Que sont les « Séraphins » ?

Si on vous parle de Séraphins, vous pensez peut-être à des anges ? L’association entre les deux vient de la tradition chrétienne, toutefois, si la Bible les mentionne bien, ce ne sont pas exactement des anges… et l’un d’entre eux en particulier est un personnage très singulier.

 

Brûlants ou serpents ?

Séraphin est la translittération de l’hébreu שְׂרָפִים (seraphim), pluriel de שָׂרָף (saraph) qui veut dire « brûler » ou « serpent ». La proximité de ces deux concepts peut nous sembler étrange, mais elle devient plus évidente quand on pense aux effets du venin que ces animaux peuvent injecter, et pour certains, cracher. La plupart du temps, lorsque le mot est employé comme nom, on le traduit « serpent », mais il y a des passages où le mot ne semblait pas à sa place, et les traducteurs ont préféré translittérer le mot. Par exemple en Esaïe 6 :

L’année de la mort du roi Ozias, j’ai vu le Seigneur assis sur un trône très élevé; le bord inférieur de son vêtement remplissait le temple. Des séraphins se tenaient au-dessus de lui. Ils avaient chacun six ailes : deux dont ils se couvraient le visage, deux dont ils se couvraient les pieds et deux dont ils se servaient pour voler. Ils se criaient l’un à l’autre: «Saint, saint, saint est l’Eternel, le maître de l’univers ! Sa gloire remplit toute la terre!»

Il peut être tentant de prendre cette description littéralement, et de compléter la description à partir de nos références culturelles, pour imaginer tout un « bestiaire » céleste, mais attribuer une forme physique à des êtres qui sont ici clairement spirituels, et sont donc dépourvus de corps, n’a pas de sens.

Nous nous situons au niveau du symbole, et c’est en partie pour cela que les traducteurs ont choisi de ne pas traduire « serpent » : un serpent avec des ailes et des pieds, que cela pouvait-il bien représenter ? Surtout pour des êtres proches du trône de Dieu, car l’association entre cet animal et le diable est bien connue. Pour autant, il ne faut pas non plus imaginer des humains ailés sous prétexte qu’ils ont des « pieds », car il s’agit probablement d’un euphémisme pour faire référence aux parties intimes, donc à la nudité (voir Gn 19.2, Ex 4.25, Esaïe 7.20).

 

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Seul chrétien de ma famille, converti à 21 ans, puis étudiant en Théologie et désormais apologète à mes heures, je m'intéresse particulièrement aux rapports entre la foi, les visions du monde et la culture populaire (voir "Visio Mundus", site partagé avec Y. Imbert, professeur d'apologétique).

  • Francine

    Dans le seul passage où apparaissent les séraphins dans l’Écriture (Esaïe ch. 6), nous apprenons qu’ils ont des mains et des pieds (versets 2 et 6). Ils ne ressemblent donc pas à des serpents, mais bien à des hommes, comme les autres anges, à face humaine. Est-il besoin de nous informer qu’il s’agit là de symboles ? Mais précisément, le serpent est un symbole complètement inapproprié à des êtres dont la fonction est de représenter la sainteté de Dieu. C’est comme si l’on prouvait que parce que le Saint-Esprit est parfois symbolisé par un feu il faut identifier ce symbole avec celui de la géhenne ou du lac dans lequel Satan sera jeté : ce sont deux choses complètement opposées.

    Les séraphins ne sont pas des serpents, mais des anges : toute cette argumentation voulant les rapprocher de symboles égyptiens a été réfutée depuis longtemps ; il suffit de googler. Exemple : Gustav Friedrich Oehler, Theology of the Old Testament, 1883 !!

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    « There is not a trace of the serpent form; and the combination of the name by which they are called with that of the poisonous kind of serpent called is inadmissible, if only because it is impossible, according to the Old Testament view, to make the serpent a symbol of anything sacred. The derivation of the name from the root , שרף to burn, would seem to be favored by the particular recorded ver. 7, where the seraph, as the divinely-appointed instrument for the expiation and purification of the prophet’s mouth, appears with celestial fire, were it not that the meaning of the verbal root is active, to consume by fire (not to glow with heat, or anything similar). Hence the tracing of the word, as by many earlier writers, especially Steudel, Theologie des A. T. p. 225, to the Arabic root sharupha (nobilis fuit), whence comes shariphun (noble), is still, to say the least, equally admissible. According to this derivation, the seraphim would be thus designated as being the most exalted among celestial spirits, and might be regarded as the angelic princes, שרים, subsequently mentioned in the Book of Daniel, though the name would also correspond to the designation of angels in general… etc. … The reference of the seraphim to the Egyptian Serapis has only the value of a mere fancy. It is advanced by Hitzig, p. 46 sq., who also maintains that the conception of the Seraphim is connected with the worship of the serpent, and with the serpent mentioned in Num. xxi. 9. Against this comp. Riehm in the article just cited. »
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    Mais alors, comment s’expliquer que malgré l’ancienneté de cette tentative de faire passer les séraphim pour des serpents, et en dépit du sens commun qui hurle que le symbole de cet animal maudit n’a pas sa place dans le ciel, près du trône où siège le trois fois saint, on nous la réchauffe en 2018 ? Pascal a aussi répondu depuis lurette à cette question : L’homme n’est ni séraphin ni bête, mais le malheur veut que qui veut faire le séraphin fait la bête.

    • Maxime Georgel

      Des mains et des pieds, exactement comme sur les représentations égyptiennes ?

      • Francine

        Non, pas comme sur les représentations égyptiennes, mais comme dans la vision d’Esaïe qu’il a reçu du Seigneur, et non de Thot ou d’Anubis ; les anges ont des pieds et des mains dans la forme corportelle qu’ils empruntent. A propos, vous l’avez lu St-Augustin ? pas bien, ça Maxime, de filer à l’anglaise quand vous vous être trompé…

        • Maxime Georgel

          Oui, j’ai lu Augustin. Je ne suis pas certain qu’il faille rendre équivalente sa citation avec la vue de nos amis américains.

          • Francine

            Équivalente non, Augustin ne savait même pas que la terre tournait… Vous avez été trompé par le titre : « De l’interprétation littérale de la Genèse », sautant à la conclusion que l’auteur prenait littéralement la durée des jours de la semaine, sans avoir lu l’ouvrage. Comme je vous le disais, dans l’ensemble, ceux qui écrivent Wikipedia ne sont pas des clowns.

          • Maxime Georgel

            Douglas Kelly a fait tout un travail sur ce livre d’Augustin et ne le classe pas dans les « analogistes ».

            Ceux qui écrivent sur Wikipédia sont des clowns, la preuve : j’écris sur Wikipédia.

          • Francine

            C’est jutement çà le problème de beaucoup de wannabe calvinists : ils ne lisent pas les sources mais ce que d’autres écrivent sur les sources…

    • Citation de Francine : «Mais précisément, le serpent est un symbole complètement inapproprié à des êtres dont la fonction est de représenter la sainteté de Dieu.»
      ……….
      Devons conclure que parce que Satan est un esprit ou un être de la classe des anges qu’il est inapproprié pour des esprits ou des anges de se tenir autour du trône ?
      Si la réponse est non alors votre affirmation n’est pas juste car ce n’est pas parce qu’un être de la classe des séraphins/serpent brûlant devint mauvais que tous devinrent mauvais. Les autres séraphins, car il y a plusieurs sont restés purs et ce sont ceux là qui sont autour du trône de l’Éternel dans la vision d’Esaïe..

      Bien à vous !

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