Jésus affirme-t-il que les samaritains adoraient Dieu, en Jean 4 ?

En lisant Jean 4, j’ai été frappé par une des réponses que Jésus-Christ fait à la samaritaine à propos de l’adoration qui doit être donnée à Dieu. Aux versets 22 à 24, nous lisons :

« Vous adorez ce que vous ne connaissez pas ; nous, nous adorons ce que nous connaissons, car le salut vient des Juifs. Mais l’heure vient — et c’est maintenant — où les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et en vérité ; car ce sont de tels adorateurs que le Père recherche. Dieu est esprit, et il faut que ceux qui l’adorent, l’adorent en esprit et en vérité. »

 

Une telle réponse constitue une véritable coup de tonnerre vis à vis de la question de l’adoration qui doit-être dirigée vers le créateur de l’univers le Père, et plus particulièrement sur la légitimité des différents « cultes » vis à vis de Dieu.

Tout d’abord, Jésus déclare à la samaritaine qu’elle, et ses compatriotes samaritains, ne connaissent pas « ce qu’ils adorent ». Une telle formulation est assez intrigante. En effet, Jésus ne lui dit pas qu’elle ne connait pas « celui » qu’elle adore, mais il utilise une forme impersonnelle en employant un pronom relatif neutre en grec pour désigner l’objet de son adoration. C’est d’ailleurs ce que nous retrouvons chez Paul en Actes 17:26, lorsqu’il déclare aux athéniens : « (…) en passant, j’ai observé tout ce qui est l’objet de votre culte, et j’ai même trouvé un autel avec cette inscription : A un dieu inconnu ! Ce que vous vénérez sans le connaître, c’est ce que je vous annonce. ».

Faut-il comprendre (comme les universalistes le font) que Paul et Jésus soulignent que l’on peut offrir une adoration à Dieu sans en avoir une connaissance intime ? Certainement pas ! En effet, en Jean 4, Jésus met en opposition  l’adoration qui est pratiquée sur le mont Guerazim (Samarie) et à Jérusalem, avec une adoration qui est « vraie » et « en esprit ». Et en Actes 17, Paul conclut dans les versets 30-31 en disant : »​Dieu, sans tenir compte des temps d’ignorance, annonce maintenant à tous les hommes, en tous lieux, qu’ils aient à se repentir, parce qu’il a fixé un jour où il jugera le monde selon la justice, par l’homme qu’il a désigné, ce dont il a donné à tous une preuve certaine en le ressuscitant des morts… « .

Mais alors comment devons-nous comprendre cette « adoration » donnée par les samaritains ?

 

Tout d’abord, les samaritains étaient  un peuple issu d’un métissage entre juifs et non-juifs suite à la déportation d’une partie d’Israël après  la victoire du royaume  Assyrien au 8e siècle avant Jésus-Christ (722-721 BC). Ce métissage a eu lieu entre les populations autochtones (israéliens) et  des immigrés du royaume assyrien. C’est en effet de cette manière qu’un royaume prenait possession d’un autre royaume, premièrement par une victoire militaire puis par une déportation des populations. Ce métissage fut le terreau d’un réel syncrétisme en Israël (2 Rois 17-18). Puis, lors du retour de l’exil (fin du Vie siècle avant JC), les samaritains furent vus comme « à moitié » juifs et une certaine rivalité s’installa, comme nous pouvons le voir lors de la reconstruction du Temple (Néhémie 13).

De plus, vers 400 BC, les samaritains construisirent leur propre temple sur le mont Guerizim [1] (sud-ouest de Sychar), et ils n’acceptaient comme « Parole de Dieu »  uniquement la version « samaritaine » du Pentateuque, rejetant ainsi la plus grande partie de l’Ancien Testament. Ce temple fut détruit en 128 par Jean Hyrcanus, roi hasmonéen qui régnait en Judas. Au temps de Jésus, les samaritains avaient donc développé leur propre religion avec leur propre pentateuque et le mont Guerizim comme lieu de culte [2]. C’est dans ce contexte que nous devons comprendre la parole du Christ. En rejetant la manière dont Dieu s’est révélé (rejet de l’histoire de la révélation par le rejet de la majeure partie des écrits de l’Ancien Testament) , les samaritains ne peuvent « connaitre » le Dieu créateur du ciel et de la Terre, et ainsi, cette dernière ne sera qu’une « coquille vide » quelque soit la forme et l’intensité de leur adoration,. En effet, le contenu d’une telle adoration sera alors distincte de la révélation biblique :  elle ne s’adresse donc pas à la bonne personne .

Ceci est un principe fondamental de l’adoration : une vraie adoration de Dieu implique une vraie connaissance de Dieu. Cette connaissance ne peut exister que si elle se fonde sur les moyens que Dieu a utilisés pour se révéler : La Bible. Toute adoration qui se dirige vers un dieu différent du Dieu des écritures bibliques ne peut être assimilée à une vraie adoration envers le Dieu créateur de l’univers. Ceci est confirmé par ce que dit Jésus à propos des juifs :  » nous, nous adorons ce que nous connaissons, car le salut vient des Juifs ».  Jésus ne soulignait certainement pas que la totalité des juifs étaient sauvés ou qu’ils adoraient tous de façon authentique Dieu (Jn 2:14-16). Mais Jésus soulignait que les juifs possédaient la « révélation » nécessaire pour adorer droitement Dieu et reconnaître le salut que Dieu leur donnerait lorsqu’il exécuterait Son plan de rédemption ( ils furent le peuple choisi par Dieu pour recevoir de Lui Sa parole et Son plan de rédemption). Et c’est bien un homme pleinement  « juif », mais aussi pleinement Dieu, qui fut le « Salut » des nations et la « gloire d’Israël » (Luc 2:32). C’est donc certainement pour cette raison que Jésus utilise un pronom impersonnel (« ce que » (ὅ))  et non un pronom personnel masculin (ὅς) : pour Jésus  l’adoration exécutée par les samaritains n’est pas une véritable adoration  envers Dieu ( alors expression du salut) , mais  un « culte » en général qui ne s’adresse pas à la bonne personne.

De plus, le texte de Jean 4 va encore plus loin. Une adoration ne peut-être « vraie » que si elle est « cohérente » avec la vérité du Dieu créateur qui s’est révélé au sein de l’histoire de la rédemption et dont la Bible en est l’exclusif témoignage. Mais cette adoration doit être définie par une reconnaissance trinitaire de Dieu comme les versets suivants le souligne :

* (v10) « Si tu connaissais le don de Dieu et qui est celui qui te dit: Donne-moi à boire! tu lui aurais toi-même demandé à boire, et il t’aurait donné de l’eau vive. »

* (v22) « Vous adorez ce que vous ne connaissez pas; nous, nous adorons ce que nous connaissons, car le salut vient des Juifs. »

* [Direct] « Si tu connaissais le don de Dieu et qui est celui qui te dit: … »,  [Indirect] (v25) « la femme lui dit: Je sais que le Messie doit venir celui qu’on appelle Christ; quand il sera venu, il nous annoncera toutes choses. Jésus lui dit: Je le suis, moi qui te parle. »

 

Le problème de la samaritaine (comme le problème de chaque être humain) est qu’elle rejette Dieu et qu’elle ne connait pas  :

* Dieu l’Esprit (v10a), qui est cette eau vivante qui peut donner la vie aux hommes pécheurs et « morts » que nous sommes (Esaïe 44:3, Jn 7:37-39, cf. Eph 2).

* Dieu le Père (v22).

* Dieu le Fils (v10b et 25).

 

Une vraie connaissance de Dieu ne peut être exempte d’une connaissance du Dieu trinitaire qui s’est révélé dans la Bible. Et ainsi, il ne peut exister de « cohésion » possible entre une « adoration chrétienne » et un « autre » culte qui ne reconnaîtrait pas Dieu tel qu’il s’est révélé dans les écritures : Père, Fils et Saint-Esprit. Ce n’est d’ailleurs pas la seule fois où Jésus souligne cela. En effet, un chapitre plus loin, nous pouvons lire :

« Car, comme le Père ressuscite les morts et donne la vie, ainsi le Fils donne la vie à qui il veut.  ​Le Père ne juge personne, mais il a remis tout jugement au Fils,  afin que tous honorent le Fils comme ils honorent le Père. Celui qui n’honore pas le Fils n’honore pas le Père qui l’a envoyé« .(Jn 5:21-23)

 

La logique biblique est claire : une vraie adoration de Dieu nécessite une vraie connaissance de Dieu qui elle-même se fonde exclusivement sur la parole de Dieu, toute la Parole de Dieu. C’est en Jésus-Christ que Dieu s’est révélé de façon finale et normative, et l’ensemble des écritures témoigne de cela. Et cette révélation est trinitaire car Dieu est trine.

Cependant, il est important d’ajouter que « vrai » ne signifie pas « exhaustif » : car nous pouvons avoir une vraie connaissance de Dieu, sans pour autant que cette dernière soit exhaustive. Et c’est une grâce de Dieu de pouvoir croître dans la connaissance de qui il est (Col 1:10) grâce à l’action du Saint-Esprit qui nous transforme par le biais de Sa Parole.

Ainsi, cet épisode en Samarie nous permet de comprendre qu’un œcuménisme qui ferait « l’impasse » sur le Dieu trinitaire tel qu’il s’est révélé dans les 66 livres de la Bible est une « poursuite après le vent ». Tout comme le serait un œcuménisme qui n’accueillerait pas le règne de Dieu accompli et inauguré dans la mort et la résurrection du Seigneur Jésus-Christ, ou encore un œcuménisme n’acceptant pas la valeur propitiatoire et substitutive du sacrifice de Jésus-Christ. Bref, j’ai bien peur que plus les temps vont avancer et plus l’œcuménisme se révélera être une vaine entreprise humaine dans laquelle le règne de Dieu manifesté en Jésus-Christ ne sera pas accueilli à sa juste valeur.

 

Notes et références

[1] Certainement parce que c’est à Sichem (qui est dominé par le Mont Guerizim) qu’Abraham fit son premier autel (Gen 12 :6-7). Cela devint un lieu de culte pour la tradition samaritaine, car c’est de là que devait être annoncé et proclamé les bénédictions à la communauté de l’alliance dès son entrée dans la terre promise. De plus, «  dans la bible samaritaine, en Exode 20 :17 et Dt 5 :21, les dix commandements sont suivis de mots qui sont très proches de Dt 27 :2-7, reliant ainsi Guerizim [lieu de l’alliance/Abraham] au décalogue » et à la nécessité d’érigé un lieu d’adoration. Ainsi c’est le lieu où Abraham a inauguré son « pèlerinage » pour la formation du peuple de l’alliance  qui devint le lieu où Dieu est adoré car Son nom y réside (Deut 12 :5).

[2] D. Carson, John, Pillar (Apollos, 1991), p.216.

 

 

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Je suis marié, et le Seigneur nous a fait la grâce d’avoir trois enfants. Je suis actuellement Pasteur Stagiaire sur Montréal. Je suis passionné par le Nouveau Testament, la théologie systématique et l’herméneutique. J’affectionne particulièrement les écrits des réformateurs, de Cornelius Van Til, Vern Poythress, John Frame, Greg Beale et John Piper.