Volonté parfaite vs. volonté permissive

Lors de discussions ayant trait à l’implication de Dieu au sein de notre vie ou de l’histoire en général, certains chrétiens font souvent la distinction entre une volonté divine “parfaite“ et une volonté divine “permissive.“
La première soulignerait avant tout le caractère parfait et pur de la volonté de Dieu, et la deuxième signifierait que Dieu “permet“ aux hommes d’agir d’une façon différente, voire contraire, à cette volonté parfaite.

Cependant, une telle distinction est inutile et source de beaucoup de confusions, voire de contradictions quant à la nature même de Dieu.

Tout d’abord, même s’ il existait une telle  volonté “permissive“, elle serait nécessairement “parfaite“ car elle serait toujours la manifestation d’une volonté divine…à moins que Dieu puisse posséder une volonté “imparfaite.“
Or ceci est contraire à la perfection qui caractérise le Créateur.

De plus, pourquoi utiliser le terme “permissif“ ? Si ceux qui utilisent une  distinction le font pour dire que Dieu “permet“ certaines choses sans en être souverain, ceci est une incohérence biblique.
En effet, Dieu possède une volonté qui est une et cohérente tandis que l’homme, de son côté, n’est pas un être autonome dont les actes échapperaient à la souveraineté de Dieu.

La Bible déclare en Éphésiens 1:11-12 :

En lui nous sommes aussi devenus héritiers, ayant été prédestinés suivant la résolution de celui qui opère toutes choses d’après le conseil de sa volonté,  afin que nous servions à la louange de sa gloire, nous qui d’avance avons espéré en Christ.

Dieu est celui qui est l’auteur “premier“ de “toutes choses.“
Il opère “toutes choses selon le conseil de sa volonté.“

Ceci indique clairement que Dieu accomplit toutes choses toujours en accord avec sa propre volonté.
Il n’est jamais “dépassé“ par les décisions humaines. Il est souverain sur elles.

Le fait de parler de “volonté divine permissive“ est donc source de confusion et d’erreur, car Dieu est souverainement impliqué dans chacune des choses qui se passent au sein de notre univers.

En fait, je pense que c’est une mauvaise idée de parler de “permission“ lorsque l’on parle de la volonté de Dieu, car cela réduit profondément la notion de “souveraineté divine“ pour laisser entrevoir une certaine autonomie illusoire de l’homme.

Pire, certains sont allés jusqu’à prêcher qu’il nous fallait discerner la volonté “parfaite“ de Dieu pour nous éviter d’accomplir Sa volonté “permissive.“
Outre le fait que cela ne soit pas biblique, un tel raisonnement exerce une forme de tyrannie et de culpabilisation non nécessaire sur le cœur des auditeurs.

Il est complètement aberrant de dire que nous devons uniquement marcher  en suivant des révélations divines sur notre futur afin de ne pas commettre d’erreurs.
Dieu désire que nous marchions par la foi, dans l’obéissance à sa volonté sainte et parfaite qu’il nous a donnée par Sa parole. Cette volonté nous a été transmise une fois pour toutes par le biais des 66 livres qui constituent la Bible.

En bref, parler de “volonté divine permissive“ n’est pas justifiable bibliquement. Nous sommes alors confrontés à cette tension irréductible qui constitue l’un des points les plus mystérieux de la théologie, à savoir l’articulation de la souveraineté de Dieu avec la responsabilité de l’homme.

Si la volonté de Dieu est “une“ et “parfaite“ et que Dieu et souverain, et que de l’autre côté l’homme est responsable de ses actes…alors comment pouvons nous articuler la perfection de la volonté divine avec la médiocrité de certaines de nos actions ?
Bien qu’elle ne nous donne pas une réponse ultime, je pense que, la bible faisant toujours cohabiter les deux ensembles de la genèse à l’apocalypse,  les deux sont complètement compatibles dans la réalité.

En effet, Dieu demeure toujours la cause “première“ de toutes choses au sein de l’univers. Et les “événements“ qui se produisent dans la sphère de la création sont les causes “secondes.“
Le lien entre cause “première“ et “seconde“ ne doit surtout pas être perçu comme le lien qui lie le marionnettiste à sa marionnette.
Une telle analogie anthropomorphique est fausse, car elle transpose injustement la souveraineté de Dieu au niveau de l’homme , et nous oblige à comprendre cette souveraineté de la façon dont pourrait l’exercer un homme, une créature.

Au delà du fait que cela soit une impossibilité, un tel raisonnement transforme nécessairement la notion de “souveraineté“ en  “coercition“, “tyrannie“ ou “manipulation.“
Car, pour les hommes, c’est la seule manière par laquelle nous pourrions effectivement posséder une certaine “souveraineté“ sur nos semblables.

Mais Dieu n’est pas un homme, ni une créature. Il est Dieu. Et je crois qu’il possède cette puissance (qui est expression de sa liberté propre et son ultime transcendance) qui lui permet d’œuvrer souverainement au sein de l’univers par le biais de causes secondes tout en gardant intacte la liberté de volition (et ainsi la responsabilité) des êtres moraux (les hommes) qui seraient impliqués dans ces événements dont Il est nécessairement la cause “première.“

Ces choses étant dites, nous ne savons toujours pas comment cela “fonctionne“…mais ceci est normal !
Car qui pourrait sonder les profondeurs de Dieu pour en comprendre et en expliquer les mécanismes. La notion même de “mécanisme“ n’est pas appropriée car elle est propre au domaine de la création, et certainement pas à la “dimension“ du Créateur.

Pour en revenir à notre question, il est plus judicieux d’entrevoir la volonté libre de Dieu sous au moins trois  aspects différents et complémentaires : la volonté décrétive, la volonté préceptive et la volonté de disposition de Dieu.
Je parle ici de volonté “libre“ pour souligner que tout ce qui se passe dans l’univers est une manifestation de la volonté “libre“ de Dieu et non celle d’une volonté divine nécessaire.

La volonté nécessaire “comprend tout ce que Dieu  ne peut que vouloir selon sa propre nature“ (1).
La notion de volonté libre “comprend tout ce que Dieu a voulu mais qu’il n’avait aucune nécessité de vouloir selon sa propre nature“ (2). Cette distinction est importante pour ne pas subordonner Dieu à une certaine “nécessité“ des événements qui ont lieu au sein de l’univers, et ainsi garder intact l’attribut d’aséité qui définit Dieu.

La volonté decrétive de Dieu est constitué de l’ensemble des décrets de Dieu. Les décrets de Dieu sont les événements que Dieu a planifié pour l’histoire du  monde. Cette volonté nous est cachée jusqu’à que l’événement arrive. Cette volonté est souveraine, immuable et certaine.

 

La volonté préceptive  est cette volonté “révélée“ qui “concerne ce que nous devrions faire ou ce que Dieu attend de nous“ (3). Cette “volonté“ nous est accessible dans les écritures (Deut 29:28).

La volonté de “disposition“ décrit l’attitude de Dieu quant à ce qui lui plait :

Par exemple Dieu ne prend aucun plaisir dans la mort du méchant, et pourtant il planifie  la mort du méchant. Dieu prend ultimement plaisir en sa propre justice et  droiture, cependant il ne se réjouit pas, dans un sens vindicatif, à propos de ceux qui reçoivent Son jugement. Dieu se réjouit lorsque nous trouvons notre plaisir dans l’obéissance envers Lui. Il est douloureusement mécontent lorsque nous sommes désobéissants.“ (4)

Ainsi, je vous encourage à ne plus utiliser ces catégories de “parfaite“ vs. “permissive“ concernant la volonté de Dieu, car elles sont à la fois sources de confusions, éloignées de l’enseignement biblique et culpabilisantes.

Pour finir, je citerais l’excellente conclusion de Sproul concernant cette problématique :

Plusieurs chrétiens deviennent préoccupés, voire même obsédés par le fait de trouver la « volonté » de Dieu pour leur vie. Si la « volonté » que nous cherchons est Sa volonté décretive qui est cachée et secrète, alors notre quête est telle l’errance d’un fou. Le conseil secret de Dieu est Son secret. Il ne lui est pas paru opportun de nous le révéler. loin d’être une marque de spiritualité, la quête de la volonté secrète de Dieu est une intrusion malvenue au sein de l’intimité de Dieu. Le secret conseil de Dieu ne nous concerne pas. C’est une des raisons pour laquelle la Bible parle de façon si négative de la nécromancie, la divination et d’autres formes d’activités occultes interdites. Nous serions plus sages de suivre le conseil de Jean Calvin lorsqu’il dit : ‘Lorsque Dieu ferme Sa sainte bouche, je me désiste de toute recherche.’ La vraie marque de la spiritualité est manifestée par ceux qui cherche la volonté de Dieu qui a été révélé dans sa volonté preceptive. C’est la personne selon le cœur de Dieu qui médite la loi de Dieu jour et nuit. Alors que nous cherchons à être conduit par le Saint-Esprit, il est vital que nous nous rappelions que le Saint-Esprit nous conduit premièrement dans la justice. Nous sommes appelés à vivre nos vie par chaque parole qui sort de la bouche de Dieu. C’est Sa volonté révélée qui doit nous préoccuper, et de façon plus spécifique, qui doit être la principale préoccupation de nos vies

Le Seigneur n’attend pas de nous que nous vivions “dans le futur“, mais il désire que nous vivions l’instant présent en comprenant ce qu’il attend de nous aujourd’hui grâce à Sa parole qu’il nous a laissée.
Ce sont les décisions d’aujourd’hui qui doivent être prises dans l’obéissance à Sa parole (sa volonté révélée) pour que nos vies soient édifiées sûrement en Lui  tout en étant ancrées dans la grâce manifestée en Jésus-Christ notre sauveur.

DS

Notes et références :

(1) Wayne Grudem, Systematic Theology, 215.
(2) Ibid
(3) Ibid, p.216
(4) R.C. Sproul, Essentials Truths of The Christian Faith, Tyndale, 1992, pp. 67-69

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Je suis marié, et le Seigneur nous a fait la grâce d’avoir trois enfants. Je suis actuellement Pasteur Stagiaire sur Montréal. Je suis passionné par le Nouveau Testament, la théologie systématique et l’herméneutique. J’affectionne particulièrement les écrits des réformateurs, de Cornelius Van Til, Vern Poythress, John Frame, Greg Beale et John Piper.