Les premiers chrétiens avaient-ils un socle de croyances communes? 

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Les premiers chrétiens avaient-ils un socle de croyances communes?

Cet article a été publié le 18 janvier dernier sur Canon Fodder par Michael J. Kruger, président de Reformed Theological Seminary (Charlotte, USA) et spécialiste du christianisme primitif. Traduction Dahlia Faltas (MA: Toutpoursagloire.com)

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Pour certains spécialistes critiques, le fait le plus important concernant le christianisme primitif est sa diversité théologique radicale. Les chrétiens ne pouvaient s’accorder que sur peu de choses nous dit-on. Tout ce que nous pouvons retracer des premiers siècles de l’Eglise n’est qu’une variété de factions chrétiennes toutes affirmant être originales et toutes affirmant être apostoliques.

Pour sûr, poursuit cet argument, un groupe en particulier – le groupe que nous connaissons comme “orthodoxe” – gagna ces guerres théologiques. Mais pourquoi ? Devrions-nous penser que ce groupe est davantage valide que les autres groupes qui ont perdu ? Que ce serait-il passé si un autre groupe (par exemple les gnostiques) avait gagné ?

Si c’était le cas, alors ce que nous appelons christianisme aurait eu un visage bien différent.

En conséquence, selon ces spécialistes, il n’existait pas vraiment de mouvement que l’on puisse conférer le label “christianisme” durant le deuxième et le troisième siècle. Il y avait plutôt des “christianismes”, tous engagés dans une bataille pour la suprématie théologique.

Cette ligne argumentative toute entière renvoie bien entendu à l’ouvrage de Walter Bauer, Orthodoxy and Heresy in Early Christianity, publié en 1934. Mais son plus ardent supporter contemporain n’est autre que Bart Ehrman.

Voici comment Ehrman décrit cette approche du christianisme primitif :

Cette large diversité du christianisme primitif peut être observée premièrement dans toutes les croyances théologiques auxquelles les personnes se définissant comme disciples de Jésus adhéraient. Au IIème et au IIIème siècles, il y avait, bien sûr, des chrétiens qui croyaient en un seul Dieu. Mais d’autres en servaient 2, d’autres affirmaient qu’il en avait 30. Et certains en revendiquaient 365.

Ehrman cherche ensuite à produire une liste des nombreuses croyances conflictuelles qui avaient cours parmi les premiers chrétiens, une liste qui sans aucun doute est forgée dans le but d’ébranler le lecteur moyen.

 

Alors, que peut-il être dit en réponse à de telles affirmations ?

Le christianisme primitif était-il aussi divers qu’Ehrman l’affirme ? N’existait-il pas de standard crédible par lequel les chrétiens du IIème siècle pouvaient faire la différence entre vraie et fausse croyance ? Il y a beaucoup à dire en ce qui concerne ces deux questions. Et j’ai déjà adressé certaines d’entre elles dans un précédent post (ici, en anglais) et, bien entendu, dans mon livre The Heresy of Orthodoxy.

Mais dans ce court billet, j’aimerais seulement faire une remarque importante concernant la méthode utilisée par Bart Ehrman. Observez en effet que, lorsqu’il mentionne certains groupes croyant à 2, 30 ou 350 dieux, il se réfère à ces groupes comme étant “chrétiens”. Et pourquoi donc fait-il cela ? Parce que, selon lui, ces personnes “se définissaient comme étant disciples de Jésus”.

Mais, l’usage qu’Ehrman fait de cette affirmation est erroné. Certainement, ces personnes proclamaient le nom de Jésus, cela ne fait pas l’ombre d’un doute. Mais il est peu crédible que ce titre décrive de manière honnête et précise leur faisceau de croyances.

Le point capital est que les chrétiens ne croyaient pas en 2, 30 ou 365 dieux. Les chrétiens étaient engagés non seulement envers l’Ancien Testament, mais aussi envers un système monothéiste. Les preuves historiques sont légion. Les groupes qui croyaient, par exemple, en 365 dieux étaient en réalité gnostiques. Ehrman se réfère en particulier aux Basilides (et il ne s’agissait pas réellement de dieux dans le sens où nous utilisons ce mot, mais plus des anges créateurs).

Et la théologie de ces gnostiques n’était pas construite de telle sorte qu’elle puisse être aussi facilement qualifiée de “christianisme”. Cette affirmation n’a aucune crédibilité historique ni théologique.

Mais il n’est pas difficile de comprendre pourquoi ces spécialistes insistent pour utiliser des labels comme “christianisme” pour décrire ces groupes. La réponse est simple : ce procédé créée l’impression qu’il existait une plus grande diversité que ce n’était le cas en réalité.

[…]

Ce que vous avez donc dans l’explication d’Ehrman ci-dessus n’est autre qu’un bel exemple de subtilité sémantique. Oui, il est possible de défendre une telle position si l’on adopte une position du type “ces personnes pensaient être chrétiennes et qui suis-je pour penser autrement ?”. Mais dans le même temps, cet argument fait complètement fausse route et, au bout du compte, il n’aide en rien au débat.

 

Prenons un exemple contemporain, le groupe Heaven’s Gate, un mouvement sectaire ufologique initié par Marshall Applewhite. Cette organisation croyait qu’après la mort, ses membres seraient transportés sur un vaisseau spatial suivant la comète Hale-Bopp – croyance qui a conduit au suicide collectif de 39 d’entre eux en 1997. Ils prétendaient eux aussi suivre Jésus et accomplir les prophéties de l’Apocalypse.

Imaginez qu’un journaliste suive ces événements et déclare dans tous les journaux télévisés que “les chrétiens croient aux ovnis et doivent se suicider pour rejoindre un vaisseau spatial à la poursuite de la comète Hale-Bopp”.

Le journaliste pourrait très bien affirmer “Eh bien, ce groupe se dit être chrétien !”. Mais il me semble que nous savons tous qu’une telle réponse ne serait pas pertinente. Aucun journaliste intègre ne parlerait de cette manière trompeuse tout en sachant que ce n’est en rien représentatif de la foi chrétienne.

En conclusion, toutes les personnes prétendant suivre la foi chrétienne ne la suivent pas forcément dans les faits. Si ce principe élémentaire s’appliquait à notre étude du deuxième siècle, de cette manière juste et équilibrée, je ne pense pas que cette prétendue diversité d’opinion durant les premiers siècles de l’Eglise ferait encore débat.

 

M.J. Kruger

 

 

 



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  • Merci, ça fait du bien !
    (Et bravo pour la juste utilisation du terme « critique », encore que j’y mettrai des guillemets pour dire que c’est une auto-désignation ^^)

    • Nous avons juste traduit le terme de Kruger. Mais il est approprié, en effet 🙂

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