été posté le 7 novembre 2012 sur le site de la Gospel Coalition par Gerald R. McDermott, Professeur au Roanoke Collège. Nous remercions TGC – Evangile 21 (la branche française de la Gospel Coalition) pour l’opportunité de traduire cet article en français. 
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Depuis des générations les évangéliques s’entendent dire qu’il faut éviter Thomas d’Aquin (1224-1274). La raison est qu’il serait le principal ancêtre du faux enseignement du salut par les œuvres dont le Catholicisme est imprégné.

Puisque Luther a montré avec justesse que la doctrine chrétienne toute entière tient ou s’effondre en fonction de l’interprétation de la doctrine de la justification, et que d’Aquin a conduit l’Église catholique à embrasser précisément l’opposé, les évangéliques ayant du discernement devraient donc renoncer à Thomas et à tous ses travaux.

De même, parce que Thomas a enseigné le salut par les œuvres ainsi qu’une théorie des sacrements mettant l’accent sur leur réception externe sans la nécessité d’une foi subjective (interne), il a été également suggéré aux évangéliques que sa version de la foi était entièrement étrangère à celle des évangéliques.

On allègue également que d’Aquin ne reconnaîtrait pas le besoin d’une relation personnelle avec Jésus-Christ. Et, certains ont même spéculé en disant qu’il n’a pas pu lui-même avoir la moindre relation personnelle avec le Dieu trinitaire.

Sur ces deux points, les évangéliques ont tort.

Thomas n’a pas enseigné le salut par les œuvres. Et, il était tout à fait au clair à propos de la nécessité d’une foi intérieure et d’une relation personnelle avec le Christ – même si l’on doit reconnaître qu’il ne pratiquait pas ces réalités de la même manière que les évangéliques modernes.

 

 

Luther et la justification

Permettez-moi tout d’abord d’expliquer la façon dont Thomas comprend la justification (c’est à dire, comment nous sommes acceptés par Dieu en vue du salut).

C’est en effet sur ce point que son enseignement est entré en collision, trois siècles après sa mort, avec celui de Luther et de la Réforme Protestante.

Pour Thomas, dans la justification, Dieu accomplit quelque chose au sein même de la personne (ce qui au passage correspond également à l’enseignement d’Athanase et d’Augustin).

Dès lors, la justification ne constitue pas uniquement le début de la vie chrétienne (comme Luther la décrivait le plus souvent) mais sa continuation et son perfectionnement ultime. C’est un changement dans l’être intérieur et non pas uniquement un statut légal (le passage du statut d’ennemi de Dieu à celui d’enfant de Dieu).

Pour Thomas, il n’existe pas de distinction -contrairement à ce qu’affirme Luther – entre la justification (la déclaration de Dieu qu’il nous accepte) et la sanctification (notre renouvellement intérieur).

Ainsi, il existe des différences entre Thomas et Luther concernant la justification et la sanctification.

Mais nous ne devrions pas exagérer ces différences. Comme Luther (et Calvin, en la matière), Thomas croit que la justification est un don de Dieu obtenu par la vie, la mort et la résurrection de Jésus, et non pas une récompense acquise par des accomplissements humains.

Selon lui, les gens ne peuvent rien faire qui puisse obtenir ou garantir cette justification :

Quelle que soit notre préparation (en vue d’une foi salutaire), celle-ci provient de l’assistance de Dieu, agissant dans l’âme en vue du bien. En ce sens, ce bon mouvement du libre choix lui-même, par lequel quelqu’un se prépare à recevoir la grâce de Dieu, est une action du libre choix produite par Dieu!

Thomas insiste sur le fait que personne ne “mérite la première grâce”, ce qui signifie ne mérite que Dieu s’approche de lui et agisse dans son cœur et sa pensée pour initier ce cheminement qui consiste en un retour vers Lui.

Thomas a bien parlé de “mérite” dans la vie chrétienne, mais il s’agit du mérite accordé aux croyants uniquement sur la base de la grâce de Christ, produisant en eux des œuvres justes.

Ainsi, il existe un principe de la grâce présent dans l’oeuvre de d’Aquin, y compris dans ses développements sur le mérite.

Un autre point de similarité entre Thomas et Luther, souvent présentés comme violemment opposés l’un à l’autre, est que Luther voyait lui-aussi la justification comme ayant un effet intérieur. […]

De même que Thomas n’a pas enseigné le salut par les œuvres, il n’adhérait pas à une vision mécanique des sacrements qui n’aurait pas requis une profonde piété.

Dans sa vie personnelle, Thomas faisait preuve d’une spiritualité qui ferait honte à beaucoup d’évangéliques. De manière régulière, alors qu’il écrivait ses traités théologiques, il s’agenouillait en prière parce qu’il faisait face à un problème intellectuel, et demandait à Dieu d’illuminer ses pensées.

Il a écrit de beaux hymnes et de belles prières à Christ et au Père, à l’usage de la vie quotidienne, et pour la communion.

Juste avant la fin de sa vie, alors qu’il célébrait la messe, Thomas tomba en transe. A partir de ce moment, et sans explication, il s’arrêta d’écrire et ne parla plus que très peu. Son secrétaire le questionna à ce sujet avec insistance. Thomas répondit que, comparé à ce que Dieu venait de lui révéler, tout ce qu’il avait pu écrire lui paraissait semblable à de la paille.

Un évangélique ébloui par la beauté de Dieu n’aurait pas mieux dit.

 

 

Pourquoi les évangéliques devraient-ils lire Thomas ?

A ce stade de l’article, certains évangéliques pourraient se le demander.

D’accord, Thomas a enseigné le salut par la grâce et avait une relation personnelle avec Jésus, et alors? Nous pouvons le lire, certes. Mais devons-nous le faire?

Pourquoi le lire lui plutôt que les grands théologiens protestants comme Luther, Calvin, et Edwards?

Ma réponse est que Thomas est particulièrement éclairant sur nombre de sujets de grande importance pour les évangéliques. Et à cause de sa profondeur et de sa vision, il les a abordés sous certains angles qui nous seront, spirituellement et intellectuellement, d’une immense aide au cours de notre pèlerinage vers la cité céleste.

Je parlerai d’abord de son magnifique esprit, puis de deux sujets sur lesquels il peut aider les évangéliques.

Thomas avait un intellect phénoménal. G.K Chesterton rapporte que lorsque l’on demandait à Thomas ce pour quoi il remerciait le plus Dieu, il répondait simplement, “j’ai compris chaque page que j’ai lue.”

Parfois il pouvait dicter à plus d’un secrétaire à la fois, sur différents sujets.

Une tradition affirme qu’il composait dans son sommeil, ce qui veut probablement dire qu’il rédigeait dans un tel état de concentration que cela ressemblait à une transe.

A l’occasion, cela avait des effets peu propices à la vie en société. En 1269, lors d’un repas avec le Roi Louis IX de France, Thomas pensait aux faux enseignements des Manichéens. Bien qu’il fût au milieu des invités mangeant avec le Roi, il frappa soudain la table en s’exclamant, “ça règle le problème manichéen!”

Il appela son secrétaire afin qu’il vienne prendre des notes. Aussitôt sa dictée terminée il se tourna vers le Roi et s’excusa abondamment : “Je suis désolé, je me croyais à mon bureau.”

Thomas a été déclaré “Docteur” de l’Église Catholique en 1567, et recommandé pour l’étude par le pape Léo XIII en 1879.

L’Eglise catholique savait qu’il n’était pas aussi éloquent qu’Augustin, l’ancien professeur de rhétorique, mais elle a rendu hommage à son extraordinaire clarté.

Ses plus grandes œuvres sont la Somme Théologique (une présentation systématique de la doctrine Chrétienne utilisant l’Écriture, la tradition, la philosophie et la théologie) et la Summa Contra Gentiles, un travail apologétique destiné à être utilisé par les missionnaires envoyés vers les musulmans.

 

 

Comment peut-il nous aider?

Voyons maintenant les deux sujets sur lesquels il peut aider les évangéliques.

 

 

Foi et raison

 

Le premier est la relation entre la foi et la raison. Sur ce thème il a écrit à la fois des travaux sophistiqués, accessibles seulement aux philosophes et théologiens, et d’autres plus populaires, comme la Summa contra Gentiles, qui peuvent être lus par des non-spécialistes.

Toujours sur ce sujet, il a articulé une importante distinction qui a depuis guidé les penseurs chrétiens : la différence entre ce qui peut être connu à propos de Dieu par la raison et ce qui peut être connu de Lui seulement par révélation, notamment au travers de la révélation biblique.

Selon Thomas, par la raison, on ne peut découvrir que les ce type d’idées sur Dieu : “Dieu existe”, “Dieu est parfait”, “Dieu est bon”, “Dieu ne change pas”, ou encore ”Dieu est partout”, “Dieu est éternel” et “Dieu est un”.

Il démontre ce point en expliquant qu’il s’agit de ce que Paul entendait lorsqu’il disait, à propos de tous les êtres humains :

Ce qu’on peut connaître de Dieu est manifeste pour eux, Dieu le leur ayant fait connaître. En effet, les perfections invisibles de Dieu, sa puissance éternelle et sa divinité, se voient comme à l’œil nu, depuis la création du monde, quand on les considère dans ses ouvrages. Ils sont donc inexcusables, puisque ayant connu Dieu, ils ne l’ont point glorifié comme Dieu, et ne lui ont point rendu grâce…
(Cf. Rom. 1:1-21a)

 

Les “Cinq voies”

 

Thomas est également connu pour ses “Cinq voies” ou preuves de l’Existence de Dieu.

Il affirme tout d’abord que quelque chose doit produire un changement ou un mouvement dans les autres choses sans que la première chose ne soit elle-même changée ou mise en mouvement par quoique se soit..

Ensuite, déclare que dans une chaîne de causes (A produit la cause B qui en retour produit la cause C, etc.) il doit y avoir une cause première :

Nous n’avons jamais observé, et nous ne pourrons jamais le faire, quelque chose qui soit le produit de lui-même, car cela signifierait que cette chose se précéderait elle-même, ce qui est impossible.

Finalement, il en vient aux objets ayant différents degrés de perfection, et argue que l’ordre des perfections dans les objets implique qu’il existe une source de ces perfections.

Le mouvement de choses dépourvues d’intelligence vers différents buts (comme par exemple des animaux cherchant de la nourriture ou des planètes cherchant l’orbite parfaite ) suggère que celles-ci sont gouvernées par quelque chose d’intelligent.

Les Cinq voies (ou preuves) de Thomas sont souvent mal comprises. Certains ont ridiculisé Thomas pour avoir pensé pouvoir prouver le Dieu des chrétiens.

Mais bien que Thomas affirmait qu’elles prouvaient ce que “chacun se représente comme étant Dieu”, il est évident qu’elles ne cherchaient à démontrer que l’existence d’une “cause première”, et non pas le Dieu des chrétiens per se. […]

Une autre opinion répandue est que Thomas pensait que ces preuves convaincraient n’importe quel incroyant. Mais il savait bien que le péché empêche l’incroyant de penser objectivement. Il a écrit davantage pour affermir la foi des étudiants en théologie plutôt que pour convaincre les septiques.
Thomas a également clairement affirmé que la raison ne peut pas démonter des vérités particulières au Christianisme, telles que la tri-unité de Dieu, la rédemption, etc. Ces vérités, disait-il, peuvent être connues uniquement par révélation au travers de l’Écriture.

La loi naturelle

Le deuxième sujet sur lequel Thomas peut nous éclairer est ce qu’on appelle la loi naturelle. Il s’agit de cette idée que la raison nous permet de concevoir certains absolus moraux
valables en tout temps et en tout lieu.
Cette approche possède une longue histoire, qui remonte jusqu’à Aristote, Cicéron et Augustin. Mais Thomas l’a développée au moyen de sa précision habituelle, de sorte qu’elle a eu après lui une influence majeure.
Voici un exemple de ce que Thomas pensait que la raison pouvait montrer à tous les hommes
via la loi naturelle :
  1. Le premier commandement de la loi consiste en ce que “le bien doit être recherché et accompli, et le mal doit être évité”
  2. Par conséquent, de manière générale, se préserver soi-même est une bonne chose.
  3. Ainsi, la procréation et l’éducation des jeunes sont de bonnes choses.
  4. Enfin, les êtres humains devraient apprendre ce qui peut être appris à propos du sens de la réalité (c’est à dire pour d’Aquin, Dieu) et à vivre en société. Autrement dit, pour lui, le premier commandement implique que les gens devraient fuir l’ignorance, ne pas offenser les autres lorsque cela n’est pas nécessaire, et pratiquer la civilité envers tous.
Cela ne veut pas dire que, pour Thomas, la loi naturelle consiste en une liste d’instructions détaillées ou de
règles s’appliquant à toutes les situations. Bien plutôt, elle a été conçue pour constituer un cadre qui,
complété par l’intelligence pratique, la conscience, et la loi civile, est destiné à promouvoir le bien
commun pour une société particulière.
Quand les lois civiles sont en accord avec la loi naturelle, elles peuvent alors participer à la “Loi éternelle de Dieu”. Mais quand elles violent la loi naturelle, elles deviennent injustes. Elles deviennent “des actes de violence plutôt que des lois”, et par conséquent “de telles lois ne s’imposent pas à la conscience”.
L’implication de cette approche, comme l’a fait observer Martin Luther King dans sa célèbre “Lettre depuis la prison de Birmingham”, est que le chrétien est libre et est parfois obligé de s’engager dans la désobéissance civile.
On comprend alors pourquoi l’articulation que Thomas d’Aquin à donné à la loi naturelle a été non seulement appréciée des théoriciens du droit ou des spécialistes de l’éthique, mais également des défenseurs des droits de l’homme, et cela encore aujourd’hui.
Il y a beaucoup, beaucoup d’autres raisons pour lesquelles une lecture approfondie de Thomas d’Aquin peut être une immense aide pour les évangéliques.
Il parle avec profondeur et pertinence de problématiques actuelles sur la manière on doit parler de Dieu, ce que nous pouvons ou ne pouvons pas connaître de Dieu, les vertus qui sont spécifiquement chrétiennes et celles qui ne le sont pas, ce que signifie être saint et heureux, sur la signification de l’incarnation et bien plus encore.
Ma conclusion, en direction des évangéliques, sera donc : n’ayez pas peur! Plongez dans les eaux profondes de la pensée de l’un des plus grands esprits de la Grande Tradition.
Gerald R. McDermott

Pour aller plus loin :

– Ceux qui maîtrisent l’anglais et qui souhaiteraient lire une perspective un peu plus nuancée sur Thomas d’Aquin peuvent se référer à cet article de K. Scott Oliphint.
– Vous pouvez également consulter cet article de Jean-Marc Berthoud.


Marié et père de 3 enfants adoptés, je viens d'un arrière plan familial communiste et catholique non pratiquant Je me suis converti à Jésus-Christ à l'âge de 21 ans au terme d'une intense quête existentielle. Fonctionnaire des finances publiques, je suis passionné de théologie et engagé au sein de mon Église locale. J'aime jouer de la guitare, les randonnées en montagne et le Karaté.


  • Merci Ulisses d’avoir partagé cet article sur Thomas d’Aquin avec nous. J’avais lu, il y a déjà quelques années, trois chapitres dans « Le règne terrestre de Dieu » (de J.-M. Berthoud) sur d’Aquin, et je l’avais trouvé très profond.

    Savoir que d’Aquin fusionnait la justification et la sanctification aide à expliquer certains malentendus.

    J’ai cependant quelques réserves quant à la « loi naturelle ». Pour commencer, c’est un concept d’origine stoïcienne, donc païenne, ce qui est problématique. Je cite Joe Boot dans « The Enduring Relevance of Biblical Law » :

    « In Christian thought, the main rival to biblical law has been variations of natural law theory. Natural law is not an identifiable body of laws, but an abstraction. The concept was first developed by the Stoic philosophers of the late classical Greek period. […] For the Stoic, reason itself was inherent in the universe as an impersonal principle (god) […] This error should be familiar as the illusory claim of autonomy and neutrality in knowledge, which lies at the root of paganism […] As opposed to the doctrines of classical philosophy, Scripture teaches that the human problem is essentially ethical, not a lack of information. Sinful humanity, in the face of our better knowledge, chooses evil – the Fall radically affected human reasoning, not just a person’s soul and body. »

    Source : http://www.ezrainstitute.ca/resource-library/jubilee/law-and-gospel-part-1 (aux pages 9 et 10)

    Ensuite, Augustin a jonglé avec le concept de loi naturelle. Augustin a tenté de réconcilier le christianisme avec la loi naturelle en affirmant que la loi naturelle et la loi révélée (biblique) originent tous les deux de Dieu et coexistent. Si je ne m’abuse, c’est cette position qui a prévalu au Moyen Âge et qui prévaut encore aujourd’hui dans le catholicisme.

    Enfin, arrive la Réformation. Le concept de loi naturelle était tellement répandu et accepté en Europe au XVIe et XVIIe siècles que les protestants n’ont pas osé le rejeter complètement. Cependant, les protestants ont redéfinit la loi naturelle de manière à un faire une coquille vide.

    La position majoritaire de la Réformation affirme
    que la loi naturelle n’est ni différente ni autonome de la loi biblique. La position minoritaire de la Réformation affirme que ces deux lois
    peuvent être distinguées mais que la Chute rend la loi naturelle
    insuffisante pour réguler les collectivités humaines et que c’est
    pour cela que Dieu nous founit un système de lois révélées dans la Bible.

    Dans un cas comme dans l’autre, la loi naturelle est un concept strictement impertinent :
    — ou bien la loi naturelle se confond avec la loi révélée ; dans ce cas mieux vaut se référer à la Bible ;
    — ou bien la loi naturelle est étouffée par la Chute ; dans ce cas mieux vaut se référer à la Bible.

    Voir mon tableau ici pour les références historiques : http://monarchomaque.org/2014/06/06/loi-naturelle/

    • Ulisses DE SOUSA MENDES

      Merci pour ce commentaire riche et pertinent… je suis essentiellement d’accord avec ce qui est dis sur l’idée que la Loi naturelle serait identique en substance avec la Loi morale de Dieu décrite dans les 10 commandements.

      Je crois que d’Aquin reconnait simplement ce que l’apôtre Paul affirme en Romain 1, c’est à dire qu’il existe dans le cœur de l’homme naturel, une loi, ou une œuvre de la Loi de Dieu, qui doit l’amener à reconnaitre, au travers la création, que Celui-ci existe ainsi que ses exigences vis à vis de l’homme.

      Il me semble que d’Aquin ne va pas tellement au delà de cette affirmation, il identifie simplement la loi naturelle à la raison. mais une raison raisonnée par les écritures, une raison formée par Dieu et purifiée graduellement des effets de la chute.

      D’autre part s’il faut se garder de certaines aspects de la pensée grecque on peut aussi y déceler parfois des « intuitions » tout à fait justes, que par ailleurs, Dieu nous a révélé dans les écritures ( Romains 1 ).

      Le tableau portant un historique de la position des principaux réformateurs qui identifient peu ou prou la Loi naturelle à la Loi morale donnée par Dieu, est très intéressant. et cela confirme ce qui est dit précédemment.

      En tant que Protestant je suis d’accord que la Loi naturelle ne suffit pas pour réguler les affaires des hommes et évidemment encore moins pour le salut et cela à cause des effets du péché sur la raison et le sens moral.

      Mais je crois important de reconnaitre avec d’Aquin et les réformateurs qu’il existe en l’homme cette capacité créationnelle ( même si la chute l’a considérablement amoindrit ) qui lui permet de reconnaitre un certain nombre de vérités et principes d’ordre moraux et naturels. Même si je suis d’accord que dans tous les cas il faut en dernier ressort s’en référer à la Bible.

      Mettre totalement de coté la loi naturelle me semblerait amputer l’homme d’une partie de ce que Dieu lui a donné en le créant, même si le péché l’ait abimé. La rédemption ne fait pas l’économie, au contraire, d’une restauration des facultés partiellement perdue à cause de la chute.

      Je dirais que les différences entre d’Aquin et la pensée majoritaire des premiers Réformateurs, n’est pas si grande et nous, les descendants des seconds nous gagnerions à les découvrir l’une et l’autre … tant il est vrai que l’évangélisme actuel est relativement ignorant du riche contenu de son héritage …

      D’ailleurs nous pourrions facilement nous interroger comme le fait J.Todd Billings ( http://jtoddbillings.com/wp-content/uploads/sites/2/2014/06/Billings-Catholic-and-Reformed-Pro-Ecclesia1.pdf ) sur la possibilité et peut être la nécessité pour nous descendant de la Réforme d’en découvrir le contenu authentiquement catholique.

      Après tout les réformateurs ne se voyaient généralement pas comme autre chose que des Catholiques Réformés.

    • Ulisses DE SOUSA MENDES

      Merci pour ce commentaire riche et pertinent… je suis essentiellement d’accord avec ce qui est dis sur l’idée que la Loi naturelle serait identique en substance avec la Loi morale de Dieu décrite dans les 10 commandements.

      Je crois que d’Aquin reconnaitsimplement ce que l’apôtre Paul affirme en Romain 1, c’est à dire qu’il existe dans le cœur de l’homme naturel, une loi, ou une œuvre de la Loi
      de Dieu, qui doit l’amener à reconnaitre, au travers la création, que Celui-ci existe ainsi que ses exigences vis à vis de l’homme.

      Il me semble que d’Aquin ne va pas tellement au delà de cette affirmation, il identifie simplement la loi naturelle à la raison. mais une raison raisonnée par les écritures, une raison formée par Dieu et purifiée graduellement des effets de la chute.

      D’autre part s’il faut se garder de certaines aspects de la pensée grecque on peut aussi y décelerparfois des « intuitions » tout à fait justes, que par ailleurs, Dieu nous a révélé dans les écritures ( Romains 1 ).

      Le tableau portantun historique de la position des principaux réformateurs qui identifient peu ou prou la Loi naturelle à la Loi morale donnée par Dieu, est très intéressant. et cela confirme ce qui est dit précédemment.

      En tant que Protestant je suis d’accord que la Loi naturelle ne suffit pas pour réguler les affaires des hommes et évidemment encore moins pour le salut et cela à cause des effets du péché sur la raison et le sens moral.

      Mais je crois important de reconnaitre avec d’Aquin et les réformateurs qu’il existe en l’homme cette capacité créationnelle ( même si la chute l’a considérablement amoindrit ) qui lui permet de reconnaitre un certain nombre de vérités et principes d’ordre moraux et naturels. Même si je suis d’accord que dans tous les cas il faut en dernier ressort s’en référer à la Bible.

      Mettretotalement de coté la loi naturelle me semblerait amputer l’homme d’une partie de ce que Dieu lui a donné en le créant, même si le péché l’a abimé. La rédemption ne fait pas l’économie, au contraire, d’une restauration des facultés partiellement perdue à cause de la chute.

      Je dirais que les différences entre d’Aquin et la pensée majoritaire des premiers Réformateurs, n’est pas si grande et nous, les descendants des seconds nous gagnerions à les découvrir l’une et l’autre … tant il est vrai que l’évangélisme actuel est relativement ignorant du riche contenu de son héritage …

      D’ailleurs nous pourrions facilement nous interroger comme le fait J.Todd Billings ( http://jtoddbillings.com/wp-content/uploads/sites/2/2014/06/Billings-Catholic-and-Reformed-Pro-Ecclesia1.pdf ) sur la possibilité et peut être la nécessité pour nous descendant de la Réforme d’en découvrir le contenu authentiquement catholique.

      Après tout les réformateurs ne se voyaient généralement pas comme autre chose que des Catholiques Réformés.

      • Bonjour Ulisses,

        Je suis parfaitement d’accord que l’humain est créé avec la capacité de comprendre que Dieu existe, que Dieu a des exigences vis-à-vis de l’homme, et qu’il existe une différence entre le bien et le mal. Mais je crois que ça s’arrête là. Au-delà de ça, à mon avis, toutes les bonnes choses que des humains peuvent penser, dire ou faire ne sont que des effets de la grâce particulière ou des effets de la grace générale (la « grâce commune » de Kuyper).

        À vrai dire je m’objecte surtout à la loi naturelle comme *source de droit* séparée et autonome du droit biblique. Cette idée est en vogue dans certains cercles réformés anglophones aujourd’hui (Meredith Kline, Michael Horton, David VanDrunen) et elle est complètement erronée.

        J’ai téléchargé le document de Todd Billings, je le lirai prochainement et vous ferai une rétroaction. Si j’ai à me prononcer sur l’introduction, je dirai ceci : OUI à la revendication d’un héritage « catholique » par les réformés, mais NON à l’oeucuménisme avec les catholiques romains.

        En attendant, déclarons avec Théodore de Bèze que les véritables catholiques sont les protestants : http://monarchomaque.org/2014/07/15/beze-catholique/

        Et, si le thème de la tradition vous intéresse, je vous invite à consulter les références de ce document, où je cite des érudits réformés qui ont dégagés pas moins de QUATRE différentes conceptions de la « tradition » à travers l’histoire de l’Église :

        http://monarchomaque.org/2014/04/09/tableau-peres-eglise/

        Cordialement,
        Tribonien

        • Ulisses DE SOUSA MENDES

          Merci pour ton com … En fait je crois que nous sommes essentiellement d’accord.

          Je comprends ton souci de vouloir fermer la porte à une démarche qui donnerait trop de place à la raison naturelle autonome mais je ne crois pas me tromper en disant que si certains thomistes actuels ont suivis la voie de la raison autonome en profitant des prémisses ( mal compris d’après moi ) de D’Aquin, Thomas lui- même et les plus traditionnels des thomistes ( voir articles de JM Berthoud ) n’envisagent pas du tout la raison comme autonome. Je considère qu’ici raison et loi naturelle se chevauchent, et d’Aquin a affirmé clairement et l’insuffisance de la loi naturelle pour établir une connaissance au delà des points que tu a reconnus toi-même (existence de Dieu, sens du bien et du mal …), et évidemment pour les sujet touchant au salut de l’âme. Pour lui la raison est « raison raisonnée comme je l’ai déjà dit, raisonnée par une norme supérieure qu’il identifie à la révélation comprise dans les écritures .

          Je ne sais pas s’il faut aller beaucoup plus loin que ça dans le but d’éviter une dérive « autonomiste ».. car après tout on pourrais finir par rejeter de manière indue la raison elle-même comme semble l’avoir fait Luther en la qualifiant de « putain du Diable » .. Or si la raison peut devenir une catin lorsqu’elle tourne le dos à son légitime Maitre, elle peut ( par la grâce de Dieu ) et elle doit surtout être fidèle à celui-ci … D’ailleurs l’histoire nous montre l’existence et la relative justesse de la loi naturelle .

          Par exemple, depuis toujours les sociétés humaines ont reconnues que le « mariage » ( qu’ils l’aient qualifiés ainsi ou pas est secondaire ici ) était l’union d’un homme et une femme, l’ont -elles fait sur la base de la loi naturelle, la révélation générale ou la révélation spéciale ?

          Je crois que la loi naturelle aidée par la révélation générale ( ne sont-elles pas entremêlée ? ) ont souvent suffit à établir avec juste cette définition et surtout cette pratique millénaire du mariage . Que la révélation spéciale que sont les écritures nous y aient aidée nul ne peut en douter, en tout cas pour la portion de l’humanité qui y avait accès.

          Donc, si nous devons rechercher une base pour l’établissement des lois de la société, il est clair que la révélation spéciale est la meilleure source ( encore faut-il pourvoir en recevoir la juste interprétation, exercice où la raison à aussi sont rôle a jouer sous l’influence et la maitrise du Saint-Esprit et de la Tradition de l’Église ), mais peut on nier que la loi naturelle et la raison n’y participent pas ? Je ne le crois pas.

          Ceci dit, je suis d’accord avec toi pour dire que la démarche appelée Two -Kingdom-Theology n’est pas bien fondée et qu’elle participe du moins à la suite de son ancêtre Luthérien à évacuer de l’espace public une réflexion faisant toute sa part à la révélation spéciale qu’est la bible.

          L’idée qu’il existerait un espace neutre où croyants et non croyants pourraient se rejoindre pour tenter d’élaborer ensemble les lois de la société n’est pas très réaliste. Et l’histoire confirme cette « utopie  »
          La raison comme tout autre capacité humaine est entaché du péché , il lui faut donc toujours la Bible pour l’éclairer et ça Thomas l’avais compris je crois .Même s’il accorde une place à la raison naturelle en tant que faculté donnée par Dieu pour aider l’homme dans sa recherche de la vérité .

          Pour finir, peut on si facilement évacuer le devoir de recherche de l’unité en disqualifiant l’œcuménisme ?

          Évidemment tout est question de définition … et je crois à l’instar de Pierre Courthial qu’il y a une Place pour un œcuménisme de conviction, un œcuménisme « viril » comme il le disait pour le différencié de celui qui se base sur une forme de sentimentalisme autour de « jésus » sans que l’on sache bine qui il vraiment pour les uns et les autres … Et se faisant nous découvrons parfois, et sur des sujets par exemple d’éthique ou sociétaux, qu’en tant que Réformés, il nous arrivent d’être plus proches des positions Catholiques ou Orthodoxe traditionnelles que de celles des mouvements se rattachant eux mêmes à la réforme mais que les réformateurs auraient certainement beaucoup de mal à reconnaitre comme leur descendance … en tout sans larmes de dépit !

          Merci pour les références, je ne manquerai pas d’y jeter un œil .

          • Bonjour Ulisses,

            Je rejoins tes propos concernant la « loi naturelle » et la raison. Si j’ai bien compris, pour les thomistes traditionnels, la loi naturelle découle de la raison, et dans la hiérachie des normes, autant la raison que la loi naturelle sont subordonnés à la loi révélée. D’ailleurs, rejeter totalement la raison comme levier dans notre démarche chrétienne — tel que le font aujourd’hui beaucoup d’évangéliques — conduit à une forme d’anti-intellectualisme préjudiciable à l’Église.

            Le « primitivisme » cerné par Todd Billings, qui est pratiqué autant par les chantres de l’« Église » émergeante que par nombre de fondamentalistes (je parle du courant né dans la décennie 1920 aux États-Unis puis qui a essaimé à travers le monde), est la « Tradition zéro » décrite par Keith Mathison et Heiko Oberman. C’est la position du solO scriptura, celle du chrétien isolé avec sa Bible personnelle, celle fait fi de deux millénaires d’histoire de l’Église.

            La tradition « catholique-réformée » identifiée par Billings est la « Tradition I » décrite par Mathison et Oberman. C’est la position de la majorité des Pères de l’Église, de plusieurs théologiens médiévaux (dont Thomas d’Aquin), et de la Réformation magistérielle.

            Finalement Billings ne parle quasiment pas l’oeucuménisme. Il mentionne la « theological interpratation of Scripture » (TIS), approche quiqui est parfaitement légitime et même très souhaitable. Il n’y a aucun doute que maints théologiens antiques et médiévaux ont couchés par écrit beaucoup de réflexions utiles à une bonne compréhension de la Bible, même si sur de nombreux points, ces théologiens ont pu verser gravement dans la fausseté. « Examinez toutes choses et retenez ce qui est bon » (1 Thessaloniciens 5:21).

            Pour l’oeucuménisme à proprement parler, je suis de l’opinion que ce qui rapproche réellement les protestants et les romanistes, ce n’est pas une « foi commune », mais plutôt un patrimoine civilisationnel commun et des valeurs familiales communes. Donc sur des enjeux éthiques et sociétaux, oui, il est souvent opportun que les réformés fassent front commun avec les romanistes. Mais nous ne devons pas nous laisser leurrer : le catholicisme romain est un syncrétisme christiano-païen, et les romanistes sont des polythéistes. Que nous partagions avec eux la croyance en la Trinité et la Résurrection, c’est bien, mais ce n’est pas suffisant pour qu’on puisse parler d’une foi commune. En Inde, beaucoup d’hindous et de bouddhistes font comme les romanistes : ils incluent Jésus dans leur panthéon tout en rendant un culte à une ribambelle de petites déités ; pourtant, il n’y a pas lieu de parler d’une foi commune entre les réformés et les hindous.

            Cordialement,
            Tribonien

          • Ulisses DE SOUSA MENDES

            Merci… nous sommes essentiellement d’accord, même si je serais un peu plus nuancé par rapport au Catholicisme Romain.

            Fraternellement
            Ulisses

  • Alain Hache

    Très acrobatique comme démonstration. Par ailleurs, l’auteur n’a rien compris à la doctrine luthérienne de la justification et de la sanctification.Je ne crois pas que le thomisme soit d’une grande utilité aux Evangéliques.Surtout dans le contexte actuel où l’Eglise de Rome fait « les yeux doux » aux Evangéliques. Or, on connait la pensée profonde du Jésuite qui a été élu Pontife romain.Méfiance.

    • Ulisses DE SOUSA MENDES

      Merci pour votre commentaire … une question si je peux me permettre, qu’est ce qui vous semble erroné dans la définition que l’auteur donne de la justification selon Luther ? …

  • Etienne Omnès

    Cela aura mis quelque mois à faire son chemin, mais l’idée plantée par cet article a fini par germer: je suis en ce moment en train de lire la Somme Théologique de Thomas d’Aquin. Que puis-je en dire?

    C’est comme si vous étiez dans une salle de musculation, et qu’il y a au sol des haltères de 150 kg. Vous décidez de tester un peu votre force, et bandez vos muscles pour voir si vous pouvez soulever. Avec beaucoup d’efforts, les muscles déchirés, vous soulevez bravement les haltères de 5 cm au dessus du sol. Vous relâchez tout (BOUM!) et faites la danse de la victoire en montrant à tous que vous savez soulever des haltères de 150 kg.

    Puis rentre un gros boeuf dans la salle, le genre d’homme qui doit passer la porte de profil. Avec une main et tout en fluidité, il soulève les mêmes haltères comme d’autres soulèvent leurs paniers de courses.

    C’est l’effet que me fait Thomas d’Aquin quand je lis ce qu’il écrit sur l’Incarnation. Je croyais avoir compris le bazar, mais en le lisant je me rends compte que j’étais tout simplement ignorant. Il a un esprit absolument exceptionnel, un discernement rare, et une aisance que je n’ai jamais vu en philosophie.

    J’ai crains au départ que ce soit un catholique très romain. Il s’avère que non. Bien sûr que c’est un théologien médiéval et qu’il avait donc une haute idée du pape, et qu’il a dédiée son oeuvre à « la Vierge Marie, siège de toute sagesse » (grr) mais c’est par l’écriture seulement qu’il contre l’erreur, et l’écriture correctement interprétée en plus. Et enfin, on ne peut tout simplement pas nier que peu importe ses idées particulières, Thomas d’Aquin aimait le Seigneur de toutes ses fibres. Qui peut autant que lui plonger dans les mystères du Seigneur sans aimer son sujet d’études? Associé à ce que l’on sait de lui de façon extérieure, on est rassuré par sa piété. Il y a juste des fois où j’aimerais qu’il reste davantage sur le terrain de la Bible plutôt que celui de la patristique, qu’il cite la lettre aux romains plutôt que Jean Chrysostome, mais qu’importe: il élargit ma tente comme peu d’auteurs savent le faire, et me fait découvrir des merveilles à l’incarnation que je n’ai jamais lu.

    J’en profite pour donner un conseil que l’on m’a donné: ne commencez pas la Somme théologique par le début. Commencez par la Troisième partie, qui parle de Jésus, particulièrement plus loin où l’on parle de la vie de Jésus. Il sera toujours temps de lire ce qu’est une hypostase plus tard dans la première partie. Autre conseil: lisez lentement. Reformulez avec vos propres mots. Prenez le temps. Il sait dire énormément en peu de mots, ce qui fait que lire beaucoup de Thomas d’Aquin s’avère vite trop. On lit Thomas d’Aquin comme on mange du chocolat: avec modération et dégustation. 🙂

    • bonshommes

       » Qui peut autant que lui plonger dans les mystères du Seigneur sans aimer son sujet d’études?  »

      Beaucoup de personnes. Ne serait ce que par defi intellectuel. Ce qui semble etre le soucis premier de bcp d’articles de ce site. Ce dont les evangeliques ont besoin aujourd’hui, c’est de revenir aux fondamentaux de la marche avec Christ et de la consecration personnelle. Cela s’obtient par une vie de priere et de lecture de la Parole sous l’Influence directe du Saint Esprit et non pas de la somme theologique de D’aquin dont on peut ressortir impressione ou humilie (Cf salle de musculation) mais certainement pas edifie.
      Les Paroles du Seigneur sont Esprit et Vie, et la chair ne sert a rien, sinon les erudits de l’ancien testament auraient perce le mystere de Christ par eux meme.
      Mr Gerald R. McDermott, cessez de distraire le peuple de Dieu. Que Thomas d’aquin ait un intellect exceptionnel ou qu’il n’ait pas besoin de secretaire ne nous sera d’aucune utilite aussi longtemps que nous serons comme des petits enfants demandant a l’Eternel de nous faire grace afin de parvenir a sa Connaissance pour Son Service.
      Pour ceux qui veulent jouer les erudits au repas du dimanche ou bien entretenir leur boite a doctrines, en revanche, le thomisme est effectivement un passage incontournable.

      • Etienne Omnès

        Je ne me suis pas senti attaqué, mais au contraire stimulé 🙂

        Et je vais peut être te surprendre, mais je suis d’accord sur l’essentiel de ce que tu dis.

        La seule chose sur laquelle je me démarque, c’est sur l’incompatibilité supposée entre la philosophie et la louange à Dieu. Je crois que le problème n’est pas dans le sujet (étude de la philosophie ou étude de l’évangile?) mais dans le coeur de celui qui étudie (je connais des chrétiens authentiques et philosophes et des athées qui connaissent parfaitement les évangiles, et les étudient plus que beaucoup de chrétiens)

        On peut étudier les paroles de Jésus à la Croix, et ne pas être édifié.
        On peut étudier ce qu’est la nature de Dieu dans un ouvrage de Thomas d’Aquin, et être édifié.

        L’édification a tout à voir avec le coeur et non le sujet d’étude.

        Attention cependant à ne pas mettre les deux sur le même plan: la Bible est la source de toute connaissance sur Dieu, pas seulement un des moyens possible. Si une chose n’est pas en accord avec la lettre et l’esprit de la Bible, elle ne vaut pas la peine d’être enseignée ou écoutée.

        Je vais développer une autre image: vous me dites: nous devrions rester aux fondamentaux et apprendre à naviguer sur la mer, avec le St Esprit comme GPS et la Bible comme carte marine. Amen mon frère, nous ne sommes effectivement pas censés y aller à la nage selon notre fantaisie. Mais sais-tu que sous la surface de la mer il y a une magnifique barrière de corail multicolore et pleine de vie, qui ne demande qu’à être admirée? Tout ce qu’il faut faire, c’est prendre un masque et un tuba et plonger sous l’eau. Il est vrai que certains se sont éloignés du bateau et se sont noyés. D’autres ont confondu les bancs de requin avec des sardines. D’autres encore, sont allés dans les profondeurs en apnée, et ne sont jamais remontés. Mais malgré ces risques, ce qui est sous l’eau (la métaphysique) est tellement beau à voir que ça les vaut, pour peu qu’on respecte les « règles de sécurité » A savoir: ne pas s’éloigner du bateau et se faire accompagner par le St Esprit pour nous guider. Se rappeler aussi que nous ne sommes pas spécialement fait pour nager sous l’eau et que c’est une grâce spéciale que Dieu nous fait de nager sous l’eau, mais que ce n’est certainement pas un lieu de vie pour l’homme où s’installer.

        Continuons à développer: pourquoi plongerais je sous l’eau? Je me contente de mon bateau et tout va bien. Oui, le bateau seul suffit et nous n’avons pas besoin d’autre chose. Mais celui qui va sous l’eau comprendra mieux la dynamique des courants qui dirigent son bateau (les courants de pensées modernes qui nous influencent), il verra aussi sous la coque s’il y a des endroits fragiles (nos fausses croyances). Il pourra voir par lui-même à quel point la mer est grande et profonde, et à quel point il est futile de s’imaginer pouvoir tout connaître de la mer sur laquelle nous sommes. Celui qui reste sur le bateau sait que la mer est profonde, mais il ne l’expérimente pas. Celui qui ose plonger sous l’eau de temps en temps l’expérimente de près, et en restera avec un profond respect et une grande admiration du monde sous-marin.

        Il ne s’agit pas de naviguer en sous-marin (d’ailleurs on est aveugle dans un sous-marin). Il s’agit juste de s’autoriser à « piquer une tête » de temps en temps.

        En lisant Thomas d’Aquin, le Seigneur m’apprend la plongée sous-marine en gros 🙂

        Que le Seigneur te bénisse, mon frère.

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