Charles Spurgeon sur la déchéance du coeur de l’homme

Vous n’avez aucun mérite. Si l’on s’en tenait à vos oeuvres, jamais vous ne pourriez avoir accès à Dieu, jamais il n’écouterai vos prières.

Vous êtes en effet totalement dépravé. Le fait même que Dieu prête l’oreille à vos cris est une grâce, comme le rappelle Spurgeon :

L’homme n’est qu’une masse puante de corruption, c’est un fait. Son âme toute entière est par nature tellement avilie et dépravée qu’aucune description -même en langage inspiré !- ne saurait en exprimer la bassesse.

Dans la meilleure des prières de l’humain le plus consacré ayant vécu sur cette terre, il y avait suffisamment de péchés pour la rendre abominable devant Dieu.

Souvenons-nous de la réalité de notre déchéance, et remercions ce Dieu saint et parfait qui nous accorde en Christ ce libre accès au trône de la grâce !

 

<p>Guillaume Bourin est le fondateur du blog Le Bon Combat et l’un de ses administrateurs actuels. Il s’intéresse particulièrement à l’intertextualité et à l’exégèse de l’Ancien Testament, à la théologie biblique, et à l’ecclésiologie. Guillaume est titulaire deux masters en théologie (M.Div., Th.M., Southwestern Baptist Theological Seminary, USA) et il est actuellement candidat au doctorat en Ancien Testament à l’Université d’Aberdeen (Ecosse).</p>

  • Francine

    L’homme n’est qu’une masse puante de corruption, c’est un fait. Son âme toute entière est par nature tellement avilie et dépravée qu’aucune description -même en langage inspiré !- ne saurait en exprimer bassesse.

    Merci Spurgeon ! Il me semblait bien aussi que Luc avait beaucoup exagéré, au début de son Évangile, en écrivant : Du temps d’Hérode, roi de Judée, il y avait un sacrificateur, nommé Zacharie, de la classe d’Abia; sa femme était d’entre les filles d’Aaron, et s’appelait Elisabeth. Tous deux étaient justes devant Dieu, observant d’une manière irréprochable tous les commandements et toutes les ordonnances du Seigneur.

    Comme quoi tout le monde peut se tromper, même en langage inspiré. Si encore Zacharie et Elizabeth avaient eu une claire notion de la justification par la foi seule, on aurait pu passer à Luc cette façon de parler, mais non ! ils s’obstinaient à observer pointilleusement les commandements, et n’avaient jamais lu les puritains.

    Pascal a écrit : Il est dangereux de trop faire voir à l’homme combien il est égal aux bêtes, sans lui montrer sa grandeur. Et il est encore dangereux de lui trop faire voir sa grandeur sans sa bassesse. Il est encore plus dangereux de lui laisser ignorer l’un et l’autre, mais il est très avantageux de lui représenter l’un et l’autre.

    La doctrine de la dépravation totale plaît aux marxistes réformés parce qu’ils la tiennent pour l’arme spirituelle atomique qu’ils peuvent lancer à volonté du pupitre : anéanti par une corruption absolue, l’auditoire ne pourra rien répliquer. Or il y a là une exagération manifeste : que le pécheur ne puisse rien faire pour se sauver lui-même, toute la Bible l’atteste. Mais elle affirme également qu’il reste toujours en l’homme quelque chose de bon à sauver : l’effigie du Roi sur la drachme perdue, l’image gravée de Dieu. L’Ecriture déclare : Tous sont pervertis ; elle ne dit pas : Tous sont totalement pervertis, car si Dieu parle, c’est précisément pour réveiller une conscience qui est sa voix, et qui n’a pas disparue.

    Non seulement la doctrine de la dépravation totale est incorrecte, mais elle ne produit pas la déflagration nucléaire attendue. L’auditoire renifle de loin l’intention et ferme l’oreille. Spurgeon pouvait se permettre de la brandir quelques fois, parce qu’il possédait par ailleurs suffisamment de grâce pour gagner des âmes à chaque prédication. Mais c’était Spurgeon ; l’admirer est bien, mais peu utile ; que Dieu nous donne de l’imiter dans ses résultats, serait mieux.

    • D’un point de vue exégétique, Francine, faites bien attention à identifier correctement la nature de la justice et du caractère irréprochable de Zacharie et d’Elizabeth. La référence est probablement forensique, et n’est pas directement connectée à la discussion que vous entamez.
      Ensuite, ca serait bien que vous nous expliquiez la manière dont vous comprenez la dépravation totale, car il nous semble qu’il y a ici confusion, notamment sur le sens et la portée de cette « totalité ». Apparement, vous prêtez au tenants du calvinisme une pensée qui n’est pas la leur. Personne ne dit, par exemple, que l’oeuvre de la conscience n’existe plus (cf. Rom 2:15) ou que l’image de Dieu en l’homme a été totalement détruite. La dépravation de l’homme est totale en ce sens qu’elle atteint et affecte toutes les sphères de la vie humaine.

      Quant à imiter les résultats de Spurgeon, ça ne dépend pas de nous. Par contre, en effet, nous admirons le contenu de sa prédication. 😉 C’est d’ailleurs pour cela que nous avons publié cet article

      • Très bonne réponse, Guillaume ! « La dépravation de l’homme est totale en ce sens qu’elle atteint et affecte toutes les sphères de la vie humaine. » C’est mot pour mot ce que je proclame moi-même dans mon petit livre. Et j’ajoute que sa caractéristique essentielle, c’est d’être décentrée par rapport à son Créateur et recentrée sur son MOI dominateur.
        Parler de « masse puante de corruption », à mon avis, procède d’un misérabilisme étranger aux Écritures, en contradiction totale avec les psaumes 8 et 139 par exemple, qui décrivent bien l’homme actuel, après la chute.

        Ne nous comprenons pas mal, nous ne soulignerons jamais assez la misère spirituelle de l’homme, mais celle-ci a trait à son incapacité totale de plaire à Dieu et de faire quoi que ce soit de valable pour apaiser sa colère face à son péché. (cf. le « misérable que je suis » de Romains 7.) Honnêtement, définirez-vous votre voisin athée de « masse puante de corruption » ? Si vous le faites, faudrait pas qu’un membre de votre église défraie la chronique locale par son adultère ou sa corruption financière, alors que le voisin est un modèle de fidélité et de probité !

        Une dernière chose : pourquoi faut-il toujours affirmer ses convictions par rapport à Calvin ou au calvinisme, voire par rapport à Spurgeon, comme Francine le ressent bien ? Moi, je serais plutôt fier d’être « béréen » (Actes 17.11) ! Et pour pouvoir l’être, il me faut examiner ce que dit chacun : pas de théologie solo, comme Pascal nous l’a judicieusement rappelé il y a quelques mois. (je ne parle pas du même Pascal que Francine ! 🙂

        • Et que fais tu de statuts comme « et moi je suis un vers et non un homme » ? Ou encore le fait que les pensées des hommes soient UNIQUEMENT tournées vers le mal (cf. les sections narratives du déluge) ? « Toute notre justice est comme un vêtement souillé », dans le prophète Esaïe ? (littéralement « linge menstruel »…)
          Oui, nous considèrerions volontiers notre voisin comme « une masse puante de corruption » (quoique, je l’ai prise chez Spurgeon, je ne l’ai jamais dite, mais elle a du sens). Mais il s’agit aussi de la condition du chrétien : la dépravité est le lot universel de l’humanité déchue.

          • Puisque tu m’interroges, Guillaume,je réponds, même si mon quota de parole est dépassé ! 🙂 J’aime bien replacer toute parole dans son contexte immédiat et dans le contexte général de la révélation :

            *** « Et moi je suis un ver, et non un homme » Continuons d’abord cet extrait du psaume 22.6-8 : …le déshonneur des humains et le méprisé du peuple. Tous ceux qui me voient se moquent de moi, Ils ouvrent les lèvres, hochent la tête etc. >> Il me semble qu’il n’est pas du tout question du statut d’homme pécheur pourri ici . Nous devons lire : Voilà ce que mes ennemis ont fait de moi, ils m’ont traité comme un ver etc. Et de qui parle le psalmiste fondamentalement ? Le psaume 22 n’est-il pas le psaume messianique par excellence ? Alors, Jésus corrompu ?

            ***  » les pensées des hommes sont UNIQUEMENT tournées vers le mal » Genèse 6.5 >> Il s’agit d’un descriptif de fait, de comportement constaté : à cette époque là, la terre était corrompue, remplie de violence, le mal avait atteint un paroxysme, d’où le déluge ! Ce texte ne peut donc pas être pris comme référence théologique pour définir ce qu’est la corruption « d’état » de l’homme en général. D’ailleurs 1 Pierre 3.20 montre que cette corruption se qualifiait fondamentalement par le choix de l’incrédulité. Et c’est ce même choix qui vaudra le déluge de feu et de jugement aux hommes impénitents d’hier comme aujourd’hui…

            *** « Toute notre justice est comme un vêtement souillé » Esaïe 64.5,6.
            Élargissons notre prise de vue : « Tu allais à la rencontre de celui qui pratiquait la justice avec joie, de ceux qui rappelaient tes voies, par qui de tout temps, nous étions sauvés » (descriptif d’un passé où le peuple était en phase avec son Dieu)
            MAIS (rupture), tu t’es indigné parce que nous avons péché ;
            Nous sommes tous devenus comme (un objet) impur, et tous nos actes de justice sont comme un vêtement pollué ; Nous sommes tous flétris comme une feuille, et nos fautes nous emportent comme le vent. Il n’y a personne qui invoque ton nom, qui se réveille pour s’attacher à toi (changement incontestable par rapport à la 1e situation)
            CAR tu nous as caché ta face, et tu nous as laissés tomber en défaillance à cause de nos fautes. >> Si personne ne cherche Dieu dans ce texte (et dans d’autres où Dieu vient voir si quelqu’un le cherche Esaïe 14.3 etc.), c’est que le paroxysme de péché a conduit le Seigneur à cacher sa face aux hommes, à cesser (momentanément) à « tirer » ou attirer leurs cœurs à lui et à les livrer à leur sens corrompus. Il n’y a donc aucune incapacité fonctionnelle à chercher Dieu (trop de textes invitent à le faire et reprochent de ne pas le faire !)

            En conclusion, je crois que je rejoins Francine pour sa définition de la corruption. Je vous laisse les discussions dans la haute sphère théologique, mais j’aime, comme c’est le cas ici, qu’on examine des textes de l’Ecriture, peu importe ce qu’en aurait dit Spurgeon. (Mais je crois que tous trois, nous avons en commun une profonde reconnaissance pour le beau ministère que Dieu avait confié à ce frère, pour la bénédiction de tous, calvinistes, arminiens ou « ni ni » ! 🙂 )

  • Francine

    a) Lorsqu’on s’aperçoit qu’un organe particulier est devenu cancéreux, chacun sait que les cellules malades vont à terme diffuser dans le reste de l’organisme et métastaser : tout le corps est malade. Cette comparaison entre le cancer et le péché, sert à illustrer ce que nous entendons généralement par dépravation totale de l’homme : toutes les parties de son être, sentiments, volonté, raison, sont affectées par le péché, comme l’ont bien rappelé Guillaume et Claude.

    b) Cependant il existe une manière extrémiste de présenter la dépravation totale de l’homme évidemment fausse par son exagération : Tous les organes du corps ne sont pas totalement cancéreux en même temps, à moins que l’individu ne soit déjà dans la tombe. De même l’âme du pécheur garde encore une certaine sensibilité au beau, au vrai, au bon, l’image de Dieu en lui n’est pas totalement oblitérée, bref il est encore « sauvable », la grâce peut l’atteindre, c’est justement la raison pour laquelle Dieu veut l’évangéliser.

    c) Quand on lit réellement Spurgeon, on ne découvre pas un théologien extrémiste, mais un merveilleux et puissant évangéliste, doué de l’instinct poétique et lyrique, comme l’ont été tous les orateurs qui ont marqué leur temps. La masse puante de corruption, chez lui, ça s’appelle de l’hyperbole ; ses admirateurs seraient peu avisés de prendre cette expression comme littérale au sens théologique.

    d) Si vous demandez à un mathématicien ce que c’est qu’un nombre parfait, il vous répondra que c’est un nombre égal à la somme de tous ses diviseurs sauf lui-même (6 par exemple) et vous serez bien content de l’avoir appris. Si vous lui demandez ensuite ce qu’est une fonction fuchsienne, là vous ne comprendrez probablement pas sa réponse, cependant vous n’aurez aucun doute qu’il sait de quoi il parle. Idem si vous vous adressez à un chimiste, aussi simple ou compliquée soit la molécule qu’il nomme, ce nom correspond à une séquence bien précise d’atomes. Idem pour le biologiste, l’astronome, l’électronicien etc. etc.

    Autrement dit, dans toutes les corps de métier le vocabulaire technique sert à condenser dans un mot un savoir précis qu’il serait fastidieux de redéfinir chaque fois.

    MAIS la théologie n’est pas un métier, elle n’est pas une science. La théologie est un effort pour essayer de comprendre ce qui ne peut pas être compris, de décrire ce qui ne peut pas être décrit : DIEU. Chez elle le vocabulaire « technique » n’existe pas pour résumer un acquis mais au contraire pour nommer une ignorance. Exemple : quand DeYoung tacle Grudem pour avoir confondu génération éternelle du Fils et subordination éternelle, qui peut croire sérieusement que DeYoung puisse expliquer en détail ce qu’est une génération éternelle ?Bien sûr que non ! et mit au défi, il ne pourrait débiter qu’un flot de phrases dépourvues de contenu réel. Cela ne veut pas dire que l’on devrait cesser de faire de la théologie, ni que le vocabulaire théologique ne correspond à aucune réalité, mais qu’il faut cesser d’essayer de faire croire que l’on sait de quoi on parle, et les mots techniques utilisés correspondent à des savoirs réels ; ils ne devraient être employés qu’exceptionnellement. Le reste du temps le théologien, qui est justement le contraire d’un technicien, doit s’efforcer de parler la langue commune, pour s’assurer d’abord qu’il se comprend lui-même, ensuite pour essayer de se faire comprendre des autres.

    e) Guillaume, je partage votre admiration pour Spurgeon. Mais relisez bien ses sermons. Où trouvez-vous chez lui une approche exégétique consciente de la catégorie forensique des divers champs lexicaux ? Plutôt que d’employer des mots peu courants, transcrits de l’anglais (qui les a lui même piqués au français) pourquoi n’essayez-vous pas d’exprimer votre pensée en termes clairs ? Cet effort vous serez présentement profitable, et plus tard à vos futurs auditeurs.

    • Chère Francine

      – (a) et (c) => amen!

      – (b) => Là où vous voyez un résidu d’image de Dieu qui permet à l’homme de sentir le vrai, le beau, etc., moi j’y vois l’oeuvre de la grâce commune. En d’autres termes, rien d’inhérent ou de naturel en l’homme. L’image de Dieu, il est vrai, n’est pas ôtée complètement de l’homme déchu. Ce que vous entendez par « oblitéré » m’échappe peut-être, mais il ne reste de Dieu en l’homme qu’une empreinte, trace d’un monde passé et qui n’existe plus, et preuve manifeste que l’homme n’est plus … qu’une masse puante de corruption.

      – (d) : vous avez sans doute raison, néanmoins le problème de l’usage sémantique et des taxonomies théologiques diverses et variées n’est pas aussi simple que vous le voudriez. Tout n’est pas « vulgarisable », surtout lorsqu’on touche aux controverses trinitaires. I ne s’agit pas s’implement de lexicographie, ou même de sémantique en général : en théologie, les termes ont parfois un usage historique, voire confessionnel. « Subordination », par exemple, fait écho à bien des discussions trinitaires historiques, renvoyant vers de nombreuses hérésies théologiques mais aussi sur le tendancieux deuteros theos d’Origène. Certes, Grudem ne suit pas ces erreurs, mais l’article de DeYoung auquel vous faites allusion (si l’on parle bien du même) renvoie essentiellement à certaines catégories historiques -surtout réformées- sur lesquelles Grudem fait parfois preuve de peu de prudence. Notez toutefois que « masse de corruption puante », tout le monde comprend.
      Au passage, vous critiquez beaucoup Pascal Denault pour son attachement à « l’orthodoxie réformée », mais il veut justement éviter le genre de travers dans lequel Grudem et certains dans son entourage tombent si souvent. Cependant, ne vous y trompez pas : il nous arrive de remettre en cause les credos ET les formulations historiques. Notre confessionalisme n’est pas autant aveugle que vous le présentez ! Par exemple, j’ai été à titre personnel convaincu par Grudem que la mention de la descente aux enfers est un ajout tardif au Symbole des Apôtres. Mais nous ne portons pas sur l’histoire de la théologie ce regard critique qui semble être le votre.

      – (e) Ce n’est pas l’exemple de Spurgeon que je critique, mais le votre ! 🙂 Je ne crois pas que la justice et l’irréprochabilité de Zacharie et Elisabeth aient quoi que ce soit à voir avec la dépravation totale et les débats sotériologiques sur la justification. Quant à “forensique”, il s’agit bien d’un mot français. Nous ne l’avons pas tiré de l’anglais, désolé. Vous critiquez notre latin, notre anglais, et maintenant notre français… Mais Francine, où va-t-on? 😉

      Au final donc, la masse de corruption chère à Spurgeon, nous la maintenons, et nous la réaffirmons.
      gb

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