Pourquoi présenter la théologie à partir d’une confession de foi ?

Il y a plusieurs mois j’ai commencé à enseigner la théologie systématique à mon Église locale. Je procède toujours de la même façon : je pose d’abord une question simple à laquelle je réponds à l’aide d’une confession de foi. Je donne d’abord une réponse succincte (une ou deux phrases) suivie d’une réponse élaborée (environ 1000 mots).

Cette approche permet de voir la portée pratique de la doctrine et l’utilité d’une confession de foi. Au fil des prochaines semaines, je présenterai ces études sur Le Bon Combat, mais avant d’en venir aux études comme telles, j’aimerais premièrement introduire ce travail par deux questions préliminaires. (1) Pourquoi présenter une théologie systématique à partir d’une confession de foi? (2) Pourquoi la Deuxième confession de foi baptiste de Londres de 1689? Ces deux questions feront l’objet de deux billets sur ce site.

La théologie systématique est une discipline biblique des plus importantes. Cette approche repose sur la ferme conviction que toute la Bible a un seul auteur : Dieu (2 Tm 3.16). Cette conviction est déterminante puisqu’elle nous amène à reconnaître que Dieu ne peut ni se tromper ni se contredire (Jn 17.17 ; Tt 1.2).

La théologie systématique consiste donc à réunir toutes les données bibliques sur un sujet particulier et à formuler des énoncés affirmatifs qui synthétisent et harmonisent ces données. Par exemple, la Bible enseigne qu’il n’y a qu’un seul Dieu, elle affirme en même temps la divinité de trois personnes distinctes.

En réunissant ces données, nous ne nous trouvons pas en présence d’une contradiction, mais de la doctrine biblique de la Trinité. La théologie systématique est la formulation la plus claire et l’aboutissement définitif des vérités contenues dans la Parole de Dieu.

Dans cette introduction, j’aimerais expliquer pourquoi je présenterai une théologie systématique complète à partir d’une confession de foi historique, nommément la Deuxième confession de foi baptiste de Londres de 1689. Assurément, mon désir est de présenter les doctrines enseignées par l’Écriture. Pourquoi donc suivre une confession de foi plutôt que la Bible directement? Pour la simple raison que la conviction protestante Sola Scriptura ne veut rien dire en dehors d’un cadre confessionnel.

Le biblicisme est une tentative de lire la Bible sans tenir compte de l’histoire de son interprétation, un effort conscient pour rejeter toute tradition pour arriver à une compréhension pure des Écritures. Beaucoup de groupes dissidents dans l’histoire ont prétendu faire une telle lecture de la Bible : les ariens, les sociniens, les témoins de Jéhovah, pour n’en nommer que quelques-uns. N’avez-vous jamais vu des personnes utiliser la Bible pour défendre des idées et des doctrines étrangères? La pluralité des croyances contradictoires qui existent parmi ceux qui prétendent ne croire qu’à la Bible n’est-elle pas une preuve que Sola Scriptura n’est pas de facto synonyme de vérité?

 

 

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La croyance Sola Scriptura signifie que l’Écriture seule est la Parole de Dieu et que notre doctrine doit provenir d’elle seule. Croire une telle chose ne nous dit pas cependant ce que l’on croit que la Bible enseigne. La Bible enseigne-t-elle la pleine divinité du Christ? Qui est Jésus? Peut-on utiliser la Bible pour justifier la doctrine du purgatoire? Comment un pécheur peut-il être déclaré juste devant le tribunal de Dieu selon l’Écriture sainte?

Il n’est pas suffisant de dire que nous croyons à la Bible seule encore faut-il déclarer ce que nous croyons qu’elle enseigne. Vous croyez que l’Écriture seule est la Parole de Dieu? Vous faites bien, car les démons aussi le croient ainsi qu’une foule d’hérétiques! Il est important d’user d’honnêteté intellectuelle et de reconnaître qu’une confession de foi est inévitable : tous ceux qui affirment une croyance quelconque confessent en fait leur foi. La question n’est donc nullement de savoir si nous confessons la foi, mais si nous avons une bonne confession de foi.

Bien que tous ont nécessairement une confession de foi, certains rejettent sciemment le confessionnalisme, c’est-à-dire le recours à la foi historique de l’Église pour affirmer leur propre foi. Voici donc trois raisons bibliques qui nécessitent la confessionnalité de la foi et pourquoi une bonne confession de foi historique est la meilleure façon d’affirmer ses croyances.

Ces trois raisons expliqueront également pourquoi j’ai choisi de présenter la théologie systématique des Écritures à partir d’une confession de foi.

 

1- L’objectivité de la foi

La foi a un caractère subjectif : elle est le fait de croire (Jn 3.16 ; Rm 1.16). Cependant, la vraie foi ne consiste pas simplement à croire n’importe quoi pourvu que l’on croie quelque chose. La vraie foi consiste à croire la vérité. Ainsi, la foi a nécessairement un caractère objectif.

Cela est explicitement affirmé dans l’Écriture sainte. Par exemple, dans ce passage de l’épître de Jude nous retrouvons cette déclaration au verset 3 : « Bien-aimés, alors que je désirais vivement vous écrire au sujet de notre salut commun, je me suis senti obligé de vous envoyer cette lettre pour vous exhorter à combattre pour la foi qui a été transmise aux saints une fois pour toutes. » La foi réfère ici à ce qui est cru (l’objet de la foi) et non simplement au fait de croire (l’exercice de la foi). La foi définitivement transmise aux saints est la saine doctrine apostolique.

L’apôtre Paul, de son côté, déclare que la prophétie doit s’exercer « selon l’analogie de la foi » (Rm 12.6). Cette expression signifie que tout enseignement dans l’Église doit être en accord et en harmonie avec le corpus doctrinal transmis par les apôtres à l’Église (Ac 20.27).

Bien que notre appréhension de la vérité soit subjective, la vérité est par définition objective. La compréhension de ceux qui confessent la vérité peut varier par endroit, mais elle doit nécessairement avoir un caractère commun puisqu’elle a le même objet. Cette objectivité doit nécessairement se traduire par une confession commune de la foi. Cela est implicite dans cette parole de l’apôtre Pierre (2 P 1.20) : « sachez tout d’abord vous-mêmes qu’aucune prophétie de l’Écriture ne peut être un objet d’interprétation particulière ».

L’apôtre déclare que le sens des Écritures est objectif ; ce n’est donc pas au lecteur de lui attribuer subjectivement un sens pour lui-même, mais il doit plutôt découvrir ce sens. Si les passages de l’Écriture n’ont qu’un sens, celui-ci devrait être le même pour tous et ce sens commun devrait conduire les croyants à affirmer collectivement leur foi. Une confession de foi historique est précisément une déclaration commune de la foi, l’expression du caractère objectif de la foi.

 

2- La transmissibilité de la foi

La foi se transmet (Jd 3), se confie et s’enseigne (2 Tm 2.2), elle est donc transmissible. La transmissibilité de la foi requiert l’usage d’une tradition. Le flambeau de la foi a été transmis de génération en génération ; cette transmission est ce que l’on appelle la tradition. Si les protestants ne reconnaissent pas la canonicité de la tradition, ils reconnaissent certainement son utilité et même sa nécessité. Méfiez-vous des croyances qui sortent de nulle part, qui n’ont pas d’enracinement historique ou qui sont en rupture complète avec la foi transmise au fil de l’histoire de l’Église.

La transmissibilité de la foi ne nécessite pas une continuité organique (l’Église Catholique romaine), mais une continuité de la foi apostolique (la foi transmise aux saints une fois pour toutes par l’Écriture seule). Ce principe est manifeste dans le Nouveau Testament : ce ne sont pas ceux qui sont en continuité organique ou biologique avec Abraham qui sont ses fils, mais ceux qui sont en continuité spirituelle de la foi (Mt 3.7-9 ; Jn 8.39 ; Rm 2.28-29 ; 9.6-8 ; Ga 3.7). L’Église, comme institution, n’est pas infaillible, mais comme elle fut l’organe de transmission de la foi qui est infaillible, il est nécessaire de recevoir son témoignage. La tradition peut toujours être améliorée, mais jamais ignorée.

Une confession de foi est l’un des meilleurs outils pour recevoir et pour transmettre la foi à défendre. Elle démontre que la foi que nous avons aujourd’hui a été transmise historiquement. Elle permet également de transmettre à la génération suivante la foi qui doit être confessée (2 Tm 2.2).

 

3- La catholicité de la foi

Finalement, la foi chrétienne a un caractère universel : il n’y a qu’une seule foi qui est confessée par une seule Église (Ep 4.5). Encore une fois, cette Église universelle n’est pas l’Église de Rome, mais un corps composé de tous ceux qui gardent la foi des apôtres ; ceux qui s’en écartent ne sont plus de la foi ni de l’Église. Puisque l’Église est « la colonne et l’appui de la vérité » (1 Tm 3.15), il faut nécessairement recevoir son témoignage historique.

La catholicité de la foi s’est toujours exprimée par des credo, des symboles et des confessions de foi. Une confession de foi n’est pas la foi d’une personne isolée, mais celle d’un corps de croyants. L’approche confessionnelle consiste à maintenir la catholicité de la foi. Cette catholicité ne donne à l’Église aucune autorité pour ajouter ou retrancher quoi que ce soit aux doctrines de l’Écriture sainte.

Reconnaître la catholicité de la foi c’est simplement reconnaître que le Saint-Esprit a éclairé la compréhension des croyants au cours de l’histoire dans le but de produire l’unité de la foi dans l’amour (Ep 4.13-16). L’existence d’erreurs historiques quant à la foi ainsi que le manque d’unité chrétienne n’invalident pas le principe de catholicité de la foi. La foi universelle est un excellent guide pour conduire la foi individuelle dans la vérité.

 

C’est pour cette raison que nous nous laisserons enseigner par la foi historique de l’Église telle qu’exprimée dans la Deuxième confession de foi baptiste de Londres de 1689.

 

 

 

Pascal Denault est pasteur de l’Église évangélique de St-Jérôme. Il est titulaire d’une Licence (BA) et d’un Master en théologie (ThM) de la Faculté de théologie évangélique de Montréal. Pascal est l’auteur des livres Une alliance plus excellente (2016, Impact Académia), Solas, la quintessence de la foi chrétienne (2015, Cruciforme), et The Distinctiveness of Baptist Covenant Theology (2013, Solid Ground Christian Books).

  • Matt Massicotte

    Excellent!

  • Alain Rioux

    Au reste, la tradition de l’Église a reconnu la Bible comme parole du Dieu Trinitaire. Sinon, la contradiction devient patente entre l’Ancien Testament et le Nouveau, comme le soulignait, avec raison, Marcion. A ce titre, la théopneustie scripturaire doit s’inscrire à l’intérieur de la tradition ecclésiale, formulant cette doctrine trinitaire. Or, de fait, le C.O.E. et le Vatican ont enregistré la tradition comme validant le même canon scripturaire et le même Symbole de Foi, le Symbole, inaltéré, de Nicée-Constantinople, depuis 2000 ans, comme en font foi: Ac.5/33-42, Jd.3, Hé.13/8-9 ou IIPie.1/19-21, entre autres. C’est pourquoi, à moins de coraniser l’exégèse biblique, la réception ecclésiale du Canon scripturaire et du Symbole, inaltéré, de Nicée-Constantinople s’impose à toute communauté chrétienne soucieuse de cohérence, autrement dit, de catholicité. Car, même le principe du « sola scriptura » émane du Credo, à l’article pascal, article capital de la foi, selon I Cor.15, lequel ne peut être cru qu’en tant que conforme aux Écritures. Alors, combien plus le reste de la doctrine chrétienne doit-elle s’y soumettre. De sorte qu’il est impossible d’invoquer le principe scripturaire, sans adhérer au Symbole de Foi, et réciproquement. En conséquence, le « sola scriptura » est norme ultime et non unique de la tradition. Il précise le Symbole mais ne l’abolit pas. Ainsi, en dehors des paramètres définis par le Symbole, inaltéré, de Nicée-Constantinople et le canon scripturaire, il n’y a plus que gnosticisme, dont le libéralisme théologique est l’avatar le plus prestigieux…

    • Mike

      Et sinon Alain, en version Parole de vie ton commentaire ça donnerait quoi? lol

      • Alain Rioux

        Si vous ne comprenez pas, alors il est inutile de vous commettre en théologie!