Comprendre les 10 plaies d’Egypte #1 – Introduction

Cet article est le premier d’une série de quatre consacrée à l’exposition de certains éléments clés du passage narratif d’Exode 7:14-12:36

 

Que s’est-il passé avant l’épisode des 10 plaies d’Egypte ?

1. Le buisson ardent. Moïse doit demander au Pharaon d’autoriser le peuple hébreu à aller dans le désert jusqu’au mont Horeb où se trouve le buisson (d’où les trois jours de marche) pour faire un sacrifice à leur Dieu. – Ex, ch.3&4.

2. Moïse et Aaron parlent au peuple. Les anciens d’Israël interprètent ce message selon la prophétie de Joseph : Dieu s’est souvenu d’eux, le séjour en Egypte touche à sa fin. Ex, ch.4.

3. Moïse et Aaron parlent au Pharaon. Le Pharaon, parce qu’il ne connaît pas « l’Eternel », rejette la demande. Pire encore, il voit d’un mauvais œil la ferveur de cette réforme religieuse (jusqu’ici les hébreux n’avaient-ils pas adoré l’Eternel en Egypte ?) et accable le peuple de travaux supplémentaires (ils devront se procurer eux-mêmes la paille pour les briques). Bien que ce rejet ait été annoncé par Dieu (Ex 4.21), l’aggravation de la situation surprend Moïse. Ex, ch.5.

 

Introduction

La persuasion humaine à échoué, ce qui rend plus évidents les prodiges que Dieu veut accomplir pour libérer son peuple et faire éclater sa toute puissance.

Il faut que les Hébreux soient descendus dans la pire misère pour que dans son sauvetage se manifeste toute la gloire du Maître de l’Univers. Il obtiendra la libération de son peuple par des plaies qui vont frapper l’Egypte.

 

Définition et portée

Les “plaies“ sont des frappes (נָכָה) – calamités, sanctions ; des signes (אוֹת) – manifestations visibles de la volonté divine ; et des prodiges (מוֹפֵת) – bouleversements des phénomènes naturels.
Elles sont donc punitives, révélatrices et extraordinaires.

Elles constituent également une réponse à la question rhétorique de Pharaon, “Qui est l’Eternel ?“ (Ex 5.2) et cette réponse exemplaire servira à l’Egypte (14.25), à Jethro (18.1) et aux Philistins (1 Sa 4.8). Dieu la destine également aux descendants d’Israël (10.2) pour leur inspirer foi, obéissance et espoir (12.28 ; 14.31).

La nature et la modalité de ces fléaux révèlent sa suprématie dans le jugement : elle est spirituelle (les “dieux“ égyptiens sont impuissants devant lui), internationale (il opère sans problème en plein “territoire ennemi“) et universelle (il contrôle le climat, les animaux (1), l’eau, la lumière, la maladie, la vie et la mort).

Qui plus est, la préservation de ceux qui le craignent (les Hébreux à partir de la 4e plaie et les Egyptiens à partir de la 7e) révèlent à la fois sa sévère justice et sa gracieuse bonté.
Ces distinctions entre lui et les autres dieux d’une part ; et entre ceux qui le craignent et ceux qui s’opposent à lui d’autre part ; pointent vers sa sainteté.

En effet, “qui est comme lui ?“ (Ex 15.11). Enfin, c’est également une manifestation tangible de sa présence au sein de son peuple, par le biais d’un prophète unique en son genre.

 

La Progression des Plaies

Les 10 plaies sont traditionnellement divisées en trois groupes de trois, plus la dernière.
On observe une progression en intensité à plusieurs niveaux.

 

Les avertissements

Pour la première de chaque série, Moïse va au-devant de Pharaon à l’heure de son bain matinal dans le Nil. Cet acte public devant le Pharaon et le fleuve sacré a une portée symbolique très forte.

Pour la seconde plaie de chaque série, Dieu dit à Moïse : “Va chez Pharaon“, il s’agit donc d’un entretien privé. Enfin, pour la troisième plaie de chaque série, aucun avertissement n’est donné.

Qui plus est, lors de la seconde plaie, le Pharaon promet que le peuple pourrait effectuer son pèlerinage dans le désert dès le lendemain à condition que Dieu mette fin au fléau, puis une fois le danger écarté il revient sur sa parole. Dès lors, Moïse n’aura de cesse de lui rappeler cette échéance du lendemain à chaque ultimatum. (2)

 

Les magiciens

Lors de la première série de plaies, Moïse et Aaron sont mis en concurrence avec les magiciens du Pharaon, qui parviennent à reproduire deux des trois plaies. (3)
Ce n’est qu’à la troisième que ces derniers se déclarent dépassés et reconnaissent « le doigt de Dieu » dans ces événements (Ex 8.15).

Puis lors de la seconde série de plaies, les magiciens sont de simples spectateurs, étant même victimes de la 6e plaie. Enfin lors de la troisième série, ils ont disparu.

 

Les concessions de Pharaon

Il refuse d’abord en bloc, puis propose des compromis : un sacrifice en Egypte (Ex 8.21), le départ des hommes uniquement (Ex 10.11), puis celui du peuple sans son bétail (Ex 10.24).
Pourtant ce n’est pas une négociation et le Pharaon ne le supporte pas : il obtient à chaque fois l’arrêt de la plaie en échange d’une promesse qu’il ne tient jamais (même après la dernière plaie il revient encore sur sa parole). (4)

Notons que lors des 5 premières plaies, c’est le Pharaon qui endurcit son coeur ; et que dans les 5 dernières, c’est Dieu qui endurcit Pharaon.
Pris dans un sens strictement chronologique, on pourrait en déduire qu’au bout d’un moment, à force de s’entêter, le Pharaon se retrouve piégé dans ses choix, perd sa liberté et devient malgré lui un instrument dans les mains de Dieu.

Cependant, dans une perspective non chronologique, on peut voir deux regards sur les mêmes événements : celle, humaine, de la liberté (bien mal employée) de Pharaon et celle, divine, de la souveraineté de l’Eternel.

 

Les Hébreux

A partir de la seconde série de plaies, les hébreux sont épargnés ; puis à partir de la troisième série, certains Egyptiens écoutent Moïse pour se prémunir contre les plaies qui suivent.

La grâce de Dieu fait des convertis (Ex 9.20), qui finissent par supplier Pharaon de laisser partir les juifs (Ex 10.7), leur offrent des objets avant leur départ (Ex 12.36) et vont même jusqu’à les suivre (Ex 12.38).

 

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EH

 

 

Notes et références :

(1) Dieu aurait pu envoyer des cobras, des scorpions, des crocodiles ou des chacals mais il juge les humains par des animaux petits, a priori inoffensifs : les poux, les mouches, les grenouilles et les sauterelles (Ps 109.23).

(2) Voir tableau.

(3) Si les magiciens ont pu produire des résultats similaires, ils se montrent cependant bien incapables de faire la seule chose qui importe, c’est-à-dire mettre fin au fléau.

(4) Sa parole est sans valeur et il ne cherche que son intérêt propre – en cela il est bien comparable au serpent de la Genèse.

 

 

 

 

 

Seul chrétien de ma famille, converti à 21 ans, puis étudiant en Théologie et désormais apologète à mes heures, je m'intéresse particulièrement aux rapports entre la foi, les visions du monde et la culture populaire (voir "Visio Mundus", site partagé avec Y. Imbert, professeur d'apologétique).

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