Comment traiter l’erreur doctrinale? – Charles Spurgeon

Durant les dernières année de sa vie, Charles Spurgeon fut embarqué dans un certain nombre de controverses doctrinales, certaines particulièrement vicieuses.

L’une des plus importantes, la fameuse Downgrade Controversy, éclata en 1887 et conduisit à la désaffiliation du Metropolitan Tabernacle de l’Union Baptiste anglaise.

En toile de fond de cette controverse se profilait l’impact du libéralisme allemand sur les théologiens baptistes anglo-saxons, et la manière dont l’erreur doctrinale devait être considérée et éventuellement rejetée.

Les quelques extraits ci-dessous de publications et sermons de Spurgeon datent de cette période, et nous rappellent comment les croyants nés de nouveau sont appelés à prendre position contre l’erreur doctrinale.
(MA : Gerald Pech).

 

Choisir la vérité nécessite de protester contre l’erreur

Pour Spurgeon, l’erreur doctrinale implique une réaction :

Lorsque nous avons choisi notre chemin, nous ne pouvons non plus rester en compagnie avec ceux qui prennent l’autre chemin. Avec la décision de choisir la vérité, doit venir une protestation correspondante contre l’erreur.” (1)

 

La décision est la vertu de l’heure présente

Spurgeon estime également qu’il existe des erreurs qui ne peuvent cohabiter avec la vérité de l’Evangile :

“Un gouffre s’ouvre entre les hommes qui croient à leurs bibles et les hommes qui sont prêts à introduire des nouveautés dans les Écritures.

La maison est en train d’être dévalisée par des voleurs qui creusent dans le sol pour faire tomber ses murs, mais les bonnes gens qui sont au lit aiment trop la chaleur, et sont trop effrayés à l’idée d’avoir leurs têtes coupées, pour descendre rencontrer les cambrioleurs…

L’inspiration et la spéculation ne peuvent pas demeurer ensemble en paix. Il ne peut y avoir ici aucun compromis.

Nous ne pouvons soutenir l’inspiration de la Parole, tout en la rejetant; nous ne pouvons soutenir la doctrine de la Chute tout en parlant de l’évolution de la vie spirituelle à partir de la nature humaine; nous ne pouvons reconnaître la punition des impénitents tout en traitant avec excessive indulgence “l’espérance plus large”.

Nous devons aller dans une des deux voies. La décision est la vertu de l’heure présente.” (2)

 

Nous avons reçu la vérité des mains des martyrs. Ne la défendrons-nous pas?

Pour Spurgeon, l’histoire de l’Eglise démontre que les martyrs ont toujours lutté jusqu’à la mort contre l’erreur :

“Nous admirons un homme qui était ferme dans la foi, il y a, disons par exemple, des centaines d’années de cela… mais un tel homme aujourd’hui est une peste, et on doit mettre fin à ses activités.
Appelez-le un bigot à l’esprit étroit, ou donnez-lui un nom pire encore si vous pouvez en trouvez un.

Cependant, imaginez que dans ces époques passées, Luther, Zwingli, Calvin et leurs compères aient dit : “Le monde est sens dessus dessous; mais si nous essayons de le remettre en ordre, nous allons seulement provoquer une grande colère, et nous mettre dans un état de disgrâce. Allons dans nos chambres, revêtons nos pyjamas, et dormons en oubliant ces temps fâcheux, et peut-être qu’en nous réveillant, les choses iront mieux.”

Une telle conduite de leur part aurait eu pour conséquence de nous léguer tout un héritage d’erreurs qui iraient toujours plus profondément dans les abysses infernales de siècle en siècle, jusqu’à se laisser engloutir toutes dans les marécages infectés de l’erreur.

Ces hommes aimaient trop la vérité et le nom de Jésus pour les voir ainsi piétinés…” (3)

 

 

L’unité avec l’erreur est une trahison

Enfin, Charles Spurgeon estime qu’il est des erreurs dont on ne peut s’accommoder. Celles qui portent sur les points fondamentaux peuvent même légitimement conduire à une division :

Pour nous, une chose est claire : nous ne pouvons nous attendre à nous rassembler dans aucune Union qui comprend en son sein ceux dont l’enseignement sur des points fondamentaux se trouve exactement à l’opposé de ce qui nous est cher… (4)

Il nous semble qu’il se trouve de nombreuses choses sur lesquelles un compromis est possible, mais il y en a d’autres pour lesquelles ce serait un acte de trahison que de prétendre à la communion. (5)

 

 

 

Notes et références :

(1) Extrait de Charles Spurgeon, The Sword and Trowel, septembre 1887. Cité par Robert Sheehan,  Spurgeon and the Modern Church (Phillipsburg, NJ: Presbyterian & Reformed, Jun 1985), p. 485. 
(2)  Ibid, p. 464-65
(3) Extrait d'un sermon de Spurgeon datant de 1888, Iain Murray, The Forgotten Spurgeon (Edinburgh UK: Banner of Truth, 1972), p. 83-84

(4) Spurgeon fait ici référence au départ du Tabernacle de l'Union Baptiste, qui aura lieu au cours de la controverse, faisant alors du Metropolitan Tabernacle l'Eglise indépendante la plus importante de l'époque. 
(5)  Charles Spurgeon, The Sword and Trowel, octobre 1887. Cité par Sheehan, p. 558.





 

Guillaume Bourin est le fondateur du blog Le Bon Combat et l'un de ses administrateurs actuels. Il s'intéresse particulièrement à l'intertextualité et à l'exégèse de l'Ancien Testament, à la théologie biblique, et à l’ecclésiologie. Il est titulaire d'un master en théologie (M.Div.) et d'un autre en Ancien Testament (Th.M.) obtenus à la faculté Southwestern Baptist Theological Seminary (Fort Worth, USA).

  • Cal

    Séparatiste finalement, mon frère?

    • Tout dépend l’erreur (cf. le dernier point). Mais il y en a certaines avec lesquelles on ne peut pas transiger.

      L’Union Baptiste de l’époque était en passe d’accepter un full-blown Darwinism bien radical, rien à voir avec les positions feutrées type “théorie du cadre” que l’on connait aujourd’hui et qui évitent la majeure partie des écueils herméneutique du compatibilisme Bible/évolution (ils ne les évitent pas tous, on est bien d’accord).

      Maintenant, là où je ne suivrais pas Spurgeon, c’est sur ses séparations pour des questions de principes régulateurs du culte. Il a été trop loin à bien des reprises.
      Je suis souvent (mais pas absolument) d’accord avec lui sur le théâtre, la musique, etc… Mais se séparer d’un pasteur ou d’un mouvement parce qu’il arrive aux leaders d’aller au théâtre, là je crois qu’il abusait!

      Je me séparerais sans hésitation pour une erreur grave, affirmée et non repentie en matière de christologie, de sotériologie, etc.
      Toute la question est de savoir quels sont les fondements de la foi dont parle Jude.

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