Que signifie 666, le "chiffre de la bête" ? 
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Que signifie 666, le “chiffre de la bête” ?

Cet article est un extrait légèrement révisé de l’ouvrage de G. K. Beale (avec D. H. Campbell), Revelation: A Shorter Commentary (Grand Rapids: Eerdmans, 2014). Traduction de Dahlia Faltas.

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Apocalypse 13:18 dit ceci : “C’est ici la sagesse. Que celui qui a de l’intelligence calcule le nombre de la bête car c’est un nombre d’hommes et ce nombre est 666.

C’est l’un des versets les plus débattus dans le livre de l’Apocalypse en raison des nombres des accords sur l’identification et le sens du nombre 666. La ligne d’interprétation la plus courante est celle de la gematria : dans l’ancien temps, les lettres de l’alphabet éraient souvent exprimées par des chiffres (notre système numérique provient en réalité de l’influence de mathématiciens arabes plus tardifs). Ainsi, chaque lettre signifiait un chiffre.

 

Plusieurs interprétations

Le problème est qu’il n’y a aucune identification claire pouvant lier le nombre 666 avec quelque nom historique. Certains essais d’altération des prononciations ou d’incorporation de titres ont été faits afin que différents noms puissent convenir mais rien de concluant n’a émergé. Plus couramment, ce nombre a été identifié avec Néron sur la base d’une translittération hébraïque du titre “Néron César”. Cependant, cette option achoppe sur la confusion qui existe au sujet de l’orthographe hébraïque de “César“.

De plus, les lecteurs de Jean étaient principalement de langue grecque, et Néron possédait bien d’autres titres que le simple “César”. A cela s’ajoute le fait que, si Jean avait utilisé ce type de gematria, il aurait alerté ses lecteurs en écrivant quelque chose du type “le nombre en hébreu (ou grec) est … ”, exactement comme il le fait en Apocalypse 9:11 et 16:16 -avec les phrases “en hébreu” ou ”en grec” pour attirer l’attention de ses lecteur sur une signification précise.

 

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Plusieurs essais ont été faits afin d’identifier ce chiffre avec d’autres empereurs romains ou avec une combinaison d’empereurs, sans succès (plus de 100 noms ont été proposés en Angleterre entre 1560 et 1830). Le siècle dernier, les noms de Kaiser ou d’Hitler ont entre autres été calculés afin d’équivaloir à 666. Tous les essais d’identification du chiffre avec le calcul littéral du nom de certains individus rencontrent des difficultés en raison de la manière métaphorique par laquelle le langage et les chiffres sont utilisés dans le livre de l’Apocalypse.

Aucune des solutions utilisant une forme de gematria littérale ne peut être satisfaisante. Il y a en effet beaucoup trop de noms, anciens ou modernes, qui peuvent valoir ce chiffre. Comme un commentateur l’a dit, la raison de tant de propositions est qu’il est aisé de changer un nom en nombre mais bien plus compliqué que déduire le bon nom d’un nombre.

 

D’autres facteurs dans le livre de l’Apocalypse

Si le nombre 666 était conçu pour être identifié avec quelque dirigeant par le moyen d’un tel calcul littéral, alors nous serions en présence d’une exception à la manière dont les nombres sont employés ailleurs dans l’Apocalypse.

Les nombres, tout au long du livre, possèdent une signification figurative et symbolisent une réalité spirituelle. Aucun d’eux n’implique l’usage d’une gematria littérale. Pensez, par exemple, aux 24 anciens, aux 7 sceaux, aux 144 000, aux 3,5 ans, aux 2 témoins, aux 7 têtes, aux 10 cornes… Cette position est d’ailleurs appuyée par la vision qui suit immédiatement en Apocalypse 14:1, celle des saints ayant le nom de Christ et de Dieu et écrit sur leur front. L’emplacement immédiat de ce verset dénote un contraste entre le nom de la bête (c’est-à-dire son nombre) et le nom de Dieu. Si le nom de Dieu se réfère à une réalité purement spirituelle, ce qui est le cas, alors ainsi en est-il du nom de la bête et de son nombre.

En outre, le terme grec “nombre” (arithmos) est toujours utilisé de manière figurative pour connoter une multitude innombrable (Apocalypse 5:11 ; 7:4 [144 000 exprimant l’ensemble du peuple de Dieu] ; 7:9 [en forme verbale]; 9:16 [2x] ; 20:8). Dans notre passage, le but du nombre 666 n’est pas non plus d’être calculé.

 

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Le nombre 7 se réfère à une forme de complétude et il est répété tout au long du livre. Cependant 666 apparait seulement ici. Cela suggère que, tout au long du livre, le triple six est conçu comme un contraste avec les différents“sept” et signifie incomplétude et imperfection. Le sixième sceau, la sixième trompette et la sixième coupe décrivent les jugements de Dieu sur les adorateurs de la bête. La septième trompette, en contraste, représente le royaume éternel de Christ (bien que cela inclue le jugement final). Les septièmes sceau et coupe continuent à décrire un jugement, mais un jugement qui (par implication et dans le contexte étendu de ces deux passages) matérialise l’établissement du royaume de Dieu.

Bien plus, si le nombre de 144 000 saints dans le verset suivant possède cette force figurative signifiant le nombre complet du peuple de Dieu (regardez en 14:1), alors nous sommes en présence d’un contraste intentionnel avec le nombre 666, qui dans le verset précédent se réfère à la bête et à son peuple comme étant incomplet.

Le nombre 3, dans la Bible, signifie la complétude, comme cela se voit par exemple dans la complétude trinitaire exprimée en Apocalypse 1:4-5 qui est parodié par le dragon, la bête et le faux prophète, ici dans le chapitre 13 ainsi qu’en 16:13.

 

Une meilleure approche

La répétition de “six” trois fois semble indiquer ce que nous pourrions appeler “la complétude de l’incomplétude pécheresse” de la bête. La bête incarne l’imperfection tout en amenant l’achèvement de la perfection divine.

Les trois “six” parodient la divinité des trois “sept”. Parfois, le nombre 7 est appliqué au diable ou à la bête dans le but de souligner la profondeur de leur nature mauvaise, une persécution sévère ou le règne universel de l’oppression (par ex 12:3 ; 13:1, 17:3, 9-11). Si l’auteur utilise des 6 plutôt que des 7 pour décrire la bête au verset 18, c’est fin d’insister sur le fait que la bête est une contrefaçon de Christ et la seconde bête une contrefaçon d’un prophète (dans toute la section 13:3-14).

Lorsque les croyants résistent avec succès à la tromperie de la bête, ils évitent d’être identifiés avec l’essence de son nom, qui est la personnification de l’imperfection. Car être identifié avec le nom d’une personne équivaut à partager le caractère de cette personne (cf. 2 :17).

Cette discussion pointe davantage vers une compréhension collective du nombre de la bête plutôt qu’à une référence à la figure individuelle de l’Antichrist. C’est ce que la clause “car le nombre est celui d’un homme” suggère, phrase qui pourrait être traduit par “car c’est le nombre d’une personne spécifique” ou bien plutôt « car c’est un nombre de l’humanité”. Le mot homme (du grec anthropos) est souvent un terme générique lorsqu’il apparait sans article (comme c’est le cas ici), et comme nous l’avons vu en 21:17, où la “mesure d’homme” (expression littérale grecque) signifie la “mesure de l’humanité”. De même, l’omission de l’article défini (“un homme” par opposition à “l’homme”) en 13:18 fait sous-entend l’idée générale d’humanité et non d’un individu en particulier qui serait déterminé par une méthode de calcul ésotérique. C’est un nombre couramment utilisé pour l’humanité déchue.

Cette notion générique est cohérente avec 13:1, qui affirme que la bête a son origine terrestre dans la mer de l’humanité déchue (pour cette dernière idée, cf. aussi 17:15). La bête est la représentation suprême de l’humanité non régénérée, séparée de Dieu et incapable d’accomplir la volonté divine mais essayant toujours. L’humanité a été créée le sixième jour, mais s’ils n’avaient franchis le septième jour (le jour du repos du Seigneur) Adam et Eve n’auraient été qu’imparfaits et incomplets.

La figure du triple six met en avant le fait que la bête et ses disciples ne répondent pas aux objectifs créateurs de Dieu pour l’humanité.

 

L’avertissement du verset 18, qui est ici la sagesse, nous rappelle que les croyants doivent se méfier des compromis, non pas seulement historiquement dans l’exemple d’un individu comme Néron, mais aussi dans tous les aspects historiques de l’état, dans la mesure où ceux-ci touchent à la religion, à l’économie et aux dimensions sociales de la culture idolâtre qui incarnent l’humanité déchue.

Cette notion de sagesse est bien plus perceptible à la lumière des notions de “sage compréhension” et “d’intelligence” utilisées en Daniel 11:33 et 12:20. Dans ces passages, comme c’est le cas ici, les saints sont appelés à avoir une perception spirituelle pour comprendre la tribulation inaugurée dans les derniers temps et provoquée par une figure royale maléfique qui trompe ceux qui reconnaissent sa souveraineté.

Il existe un avertissement similaire en 17:9 : “C’est ici l’intelligence qui a de la sagesse. -Les sept têtes sont sept montagnes, sur lesquelles la femme est assise”. Ce verset implique également l’interprétation figurative d’un nombre. Jean exhorte les saints à un discernement spirituel et moral, non à une capacité intellectuelle permettant de résoudre la complexité mathématique d’un problème qui pourrait d’ailleurs être tout aussi bien résolu par des non croyants. Les chrétiens doivent être conscients que l’esprit de l’Antéchrist peut se manifester dans les endroits les plus inattendus, même dans l’église d’aujourd’hui (1 Jean 2:18,22 ; 4:1-3 ; 2 Jean 7).

La prophétie de Daniel 11:30-39 avertissait déjà que des apostats sortant de la communauté de l’alliance s’allieraient à l’état sans Dieu et s’infiltreraient au sein de la communauté de croyants. Si les lecteurs de Jean et les croyants possèdent une telle perception spirituelle, alors ils resteront fidèles et sortiront “vainqueurs de la bête, et son image, et le nombre de son nom” (15:2).

 

Apocalypse 13:18 est un avertissement concernant l’activité de l’ennemi satanique actif dans chaque génération, et non pas seulement dans les temps immédiats précédant le retour de Christ.

 

 

Gregory K. Beale

Greg Beale est titulaire de la chaire de Nouveau Testament à Westminster Theological Seminary. Il est titulaire d’un doctorat en théologie (PhD) de l’Université de Cambridge (UK)

 

 

 

 



Guillaume Bourin est le fondateur du blog Le Bon Combat et l'un de ses administrateurs. Il coordonne également les formations théologiques #Transmettre. Passionné par le grand mandat missionnaire, il a notamment supervisé les activités d'Audiovie (GRN) en région parisienne, avant d'exercer des fonctions pastorales. Guillaume est titulaire d'un master en théologie (M.Div.) de la faculté Southwestern (Fort Worth, USA) et complète actuellement un cycle de recherche (Th.M. + Ph.D.). Il demeure aux États-Unis.


  • serviteurduRoi

    Avez-vous déjà remarquer que ce nombre ce trouve aussi dans l’ancien testament, dans le livre des rois ?

    • serviteurduRoi

      Es que cela pourrai avoir une relation sachant que les disciples avaient une bonne compréhension de l’ancien testament?

      • Il y a trois autres occurrences du nombre six cent soixante-six dans la Bible.

        En Esdras 2:13, il est dit que parmi les Hébreux qui retournèrent de l’Exil de Babylone en Judée, six cent soixante-six étaient des fils d’Adonikam. Le contexte ne prête absolument pas à une lecture allégorique, même s’il est vrai que l’Apocalypse est bourré d’allusions à l’Ancien Testament.

        En 1 Rois 10:14-15 et 2 Chroniques 9:13, il est dit que « le poids de l’or qui arrivait à Salomon chaque année était de six cent soixante-six talents d’or », *outre* ce qu’il retirait des marchands, des rois d’Arabie, et des gouverneurs. Le contexte ne prête pas à une lecture allégorique ici non plus, d’autant plus que ce chiffre est une approximation.

        • serviteurduRoi

          La relation que j’ai pu déduire moi étais que Salomon avais dit tout ce que la reine de seba avait dans le coeur et que pour lui accorder sa gratitude elle lui a payer avec de l’or. Et Salomon a adoré les dieux meloc divinité de la honte …et Astarté divinité de la fertilité … L’argent fait place à l’adoration de différentes choses et pouce à l’idolâtrie… Comme le fait qu’il n’y a pas de persécution les gens ne sont pas des évangélistes comme il avait au part avant mais sont oprise avec la honte… Et font leur petit train train sans ce soucier dès âmes perdu. Il s’occupe de leur petite famille sans ce soucis de la famille spirituelle qu’il y a en Christ et devient de plus en plus individuel …

  • Francine

    Apocalypse 13:18 Que celui qui a de l’intelligence calcule le nombre de la bête…
    Greg Beale, paragraphe 8 Dans notre passage, le but du nombre 666 n’est pas non plus d’être calculé…

    Faut-il en déduire le prix du livre, le QI de l’auteur, ou bien l’âge du capitaine ? Plaisanterie à part, il y a là matière à un petit rappel étymologique intéressant, à mon avis :

    Faire des calculs se révèle parfois douloureux pour certains étudiants, mais particulièrement quand ils les ont dans les reins ou dans la vessie. Or ce n’est pas par hasard si le même mot désigne à la fois une petite pierre et une opération arithmétique : bien avant l’époque des bûchettes ou des allumettes, les écoliers romains apprenaient à compter avec des cailloux ; d’où l’origine du mot.

    Il en allait de même chez les Grecs : le verbe ψηφίζω que Jean emploie dans l’impératif : qu’il calcule ! dérive de ψῆφος, qui désigne lui aussi un petit caillou. Il semble donc bien que l’apôtre exhorte ici à calculer, à compter…

  • Chaud sujet. J’espère que les discussions seront iréniques.

    En tant qu’historien, je ne peux pas m’empêcher de faire une remarque : 666, en Antiquité, ÇA N’EXISTE PAS. Les systèmes numériques antiques grec, latin et hébreu utilisaient une méthode alphanumérique plutôt que positionnelle comme la numérotation indo-arabe. Comme Gregory Beale le concède, des lettres de l’alphabet se voyaient attribuer une correspondance numérique et étaient ainsi utilisés pour écrire des nombres.

    Or ce qui fut révélé à l’apôtre Jean, c’est « six cent soixante-six », pas trois six d’affilés, « 6-6-6 ». Le triple six tel qu’on le connaît était purement et simplement inconcevable aux chrétiens d’Anatolie à qui le(s) manuscrit(s) de l’Apocalypse fur(en)t envoyé(s), et auxquels Dieu enjoint de « calcule[r] le nombre de la Bête » (Ap 13:18) au Ier siècle.

    La numérotation indienne fut introduite dans le monde arabe par Sévère Sebokht (un Araméen monophysite) au VIIe siècle puis introduite en Occident par le moine franc Gerbert d’Aurillac en 976 qui l’avait étudiée dans des monastères de Catalogne pendant la Reconquista.

    C’est donc un ANACHRONISME que de spéculer sur un quelconque sens figuratif du chiffre six ou encore du « triple six » (666), ou de parler de « la répétition de “six” trois fois » comme le fait Beale. De surcroît, si je ne m’abuse, le chiffre six n’a nulle part dans la Bible un sens figuratif comme c’est souvent le cas pour sept, dix, douze, mille, etc.

    Beale rejette l’interprétation gematria et affirme que « cette option achoppe sur la confusion qui existe au sujet de l’orthographe hébraïque de “César”. » Quelqu’un pourrait-il élaborer ? En attendant, puisque cette interprétation de gematria n’est qu’effleurée dans l’article, je me permet d’en poster ci-dessous une présentation plus complète.

    « Puisque le livre de l’Apocalypse est écrit dans un contexte hébreu (araméen) par un Juif avec de nombreuses allusions à l’Ancien Testament, nous pouvons nous attendre à ce que la solution pour déchiffrer le sens de 666 soit hébraïque . » {DeMar, Last Days Madness, p. 259}

    Jean écrit en grec, mais il pense en hébreu, comme tous les chrétiens d’arrière-plan hébraïque dispersés dans l’Empire romain (et notamment en Asie mineure). En grec, Néron César s’écrit NEPΩN KAIΣAP, mais l’écrire tel quel dans le Livre de l’Apocalypse — qui était acheminé par la poste impériale — accentuait le risque que ce livre n’atteigne jamais ses destinataires. En hébreu, Néron César s’écrit NRWN QSR. Les données archéologiques confirment que cette épellation était courante au Ier siècle. Les valeurs numériques de chacune des lettres du nom hébreu NRWN QSR sont les suivantes : N = 50, R = 200, W = 6, N = 50, Q = 100, S = 60, R = 200. Additionnés, la somme est 666. {DeMar, Last Days Madness, p. 258}

    Cette interaction entre le grec est l’hébreu dans l’Apocalypse n’est guère surprenante lorsqu’on considère Ap 9:11 : « …l’ange de l’abîme, nommé en hébreu Abaddon [destruction], et en grec Apollyon [destructeur] ».

    L’identification Bête-Néron est renforcée par Ap 17:9-10 qui nous renseigne que les sept têtes de la Bête qui monte de la Mer correspondent à sept montagnes (v. 9), lesquelles représentent en toute vraisemblance les sept collines sur lesquelles la ville de Rome fut bâtie, ainsi qu’à sept rois : « Cinq sont tombés, un existe, l’autre n’est pas encore venu, et quand il sera venu, il doit rester peu de temps » (v. 10). Les cinq rois qui sont tombés représentent les cinq premiers empereurs romains qui ont trépassés avant que Jean n’écrive l’Apocalypse vers 68 : Jules César, Octave Auguste, Tibère, Caligula et Claude. {Gentry, Before Jerusalem Fell, 478 p.}

    Bien que l’historiographie considère que Jules César ne fut pas officiellement un « empereur » et que le premier empereur romain fut le fondateur du Principat, Octave Auguste, Jules César fut le premier à posséder l’ensemble des attributs juridiques et religieux que cumuleront comme lui — et après lui — les futurs empereurs, il est donc adéquat de débuter l’énumération des sept « rois » par lui. Ces attributs étaient l’initiative législative (auctoritas), la puissance exécutive et judiciaire (potestas), la plénitude des pouvoirs militaires (imperium), et la charge de Pontifex Maximus que Jules César détient de 63 à 44 av. J.-C. Après tout, c’est bien en référence à Jules César que Néron portait le titre de César, pas en référence à Octave Auguste. {Dumézil, Des Gaulois aux Carolingiens, p. 40}

    Le sixième roi, celui qui « existe » (Ap 17:10), qui était donc vivant et en fonction au moment de la rédaction, représente vraisemblablement l’empereur Néron. Le septième roi, celui qui « n’est pas encore venu » au moment de la rédaction et qui « doit rester peu de temps » « quand il sera venu » (Ap 17:10) représente l’empereur Galba, qui régna de juin 68 à janvier 69, seulement six mois, soit le plus court règne d’un empereur romain à cette date. {Gentry, The Book of Revelation Made Easy, p. 61-62}

    https://monarchomaque.org/2014/04/05/preterisme/

  • Yann

    Voici un commentaire intéressant de Gilles Despins à ce sujet, bien que cela ne réponde pas à la question « que signifie le nombre 666? » nous y trouvons néanmoins de bonnes pistes pour nous éclairer sur l’interprétation des nombres dans la Bible. J’ai bien conscience que l’approche du Blog est amillénariste mais sans vouloir convaincre qui que ce soit d’adopter une approche prémil, j’espère que ce cours article permettra d’apporter un éclairage sur le sujet de la numérologie en accord avec une herméneutique cohérente du texte.

    Voici l’article:

    Le problème du symbolisme attribué aux nombres dans le livre de l’Apocalypse a été résumé ainsi :

    « Les explications des commentateurs relativement au rôle de certains nombres particuliers dans l’Apocalypse semblent superficielles. Quelques suggestions hardies et intéressantes ont été faites dans des études individuelles, mais elles se révèlent plutôt tendancieuses et ne sont pas bien appuyées par des preuves » (Collins, A.Y., COSMOLOGY AND ESCHATOLOGY IN JEWISH AND CHRISTIAN APOCALYPTICISM, Leiden: Brill, 1996, p.55).

    Bien que je ne sois pas d’accord avec tout ce que Collins dit dans son livre, je le suis pleinement ici. Il est étonnant de voir de quelle façon des commentateurs bien connus peuvent attribuer à des nombres des significations qui semblent venir tout droit de leur imagination. Par exemple, un auteur a écrit :

    « ‘Cinq’ mois (9:5, 10) signifie une période d’une durée indéfinie. Six symbolise la quête de plénitude de Satan, qu’il échoue toujours à achever, d’où le nombre de la bête, un triple six (Apoc. 13:18). Partout dans les Écritures, mais tout spécialement dans l’Apocalypse, sept signifie la plénitude. Le nombre dix représente la plénitude dans le système décimal, le nombre douze illustre la perfection et le nombre un millier se réfère à une multitude » (Kistemaker, S. J. et Hendriksen, W., NEW TESTAMENT COMMENTARY: EXPOSITION OF THE BOOK OF REVELATION, Vol. 20, Grand Rapids: Baker Book House, 1953-2001, p.13-14).

    Ici, l’auteur dit que le nombre six symbolise un effort satanique vain, alors que d’autres commentateurs diraient que c’est le « nombre de l’homme » étant donné que l’homme a été créé le sixième jour de la création dans Genèse 1:26, 27. Qui a raison ? Pourquoi ? Le problème avec une telle interprétation, c’est qu’il n’y a aucune manière de la justifier de façon exégétique.

    Un autre commentateur prétend que le nombre cinq signifie « provision, plénitude et grâce » à travers les Écritures (Garland, Anthony C., A TESTIMONY OF JESUS CHRIST: A COMMENTARY ON THE BOOK OF REVELATION, Galaxie Software, 2006., 2.7.5.3.4). Alors, comment cela s’applique-t-il aux cinq époux de la femme samaritaine dans Jean 4:18 ? Provision, plénitude et grâce ? Et si le nombre sept dénote « la perfection au sens de la plénitude, » que dire des sept frères qui ont épousé la même femme dans Luc 20:29 ?

    D’autres commentateurs utilisent plutôt l’étymologie pour expliquer le soi-disant sens symbolique des nombres dans la Bible. L’un d’eux écrit:

    « En Hébreu, sept est שֶׁבַע (shevah), qui est de la racine שָׁבַע (shavah); être plein, satisfait, avoir suffisamment de. D’où le fait que la signification du mot « sept » est dominée par cette racine, car le septième jour, Dieu s’est reposé du travail de la Création. C’était plein et complet, bon et parfait » (Bullinger, Ethelbert W., NUMBER IN SCRIPTURE, Pleasant Places Press, 2004, p.167-68).

    Ce type d’analyse est purement théorique. Alors que l’étymologie peut se révéler très utile dans la compréhension des mots, leur signification ne devrait pas être principalement dirigée par leur racine, mais plutôt par leur utilisation dans leur propre contexte dans la Bible. D’ailleurs, la règle d’or de l’interprétation est de prendre les mots dans leur sens normal, selon le contexte et à la lumière d’une théologie cohérente. Et cette règle s’applique aussi aux nombres dans l’Écriture. Si les nombres ont réellement une valeur symbolique, celle-ci doit être clairement démontrée dans le texte lui-même.

    Richard Mayhue affirme que la majorité des nombres de l’Apocalypse peuvent facilement être interprétés littéralement :

    « [Les] sept églises et les sept anges d’Apocalypse 1 font référence à sept églises littérales et leurs messagers. Les douze tribus et les douze apôtres font référence à des nombres historiques réels (21:12, 14). Les expression sept lampes (1:12), cinq mois (9:5), deux témoins (11:3), mille deux cent soixante jours (11:3), douze étoiles (12:1), dix cornes (13:1), mille six cents stades (14:20), trois démons (16:13) et cinq rois déchus (17:9-10) utilisent tous les nombres dans leur sens normal. De tous les nombres dans l’Apocalypse, seulement deux (les sept esprits dans 1:4 et le ‘fameux’ 666 dans 13:18) sont utilisés symboliquement d’une façon concluante » (Mayhue, R. L., ‘New Covenant Theology And Futuristic Premillennialism’ dans MASTER’S SEMINARY JOURNAL VOLUME 18, 2, Sun Valley, CA: The Master’s Seminary, 2007, p.228-29).

    Ainsi, à moins d’indication contraire dans le texte lui-même, les nombres dans l’Apocalypse, aussi bien que dans le reste de la Bible, devraient être interprétés littéralement, c’est-à-dire dans leur sens normal et simple.

(CC) (BY NC ND) Mandimby Ranaivoarisoa, Pascal Denault, Raphaël Charrier, Daniel Saglietto & Guillaume Bourin. Vous êtes encouragé à partager l'ensemble des ressources disponibles sur ce site. Si vous reproduisez un extrait de l'un de nos articles, nous vous remercions d'y inclure systématiquement un lien renvoyant vers la source. Dans le cas où vous souhaiteriez reproduire un article dans son intégralité, merci de nous contacter.