5 mythes au sujet de la vieille hérésie gnostique
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5 mythes au sujet de la vieille hérésie gnostique

Cet article a été initialement posté sur le blog de Michael J. Kruger, Canon Fodder, le 12 décembre 2016. Traduction Timothée Boggetto.

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Dans le monde universitaire théologique, le gnosticisme est la coqueluche depuis quelques temps, au moins parmi certains spécialistes. Depuis la découverte des soi-disant « évangiles gnostiques » de Nag Hammadi, en 1945, ces spécialistes ont chanté les louanges de cette version alternative du christianisme.

Le gnosticisme était une version hérétique du christianisme qui fit son apparition principalement au cours du deuxième siècle et qui donna bien du fil à retordre aux chrétiens orthodoxes. Et certains spécialistes, observant le passé, souhaiteraient que ces gnostiques aient triomphé.

Après tout, nous dit-on, le christianisme traditionnel était étroit, dogmatique, intolérant, élitiste et mal intentionné, alors que le gnosticisme était ouvert d’esprit, accueillant, tolérant et bienveillant.

Face à un tel tableau, que choisiriez-vous ?

Bien que cette description d’un gnosticisme éclairé, cruellement persécuté par de vils et rigides chrétiens orthodoxes, puisse sembler théoriquement convaincante, cela ne correspond tout simplement pas à la réalité des faits.

Voici donc 5 affirmations souvent faites à propos du gnosticisme qui relèvent plus du mythe que de la réalité.

 

 

1- Le gnosticisme était plus populaire que le christianisme traditionnel

A de nombreuses reprises on nous a affirmé que les gnostiques étaient tout aussi nombreux que les chrétiens orthodoxes, que leurs livres étaient tout aussi populaires (sinon plus). La raison pour laquelle ils n’ont pas triomphé tiendrait à leur oppression et à la répression féroce que le parti orthodoxe, qui avait gagné en influence à travers Constantin, leur opposé.

Mais ce n’est tout simplement pas vrai.

Tous les éléments de preuve suggèrent que c’était « la Grande Eglise » (dans les termes du critique païen Celsus) qui a dominé dans les premiers siècles chrétiens, bien avant Constantin.

De plus, les écrits gnostiques étaient loin d’être aussi populaires que ceux qui sont devenus canoniques, comme on peut le voir par le nombre de manuscrits qu’ils ont laissé derrière eux. Par exemple, nous avons plus de copies du seul évangile de Jean provenant des premiers siècles que nous n’en avons de l’ensemble des écrits gnostiques combinés.

 

 

2- Le gnosticisme était plus accueillant et ouvert d’esprit que le christianisme traditionnel

Une perception répandue des gnostiques est qu’ils ne partageaient pas la mentalité élitiste du christianisme traditionnel. Ils auraient été, en quelque sorte les plus accueillants des deux.

Mais là encore, il semble qu’en réalité soit toute autre. La majorité des gens ne réalise pas que les gnostiques n’étaient pas intéressés par le salut universel. Au contraire, ils considéraient le salut comme réservé à une « élite spirituelle ».

Comme Hultgren l’affirme, « l’attitude de ces gnostiques était élitiste à l’extrême, au point d’affirmer que seul un parmi mille ou deux parmi dix milles étaient capables de connaître les secrets [du salut] » (Normative Christianity, 99).

 

 

3- Le gnosticisme reflétait plus exactement les enseignements du Jésus historique que le christianisme traditionnel

Certains ont avancé que, si l’ont connaître le véritable Jésus, le Jésus historique, alors les écrits gnostiques (comme l’évangile de Thomas) donnent une meilleure image.

Les problèmes d’une telle affirmation sont multiples, mais je n’en mentionnerai qu’un : les gnostiques n’étaient pas si intéressés par le Jésus historique. Pour eux, ce qui importait n’était pas la tradition apostolique transmise mais plutôt leur expérience actuelle avec le Jésus ressuscité (cf. Jonathan Cahana, “None of Them Knew Me or My Brothers: Gnostic Anti-Traditionalism and Gnosticism as a Cultural Phenomenon,” Journal of Religion 94 [2014]: 49-73).

En d’autres termes, les gnostiques étaient plus préoccupés par le présent que par le passé.

Ce genre d’approche « existentielle » de la religion est peut-être plus populaire dans notre culture moderne où l’expérience est la norme et où la religion est vue comme une affaire entièrement privée. Mais cela n’aide pas à redécouvrir la réalité historique.

Si l’on veut savoir ce qu’il s’est réellement passé, les évangiles canoniques sont et ont toujours été les meilleures sources.

 

 

4- Le gnosticisme était plus favorable aux femmes que le christianisme traditionnel

Ce mythe-là est un gros morceau. La perception populaire décrit un christianisme orthodoxe qui a opprimé les femmes, et des gnostiques qui les ont libérées. Mais, à nouveau, la réalité n’est pas si simple.

Au contraire, les preuves historiques suggèrent que les femmes ont afflué en masse vers le christianisme traditionnel. Il semble même qu’on y trouvait près de deux femmes pour un seul homme. Rodney Stark dans son livre The triumph of Christianity affirme qu’il en était ainsi car le christianisme s’avérait être un environnement extrêmement accueillant,  sain et positif pour les femmes.

Il faut aussi noter que les opinions en faveur des femmes de certains leaders gnostiques n’étaient pas vraiment ce que l’on voudrait nous faire croire.  Le gnostique valentinien Marcus était en fait connu pour attirer des femmes vers le mouvement dans le but de profiter d’elles sexuellement (Iraneus, Adv. Haer. 1.13.5).

Qui plus est, la vision gnostique de la femme semble particulièrement négative si l’on considère les derniers versets de l’évangile de Thomas : « Car toute femme qui se fera mâle entrera dans le royaume des cieux » (Logion 114). Difficile de voir cela comme une approbation des femmes en général !

 

 

5- Le gnosticisme avait une vision plus positive de la sexualité que le christianisme traditionnel

Le dernier mythe à propose du gnosticisme consiste à dire qu’il était pro-sexe, alors que le christianisme traditionnel était anti-sexe. En d’autres termes, les gnostiques célébraient la sexualité alors que les chrétiens traditionnels étaient coincés et “puritains”.

Encore une fois, la réalité est très différente. Bien que quelques gnostiques étaient en effet assez dévergondés (par exemple Marcus comme mentionné plus haut), une grande partie du mouvement était radicalement opposée à la sexualité. En effet, la majorité d’entre eux défendait un ascétisme sévère ainsi que le célibat.

Par exemple, le livre de Thomas affirme : « Malheur à vous, vous qui aimez l’intimité féminine et le commerce souillé avec elle ! Et malheur à vous par les pulsions de votre corps : car celles-là vous tourmenteront ! »

Même si de nombreux chrétiens orthodoxes avaient une vision positive du célibat, il était toujours considéré comme un acte volontaire. Le mariage, et la sexualité au sein du mariage, étaient tenus en haute estime et considérés comme des dons de Dieu.

 

En résumé, la perception populaire du gnosticisme n’est rien de plus… qu’une perception populaire. Elle n’a donc pas nécessairement de fondement historique. Comme nous l’avons vu dans cet article, le vrai gnosticisme était très différent.

Cela nous rappelle que le gnosticisme a peut-être échoué non pas à cause de l’oppression politique de ces chrétiens orthodoxes vicieux, mais plutôt parce qu’au cours des premiers siècles, il s’est avéré tout simplement moins attrayant pour ceux qui cherchaient à suivre Christ.

Ou alors, comme  le dit F.F. Bruce l’a formulé : « le courant gnostique a perdu parce qu’il méritait de perdre » (Canon of Scripture, 277).



Guillaume Bourin est le fondateur du blog Le Bon Combat et l'un de ses administrateurs. Il coordonne également les formations théologiques #Transmettre. Passionné par le grand mandat missionnaire, il a notamment supervisé les activités d'Audiovie (GRN) en région parisienne, avant d'exercer des fonctions pastorales. Guillaume est titulaire d'un master en théologie (M.Div.) de la faculté Southwestern (Fort Worth, USA) et complète actuellement un cycle de recherche (Th.M. + Ph.D.). Il demeure aux États-Unis.


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