Comprendre les 10 plaies d’Egypte #3 – trois exemples exégétiques

Après avoir introduit et défini les 10 plaies d’Egypte dans le premier article, nous avons évoqué dans un deuxième article la possibilité exégétique d’une polémique contre les idoles d’Egypte .
Le présent billet se veut être une rapide évaluation de cette approche sur la base du récit de trois des plaies. 

 

L’analyse de trois exemples précis et emblématiques montrera que, tout en reconnaissant une certaine valeur à l’approche de la polémique contre les idoles, on ne peut adopter complètement cette grille de lecture ; et qu’il suffit de d’approfondir le texte et son contexte pour tirer toutes les leçons essentielles du passage :

 

1- Le Nil changé en sang

Le fleuve qui symbolisait l’origine divine de la vie est changé en sang, vecteur de puanteur et de mort.
Un verset mentionne même que le sang se trouverait même sur (ou “dans”) les “bois” et les “pierres”, ce qui peut être compris comme des récipients (traduction la plus répandue) ou comme des statuettes domestiques de divinités égyptiennes (Dt 29.16-17).

Cela correspondrait à la rhétorique générale des prophètes bibliques qui comparent les divinités étrangères à des morceaux de matière inerte “de bois et de pierre” (Dt 4.28 ; Da 5.4 ; Hk 2.19 ; Ap 9.20).

Les Israélites étaient d’ailleurs sensibles au culte polythéiste des Egyptiens (Jos 24.14) et souiller les statues égyptiennes aurait été une remise en cause directe de cette religion.

Cependant, comme nous l’avons vu, les polémiques contre les idoles sont rarement masquées ou discrètes dans l’Ecriture, il ne s’agit donc probablement que de récipients en bois et en pierre.

 

3- Les cendres des fourneaux

Certains associent ce geste à un rituel égyptien où l’on immolait par le feu un humain vivant avant de disperser ses cendres dans les airs afin d’en retirer une bénédiction.

L’Éternel dit à Moïse et à Aaron: Remplissez vos mains de cendre de fournaise, et que Moïse la jette vers le ciel, sous les yeux de Pharaon. Elle deviendra une poussière qui couvrira tout le pays d’Égypte; et elle produira, dans tout le pays d’Égypte, sur les hommes et sur les animaux, des ulcères formés par une éruption de pustules.” (Ex 9.8-9)

D’autres y voient la parodie d’un geste typique des magiciens égyptiens, qui jetaient en l’air les cendres d’excréments bovins pour maudire quelqu’un – d’ailleurs ce fléau semble toucher particulièrement ces derniers, au point qu’ils ne peuvent se présenter devant Pharaon.

D’autres enfin l’alignent avec les 4 premières en y voyant des malédictions de l’eau (sang & grenouilles), de la terre (poux), de l’air (mouches) et donc finalement du feu (le mot hébreu pour ulcères impliquant également une inflammation). Cela nécessite cependant de mettre de côté la 5e plaie.

Ces deux explications reposent sur une interprétation vague du texte car le mot hébreu traduit “fourneau” fait bien référence à un fourneau de travail et non à un bûcher ou à un feu de camp.

Il faut donc déceler dans cette plaie une ironie : les Egyptiens avaient opprimés les Hébreux au moyen des fourneaux où ils étaient forcés de cuire leurs propres briques, la suie produite allait maintenant se retourner contre eux. (1)

 

3- What the frog ?!

Imagine-t-on des animaux moins menaçants que les grenouilles ?

Et pourtant, Dieu dit explicitement que cette plaie est une “frappe” (Ex 7.27), détaillant que des milliers de petits batraciens (froids et gluants) envahiront les maisons des égyptiens : chambres, lits, fours, (v.28-29), cours intérieures et champs (Ex 8.9). Or ces animaux colportent des saletés, se soulagent partout, et coassent.

Voilà la plaie ! Leur mort est également nauséabonde (Ex 8.10).

 

 

Retrouvez le 4ème et dernier article de la série ici 

 

 

EH

 

 

Notes et références :

(1) Si cette plaie affecte particulièrement le clergé et les magiciens égyptiens, qui ne sont pourtant pas en cause pour les briques, c’est selon une logique d’intensification (voir article précédent) : dans le premier trio de plaies, ils en imitent deux puis s’avouent vaincus à la troisième ; dans le second trio, ils sont simples spectateurs pour deux, puis en sont victimes de la troisième ; et ils sont absents pour le dernier trio.




Seul chrétien de ma famille, converti à 21 ans, puis étudiant en Théologie et désormais apologète à mes heures, je m'intéresse particulièrement aux rapports entre la foi, les visions du monde et la culture populaire (voir "Visio Mundus", site partagé avec Y. Imbert, professeur d'apologétique).

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