G.K Chesterton sur la « méthode chevaleresque », ou comment être honnête dans une discussion théologique

Dans les notes d’un très bon article publié sur Le Bon Combat, Jean-René Moret nous gratifiait d’une citation de G.K. Chesterton qu’il avait cependant laissée dans la langue Shakespeare.

Alors que je travaillais au premier chapitre de mon livre, Je répandrai sur vous une eau pure (à paraître en mai prochain), je n’ai pas pu résister à l’envie de la traduire et de l’y insérer 🙂

Dans cette citation, Chesterton décrit trois manières fort différentes de défendre une affirmation et, par conséquent, de débattre 🙂

 

« Il y a trois manières différentes de présenter une affirmation devant les hommes, en particulier lorsqu’elle est disputée. La première méthode est de l’affirmer au moyen d’une autorité spirituelle ; c’est ce que font les divinités, les prêtres de ces divinités, les oracles, les poètes, les parents et les gardiens, et les hommes qui ont ‘un message pour leur temps’. La seconde manière est de la démontrer par la raison ; c’était la méthode des scolastiques médiévaux mais aussi des premiers hommes de science, oubliés en comparaison. Cette approche est plutôt à l’abandon. La troisième méthode est la suivante : lorsque vous n’avez ni le courage d’affirmer une chose ni la capacité de la prouver, vous y faites simplement allusion dans un style léger et aéré, comme si quelqu’un l’avait déjà affirmée et démontrée.

Par conséquent, la première méthode revient à dire : ‘les cochons volent au paradis. J’ai eu une vision du paradis, et pas vous’. La seconde méthode dit : ‘Venez donc chez moi dans l’Essex, et je vais vous montrer des cochons voler comme des pinsons et construire des nids dans les ormes’. Ces deux positions requièrent une certaine bravoure pour être soutenues, et par conséquent elles sont généralement esquivées. La troisième méthode consiste à dire : ‘Le professeur Gubbins appartient à la vieille école de la critique scientifique, et il ne peut que nous étonner en cette époque de télégraphie sans fil et de porcs volants’ ou alors ‘Sans aucun doute, nous devrions être aussi surpris par les œuvres de nos descendants qu’un breton des anciens temps le serait en voyant une voiture à moteur, un cochon volant, ou n’importe quelle autre chose que l’on rencontre communément dans nos rues’.

Pour faire court, cette troisième méthode consiste à se référer à l’objet même de la discussion comme s’il était justement au-delà de toute discussion. Cette approche est connue sous le nom de ‘méthode courtoise’ ou encore ‘méthode chevaleresque’. Elle est utilisée par les vendeurs en tout genre, par les professeurs de coiffure ou d’arts progressistes, et, tout spécialement, par les journalistes comme moi. »[1]

 

Je crois que cette « méthode chevaleresque » est, malheureusement, une sorte de maladie du théologien… Je la croise tous les jours dans les livres spécialisés, dans les articles académiques, et sur les réseaux sociaux. Je crains parfois de la repérer dans mes propres publications…

Nous aimons la rigueur et la précision. Et si nous ajoutions à ces vertus l’honnêteté intellectuelle ?

 

 

 

[1] G.K. Chesterton, Illustrated London News, edition du 7 août 1909. Merci à Jean-René Moret de nous avoir indiqué cette citation.

 

 

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Guillaume Bourin est pasteur de l'Église réformée baptiste de la Trinité, à Montréal (Québec, Canada). Il s'intéresse particulièrement à l'exégèse et à l'intertextualité de l'Ancien Testament, à la théologie biblique, et à l’ecclésiologie. Guillaume est l'auteur du livre "Je vous purifierai d'une eau pure" : perspectives bibliques sur la régénération baptismale. Il est titulaire de deux masters en théologie (M.Div., Th.M., Southwestern Baptist Theological Seminary, USA) et il est actuellement candidat au doctorat à l'Université d'Aberdeen (Ecosse).